Gehberti Opéra mathematica, p. 3o
2. Magistri Mankgaldi Contra Wotfelmurn Coloniensem opusculum ( Anec dota quce ex Ambrosianœ bibliothecœ codicibus nunc primurn émit Lunovicua Antonius Muratoriiîs.. Tomus quartus, pp. 108 sqq. Neapoli, MDCCLXXV1.
ji s Gajetani Castel la ni).
Manegaldi Opusculum... Proœmium ; toc. cit., p. 109.
4. Manegaedi Opusculum... Gap. IV : Quod in mensurando Solem, et Lunam,
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LE SYSTÈME 1) UÉBACLIDE AU MOYEN AGE 65
l’Auteur néo-platonicien lui parait soutenir une thèse formellement hérétique lorsqu il prétend que la terre contient quatre régions habitables et habitées, sans communication possible les unes avec les autres. Comment les habitants des trois régions auxquelles nous ne pouvons parvenir auraient-ils connaissance du Salut ? Trois races d’hommes l’ignoreraient éternellement, alors que, selon l’enseignement de l’Église, le Sauveur est mort pour tous les hommes.
La doctrine à laquelle Manégold fait allusion dans ce passage est une de celles qui frappaient le plus vivement l’attention des lecteurs de Macrobe.
Au Songe de Scipion, Cicéron avait écrit : « Tu vois que les hommes n’habitent, sur la terre, que des régions rares et peu nombreuses, semblables à des taches entre lesquelles s’étendent de vastes espaces déserts. Ainsi, ceux qui habitent la terre sont séparés en groupes tels que, d’un groupe à l’autre, rien ne se puisse transmettre ; les uns occupent une position oblique par rapport à la vôtre, d’autres une position transverse, d’autres, enfin, une position diamétralement opposée ».
Macrobe, commentant ce passage, exposait en détail comment, à son avis, le genre humain est répandu à la surface du globe1.
Le froid rend inhabitable les deux calottes polaires ; la chaleur empêche la vie de l’homme dans la zone torride. « Mais entre ces deux calottes extrêmes et cette zone médiane, deux régions, plus grandes l’une et l’autre que les calottes polaires, plus petites que la zone équatoriale, se trouvent tempérées par les deux climats extrêmes auxquels chacune d’elles confine ; c’est seulement dans ces deux régions que la nature a permis à des habitants de jouir d'une atmosphère propre à entretenir la vie...
» Bien qu’aux malheureux mortels, la générosité des dieux ait concédé ces deux zones que nous avons appelées tempérées, elles ne sont pas, toutes deux, habitées par des hommes du même genre que nous. Seule, la zone supérieure... est habitée par des hommes dont le genre nous puisse être connu, Romains, Grecs ou Barbares de toute nation. Quant à l’autre zone, la raison seule nous apprend qu’elle doit être habitée parce que son climat est tempéré comme le nôtre ; mais par quels hommes est-elle habitée, c’est ce qu’il ne nous a jamais été permis, ce qu’il ne nous sera jamais permis de savoir...
et habilabilibus maculis decepti si n t ; et si quis inde Macrobio crediderit, in fi d e facile péri cl i têtu r. Éd. vil.., |>. nl\.
i. Theodosii Ambhosu Macrobii Eæ Cucroii'i ut Somnium Sct/noms contmenlaria, 1 i b. Il, cap. V.
L»UHEM — T. lit. ù
l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE
» Chacune des deux zones tempérées est, pour la même raison, habitée en tout son pourtour, car la température du climat y suit partout le même régime. »
L’Océan partage chacune des zones habitables en deux demizones, car il forme, autour de la terre, une large ceinture qui passe par les deux pôles. Il y a, ainsi, en somme, quatre « taches » habitables.
« Il n’y a donc pas un seul genre humain distinct du nôtre ; il y a plusieurs genres, séparés les uns des autres, qui se distinguent de la manière suivante :
» Ceux que la zone torride seule sépare de nous sont nommés par les Grecs nos antéciens (àvroïxoi). La calotte glaciaire australe les sépare de ceux qui habitent l’autre côté de leur zone. Ces derniers, à leur tour, se trouvent, par l'interposition de la zone torride, mis à l’écart de leurs antéciens, qui vivent dans la même zone que nous. Ces antéciens-ci, enfin, sont empêchés de venir à nous par le froid de la calotte septentrionale. »
Martianus Capella enseignait, au sujet de la terre habitée, la même opinion que Macrobe, et presque dans les mêmes termes.
