Henri de Gand, loc. cit. ; éd. cit., fol. CXII, verso
2. Henrici a Gandavo Quodlibeta ; quodlib. II, quæst. II; éd. cit., fol. XXX, recto.
HENRI DE GA ND
avant que 1 être corporel n ait acquis le inode de mixtion qui le rend propre à être l’instrument de l’âme... Cette forme de mixtion ne peut être détruite par la venue de l’âme ni naturellement, car elle ne répugne pas à 1 âme et rien n’est détruit que par suite de quelque contrariété, ni surnaturellement, car dans la génération de 1 homme, il n y a d autre miracle que la création de l’âme et son union avec le corps. 11 faut donc que cette forme naturelle, engendrée de la puissance de la matière, subsiste dans 1 homme avec 1 âme intellective qui est surnaturellement unie au corps. »
Toutefois, on doit, au sujet de la coexistence de ces deux formes, faire cette remarque essentielle 1 : « De même que la forme surnaturelle ne saurait, sans la forme naturelle, être reçue en la matière, de même la forme naturelle n’est pas apte, en l’absence de la forme surnaturelle, à subsister en la matière et à constituer un composé doué de toute la perfection que comporte son espèce. Elles ne sont pas aptes à survenir en la matière séparément l’une de l’autre, mais bien toutes deux à la fois ; ni l’une ni l’autre d’entre elles ne peut, à elle seule, donner quelque chose du sujet ; aucune d’elles ne saurait subsister sans l’autre ; au sujet, l’une ne donne pas une existence substantielle, et l’autre, une autre existence substantielle ; elles lui donnent ensemble une seule et même existence. 11 ne faut donc pas croire que la forme naturelle se trouve, tout d’abord, naturellement adjointe à la matière et qu’elle donne au composé formé par elle-même et par la matière une existence individuelle incomplète ; que l’âme survient ensuite, donne le complément de cette existence et produit l’individu parfait. 11 faut bien comprendre que dans la matière et le composé, la forme naturelle ne peut subsister sans l’âme ni l’âme sans la forme naturelle ; que l’une de ces formes ne peut, à moins que l’autre ne l’accompagne, donner au composé l’existence substantielle... Ces deux formes jouent donc, en la constitution du composé, le rôle d’une forme unique, car elles confèrent à un seul sujet une seule existence substantielle. Entant que formes qui donnent l’existence, elles perfectionnent toutes deux la matière d’une façon immédiate ; elles adhèrent toutes deux [directement] à la matière ; ni l’une ni l’autre, en tant qu’elle est forme, ne vient s’adjoindre à un composé qui posséderait déjà quelque existence ; elles ne forment pas non plus entre elles
i. Henrici a Gandavo Quodlibeta ; quodlib . IV, quæst. XIII; éd. cit., fol. CXII, verso, et fol. CXI11, recto.
LE REFLUX DE l’aRISTOTÉLISME
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quelque forme composée » [qui s’unirait ensuite à la matière ; chacune d'elles s’unit à la matière pour son compte, directement, en même temps que l’autre, mais indépendamment de l’autre]. « Toutefois, l’union de la forme naturelle avec la matière est plus immédiate » que l’union de l’âme avec la même matière.
Cette théorie échappe, on le voit, à toutes les objections qui sont communément élevées contre la doctrine de la pluralité des formes. La forme surnaturelle, l’âme, ne vient pas s’unir à un composé de la matière et de la forme naturelle qui serait déjà pourvu de l’existence substantielle, qui serait déjà une chose bien déterminée ( hoc aliquid). Il reste à montrer comment elle évite aussi la difficulté que la doctrine de l’unité de la forme rencontre en l’enseignement de la Théologie. Comment la nouvelle théorie sauvegarde-t-elle l’identité numérique du corps vivant de Jésus- Christ et du corps inanimé déposé dans le sépulcre ?
La forme naturelle 1 tirée des puissances de la matière était, après le départ de l’àme de Jésus-Christ, demeurée dans la matière de son corps ; elle assurait encore, à elle seule, l’existence substantielle de ce corps ; elle le maintenait numériquement identique au corps vivant. Cette union de la forme naturelle avec la matière du corps, en l’absence de l’âme, eût été impossible suivant le cours habituel de la nature, comme il vient d’être dit ; elle était donc surnaturelle et miraculeuse ; elle était rendue possible par l’union hypostatique de la nature humaine, prise en sa totalité, avec la nature divine en la personne de Jésus-Christ. « Le corps du Christ vivant et le corps du Christ mort était donc numériquement le même par suite de l’unité de sa forme. »
Telle est la doctrine que le théologien gantois n’a cessé de développer, d'éclaircir, de défendre contre les objections 2.
Cette doctrine qui met en l’homme une forme naturelle par laquelle la matière est préparée à recevoir l’âme, tandis que l’âme, directement créée par Dieu, est mise par lui dans la matière ainsi préparée, cette doctrine, disons-nous, Henri se plaît à l’autoriser du suffrage d’anciens auteurs; c’est ainsi qu’il invo-