Ms. cit., loc. cit
DUHEM — T. III. 18
sera de même des autres, par ordre. Dès lors, c’est le plus grand orbe qui se mouvra le plus vite. »
Cette dernière raison sent plus l’inspiration de Macrobe 1 que celle d’Alpétragius ; et l’on peut même se demander si l’auteur latin n’a pas, plutôt que l’auteur arabe, suggéré tout ce qui vient d’être rapporté. Pour commenter la Métaphysique d’Aristote à la Faculté des Arts de Paris, Maître Roger Bacon emprunte peut-être une bonne part de sa Science astronomique aux auteurs que consultaient déjà les écolâtres de Chartres, à Chalcidius et à Macrobe.
Aux raisons qui viennent d’être énumérées, notre auteur oppose les réponses suivantes :
Dans le mouvement diurne, tous les orbes ont même vitesse angulaire ; les orbes supérieurs, qui sont les plus grands, décrivent donc en effet, dans un même temps, des chemins plus longs que les orbes inférieurs.
Par leurs mouvements propres, au contraire, les orbes planétaires ont une vitesse angulaire d’autant plus grande qu’ils se trouvent situés plus bas et sont plus petits.
« Certains prétendent, cependant, que, par leur mouvement propre, toutes les planètes sont d’égale vitesse; mais les orbes inférieurs, à cause de leur petitesse, achèvent plus vite leur révolution.
» Il faut remarquer ceci : De même que le souverain Ouvrier de toutes choses a décoré le premier orbe d’une multitude d’étoiles et d’un seul mouvement, de même a-t-il décoré les orbes inférieurs de plusieurs mouvements et d’un astre unique. En outre, l’ornement qu’il avait conféré aux orbes des planètes supérieures par la grande vitesse du mouvement commun, il l’a compensé, pour les orbes inférieurs, par la vitesse du mouvement propre. »
De nouveau, dans ce passage, nous reconnaissons des pensées issues du traité Du Ciel.
Dans sa seconde série de questions sur la Physique d’Aristote, et à propos du huitième livre de cet ouvrage, Bacon trouve occasion de parler de nouveau d’Astronomie et de nous montrer que, depuis le temps où il commentait la Métaphysique, il a enrichi sa connaissance des mouvements célestes.
Il semble, tout d’abord, qu’il ait relu la Métaphysique et qu’il ait prêté plus d’attention au chapitre où se trouve décrite l’Astronomie d’Eudoxe, de Calippe et d’Aristote. Il sait maintenant que
i. Voir : Première partie, Ch. XI, § VII; t. II, pp. 1 64- * 65 .
l’astronomie des séculiers
les sphères homocentriques requièrent, pour les mouvoir, ;iu moins cinquante intelligences1.
En outre, nous voyons que notre maître ès arts a pris une connaissance exacte du mouvement de précession des équinoxes. Il se plaît à en parler à plusieurs reprises.
Il en parle, une première fois, à propos de cette question2 : L’intelligence qui meut un ciel est-elle, elle-même, mobile ? Il écrit à ce sujet : « Aristote dit que les moteurs des orbes inférieurs se meuvent par accident, c’est-à-dire par suite du mouvement du premier mobile. Or la huitième sphère a, au-dessus d’elle, une autre sphère, la neuvième, qui se meut également ; il semble donc que l'intelligence motrice [de la huitième sphère] soit mue par accident.
» Que la huitième sphère soit ainsi mue par suite du mouvement d’une sphère plus élevée, c'est prouvé par les astronomes et par d’autres. Le firmament, en effet, par mouvement propre, se meut d'un degré en cent ans ; mais, d’autre part, en un jour naturel, il se meut autour de la Terre, d’Orient en Occident, et cela non par mouvement propre, mais par mouvement d’entrainement; le ciel des étoiles fixes, en effet, est entraîné par le mouvement de la neuvième sphère, et il entraîne avec lui tous les autres orbes ; c’est ce que nous aurons à expliquer plus à plein au second livre Du Ciel et du Monde.
Plus loin, Bacon a affaire à l’opinion, si favorablement reçue par Guillaume d’Auvergne, qui, au-dessus de tous les orbes mobiles, requiert un ciel immobile. Parmi les raisons qu’il énonce en faveur de cette opinion, il en est une qui nous semble bien digne d’intérêt, encore que présentée confusément ; elle reprend, en effet, une supposition que Proclus avait déjà faite 3, que Campanus de Novare soutiendra bientôt : Ce ciel immobile est nécessaire à titre de lieu de l’Univers, de terme auquel se puissent rapporter tous les mouvements.
Voici ce qu’écrit Bacon à ce sujet4 :
« Nous percevons le mouvement des planètes à l’aide d’un corps céleste qui se trouve au-dessus des orbes planétaires. Semblablement, donc, puisque nous percevons le mouvement du firmament
1. Ms. cit., fol. 72, col. b, à propos de celle question : (Juœritur qualité/reclucit omnes motus ad unurn motorem.
2. Ouœritur de motore cœli conjuncto , cujusmodi est intellujentia, an moveatur. Ms. cit , fol. 72, col. b.