‹ Le système du monde (volume 4)Chapitre 125 sur 158 · Voir : Seconde partie, ch. VIII, § VII ; t. IV, p · texte numérisé non relu

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l’astrologie chrétienne

L’Astrologie a Paris après les condamnations de 1277 (suite). — Jean Buridan et ses disciples. — Thémon le fils du Juif

Plusieurs docteurs parisiens se sont montrés soucieux d’ôtcr tout caractère mystérieux à l’action que les astres exercent sur les choses sublunaires ; cette action, ils se sont attachés à l’analyser en physiciens, ils se sont plus à la comparer aux actions qui s’exercent entre corps terrestres ; Guillaume d’Auvergne l’a assimilée à l’action de l’aimant sur le fer ; au gré de Gilles de Rome, elle se propage au travers des orbes célestes comme la décharge électrique de la torpille suit les maillons du filet qui a capturé ce poisson.

Ce désir d’assimiler l’efficace des astres sur les choses d’icibas aux actions physiques qui nous sont familières a conduit Gilles à formuler cette hypothèse : La lumière ne serait-elle pas l’agent par lequel les astres transforment les choses de ce bas monde ?

Cette hypothèse est combattue par les docteurs parisiens dont Jean Buridan est le chef.

Comme Guillaume d’Auvergne, comme. Gilles de Rome, ils admettent que les actions exercées ici-bas par les corps célestes sont analogues aux actions que les corps de la terre exercent les uns sur les autres ; mais ils ne croient pas que la lumière suffise à transmettre ces actions du Ciel jusqu’à nous ; il leur faut un véhicule qui pénètre-là même où la lumière ne pénètre pas ; à ce véhicule, ils donnent le nom d'influence ( influentia ) .

A cette influence, Jean Buridan fait déjà une courte allusion dans ses Questions sur les Météores d'Aristote, lorsqu'il y traite des marées.

« Il faut remarquer, dit-il \ que le Soleil et les étoiles n’agissent pas par leurs lumières, mais bien par d’autres vertus ; autrement, les étoiles et les planètes n’auraient qu’une vertu bien modique sur les naissances, et sur tous les enfants qui naissent dans des chambres closes, car, à l’heure de la naissance, les

1. Questiones super très primos libros melheororum et super majorem partem quarti a magistro Jo. Buridam. Lib. Il, quæst. III. Utrum mare debeat fluere et refluere. Bibliothèque Nationale, fonds latin, n° 14723, fol. 206, col. b.

436 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

rayons de lumière ne pourraient se propager jusqu’à eux. Bien, donc, qu’au moment de Ja nuit où il franchit le méridien opposé au nôtre (in angulo noctis), le Soleil n’exerce sur nous aucune action calorifique par des rayons lumineux qui nous apparaissent d’une manière que nous puissions observer, il se peut, cependant, que par d’autres influences et en vue d’autres effets, il ait alors une grande force ; on en peut dire autant de la Lune et des autres planètes. »

Albert de Saxe, à son tour, formule 1 cette supposition :

« Le ciel agit sur les corps sublunaires par trois instruments qui sont le mouvement, la lumière et l’influence.

» Le mouvement, d’abord ; on voit, en effet, au premier livre des Météores, qu’il entraîne avec le feu et aussi l’air qui se trouve plus haut que les montagnes les plus élevées.

» La lumière, ensuite, comme l’expérience nous le manifeste, car, par sa lumière, il échauffe les êtres d’ici-bas.

» L’influence, enfin, car dans les profondeurs de la terre, où n’ont atteinte ni le mouvement ni la lumière du Ciel, certains métaux sont engendrés ; or cette génération se fait par l’influence du Ciel, qui est une certaine qualité incorporelle (spiritualis) siégeant dans le milieu ; ainsi en est-il de l’espèce (species) de la couleur blanche ou de la couleur noire, car cette qualité, elle non plus n’est pas sensible par elle-même. »

Albert de Saxe assimile donc cette influence qui transmet ici-bas les actions des astres aux lumières diversement colorées qui peuvent traverser un milieu transparent, et dont la couleur ne devient sensible qu’à la rencontre d’un corps opaque.