« Le globe de la Terre, disait-il1, est partagé en cinq zones.... dont trois sont rendues inhabitables par l’intempérie qu’y produit l’excès des qualités contraires ». Les deux zones, en effet, qui sont voisines des pôles, sont livrées à la congélation causée par le froid ; la zone médiane est torride ; « mais les deux autres, tempérées par le souffle d’une brise propre à entretenir la vie, ont offert hne habitation aux êtres vivants » .
L’Océan, d’autre part, entoure la terre, en y séparant l’un de l’autre deux continents.
Sur le continent qui nous porte, et qu’entoure l’Océan, il y a, ainsi, deux régions habitables ; l’une est celle où nous vivons, l’autre celle qu’occupent nos àvtotxot, séparés de nous par la zone torride.
L’autre continent, qui se trouve par delà l’Océan, contient également deux régions habitées.
D’une de ces régions, les habitants ont l’hiver lorsque nous avons l’été, et l’été lorsque nous sommes en hiver. Capella les nomme nos àvtL^Oovcç. Ils occupent ce que nous appelons, aujourd’hui, nos antipodes.
Les habitants de l’autre région ont les mêmes saisons que nous, mais le jour brille pour eux lorsque nous sommes dans la nuit, et
i. Martiani Capellæ De nuptiis Philologiœ et Mercurii lib. VI, 602-608.
Le système d’hèraclide au moyen âge
inversement. A ceux-ci, notre auteur réserve le nom c ['antipodes.
’Avtoïxo!., àvttyOovsç, antipodes , sont trois familleB humaines qui n ont, qui n auront jamais commerce entre elles ni avec nous.
Manégold ne pouvait admettre 1 existence de ces trois genres humains à tout jamais privés de la Bonne Nouvelle.
« Toutes ces choses », poursuit Manégold1, « je les ai lues avec vous, et je vous répétais fréquemment qu'il les faut recevoir comme capables de donner une certaine notion de la sphère du Monde, mais qu il ne s y faut pas fier comme si elles étaient défendues par la vérité même. »
Saint Ive, qui fut nommé évêque de Chartres en 1090, et qui mourut en 1115, correspondait avec Manégold3 4 ; il ne parait pas, cependant, que la méfiance de ce dernier à l'égard de Macrobe ait gagné les écoles de Chartres ; en plein xn° siècle, les écolàtres chartrains continuaient à méditer le Commentaire au Songe de Scipion.
Dans la seconde moitié du ni® siècle, Hugues Métel, qui mourut vers 1157, écrit à un autre Hugues, probablement Hugues de Saint-Jean, qui enseigne à Chartres3 : « Vous rappelez-vous notre première rencontre et la question que vous m’avez posée alors ? Je rêvais avec Scipion, avec lui je parcourais tout le Ciel, et vous m’avez demandé, si j'ai bonne mémoire, quid propinquius consi deretur circa substantias, an qualitai , an quantitas . Le passage de Macrobe où j’en étais était celui-ci ; Cogilationi nostræ meanti a nobis ad superos occurrit prima perfectio incorporalitatis in numeris. Macrobe, m’écriai-je alors, me délivre de votre question, quand il me dit que l’esprit, en montant vers la substance, à partir de ce qui est au-dessous, c’est-à-dire des accidents, rencontre d’abord les nombres. C’est ainsi que j’ai été tiré par Macrobe de vos mains, c’est-à-dire des mains d’Hugues le Sophiste qui me voulait circonvenir. »
Dans cette même lettre, Hugues Métel nous apprend qu’il recueillait avidement les enseignements géographiques et astronomiques de Macrobe, sans se laisser effrayer par les opinions où Manégold flairait l’hérésie : « Autrefois », dit-il2, «je calculais avec les arithméticiens; je mesurais la terre avec les géomètres; je m’élevais aux cieux avec les astronomes, j’en parcourais la vaste étendue
i. Manegaldi Opusculum . . . Cap. V : Quod seêufidum Apostolum talia probanda sunt, et aa sobrietatem chrietiabæ regulæ revocanua. Éd. cit., p n\.
a, Abbé A. Ci.erval, Les écoles de Chartres aa Moyen Age (Du V • au XV h siècle), p. 1 47 ; Thèse de Paris, i8g5.