Leibniziana, p. l\i. — Cf. Brücker, Op. laud., loc. cit
LA LATITUDE DES FORMES A OXFORD
texte manuscrit du traité qui fut imprimé sous ce titre ; de ce texte, cependant, il existe un exemplaire, à notre connaissance ; cet exemplaire est conservé, sous le n° 6.558, au fonds latin de la Bibliothèque Nationale ; écrit à la fin du xive siècle ou au commencement du xve siècle, ce texte ne diffère que par d’insignifiantes variantes de celui qui fut imprimé vers i48o.
Or, à la fin de ce traité x, le scribe qui l a copié a écrit ceci : « Explicit tractatus datus a Magistro Riccardo de Ghlymi Eshedi. » Plus tard, une autre main a ajouté : « De intensione et remissione jormarum, de actione et reactione, et de velocitate et tarditate motus. ))
Les lettres hly qui figurent dans le mot Ghlymi sont surmontées d’un trait horizontal, indice assuré d’une abréviation. Quel est le nom complet qu’il conviendrait de substituer au mot abrégé Ghlymi P Nous n’avons pu le deviner, et bien d’autres avant nous n’ont pas été plus heureux. Au verso du premier folio (non numéroté), trois lecteurs ont, successivement, reproduit le titre du traité qui allait suivre. Le premier a simplement écrit :
Tractatus de intensione et remissione per Riccardum.
Le second a mis :
De intensione et remissione etc. Riccardi de Ghlymi Eshedi.
Le troisième, plus prolixe, a composé ce titre :
Tractatus de intensione et remissione jormarum, de actione et reactîone, de velocitate et tarditate motus per Magistrum Ghlymum Eshedum cditus.
Les deux derniers ont, d’ailleurs, reproduit le trait horizontal tracé au-dessus des lettres hly.
L’abréviation que ce trait signale, les auteurs du Catalogue des manuscrits latins de la Bibliothèque Royale ne sont pas parvenus, non plus, à l’expliciter, car le manuscrit dont nous parlons est décrit par eux en ces termes : Codex memhranaceus , quo continetur Richardi de Ghlymi Eshedi tractatus de intensione et remissione jormarum, de actione et reactione, de velocitate et tarditate motus. Is codex decimo quarto sæculo videtur exaratus.
A ce traité, donc, il semble que l’auteur n’ait donné aucun titre, et que les premiers lecteurs n’aient pas songé à celui de Calculationes ; de plus, si le prénom de l’auteur était Richard, comme l’ont admis certains imprimeurs, son nom n’était point Swineshead.
i. Bibl. Nat., fonds latin, ms. n° 6.558, fol. 70, col. c.
Cl 4 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIECLE
D’ailleurs, la comparaison de cet ouvrage au traité De primo motore qui, lui, est incontestablement de Swineshead, montre, au premier coup d’œil, que ces deux ouvrages ne sauraient être du même auteur. Le traité de Riccardus de Ghlymi Eshedi porte sur des questions qui, toutes, sont également examinées dans ie traité de Swineshead ; un même auteur n’écrit pas deux livres qui portent si visiblement sur les mêmes objets et qui diffèrent si complètement dans tout le détail de la rédaction. L’œuvre composée par Riccardus de Ghlymi Eshedi appartient à la famille dont le De primo motore de Swineshead, dont la Summa de Dumbleton sont les types ; mais elle semble bien avoir été écrite après les ouvrages de Swineshead et de Dumbleton ; on y peut, en particulier, noter de manifestes emprunts au traité De difjormitate qualitatum de Nicole Oresme ; la lecture du De primo motore et de la Summa ne nous révèle aucun emprunt de ce genre.
