VIII
choses extérieures que les sens perçoivent ; telle n’est pas la pensée d’Ockam ; de la connaissance intuitive, il se garde bien d’exclure les données de la perception interne ; c’est ce qu’il prend soin de déclarer très formellement au début de son commentaire au* Sentences.
« Il est évident, écrit-il \ que notre intelligence, en l’état où nous nous trouvons durant cette vie, ne connaît pas seulement les choses sensibles, mais qu elle connaît aussi, d une manière intuitive et particulière, certaines choses intelligibles, qui ne tombent aucunement sous le sens, qui n’y tombent pas plus qu une substance séparée ne tombe sous le sens ; de ce genre sont les conceptions intellectuelles ( intellectiones ), les actes de volonté, la joie, la tristesse, et autres choses de cette sorte ; ces choses, l’homme peut constater par expérience qu’elles existent en lui; et, cependant, elles ne nous sont pas sensibles. »
Que la connaissance intuitive puisse avoir pour objets nos actes intellectuels eux-mêmes, c’est vérité dont il faut se souvenir si l’on veut comprendre exactement ce que Guillaume d’Ockam va nous dire de la connaissance abstraite ; ses propos compléteront ce qu’à ce sujet, les indications de son disciple avaient d'un peu sommaire.
« 11 faut savoir, dit-il s, que le terme : connaissance abstraite peut s’entendre de deux manières.
» D’une première manière, on entend qu’elle se rapporte à une chose qui a été abstraite d’un grand nombre d’objets singuliers; en ce sens, la connaissance abstraite n’est rien d’autre que la connaissance d’un certain universel susceptible d’être abstrait de beaucoup de choses ; de cet universel, nous parlerons plus loin.
» Si l’universel est une véritable qualité existant en l’àme qui en est le sujet ( vera qualitas existais in anima subjective), opinion qui peut être tenue avec probabilité, on devra accorder ceci : Cet universel peut être vu d’une manière intuitive, et, [pour un tel universel,] la connaissance intuitive et la connaissance abstraite sont une même connaissance ; ni l’une ni l’autre ne se distingue de celle qui lui est opposée.
» D’une autre façon, la connaissance est dite abstraite en tant qu elle fait abstraction de l’existence ou de la non-existence de la chose connue, et des autres conditions qui arrivent à cette
1. Magistri Guiliielmi de Ockam Quæstiones in libros Sentenliarum ; lib. I, prolojru9, quæst. I. IIH ; éd. Lugduai, i485, fol. sign. aiiij, col. d.
2. Guillaume d’Oceam, toc. cit., Z; éd. cit., fol. sign. aiiij, col. a.