Ms. cit., fol. 85, r° et v
LA LATITUDE DES FORMES A OXFORD
(( Seconde conclusion. Par toute sa latitude, un mouvement uniformément difforme parcourt, en un temps égal, précisément autant que par son degré moyen. On le prouve par la sixième supposition ; celle-ci admet, en effet, que tout mouvement uniformément difforme correspond à un certain mouvement uniforme ; mais il ne correspond à aucun autre qu’à celui qui s’accomplit par le degré moyen. »
Cette question et les deux problèmes qui la suivent ont-ils été rédigés par Svvineshead ? La forme sous laquelle les mentionne la table des cahiers que nous feuilletons semble suggérer cette supposition ; elle ne l’impose pas.
Ce qui n’est pas douteux, c’est le nom de Doutes de Paris par lequel elle intitule ces trois problèmes. Un tel titre ne leur a pu être donné, semble-t-il, que par quelque maître d’Oxford curieux des débats auxquels s’intéressait alors la grande université du continent. Or qu’on discutât ardemment ces trois problèmes à Paris, au milieu du xiv® siècle, cela n’est pas douteux. On peut même faire cette remarque curieuse que, parmi les Questions sur la Physique rédigées par Jean Buridan, il est une question 1 qui réunit les trois Doutes de Paris, et les présente dans l’ordre même où nos cahiers de Philosophie les discutent.
Que les Tria dubia parisiensia aient été ou non rédigés par Svvineshead, ils témoignent de l’intérêt qu’Oxford attachait aux discussions qui s’agitaient à Paris ; mais ils nous montrent, en même temps, que, pour les élégantes méthodes de Nicole Oresme, la Manche était une barrière infranchissable.
F. Le Tractatus de sex inconvenientibus.
Jamais, à l’Université d’Oxford, l’évaluation du chemin parcouru dans un mouvement uniformément varié n’a revêtu la forme si claire et si précise que Nicole Oresme lui avait donnée par l'emploi des coordonnées.
Prenons, par exemple, ce Tractatus de sex inconvenientibus dont l’auteur écrit après Heytesbury et, partant, très certainement après Oresme.
Ce traité appartient à la même famille que le De primo motore de Svvineshead et que la Summa de Dumbleton ; pour nous en
r. Johannis BuniDAM Subtilissime questiones super octo phisicorum libros Aristotelis. Parisiis, i5og. Lib. I, quæst. Xîl : Utrum omnia entia naturalia sint determinata ad maximum. Fol. XV col. c. sqq. — Cf. Chapitre, I et ce Chapitre.
646 LA PHYSIQUE PARISIENNE AU XIVe SIECLE
convaincre, il nous suffira de parcourir la table des matières de l’ouvrage complet, table que conserve un des textes manuscrits de la Bibliothèque Nationale l.
Voici celte table où plusieurs questions principales sont accompagnées d’articles, consacrés à des sujets connexes, qui y sont intercalés :
Prima (juæstio : Utrum in generatione formæ sit certa ponenda velocitas.
Articulus I : Utrum generans tantum loci contribuât quantum formæ.
Art. II : Utrum ex coloribus extremis intermedii generentur colores.
Art. III : Utrum cælestia corpora generent qualitates primarias, lumine medianle.
Secunda (juæstio : Utrum in motu alterationis velocitas sit signanda vel tarditas.
Art. I : Utrum magnes suppositum sibi ferum sufficiat attrahere.
Art. II : Utrum alteratio medii luminosi sit subita in distanti.
Art. III : Utrum quodlibet alterans in agendo repatiatur.
Tertia quæstio : Utrum augmentatum continuum in augendo velocitet motum suum.
Art. I : Utrum rarefactio si possibilis.
Art. II : Utrum rarefactio sit motus ad aliquam quantitatem.
Art. III : Utrum rarefactio sit per rarum et densum.
Quarta quæstio : Utrum in motu locali sit certa servanda velocitas.
Art. I : Utrum velocitatio motus gravis sit ab aliqua causa certa.
Art. II : Utrum velocitas motus sphæræ cujuslibet penes punctum vel spatium aliquod attendatur.
Art. III : Utrum velocitas omnis motus uniformiter difformis incipiens a non gradu sit æqualis suo medio gradui.
Quinta quæstio : Utrum cælum possit suo motu et lumine inferiora corpora transmutare.
Quæstio sexla : Utrum corpora gravia et levia in suis motibus requirant medium.
Quæstio septima : Utrum omne corpus naturale habeat locum naturalem.
i. Bibl. Nat., fonds latin, ms. n° 6.55g, fol. 194, v°.
LA LATITUDE DES FORMES A OXFORD
Quæstio octova : Utrum tempus sit consequens motum.
Quæstio nona : Utrum tempus sit numerus motus secundum prius et posterius.
Quæstio décima : Utrum motus reperiatur in tribus generibus tantum.
Quæstio undecima : Utrum omnis motus sit de contrario in contrarium.
Comme nous l avons dit 1 , les deux textes manuscrits que nous avons eus en main sont incomplets ; l’un 2 3 ne contient que les quatre premières questions ; l’autre s présente, en outre, le commencement de la cinquième question.
C’est la quatrième question qui va, un instant, retenir notre attention .
Le second article est consacré à l’examen de ce problème qui a préoccupé presque tous les Scolastiques d 'Oxford : Que faut-il entendre par vitesse d’un corps animé d’un mouvement de rotation ? L’auteur du Traité des six inconvénients énumère les diverses opinions émises avant lui. Il cite, en particulier, l’opinion de Magister Ricardus de Versellis ou de Uselis : La vitesse du rayon d’un cercle ou d’une portion de ce rayon, en une rotation autour du centre, c’est la vitesse du point milieu du segment qui tourne. Mais il ne regarde pas cette opinion comme démontrée par le maître qui la propose ; il lui préfère la position prise par Maître Thomas Bradwardine en son Tractatus de proportionibus : La vitesse du corps animé d’un mouvement de rotation, c’est la vitesse du point de ce corps qui se trouve le plus éloigné de l’axe.
La solution que l’auteur du Traité des six inconvénients a donnée de Ce premier problème contraste avec celle qu’en son troisième article, il va donner de cet autre problème : « La vitesse de tout mouvement local uniformément difforme est-elle équivalente à son degré moyen ? ))
Celui qui voudrait saisir la différence extrême qui distingue, à cette époque, la Logique d’Oxford de la Logique de Paris ne pourrait rien trouver de plus propre à son objet que la comparaison entre ce que le Tractatus de sex inconvenientibus écrit de ce problème et ce que le Tractatus de difformitate qualitatum en a dit. L’argumentation du premier de ces traités n’est qu un pitoyable entassement de sophismata. Elle prend pour point de départ ce
i. Voir p. 6i5.
a. Bibl. Nat., fonds latin, ms. n° 6.527.