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L’HORREUR DU VIDE

L’impossibilité du vide et l’expérience.

Les Arabes

Pour retrouver l’origine de la théorie de l’horreur du vide, il nous faut remonter, en même temps, jusqu’à l’origine de la science expérimentale ; l’une des expériences essentiellement invoquées par cette théorie est extrêmement ancienne, puisqu’un des Problèmes attribués à Aristote 1 la donne comme étant d’Anaxogore ; mais Anaxagore, si nous en croyons ce même problème ne se proposait nullement de montrer que la nature ne souffre aucun espace vide ; il voulait seulement prouver que l’air est un corps.

A cet effet, il prenait une clepsydre. Ce que les Problèmes d’Aristote disent de ce vase suppose qu’il était de forme allongée ; qu’à sa partie supérieure, il portait un orifice susceptible d’être bouché, sans doute avec le doigt ; qu’à sa partie inférieure, il était percé de plusieurs petits trous.

Si, après avoir bouché l’orifice supérieur, on plonge dans l’eau la partie inférieure du vase, l’eau n’entre pas dans ce vase ; elle n’y peut pénétrer par les petits trous qu’autant que l’orifice supérieur est ouvert. Telle est, d’après les Problèmes, l’expérience qu’ Anaxagore expliquait justement par la présence de l’air dans la clepsydre ; tant que l’air ne peut s’échapper par l’orifice supérieur, il empêche l’eau d’entrer , Anaxagore en concluait que l’air est un corps.

Les Problèmes indiquent diverses expériences qui se peuvent joindre à celle d’ Anaxagore. Tout en maintenant l’orifice supé-

1. Aristote, Problèmes, XVI, 8 (Aristotelis Opéra, éd. Dldot).

122 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIÈCLE

rieur bouché, qu’on couche la clepsydre dans l’eau ; l’eau, alors, y pénétrera sans peine ; tandis, en effet, qu’elle entrera par quelques-uns des petits trous, l’air s’échappera par les autres.

Mais il est une autre expérience qui est la raison même de l’emploi de la clepsydre. Le nom même de clepsydre (xXe^Spa, de xXÉ7ttw, je vole, üSwp, l'eau ) montre assez quel en était l’usage. Le vase, une fois rempli d’eau, on bouchait avec le doigt l’orifice supérieur ; on pouvait, alors, le sortir de l’eau, le transporter où l’on voulait, sans qu’il laissât échapper le liquide qu’il contenait. Cette observation est celle qu’on citera pour démontrer que la nature empêche la formation de tout espace vide.

L’auteur des Problèmes remarque que d’une telle expérience, l’explication n’est pas suffisamment donnée, si l’on se contente, avec Anaxagore, de dire que l’air en est la cause. L’air, sans doute, en est la cause, mais il convient d’indiquer de quelle manière il exerce son action. Voici donc comment il renclcompte de cette observation :

« La cause en vertu de laquelle l’eau ne peut s’écouler quand l’orifice supérieur est bouché est la suivante :

» En pénétrant dans la clepsydre, l’eau en chasse violemment tout l’air qui s’y trouvait contenu ; de cela, nous trouvons la preuve dans le souffle [qui s’échappe de l’orifice] et dans les glous-glous murmurants, dont nous constatons la production dans la clepsydre pendant l’entrée de l’eau. Puis donc que l’eau, en entrant, pousse violemment l’air, elle s’enfonce dans le tuyau de la clepsydre et là, comprimée et serrée, elle adhère sans qu’aucun lien la retienne, à la façon d’une cheville de bois ou d’un clou de cuivre, jusqu’au moment où une force étrangère l’en chasse comme nous chassons un clou. »

C’est précisément çe qui arrive au moment où l’on débouche l’orifice supérieur. A ce moment, l’eau, que son poids sollicite déjà vers le bas, est, en outre pressée par l’air qui entre vivement dans le vase. Il est vrai que l’air extérieur résiste et tend à empêcher l’eau de s’échapper par les petits trous ; mais cette résistance est inférieure à la puissance de l’air, qui pénètre violemment par un orifice étroit et que seconde la gravité de l’eau.

Cette explication, on le voit, n’a point invoqué l’impossibilité du vide ; Je nom même du vide n’a pas été prononcé.

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