La pensée simplement indiquée par Jean Buridan et par Albert de Saxe est plus longuement développée par Thémon le fils du Juif dans ses Questions sur les Météores d'Aristote. C’est pour nous l’occasion de dire quelques mots de cet auteur et de cet ouvrage 2.

En 1349, Thémon le fils du Juif, (Temo Judæi), de Münster, subit devant Maître Henri de Herne de Unna, l’examen de

1. Albkrti de Saxonia Subtilissimœ quæstiones in libros de Cælo et Mundo; lib. II, quæst. XII.

2. On trouvera, sur l’un et sur l’autre, de plus amples ditails dans notre étude Intitulée : Thémon le fils du Juif et Léonard de Vinci (Études sur Léonard de Vinci, ceux qu’il a lus et ceux qui l’ont lu, Irc série, V ; pp. 157-220).

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déterminance ou de baccalauréat. En cette même année, U subit l’examen de licence devant Maître Walter de Wardelaw et fait sa première leçon de maître ès-arts devant maître Dominique de Chivasso.

A trois reprises, le 26 août 1353, le 18 novembre 1355, le 10 février 1356, il est élu procureur de la Nation Anglaise. Le 23 septembre 1357, la Nation lui confie la charge importante de Receveur des droits universitaires.

L’Université envoyait périodiquement au pape un rôle où la situation de ses différents maîtres était relatée. Le 30 septembre 1359, la Nation Anglaise charge Thémon et Henri de Kempen de rédiger la partie du rôle qui la concerne ; à l’unanimité, elle désigne Thémon pour porter ce rôle à Innocent VI, en compagnie des députés que les autres Nations ont élus ou qu’elles vont élire.

Thémon mena sans doute à bien son ambassade auprès du pape, car, bientôt après, nous voyons la Nation Anglaise lui en confier une autre, en des circonstances particulièrement marquantes.

Fait prisonnier à la bataille de Poitiers, Jean le Bon venait d’être rendu à la liberté par le traité de paix de Brétigny, signé le 8 mai 1360 ; l’entrée solennelle du roi à Paris était fixée au 13 décembre de la même année.

Le 3 novembre, après avoir convoqué l’Université entière auprès de l’église Saint-Mathurin, le recteur proposa d’envoyer au pape, en signe de réjouissance, un rôle exceptionnel. Le 10 novembre, la Faculté des Arts et la Nation Anglaise s’assemblèrent, auprès de l’église Saint- Julien-le-Pauvre, pour nommer l’ambassadeur qui remettrait ce rôle extraordinaire aux mains d’innocent VI ; le choix se porta sur le fils du Juif ; en outre, d’un commun accord, les maîtres de la Nation Anglaise ouvrirent à leur élu un crédit de cent écus-Jean. Thémon accepta avec reconnaissance l’honneur qui lui était fait ; pour fêter l’élection dont il était l’objet, il emmena tous les maîtres de la Nation Anglaise à une taverne voisine de l’hôtel du Bon Jean l'apothicaire, et là, largement, on but à ses frais.

Cette joyeuse « beuverie » est le dernier trait de la vie de Thémon que rapporte le Livre des procureurs de la Nation Anglaise. Nous ne relevons plus ensuite, à l’Université de Paris, aucune trace de ce maître.

De Thémon, on ne connaît qu’un seul écrit, des Questions sur

les quatre livres des Météores d'Aristote. Encore, au dire de Nifo 1, le fils du Juif n’avait-ii fait que mettre au jour les leçons d ' Albertillus , c’est-à-dire d’Albert de Saxe : « Albertillus , eu jus quæstiones surit editæ sub nomine Themonis judæi. » Nous ne savons si cette allégation de Nifo est justifiée; mais il est bien certain que la pensée de Thémon s’accorde très exactement, en général, avec celle d’Albert de Saxe ; nous en aurons tout à l’heure un exemple.

Les Questions sur les Météores, composées ou simplement rédigées par Thémon, eurent grande vogue au temps de la Renaissance. Il en existe, à notre connaissance, cinq éditions.

