Un fragment inédit . . p
2. Un fragment inédit. . ., pp. 99-107. — Liber sec and us cu/nrnunium naturalium , éd. Steele, pp. 4'8-423.
3. Un fragment inédit..., pp. 107-108.— Liber secundus communium nul tirai ’ium, éd. Steele, pp. 423-4a4.
J? ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN ACE
présente, avec beaucoup d’ordre et de clarté, tous les piincipes essentiels
« Maintenant que nous avons vu, poursuit l’auteur de Y O pus tertium ", quelles sont les opinions, aussi bien de Ptolérnée que d’Alpétragius, touchant les qualités des mouvements célestes, il nous reste à examiner certains doutes qui subsistent de part et d’autre. Nous examinerons donc, en premier lieu, les doutes relatifs à l’opinion de Ptolérnée. »
La première question qu examine Bacon 3 est celle-ci . Convientil, à l imitation de Ptolérnée, d’admettre qu’il y a, dans les cieux, deux mouvements principaux en sens contraire l’un de 1 autre, l’un dirigé d’Orient en Occident, l’autre d’Occident en Orient ?
Contre l’opinion de Ptolérnée, et en faveur de l’hypothèse qui oriente dans le même sens toutes les rotations des orbes célestes, militent, tout d’abord, les diverses raisons invoquées par Alpétragius : unité du moteur du Ciel, simplicité de la substance céleste, nécessité, pour les divers orbes, d’avoir un mouvement d autant plus lent qu’ils sont plus éloignés du premier moteur. « Mais, semble-t-il, ce qui donne le plus de vraisemblance à l’opinion que les mouvements célestes ne sont pas dirigés en des sens différents les uns des autres, c’est ceci : Tout ce qui apparaît dans le ciel peut être aussi bien sauvé en admettant que les mouvements célestes sont tous dirigés dans le même sens qu’en les supposant dirigés en des sens différents ; et, dans toutes les questions de Physique, il vaut mieux supposer la simplicité et l’unité que la composition et la pluralité, toutes les fois que ni le sens ni la raison ne s’opposent à cette simplicité. » Bacon use ici, pour combattre le système de Ptolérnée, du principe de Philosophie naturelle que Ptolérnée semble avoir reconnu et proclamé le premier : Les hypothèses doivent être choisies de telle sorte que les apparences soient sauvées de la manière la plus simple.
Ces raisons, et plus particulièrement la dernière, conduisent Bacon à la conclusion suivante :
u L’opinion la plus probable consiste à supposer qu’il existe un seul premier mouvement et que tous les mouvements celestes se font dans le même sens ; la raison, en effet, s’accorde plus volontiers avec cette opinion que le sens ne contredit pas.
1 Un /raffinent médit..., pp. 108 ii3. — Liber secundus communium nulu*
ruliurn, éd. Steele. pp. 424-429. .
2 Un fragment inédit. . ., p. 1 1 4- — Liber secundus corn/nuniurn naturaliurn,
éd. Steele, p. 429
3. Un fragment inédit..., pp. 114*119 — Liber secundus commumu/n natu ruliurn, éd . Seele, pp. 429-433.
L ASTRONOMIE DES FRANCISCAINS
» Ce qui précède nous montre clairement comment Ptolémée se trompait en prenant le seul sens pour guide.
