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Lucain, Pharsale, chant X, vers 201 sqq

5. Plinii Secundi Naturalis Historia, lib. II. cap. XVI. Cf.: Première partie, ch. VIII, § V ; t. I, pp. 4^5-466.

L ASTK0N0M1E LATINE AU MOYEN AGE

écrivait Pline, la planète est frappée par le rayon du Soleil qui l’empêche de poursuivre sa marche directe ; la force ignée l’élève en haut ; cela, notre vue ne le peut comprendre immédiatement ; aussi jugeons-nous que la planète s’arrête ; d’où le nom de station donné à cet effet ; puis la violence de ce même rayon continue de progresser, et la vapeur, repoussant la planète, la contraint à la marche rétrograde. »

Ghalcidius se borne à nous dire 1 qu’au gré de certains auteurs, si, tantôt, le Soleil dépasse Vénus et Mercure et, tantôt, se laisse dépasser par ces astres, c’est parce que ces planètes ont une force contraire, vis contraria ; c’est traduire en Latin le nom de l’èvavua Sôvain; que leur attribue Platon ; ce n’est pas en dévoiler la nature.

Au temps de Saint Augustin, l’opinion qu’exprimaient les vers de Lucain trouvait, parmi les philosophes, de nombreux partisans. Les Néo-platoniciens astrolâtres y voyaient une preuve de la prédominance qu’ils attribuaient au Soleil sur tous les autres dieux stellaires. C’est contre eux que l’Évêque d’Hippone raisonne en ces termes2 :

« Ils posent habituellement cette question : Ces luminaires éclatants du Ciel, le Soleil, la Lune et les étoiles, ne seraient-ils pas tous doués d’une égale splendeur? Mais, à nos yeux, ne sembleraient-ils pas doués d’une clarté plus ou moins grande selon qu’ils sont plus ou moins voisins de la terre ?... Ils ne craignent pas de dire que beaucoup d’étoiles sont égales au Soleil, voire même plus grandes, mais qu’elles semblent petites parce qu’elles sont plus éloignées que cet astre...

» Certains astres seraient donc plus grands que le Soleil même. Qu’ils examinent alors de quelle façon il est possible d’attribuer, à ce dernier, une si grande domination qu’il ait, par la violence de ses rayons, pouvoir non seulement de retenir, mais de faire rétrograder, contre leur marche propre, certaines étoiles; je dis des étoiles principales, de celles qui, dans leurs prières, prennent rang avant les autres. Il n’est pas vraisemblable, en effet, que le Soleil puisse, par la violence de scs rayons, maîtriser des étoiles qui sont plus grandes que lui ou même des étoiles qui lui sont égales.

1. Chalcidii Commentai' ius in Tirnœum Platonis, CVIII (Fragmenta Philosophorurn grœcorum. Collegit Fr. G. A. Mullachius, vol. II, p. 206 ; Parisiis, A. Firmin Didot, 1867).

2. S. Aurklii Augustinx De Genesi ad litteram cap. XVI, 33. [S. Aurelii Augustini Opéra. AccuranteJ. P. Migue. T. III (Patrologiœ Latinœ, t. XXXIV) col. 277].

LE SYSTÈME d’hÉRACLIDE AU MOYEN AGE

» S ils disent que les étoiles plus grandes que le Soleil sont celles des signes du Zodiaque ou celles de la Grande Ourse, qui n éprouvent aucune action de la part du Soleil, pourquoi celles qui courent par les Signes du Zodiaque sont-elles, pour eux, l’objet d’une plus grande vénération? Pourquoi leur accordent-ils domination sur les Signes ?

» Peut-être quelqu’un d’entre eux admet-il que ces rétrogradations, voire ces marches lentes des planètes ne sont pas produites par le Soleil, mais par d’autres causes occultes. Du moins est-ce au Soleil qu’ils attribuent tous le principal pouvoir, dans ces folles élucubrations où, dévoyés de toute vérité, ils conjecturent la force des destinées ; leurs livres le manifestent clairement. »

Attaquée par Saint Augustin, la doctrine de la primauté du Soleil sur tous les astres était professée par Macrobe.

Macrobe écrivait * :

« Le Soleil est appelé le modérateur des autres astres parce que c’est lui qui contient dans les limites précises d’une certaine distance la marche directe ( cursus ) et la marche rétrograde (recursus) des astres. Il existe, en effet, pour chaque astre errant, une distance, définie avec précision, telle que l’étoile, lorsqu’elle est parvenue à cette distance du Soleil, semble tirée en arrière, comme s’il lui était défendu de passer outre ; inversement, lorsque sa marche rétrograde l’a conduite au contact d’un certain point, elle se trouve rappelée à la course directe qui lui est coutumière. Ainsi la force et le pouvoir du Soleil modèrent le mouvement des autres luminaires et le maintiennent dans une mesure fixée. »

En terminant son étude du mouvement des planètes, Martianus Capella disait3 : « Si tous les astres dont nous venons de parler présentent, dans leur cours, une grande diversité ; si leur distance à la terre ( altitudo ) varie ; s’ils ont des stations, une marche rétrograde, une marche inverse, la cause en est, pour eux, dans le rayon éclatant du Soleil ; lorsque ce rayon frappe une planète, il la porte vers le haut ou bien la comprime vers le bas, ou lui impose une déclinaison en latitude, ou bien encore la fait rétrograder ».