La première ne porte aucun titre, aucun colophon qui fasse connaître le nom de l’auteur, celui de l’éditeur, le lieu et la date de l’édition. D’après l’inspection des caractères qui ont servi à la composer, elle a dû être donnée à Pavie, vers 1490, par Antonius de Carchano.

La seconde accompagne divers traités de Gaëtan de Tiène ; elle porte le titre suivant :

Iiabes solertissime lector in hoc codice libros metheor. Aristotelis Stagirite peripatheticorum principis cam commentariis felicissimi expositoris Gaietani de Thienis noviter impressos : ac mendis erroribusque purgatos. Tractaturn de reactione. Et tractatum de intensione et remissione ejusdem Gaietani. Questiones perspicacissimi philosophi Thimonis super quatuor libros metheoror.

Cette édition ne porte aucun nom d’éditeur ; elle ne mentionne ni date, ni lieu d’impression ; on la croit publiée vers

Une autre édition porte un titre imité du précédent, et que voici :

Gaietanus super Metheo. — Iiabes Solertissime lector in hoc codice libros Metheororum Aristotelis Stagirite peripatheticorum principis cum commentariis fidelissimi expositoris Gaietani de Thienis : una cum duplici translatione videlicet Francisci Vatabli et Antiqua : noviter impressos : ac mendis erroribusque purgatos. — Tractaturn de reactione. Et tractaturn de

1. Augustini Niphi medices, philosophi Suessani, Irt libris Aristotelis meleorologicis commentaria. Ejusdem Generalia commentaria in libro de mistis qui a veteribus quartus meteororum liber inscribitur, et a junioribus meteorologicon dicitur. Anno post partum intemeratœ Virginis, in prælo Brandini et Octaviani Scoti fratruin hæc commentaria curiose cudebantur, Venetiis, MDXL. — A la fin de l’ouvrage, on lit : Finis Salerni, 1523, quinto Aprilis. Foi. 14, col. c.

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intensione et remissione eiusdem Gaietani. — Ques'Anes perspicassimi philosophi Thimonis super quatuor libros melheororum.

Mais cette impression-ci porte un colophon qu en fait connaître le lieu, la date et l’éditeur :

Opuscula hec impressa fuerunt Venetijs nutu ac impenclio heredum quondam nobilis vici domini Octaviani Scoti civis Modoetiensis : ac sociorum. Anno salutis 1522. Die 20 novembris.

Entre temps, dans deux éditions données à Paris, en 1516 et en 1518, chez Josse Bade d’Asche et Conrad Resch, l’écossais Georges Lockert avait joint les Questiones Thimonis in quatuor libros Meteorum aux Questions d’Albert de Saxe sur la Physique, le De Cælo, et Mundo, le De generatione et corruptione, aux Questions de Jean Buridan sur le De anima et sur les Parva naturalia.

Thémon examine l, presque au début de son ouvrage, le fameux axiome d’Aristote : Le monde inférieur est entièrement gouverné par les circulations du monde supérieur. Sa discussion le conduit d’abord à poser cette première conclusion :

« Le Ciel agit sur les choses d’ici-bas si, par Ciel, on entend la cinquième essence et toute partie de cette cinquième essence. »

« Cela, poursuit-il, est manifesté par des expériences. » La plupart des expériences qu’il cite méritent d’être ici rapportées ; elles nous donnent l’inventaire des phénomènes qu’au milieu du xive siècle, on attribuait sans conteste à l’influence des astres.

« Le Soleil, en s’avançant vers nous, produit la chaleur par le moyen de sa lumière ; lorsqu’il s’éloigne, la nuit vient, et le froid avec elle. En outre, sa venue fait croître les plantes, les herbes, les fruits.

» La conclusion est prouvée d’une autre manière à l’aide d’une expérience tirée de la Lune ; nous voyons, en effet, que le flux et le reflux de la mer suit le mouvement de la Lune, comme on le montrera au second livre de ce traité.

» De même, dans le corps des animaux, les humeurs augmentent quand la Lune croît et diminuent quand la Lune décroît.

» Les médecins disent également que les jours critiques se produisent suivant le mouvement de la Lune.

» Voilà ce que nous enseigne l’expérience ; et tout cela ne serait pas si la Lune n’agissait puissamment sur les choses de ce monde.

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