VIII
GUILLAUME ü’oCKAM ET l’oCCAMISMK
d’autre principe certain et évident que celui-là, est conséquent avec lui-même lorsqu’il écrit à Bernard d’Arezzo 1 :
« Que cela vous plaise ou que cela vous déplaise, ... il résulte de là qu’Aristote, en toute sa Physique et en toute sa Métaphysique, n’a eu de certitude telle [que nous l’avons définie] que de deux conclusions à peine ; et peut-être ne l’a-t-il pas eue même d’une seule conclusion. 11 en est de même, et à plus forte raison, de Frère Bernard, qui ne saurait surpasser Aristote.
» Et non seulement Aristote n’a pas eu, [de ces conclusions], la connaissance évidente, mais encore (je ne soutiens pas formellement ce que je vais dire, bien que j’aie, pour le prouver, une raison que je ne saurais réfuter) il n’en a même pas eu une connaissance probable. On ne peut, en effet, en vertu d’un certain antécédent, avoir la connaissance probable d’un certain conséquent, si l’on ne sait pas, d’une manière certaine et évidente, que le conséquenta quelquefois accompagné l’antécédent. Ainsi en va-t-il en réalité, à la bien considérer, de toute connaissance probable. Par exemple, j’ai reconnu quelquefois avec évidence que j’avais chaud lorsque j’approchais ma main du feu ; il me semble donc probable que si, maintenant, j’approchais ma main du feu, j’aurais chaud. Mais d’après la règle formulée ci-dessus, personne, étant données ces choses qui nous apparaissent avant tout raisonnement discursif, personne, dis-je, n’a jamais connu avec évidence qu’il existât de ces autres choses, différentes des premières de quelque manière que ce soit, choses auxquelles on donne le nom de substance. Il résulte de là que nous n’avons aucune connaissance probable de l'existence de ces choses. Je ne soutiens pas cette conclusion ; délie qui pourra ce raisonnement ; assurément, quelque solution se présentera. » x
De la Physique et de la Métaphysique péripatéticiennes, et même de toute Physique et de toute Métaphysique, la critique de Nicolas d’Autrecourt n’a rien laissé debout ; ne nous attardons pas à énumérer les ruines dont elle a jonché le sol de la Philosophie ; venons à la description du système que notre auteur a construit.
Chose surprenante, en effet, Nicolas parait ne s’être pas contenté de négations, et avoir constitué une doctrine faite de propositions affirmatives.
Comment les règles de critique suivies par notre auteur lui ontelles laissé la liberté de formuler de telles propositions? C’est une question à laquelle nous ne saurions répondre d’une manière
i. Joseph Lappe, Op. laud., p. i3*.
LE REFLUX DE l’ ARISTOTÉLISME
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catégorique ; si les propositions nous sont connues par la cédule où elles sont rétractées, les écrits où elles étaient proposées nous demeurent inconnus ; au sujet, donc, des considérations qui les justifiaient, nous sommes réduits aux conjectures.
De la thèse qui paraît, dans le système de Nicolas d’Àutrecourt, avoir joué le rôle principal, nous savons que l'auteur ne la donnait pas comme certaine ; mais du moins la proposait-il 1 2 comme probable, et même comme plus probable que la thèse contraire. Or, il s’agit d’une affirmation qui vise les substances. Nicolas ne s’est-il pas interdit à lui-même d'attribuer aucune espèce de probabilité à une semblable affirmation ?
A moins que l’on ne veuille accuser d’inconséquence flagrante ce logicien rigoureux à l’excès que fut Nicolas, on est, semble-t-il, réduit à admettre qu’il a proposé son système comme un ensemble d’hypothèses propres à sauver les choses qui apparaissent à notre perception externe ou interne, les seules choses dont nous ayons la certitude immédiate et évidente ; sans doute, il jugeait que ses hypothèses, plus simplement que celles d’Aristote, sauvaient les apparences. Cette méthode eût été a l imitation de Guillaume d’Ockam, dont Nicolas d’Autrecourt à si fortement subi l'influence. Est- ce bien celle qu’il a suivie? Les textes nous manquent, qui donneraient réponse à cette question.
Sans chercher plus longtemps les raisons par lesquelles Nicolas d’Autrecourt justifiait son système de Physique et de Métaphysique, venons à l’exposé de ce système.
Voici la proposition qui parait y jouer le rôle essentiel :
« Les choses * qui sont absolument permanentes, qu’elles soient des substances ou des accidents, dont on dit communément qu'elles sont engendrées et détruites, sont des choses éternelles. »
« 11 vaut mieux 3 donner son assentiment à cette proposition. Les choses permanentes sont éternelles, qu’à la proposition contraire. »
« L’Univers * est absolument parfait, en lui-même et en chacune de ses parties ; ni dans le tout ni dans aucune partie, ne saurait se trouver la moindre imperfection ; c’est pourquoi il faut que le tout soit éternel aussi bien que ses diverses parties, qu’il n’y ait jamais, en eux, passage du non-être à l’être ni inverse-