‹ Le système du monde (volume 2)Chapitre 96 sur 485 · II · texte numérisé non relu

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intelligence, mais atteindre ce fond et descendre jusqu’à lui, alors que nous sommes si loin de l’égaler sur ce point ».

Proclus est donc le grand maître dont se réclame Jean Tauler; il ne s’est pas contenté de lire la 2Toiyeûo<nç 8eo),oyi.x7Î. car rien, dans ce livre, ne ressemble aux passages qu’il cite ou qu'il indique par voie d’allusion.

L’un des passages désignés par Tauler se rencontre dans un des opuscules traduits par Guillaume de Moerbeke, dans le traité De falo et eo quod in nobis. Proclus y parlait, à plusieurs reprises, de ce qu’il nommait : To ècp’vifùv, de ce que Guillaume de Moerbeke, dans son latin mêlé de grec, appelait : To in nobis ; il entendait par là ce qu’il y a en nous de plus caché, de plus intime, de plus essentiel, ce fond de l’âme dont nous entretiennent si volontiers les Dominicains allemands ; ce qu’il en disait, nous l’allons voir.

Il décrivait, tout d’abord, quatre modes de connaissance de plus en plus élevés; puis il ajoutait 1 :

'< Au delà de toutes ces connaissances, je vous veux faire découvrir une cinquième intelligence, à vous qui vous êtes fié à Aristote ; il a conduit votre ascension jusqu’à l’opération intellectuelle, mais, au delà, il ne vous a rien fait soupçonner ; attachez-vous maintenant à Platon et, avant Platon, aux Théologiens ; ils ont accoutumé de nous vanter une connaissance qui est au-dessus de l’intelligence, une inspiration (pavia), au point de nous la décrire comme vraiment divine ; elle est, disent-ils, l’un de l’âme ; elle nous excite à découvrir cet un intellectuel et elle le conjoint à l’Un. Chaque chose, en effet, est connue par la faculté qui lui ressemble, ce qui est sensible par le sens, ce qui est capable d’être su par la science, ce qui est intelligible par l’intelligence, l’Un par la faculté qui unit. L’âme qui use de l’intelligence, nous l’avons dit, se connaît elle-même et comprend tout ce qui est contingent. L’âme devenue surintelligente s’ignore elle-même et ignore toutes ces choses ; attachée à l’Un, elle aime le repos, elle demeure close à toutes les connaissances, elle est devenue muette, elle se tait dans le silence intérieur. Gomment, en effet, pourrait-elle s’attacher à la chose la plus indicible de toutes si la matière bavarde qui réside en elle ne sommeillait? Qu’elle devienne donc un, afin de voir l’Un; que dis-je! afin de ne plus

i. Procli Diadochi De providentiel et fato et eo quod in nobis ad Theodorum mechunicutn (Procli philosophi platonici Opéra inedita. Quæ primus olim e codd. inss. Parisinis Italicisque vulgaverat, nuncsecundis curis emendavitet auxit Victor Cousin. Parisiis, i864- Coll. 171-172).

voir même 1 Un; si elle le voit, elle verra comme voit un être intellectuel ; elle ne sera pas au-dessus de l'intelligence ; elle comprendra un certain Un, et non pas l’Un en soi (tô AÙtosv, to Autounum).

» Si un homme, mon ami, accomplit cette opération de l’âme, qui est la plus divine opération de l’être, s’il ne se fie qu’à luimême et à lui seul, c’est-à-dire à ce qui est la fleur de l’intelligence, s il demeure en repos, non pas à l’égard des mouvements intérieurs, mais à l’égard des mouvements extérieurs, il sera déifié, dans la mesure où c’est possible à une âme ; il n’aura plus qu’une connaissance semblable à celle des dieux, à cette connaissance indicible par laquelle chacun des dieux connaît toutes choses selon l’un qui lui appartient. »

Assurément, c’est de ce passage que Tailler entend invoquer l’autorité ; la citation qu’il en donne est bien loin d’être textuelle ; elle est probablement faite de mémoire ; mais certains traits permettent de le reconnaître sans hésitation.

Ce passage n’est pas, d’ailleurs, dans l’œuvre de Proclus, un fragment accidentel et de peu d’importance ; du Diadoque de Syrianus, il exprime une des doctrines essentielles, celle sur laquelle insiste tout particulièrement le Commentaire au Premier Alcibiade de Platon .

L’un des principaux objets de ce commentaire, en effet, est de méditer ce précepte, écrit sur le portique du temple de Delphes et dont Socrate avait fait sa devise : « Connais-toi toi-même, yvwtk cayTov. »

Cette « pure connaissance de nous-même 1 » nous doit révéler « notre nature 2, notre essence totale, ri cpéa-tç ripcov xal rj oùada ôXr i ». C’est la plus haute forme de connaissance à laquelle il nous soit donné d’atteindre.

« La science discursive (s-icrr/îp.-/)) 3, en effet, n’est pas le sommet de la connaissance ; au-dessus d’elle est l’intelligence intuitive (voÿ;); je ne parle pas de l’intelligence séparée de l’âme; je parle de l’illumination émanée de l’intelligence et infusée dans l’âme...

1. Procli Diadochi In Plalonis primum Alcibiadem (Procli Opéra, éd. cit., colt. 290-296).

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