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SAINT JEAN DAMASCÈNE

Le milieu du xue siècle, époque que la composition du De imagine 7nundi n’a vraisemblablement pas excédée, est aussi l’époque où les Chrétiens d’Occident ont connu le principal ouvrage de Saint Jean Damascène, 1’ Exoocnç àxpiëvjç rr^ opQoS^ow Y Exposition détaillée de la foi orthodoxe <

On sait peu de choses de la vie de Jean de Damas-. Son surnom, toutefois, nous fait connaître sa patrie. Un pamphlet qu’il a écrit contre Constantin Copronyme, après le concile que Gopronyme présida en 754, nous apprend que sa vie s’est prolongée au delà du milieu du vme siècle ; c’est donc aux années qui avoisinent 750 qu’il nous faut attribuer la composition de ses écrits, sans qu'il nous soit possible d’en marquer le temps avec Une plus grande précision.

Saint Jean Damascène semble donc avoir été presque contemporain du Vénérable Bède, un peu plus jeune, cependant, que ce dernier.

Si l’on compare la science de l’auteur grec à la science de l’auteur latin, elles paraissent à peu près équivalentes. Et, tout d’abord, il semble naturel qu’il en soit ainsi, puisqu’elles sont du même temps. Mais si le temps où écrit Jean Damascène est le même que celui où écrit Bède, les lieux et les circonstances offrent une singulière différence . Celui-ci vit aU fond d’un monastère de Bretagne ; la science antique ne lui est connue que par les minces fragments qu’a ramassés Isidore de Séville et par la prolixe et médiocre Histoire naturelle de Pline. Celui-là voit autour de lui la civilisation byzantine ; les chefs-d'œuvre de la Science grecque sont rédigés dans la langue dont il use, il peut aisément se les procurer et les lire. Et cependant, s’il faut établir une préférence entre l’œuvre du Breton et l’œuvre du Damascène, c’est assurément celle-là qu il faut placer avant celle-ci. Moins complète que la Physique de Bède, la Physique de Jean de Damas se montre absolument privée de ces aperçus originaux, de ces réflexions personnelles qui, de temps à autre, éclairent dune lueur la pâle science des Pères de l’Eglise ou du Prêtre de W earmouth; elle n’est plus qu’un résumé desséché et vidé de toute pensée. La Physique de Bède, assurément, est encore enfantine; mais parmi ses ignorances et ses naïvetés, nous percevons la

l’aSTEONOMIE L\TINE AU MOYEN AGE

curiosité déjà éveillée des peuples nouvellement venus à la civilisation, leur désir ardent de connaître et d’expliquer les phénomènes naturels ; nous devinons les premiers essais d’une intelligence qui, de siècle en siècle, va prendre plus d’ampleur et plus de force. La puérilité qui se marque en la Physique de Jean Damascène n’est plus celle de la jeunesse encore ignorante ; elle est celle de la vieillesse qui a oublié ; la pensée hellène meurt.

Si aride que soit ce résumé de science que Jean Damascène a composé, il n’est pas toujours aisé de préciser quelle doctrine y est contenue ; les obscurités, en effet, y abondent et les contradictions n’y sont point rares. Essayons, cependant, de dire clairement ce que l’auteur pensait des choses de l’Astronomie.

Parmi les cieux, il affirme l’existence d’un firmament \ d’un ciel solide («nrspéiopa) ; il l’identifie à la sphère sans astre que les savants étrangers au Christianisme, ceux qu’il nomme les sages du dehors (oi eçto aocpoi) placent au-dessus de la sphère étoilée pour expliquer le mouvement diurne ; en cela, ils font leurs, déclare notre auteur, les enseignements de Moïse ; il est, ici, l’écho de Jean Philopon.

Au-dessus du firmament, il y a des eaux; qu’il se rencontre des difficultés à concilier l’existence de ces eaux célestes avec les principes de la Physique admise en son temps, que les Pères de l’Église se soient préoccupés de ces difficultés, Jean Damascène ne parait pas en avoir cure.

Au-dessus des eaux, place-t-il encore un autre ciel ? Certains de ses propos pourraient le faire croire ; ils sont trop vagues pour qu’on les puisse interpréter en ce sens avec quelque certitude.

Le firmament tourne d’Orient en Occident en un jour. Quel est le mouvement propre du ciel étoilé ? Notre auteur n’en parle pas. Il nous dit seulement que le mouvement du firmament entraîne les cieux des sept astres errants, en même temps que chacun de ces astres tourne, d’Occident en Orient, d’un mouvement plus lent; chacun des sept astres errants se trouve, d’ailleurs, dans un orbe spécial du ciel.

Ces orbes sont formés d’une substance très subtile « analogue à la fumée ». Cette substance, d’ailleurs, n’est pas immuable et inaltérable ; de même que les cieux ont été engendrés, de même ils vieilliront, sans être cependant détruits.

Dans la concavité des cieux, plaçons maintenant les quatre élé-

i. Sancti Joannis Damasceni De Jide orthodoxa lib. II, capp. VI, VII et IX ; (Datroloyiœ grœcœ, accurante J. -P. Migne, tomus XC1V, coli. 879 880, 883- 884 et 901-902 j.

L INITIATION DES BARBARES

ments, et nous connaîtrons toute la très pauvre Cosmographie de Saint Jean de Damas, plus pauvre, assurément, que celle dont Isidore de Séville instruisait les Visigoths.

La Chrétienté latine n’a connu que fort tard l 'Exposition de la foi orthodoxe. Le texte grec fut traduit pour la première fois, au temps du pape Eugène III (1145-1153) par un certain Burgundion, pisan et préfet de Frédéric Barberousse. Mais le traité de Jean de Damas fut aussitôt reçu comme un écrit de grande autorité ; c’est ainsi que nous le trouvons cité1 au livre des Sentences de Pierre Lombard ; or, évêque de Paris de 1159 jusqu’à sa mort, survenue en 1164, Pierre Lombard dut rédiger ses Sentences fort peu d’années après que Burgundion eut mis en latin F ’ExSoonç ■zî)ç op6oS6£ou TÛo-Teüjç. Le Maître des Sentences parle même * de Saint Jean Damascène d’une façon qui marque en quelle estime il le tenait : « C’est pourquoi Jean Damascène, le plus grand parmi les Docteurs grecs, dit au livre qu’il a composé sur la Trinité, livre que le pape Eugène III a fait traduire... ». Josse Clichtove, dans la préface qu’il a mise, en 1512, avant la traduction du traité De fide orthodoxa faite par Lefèvre d’Etaples, va jusqu’à émettre l’hypothèse que Pierre Lombard avait eu, en composant ses Sentences, l’intention d’imiter l’ouvrage de Jean Damascène.

Le Maître des Sentences, lorsqu’il a eu à parler de Physique, n’a rien emprunté, nous le verrons, aux très pauvres renseignements que Saint Jean de Damas lui apportait au sujet de cette science ; mais au xni® siècle, ces renseignements ont été maintes fois invoqués dans la Summa d’Alexandre de Halés, au De proprielatibus rerum de Barthélemy l’Anglais, au Spéculum naturale de Vincent de Beauvais.

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