» L)e même, ce qu’Aristote dit des sens divers en lesquels sont dirigés, d'une part, le mouvement du premier mobile et, d’autre part, le mouvement des planètes, doit être regardé comme erroné ; ou bien il faut comprendre qu’Aristote parlait selon l’apparence ou selon 1 opinion reçue communément par les astronomes de son temps; ceux-ci, comme Ptolémée, tenaient seulement compte de 1 apparence sensible. »
Si Bacon accueille volontiers, en faveur de l’opinion qu’il croit probable, les raisons qui lui paraissent sensées, il n’hésite pas à traiter sévèrement les raisons qu’il juge absurdes :
« Pour démontrer qu’il n’y a pas, dans le ciel, de mouvements dirigés en des sens différents, certains arguent d’une raison qui est sophistique, mais qui, pour eux, est difficile à résoudre. Si un orbe, inférieur au premier, est mû vers l’Orient tandis que le premier mouvement l’entraîne vers l’Occident, ces deux mouvements proviendront de vertus contraires ; ces vertus, donc, seront ou égales, ou inégales ; si elles sont égales, les deux mouvements en sens contraire seront égaux ; il faudra alors que l’orbe demeure en repos ou bien qu’il se trouve simultanément en deux lieux différents ; si elles sont inégales, l’orbe se mouvra du mouvement que lui communique la vertu la plus puissante, bien qu’avec une vitesse moindre; il se mouvra donc en un seul sens. »
Eu ces sophismes, nous reconnaissons ceux auxquels Guillaume d’Auvergne attribuait une valeur démonstrative 1 ; Bacon montre fort bien que les promoteurs de semblables objections n’ont pas compris le sens de ces mots : Un même orbe est entraîné, en même temps, par deux mouvements en sens contraires.
« Lorsque nous disons qu’un corps céleste ou que quelque mobile pris ici bas est mû, à la fois, de plusieurs mouvements, il faut savoir ou que nous disons une erreur, o.u que notre discours doit être pris comme ayant rapport à plusieurs moteurs et au mouvement que chacun d’eux communiquerait au mobile, s’il le mouvait séparément et à part des autres. Lorsque le mobile, en effet, reçoit une vertu qui est formée par la composition des vertus de plusieurs moteurs, le mobile ne se meut pas du mouvement que causerait l’un de ces moteurs, ni du mouvement que causerait un autre de ces moteurs, mais d’un mouvement qui est différent de tous ceux-là et qui est, pour ainsi dire, composé d’eux
i. Voir : Seconde partie, Chapitre V, § IV ; ce vol., p. 253.
L ASTRONOMIE LATINE At) MOYEN AGE
tous. Ainsi, sauf le premier orbe, n’y a-t-il aucun corps céleste qui soit mû de mouvement circulaire, à moins qu’on entende cette affirmation au sens qui vient d’être défini, car tout corps céleste est mû de plusieurs mouvements [circulaires] effectués sur des pôles différents. Bien plus ! Toute planète, toute étoile fixe, décrit non pas un cercle, mais des spires ; la figure ainsi décrite est nommée par les iVrabes leuleb, » selon le texte manuscrit qui nous a gardé ce fragment de YOpus tertium *, et lealeth, selon la copie des Communia naturalium conservée à la Bibliothèque Mazarine . Albert le Grand donnait3 *, à cette même spirale, les noms de laulab et de lenbech, qui sont évidemment les deux mêmes noms diversement déformés par les copistes.
L’argumentation qui vient d’être exposée par Bacon vise aussi bien le système des sphères homocentriques d’Aristote que le système des excentriques et des épicycles de Ptolémée. D’autres objections visent exclusivement ce dernier système.
Ces objections sont celles d’Averroès; Bacon les fait connaître avec la précision et la clarté qu’il a su mettre en toute cette discussion. Il montre, en même temps, que certaines objections ne sont pas fondées ; l’uiic d’elles « se résout aisément si l'on fait mouvoir l’orbe excentrique autour de son propre centre, et non point autour du centre du Monde» ; cette remarque, toutefois, ne supprime pas toute difficulté.
Mais l’argumentation d’Averroès va se trouver singulièrement affaiblie par les considérations que Bacon se propose maintenant de nous faire connaître. « Avant d’argumenter contre l’hypothèse des corps épicycles, il nous faut, dit-il 5, examiner une certaine imagination que les modernes ont créée afin d’éviter les inconvénients susdits et de sauver les apparences à l’aide des excentriques et des épicycles.
Qu’est-ce que cette ymagmalio modernorum dont YOpus tertium va nous entretenir ? Ce n’est point autre chose que l’agencement d’orbes solides conçu par Ptolémée et repris par Ibn al Haitam. Pour nous en donner une idée nette, Bacon choisit deux exemples caractéristiques ; l’exemple du Soleil nous montre 6 comment sont
i. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° io 264, fol. ,200, r<>.