Enfin, dans ses Étymologies comme dans son livre De rernm naturel, Saint Isidore de Séville avait inséré cette phrase * : « Certains astres, retenus par les rayons du Soleil, présentent des ano-

1 . Macrobii Cornmentarius ex Cicerone in Sornnium Scipionis, lil). I, cap. XX, Voir : Première partie, ch. VIII, $ III ; t. I, p. 444 -

2. Martiani Capellæ De nuptiis Philologiæ et Mercurii lib. VIII, 887.

3. S. Isidori Hispalensis Etymoloçjiarum liber III, cap. LXV. — De rerurn naturel liber, cap. XXII. Vide supra, p. 9.

l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE

malies ; ils sont rétrogrades ou stationnaires ». Et Saint Isidore citait les vers de Lucain.

D’une théorie qui expliquerait les stations et les rétrogradations des planètes à l'aide d’une force exercée par le Soleil sur ces astres, nous n’avons encore qu’une indication bien vague et bien fugitive. Ne la laissons pas, cependant, passer inaperçue, car elle est la graine infime d’où, quelque jour, naîtra un grand arbre. Les aspects compliqués que nous présente la marche des planètes sont dûs à ce que ces astres circulent autour du Soleil, et cette circulation a pour cause l’attraction exercée par le Soleil sur les astres errants ; telle est la vérité que l’œuvre de Newton fera luire à tous les yeux ; de cette vérité, les textes que nous venons de citer renferment comme un premier soupçon.

Les Anciens ignoraient si complètement les lois qui, relient une force au mouvement qu’elle produit, qu'il leur eût été impossible de développer ce germe de vérité ; un véritable essai d’explication dynamique du mouvement des planètes passait, et de beaucoup, les bornes de leur science. Aussi, ceux qui se souciaient d’ Astronomie précise dédaignèrent-ils les indications que nous venons de rapporter ; ils se contentèrent de décomposer les mouvements apparents des astres en circulations uniformes, sans rechercher quelles forces pouvaient produire ces mouvements ; et d’ailleurs, pour beaucoup d’entre eux, cette recherche était oiseuse, et de telles forces n’auraient eu qu« faire ; c’est par sa nature même, au gré des Péripatéticiens et des Néo-platoniciens, que l’orbe céleste poursuivait sa rotation uniforme et éternelle ; pour eux, au delà de l’analyse cinématique qui réduisait les circulations des astres à de tels mouvements, il n’y avait à s’enquérir aucune explication dynamique.

Alors que l’exposition cinématique des mouvements célestes, œuvre d’Hipparque et de Ptolémée, n’était point encore révélée aux savants du Moyen Age, ceux-ci connaissaient les ouvrages où se laissait pressentir le désir d’une explication dynamique des anomalies planétaires ; avant l’An Mil, tous les textes que nous venons de citer étaient entre leurs mains, et ils les lisaient avidement ; il serait surprenant que la commune pensée dont ces textes donnaient des expressions diverses n’eût pas retenu l’attention de quelques-uns d’entre eux ; du moins savons-nous qu’elle a été accueillie avec faveur par l’Astrologue de Baudoin de Courtenay , fort ignorant de la science de son temps, mais écho fidèle de celle qui comptait au moins un siècle.

Il nous a, touchant le cours des planètes, fait cette promesse :

LE SYSTÈME d’hÉRACLIDE AU MOYEN AGE 14i

« Porce que sunt plusors opinion de lor stacion et de lor rétrogradation, nos vos en dirons ce que plusors autor en dient ». Voici donc en quels termes il commence à tenir cet engagement1 2 :

« Aucuns distrent que quant li Solauz vient si près d’un autre planète qu’il lui envoie el cors les rais de sa lumière, par la grant vertu et par la grant force de ses rais, il le fait retorner sa voie avant. [Se] il ne parest mie si prochiens que il le puisse faire retorner par la force de ses rais, au meins il le contraint à ester*, qu’il ne voait avant ; et lors est diz stationaires. Et quant il est si loing qu il ne li puet envoier la force de ses rais, lors vait li planètes sa voie et son cours, et est diz progressis.

» Li autres sunt de ceste opinion que li Solauz est de nature adtractive, cum li aimanz ; dum quant li planète sunt moult prochien, il les fait retorner; quant il sunt un poi3 plus loing que il ne les puet faire retorner, si les fait ester ; quant il sunt bien loing, si s’en puent aler lor voie.

» Li autre dient que il ne estoisent4 nule foiz, mes il apèrent aucune foiz ester, porce que il sunt eslevé aucune foiz plus haut, aucune foiz sunt plus bas ; et cèle élévations et cèle bassèce avient de la disposition et del ordenement de lor cercles.

» Aucun dient que ce avient de ce que li Solauz désèche aucune foiz plus lors cors, et lors sunt plus légier et montent plus haut ; et autre foiz ont plus de hurnor et sont plus grief, et lors descendent plus bas. Dum il avient que quant il sont eslevé ou abessié de droite manière, contremont 5 ou contreval 6 7, sunt dit stacionare ; et se il sunt eslevé ou abessié en obliquant ou de travers, lors sunt dit rétrograde ou progressif. »

Notre Astrologue expose ensuite ce qu’il sait des explications purement cinématiques du mouvement des planètes ; ce qu’il en dit, nous le retrouverons tout à l’heure. Puis il conclut en ces termes 1 :

« Einsi sunt diverses opinions de la station et de la rétrogradation des planètes ; si eslisez la mellor. Neporquant, Martians s’acorde à cels qui dient que la stations et la rétrogradations des planètes est de la force des rais del Soloil. »

Ce dernier passage nous dit ce que nous répéteraient nombre

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