‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 39 sur 485 · II · texte numérisé non relu

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HENRI DE GAND

choix libie , 1 acte créateur est identique avec la science de Dieu, et cette science est nécessaire. Le choix libre se peut rencontrer dans un être imparfait qui tend à acquérir une chose dont il attend un surcroît de perfection ; il serait incompréhensible de la part d un être parfait. Dieu ne peut, par désir et choix, vouloir un Monde dont il ne saurait attendre aucun bienfait.

Développée avec une sorte de prédilection par la Philosophia Algazelis , cette doctrine avait déjà provoqué l’indignation de Guillaume d’Auvergne. Henri de Gand, à son tour, va la combattre a contre elle, en effet, est l’affirmation d’un certain article condamné par feu Etienne, évêque de Paris1 2; cette condamnation dit : Que Dieu fasse d une manière nécessaire tout ce qui est immédiatement fait par lui, c’est une erreur. »

La théorie soutenue par Henri de Gand peut se résumer en ces termes :

« Le but de la volonté divine, c’est le Bien parfait, c’est-à-dire Dieu lui-même. Dieu veut donc d’une manière nécessaire ce Bien et tout ce qui a avec ce Bien un rapport nécessaire ; telles sont toutes les choses qui sont en l’essence divine. Mais Dieu ne veut pas d’une manière nécessaire les choses qui n’ont avec le Bien parfait qu un rapport accidentel ; telles sont toutes les choses qui existent hors de lui ; sa bonté, en effet, ne reçoit de ces choses aucun accroissement; Dieu ne veut donc aucune de ces choses d’une manière nécessaire ; or il ne fait que ce qu’il veut ; rien donc de ce qui existe hors de lui, il ne le fait d'une manière nécessaire. »

Pour préciser sa pensée, Henri de Gand a recours à une distinction qui va prendre en sa Philosophie plus d’importance encore qu’elle n’en avait en la philosophie de Saint Thomas d’Aquin ; nous voulons parler de la distinction entre l’essence et l’existence des choses créées.

L’essence de chaque chose a une relation nécessaire avec l’essence divine ; c’est en cette essence divine qu’elle trouve sa perfection idéale. Dieu veut donc d’une manière nécessaire toutes les essences.

Il en est autrement de l’existence de chacune de ces essences.

Considérée en elle-même, une essence possède seulement la non-existence, car elle ne peut recevoir l’existence que par l’ac-

1. Henrici a Gandavo Ouodlibeta; quodlib. V, quæst. IV : Utrum Deus necessario producatquicquid exterius immédiate producit-. Ed. cit.,fol. CLV1II, recto, à fol. CLIX. verso.

2. Cet article est le 53e du décret de 1277 e! le 20e de la liste classée par le R. P. Mandonnet.

LE REFLUX DE L’ARISTOTÉLISME

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tion créatrice de Dieu. Considérée par rapporta Dieu, une essence se comporte comme quelque chose qui est indifférent à l’existence et à la non-existence ; l’existence n’accroît pas la perfection idéale que cette essence trouve en Dieu ; la non-existence ne diminue pas cette même perfection. C’est donc sans qu’aucune nécessité l’y contraigne que la volonté divine se détermine à donner l’existence cà telle essence, à la refuser à telle autre.

Acte nécessaire suivant Avicenne, la création est, pour Henri de Gand, un acte libre. De cette première opposition, une autre va résulter au sujet de la grande question de l’éternité du Monde. Le philosophe arabe, en effet, soutient que la création qui est nécessaire, est éternelle; le théologien de la Sorbonne répond qu’étant l’effet d’une volonté libre, elle ne peut pas être éternelle.

Aristote avait lié entre elles, de la manière la plus étroite, les deux idées d’éternité et de nécessité. Une chose non nécessaire, c’est une chose qui peut ne pas être ; et une chose qui peut ne pas être, c’est une chose à qui il arrive parfois de n’être pas. Une chose éternelle ne peut pas ne pas être ; elle est donc nécessaire.

Toute la Métaphysique d’Avicenne reposait au contraire sur la distinction de la nécessité et de l’éternité.

Un être nécessaire, c’est un être qui existe par lui-même ; en même temps que nécessaire, il est assurément éternel. Mais la réciproque de cette proposition n’est pas vraie ; une chose éternelle peut ne pas être nécessaire, et c’est ce qui arrive lorsqu’elle n’existe pas par elle-même ; alors, d’elle-même, eUe est simplement possible ; son existence, elle la reçoit d’une cause extérieure à elle-même ; si cette cause est éternelle et immuable, l’existence qu’elle confère sera éternelle ; cette existence sera môme nécessaire en tant que sa cause la produit nécessairement ; mais la chose ainsi appelée à l’existence, encore que nécessaire par la cause qui la crée, reste, par elle-même, simplement possible.

Far cette théorie, il semblait possible que le Monde fût créé en même temps qu’éternel ; et Saint Thomas d’Aquin, « en dépit des murmures », au grand scandale de Saint Bonaventure, avait prétendu que la raison humaine, privée de la révélation, serait impuissante à convaincre d’erreur les tenants de cette doctrine.

Cette affirmation, Henri de Gand va l’accorder à Thomas d’Aquin ', mais en mettant en évidence le postulat qui seul, à ses yeux, la justifie ; ce postulat, c’est l’affirmation, inacceptable à

i, Henrici a Gandavo Quodlibeta ; quodlib. I, quæst. VII : Utrum creatura potuit esse ab æterno ; quæst. VIII : Utrum repugnet creaturæ fuisse ab æterno. Ed. cit., fol. IV, recto, à fol. VI, recto.

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