2 . Bibliothèque Mazarine, ms. n° 3.570, fol. 126, co1 *. c. — Ed. Steele, p. 433.
3. Voir : Première partie, Ch. XI, § IV ; t,. II, p. 137, note 1.
f\. Un fragment inédit. . ., pp. 119-125. Liber secundus commuai um natura-
liu/n, éd Steele, pp. 433-437. .
5. Un fragment inédit..., p. « a5 . Liber secundus communiu/n naturalium,
cd. Steele, pp. 437-438.
6. Un fragment inédit..., pp. 125-128. Liber secundus communium naturalium, éd. Steele, p. 438.
l'astiionoMiè dës franciscains 4H3
emboîtés les divers orbes d’un astre qui décrit un excentrique sans épicycle ; l’exemple de la Lune 1 nous apprend à combiner les divers corps célestes qui font mouvoir un astre sur un épicycle dont le centre parcourt un excentrique.
Le nom même d imagination des modernes que Bacon donne à ce mécanisme nous montre que ces combinaisons d’orbes solides emboîtés les uns dans les autres avaient apparu depuis peu chez les astronomes latins, et que ceux-ci les regardaient comme une nouveauté ; en effet, nous n’avons rencontré, à cette figuration mécanique des mouvements célestes admis par le système de Ptolémée, aucune allusion ni dans les écrits des astronomes chrétiens qui ont précédé Bacon 2, ni dans les traités composés par Bacon avant ÏOpus teriium.
Quelques remarques méritent d’êtro faites au sujet do la forme
sous laquelle Bacon présente les agencements d’orbes solides proposés par Ptolémée aux Hypothèses des planètes.
1 . Un fragment inédit. . ., pp. i28-i3i . Liber secundus comrnuniurn naturulium,é d. Steele, pp. 438 43<J.
2. On trouve, il est vrai, certaines allusions fort nettes à ce mécanisme en des Conc/usiones planetarum qui sont, parfois, attribuées à Campanue de Novare mais nous étudierons plus loin (Oh. IX) ces Conclustones et nous verrons qu'elles sont assurément très postérieures au temps Où vivait Campions; nous reconnaîtrons, en outre, qu’elles sont très certainement d’un auteur soumis à l’influence de Bacon.
DUHEM. — T. III-
L ASTRCLNOMlli latine au moyen AC. b
En premier lieu, nous savons que, dans YOpus majus , bacon exposait, d’après Al Fergani, la méthode qu ont suivie la plupart des astronomes arabes pour déterminer la distance des divers corps célestes au centre du Monde. Il imagine donc les orbes des divers astres de telle manière que cette méthode demeure valable. C est pourquoi il a soin de placer (fig.19) les deux surfaces sphériques S et t , concentriques entre elles, qui bornent 1 orbe déférent D, à une distance l’une de l’autre qui soit exactement égale au diamètre de l’astre, s’il s’agit du Soleil, et au diamètre de la sphère épicycle E, s’il s’agit de la Lune ou d’une planète. C’est pourquoi aussi cet orbe déférent, en son point N le plus éloigné du centre, est exactement tangent à la surface sphérique S, concentrique au Monde, qui borne extérieurement le ciel de l’astre, tandis qu en son point M le plus rapproché du centre du Monde, cet orbe déférent touche la surface sphérique a- qui borne intérieurement le ciel de 1 astre ; l’orbe déférent est ainsi compris entre deux autres corps ; le corps extérieur A a une épaisseur nulle en un point N situé sur le rayon
vecteur qui va du centre du Monde à l’auge de l’astre ; le corps intérieur a a une épaisseur nulle en un point M situé sur le rayon vecteur qui va du centre du Monde à l’opposé de l’auge.
l’astronomie des franciscains
En second lieu, il a soin de préciser1 2 que lepieycle est « un corpuscule qui a une convexité, mais pas de concavité»; c’est donc, pour lui, une sphère pleine ; certains auteurs en feront une sphère creuse, de même épaisseur que la planète, et, dans la cavité entourée par cette couche sphérique, ils placeront une masse sphérique de substance céleste ; cette masse prendra part au mouvement de 1 orbe déférent, mais point à la rotation de l’épicycle autour de son propre centre.