D’ailleurs, un juge particulièrement compétent en la matière, Pierre Pomponat, qui, au début du xvie siècle, écrivit, comme nous le verrons, plusieurs traités sur les doctrines de Guillaume Heytesbury et du Calculateur, a fort bien discerné que celui-ci avait dû venir après celui-là : « La seconde raison, et la plus puissante de toutes, dit-il quelque part x, était celle qui a été apportée par le Calculateur, bien qu avant lui (comme je le crois), Hentisberus ait donné cette même raison ; il [le Calculateur] semblait suivre, en effet, un parti qui avait déjà été tenu, tout en étant mû en même temps par des motifs contraires, comme on le pouvait déduire assez manifestement. »
Nous avons tenté de découvrir quelques renseignements au sujet de ce Riccardus de Ghlymi Eshedi dont l’ouvrage, sous le faux nom de Suiseth le Calculateur, était appelé à une si grande vogue ; tous nos efforts ont été vains. A peine osons-nous signaler un rapprochement qui nous semble fort douteux ; la bibliothèque de Charles VI contenait un traité d Astrologie 1 2 intitulé : Summa Eshilde Anglici de judiciis ; faut-il identifier Eshilde et Eshedi?
1. Petui Pomponatii Mantuani Traclatus de reactione, sect. I, cap. XIV (Pétri Pomponatii Mantuani. Tractatas acutissimi, ulilissimi, et mere peripalelici. De intensione et remissione formarum ac de parvitate et magnitudine. De reactione. De modo agendi primarum qualitatum. De immortalitate anime. Apologie libri très. Contradictoris tractatus doctissimus. Dejensorium autoris. Approbationes rationum dejensorti, per Fratrem Chrysostomum Theologum ordinis predicalorii divinum. De riutritione et augmentatione. Colophon : Veneliis impressum arte et sumptibus hæredum quondam domini Octaviani Scoti, civis ac patritii Modeoiiensis : et sociorum. Anno ab incarnatione dominica MDXXV calendis Martii. Fol. 26, col. d).
2. Inventaire de la bibliothèque du Iioi Charles VI ait au Louvre en 1423 par ordre du Régent, Duc de Bedjord, Paris, 1867; p. 187, n° 721.
LA LATITUDE DES FORMES A OXFORD
Clymeton, Dumbleton, Swineshead représenteront, pour nous, 1 opinion de 1 École d Oxford un peu avant le temps où Guillaume Heytesbury y développa la subtile agilité de sa Dialectique ; un écrit anonyme nous fera connaître la pensée d'un disciple de ce logicien.
Sous le titre de Tractatus de sex inconvenientibus , dont l’adaptation au sujet de l’ouvrage nous échappe, cet écrit anonyme a été imprimé ; il l’a été à Venise, en i5o5, en un recueil où se rencontre le Tractatus de latitudinibus formarum inspiré de Nicole Oresme ; nous avons donné plus haut la description de cette édition 1.
Ce n’est pas cette édition, mais deux textes manuscrits, que nous avons consultés.
De ces deux textes manuscrits, il en est un qui nous renseigne plus complètement que l’autre sur l’ouvrage qu’il reproduit.
Ce premier texte se trouve en un recueil de pièces 2 qui ont toutes été composées par des maîtres de l’Université d’Oxford ; vraisemblablement, si l’on en juge par l’orthographe des noms propres, le copiste ou les copistes étaient Anglais.
Dans ce recueil, le traité qui nous occupe n’a pas de titre ; il débute d’emblée 3 par cette question : Utrurn in generatione formarum sit certa ponenda velocitas? En son état actuel, d’ailleurs, il est incomplet ; il s’arrête brusquement au milieu d’une question 4 et l’appel qui suit les derniers mots 5 permet de constater l’absence du cahier qui devait suivre. Mais au moment où le recueil a été constitué, le traité était complet, et le copiste avait composé une table des matières G qui nous en fait connaître le contenu. L’ouvrage entier comprenait onze questions ; en chacune des quatre premières s’inséraient, en outre, sous le titre d articles, des questions subsidiaires qui y formaient comme des parenthèses. Ce que nous possédons aujourd’hui renferme les quatre premières questions et une partie de la cinquième ; ce n’est guère que la moitié de l’ouvrage, puisque ce fragment prend fin