Quel jugement Bacon va-t-il porter sur cette « imagination des modernes ? »
« 11 ne semble * pas que, de cette imagination résulte aucun des inconvénients susdits », c est-à-dire des inconvénients objectés par Averroès au système des exentriques et des épicycles ; « et, cependant, à l aide de ce procédé, on parvient à sauver l’apparence comme l’enseigne Ptolémée...
» Mais ceux que réjouit une telle imagination, croyant avoir éclairci, par là, la possibilité des cercles et des mouvements que suppose Ptolémée, montrent quelle est leur propre ignorance de ces mouvements. »
Des objections que Bacon va, en dépit de ces mécanismes imaginés par les modernes, accumuler contre le système de Ptolémée, il en est que l’Astronomie des Hypothèses ne peut éviter, mais que ses partisans ne regardent pas comme valables. Bacon remarque 3 que les deux corps entre lesquels chaque déférent est compris ont, en leurs diverses parties, une épaisseur inégale ; or, dit-il, « les physiciens nient qu’une telle difformité puisse se rencontrer dans les corps célestes, et cela à cause de leur simplicité et de leur homogénéité ». 11 pense également « qu’il ne convient pas de suppose»- un corps céleste dénué de tout mouvement qui lui soit propre ; mais c’est ce que suppose ladite hypothèse, car les orbes partiels doivent nécessairement demeurer en repos ou se mouvoir d’un même mouvement qui leur soit commun avec l’orbe tout entier ». Depuis longtemps, ces objections avaient été faites à l’encontre des corps intermédiaires imaginés par Thâbit ben Kourrah.
D’autres objections semblent prouver que Roger Bacon avait eu
1. Un fragment inédit..., j>. 128. — Liber secundus comrnuniurn naturuliu/n, éd . Steele, p. 438.
2. Un fragment inédit .. ., p. 1 3 1 . — Liber secundus eommiâiium naturalium, éd. Steele, pp. 438-43g.
3. Un fragment inédit..., p. i33. — Liber secundus comrnunium naturalium, éd. Steele, p. 44°.
^ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AOE
en mains un exposé incomplet du système proposé par les Hypothèses et suivi par Ibn al Haitam, ou bien qu il avait mal compris cet exposé. Il objecte, en effet, à ce système, la complexité des mouvements de Mercure et de la Lune, alors que les Hypothèses des planètes et le Résumé d' Astronomie avaient montré quels orbes il convenait d’introduire pour rendre compte de cette complexité ; il objecte le mouvement des auges des planètes, identique à celui de la huitième sphère, alors que ce mouvement est si naturellement représenté par le mécanisme qu’a combiné Ptolémée.
D’autres objections, enfin, visent certaines suppositions du système de Ptolémée, qui sont parfaitement conciliables avec les agencements d’orbes solides imaginés par les Hypothèses et par Alhazen, sans être, d’ailleurs, nécessitées par ces agencements.
C’est ainsi que Bacon juge 1 inadmissible les mouvements oscillatoires qu’en YAlmageste, Ptolémée impose aux épicycles des planètes ; seuls, des mouvements de rotation toujours dirigés dans le même sens lui paraissent compatibles avec les principes de la Physique. Dans ses Hypothèses des planètes , Ptolémée attribuait aux épicycles des mouvements qui eussent pu satisfaire aux exigences de Bacon ; mais il est probable que celui-ci ne lisait pas les Hypothèses des planètes ; ces Hypothèses , au Moyen Age, paraissent être demeurées inconnues des astronomes. Du moins eût-il été logique qu’il admît la théorie de l’oscillation des épicycles proposée par YAlmageste, puisqu’il reçoit avec admiration le mouvement tout semblable que le Tractalus de molu octavev sphæræ attribue à la sphère des étoiles fixes.
Enfin, l’auteur de YOpus tertium dresse, contre l’hypothèse de l’épicycle solide, imaginée par les modernes, une très forte objection que nul, à notre connaissance, n’avait proposée avant
lui.
Aristote et, à sa suite, tous les Péripatéticiens ont admis que toute planète est invariablement liée à son orbite, quelle y est fichée comme un élou dans une roue ; une planète n’a donc aucun mouvement propre ; elle se meut seulement c-jf^eêrixôî, per aceidens, entraînée par le mouvement de son orbite.
De cette proposition, la Lune fournit une démonstration palpable ; entraînée dans la révolution d’un orbe concentrique à la Terre, elle doit tourner vers nous toujours le même hémisphère ; aussi la tache qui s’y dessine garde-t-elle toujours le même
aspect.
Un fragment inédit..., p. i3/,. - Liber secundus commuai um nalura -
Hum, éd. Steele, pp. 440 44i .
l’astronomie des franciscains
Cette observation, que la Lune garde toujours même figure, était une heureuse confirmation des suppositions d’Aristote ; elle contrarie singulièrement les suppositions des Hypothèses et d’Ibn al Haitam. Si la Lune est fixée dans l’orbe de son épicycle comme le chaton à la bague, la rotation de cet épicycle, doit présenter successivement à la Terre toutes les parties de la Lune. Telle est la difficulté que Bacon formule en ces termes 1 :
« Il résulte de ladite imagination que ce n’est pas toujours la même partie du corps d'une planète qui est tournée vers la Terre ou, en d’autres termes, vers notre regard. Or, Aristote prouve le contraire au moyen de la Lune, dont la tache nous apparaît toujours sous la même figure... Cet inconvénient ne peut être évité, à moins que nous n’attribuions à la planète un mouvement propre autour de son centre, ce qui est contraire à ce qu’ Aristote enseigne au livre Du Ciel et du Monde. »
Ainsi les orbes solides combinés par les modernes ne font évanouir certaines des difficultés opposées par Averroès au système des épicycles et des excentriques qu’en faisant surgir de nouveaux inconvénients.
Toute cette discussion va-t-elle conduire Bacon à rejeter le système de Ptolémée pour embrasser l’opinion d’Alpétragius ? Nous n’avons encore entendu que l’une des parties en cause ; il est temps d’entendre l’autre.
« Bien que ce6 objections semblent détruire l’Astronomie de Ptolémée *, il existe des raisons expérimentales, difficiles à réfuter, qui confirment cette Astronomie touchant la supposition des épicycles et des excentriques.
» L’une de ces raisons se tire de la non -uniformité des mouvements des planètes ; c’est de cette raison que Ptolémée a fait usage pour mettre en évidence l’existence des excentriques et des épicycles...
» Un autre argument, plus difficile à réfuter, peut être invoqué dans le même but ; un même astre errant est tantôt plus rapproché de la Terre et tantôt plus éloigné. »
Ce changement de distance d’un même astre errant à la Terre « peut être montré par diverses raisons expérimentales ».
La Lune, passant au méridien, a un diamètre apparent tantôt plus grand et tantôt plus petit.
1. Un fragment inédit..., pp. i3a-i33. - Liber secundus commuai uni natu-
ralium, ed. Steele, p. 44o. .
2. Un fragment inédit. . ., pp. i3/,-i37. - Liber secundus corn muni uni natu-
ralium, id. Steele, pp. 44o-443.
l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE
« On le voit encore par les éclipses de Lune. La Lune se trouvant à la même distance du nœud et, partant, à la même distance de l'axe du cône d’ombre de la Terre, ou même se trouvant au nœud et, partant, rencontrant l’axe même de l’ombre, demeure tantôt plus longtemps et tantôt moins longtemps dans l’ombre ; cela ne peut avoir d’autre cause que la largeur de l’ombre que la Lune doit traverser, largeur plus grande dans le premier cas que dans le second ; et comme l’ombre a la figure d'un cône dont la Terre est la base, il faut que la Lune soit plus rapprochée de la Terre lorsqu’elle traverse une ombre plus large, et plus éloignée lorsqu’elle traverse une ombre plus étroite.
» Mais cette raison pourrait être sauvée en invoquant le mouvement non-uniforme de la Lune, mouvement qu'Alpétragius sauve également, sans admettre ni excentrique ni épicycle ; aussi, de la grandeur variable de l’éclipse peut-on tirer une autre raison plus difficile à éviter ; en effet, la Lune se trouvant à la même distance du nœud et, partant, de l’axe du cône d’ombre de la Terre, il arrive que la partie éclipsée du corps de la Lune est tantôt plus grande et tantôt moindre ; il semble impossible que cela se produise sinon par l'effet de la proximité plus ou moins grande de la Lune à la Terre ».
Enfin, à qui rejetterait toutes ces raisons, il en resterait encore une à proposer « que peut soumettre à l’épreuve du témoignage de ses yeux non seulement celui qui est expert en Philosophie, mais encore celui qui est ignorant et inexpérimenté ». Les trois planètes supérieures sont d’autant plus grandes qu’elles sont plus près d’être en opposition avec le Soleil, d’autant plus petites qu’elles sont plus près de se conjoindre, à lui. « Ce changement dans la grandeur de chacune des trois planètes est surtout apparent pour Mars... ; il l’est moins pour Jupiter... et moins encore pour Saturne ». Cette variation du diamètre apparent ne peut s’expliquer que par une variation de la distance entre la planète et la Terre.
Ces diverses raisons tirées de l’expérience et favorables au système de Ptolémée terminent la longue discussion dans laquelle Bacon a mis ce système aux prises avec l’Astronomie d’Alpétragius. Cette discussion, en effet, n’a pas de conclusion ; après avoir été minutieusement et complètement plaidée par les deux parties, la cause demeure en suspens ; aucun jugement n’est rendu. A la fin de YOpus ter tin m , Bacon retrouve la même incertitude qui le faisait hésiter lorsqu’il rédigeait T Opus minus ; il ne paraît pas qu’en sa raison, cette incertitude ait jamais fait place à une
[/astronomie des franciscains
pleine adhésion soit à l’Astronomie d’Alpétragius, soit à l’Astronomie de Ptolémée.
Comme son inaitre Robert Grosse-Teste, comme son contemporain Thomas d'Aquin, Bacon est demeuré, pendant toute sa vie, suspendu entre le système de Ptolémée et le système d’Alpétragius. Aussi bien que Robert de Lincoln ou que Thomas d’Aquin, il connaît les observations par lesquelles on prouve la distance variable des astres errants à la Terre ; il sait donc que le système des sphères homocentriques est indéfendable ; et cependant, escomptant toujours quelque découverte impossible à prévoir, il ne peut se décider à repousser les hypothèses astronomiques que la Philosophie péripatéticienne regarde comme nécessaires. Il a connu les combinaisons d'orbes solides imaginées par Ptolémée ; il a vu que ces combinaisons rendaient vaines plusieurs des objections dressées par Averroès contre les excentriques et les épicycles ; mais il a reçu avec une sorte de mauvaise humeur cette « imagination des modernes » qui énervait les forces des adversaires de Ptolémée. Bacon s était fait le hérault de la science expérimentale, de la science « qui regarde l'argumentation 1 comme capable de persuader la vérité, mais non de la rendre certaine ; qui, par conséquent, néglige les arguments ; qui, non seulement, recherche à l’aide des expériences les causes des conclusions, mais qui, de plus, soumet les conclusions mêmes à l’épreuve de l’expérience ». Cette science-là, il n’avait pas hésité à déclarer qu’elle était « plus digne que toutes les autres parties de la Physique ». Et voici, cependant, que son attachement obstiné aux dogmes de la Physique péripatéticienne l’a conduit à cette monstrueuse affirmation 2 : « Il semble qu’il vaille mieux faire les mêmes suppositions que les physiciens, dussions-nous rester en défaut lorsqu’il s’agit de résoudre quelques sophismes auxquels le sens nous mène bien plutôt que la raison. — Videtur quod me/im est ponere aient natnrales, licet de fie er émus a solulione sophismalum aliqnoruni ad quw sensus magis quam ratio ducit ». Par cette affirmation, il donnait son adhésion à l avis qu’émettent les adversaires du système d« Ptolémée 3 : « Ils disent qu’il vaut mieux sauver l’ordre de la Nature et contredire au sens, car celui-ci est maintes fois en défaut, surtout par l’effet d’une grande distance ; il vaut mieux,