‹ Le système du mondeChapitre 76 sur 243 · ADÉLARD DE BATH. HERMANN LE SECOND · texte numérisé non relu

ADÉLARD DE BATH. HERMANN LE SECOND

Isidore de Séville connaissait fort peu de traités où fussent exposés les résultats de la Science antique ; Y Histoire naturelle de Pline ne semble pas lui avoir été révélée.

Cette Histoire naturelle donne à Bède, à Raban Maur, à Honorius Inclusus quelques pâles retlets des doctrines astronomiques contemporaines d’Hipparque.

Scot Érigène continue de puiser à cette source ; mais il emploie aussi d’autres documents ; le Commentaire au Timée de Chalcidius, les Noces de Mercure et de la Philologie de Martianus Capella enrichissent ses connaissances astronomiques.

Bientôt, à ces apports de Science antique, vient se joindre le Commentaire au Songe de Scipion composé par Macrobe ; à ce commentaire s’alimentent la Physique et l’Astronomie du Pscudo- Bède et de Guillaume de Conches.

Jusqu’ici, la pensée hellène ou latine n’a emprunté aucun intermédiaire pour venir à la connaissance des Chrétiens d’Occident;elle va, désormais, leur parvenir en un flot plus abondant, mais elle empruntera, pour cela, le canal dérivé de la pensée islamique ; les livres traduits de l’Arabe vont se répandre, de plus en plus nombreux, dans les écoles latines ; la science enseignée

l’astronomie latine au moyen AGE

dans ces écoles n’en sera pas seulement accrue ; elle sera, en même temps, orientée suivant une direction toute différente de celle qu’elle avait suivie jusqu’alors.

Les premières infiltrations de la Science arabe en la Science latine sont, sans doute, très anciennes; il est fort probable qu’avant l’An Mil, les écoles de France possédaient déjcà des livres traduits de ceux qu’avaient composés les savants sarrasins, et que certains de ces livres concernaient l’Astronomie pratique, celle qu’occupent la confection des tables et l’usage des instruments.

Bon nombre de très anciens manuscrits attribuent à Gerbert, le futur Silvestre II, un traité intitulé Liber de astrolabio ou Liber de utilitatibus astrolabii ‘ ; et l’on a fort à penser que cette attribution est légitime1 2. Comme Gerbert, ceignant la tiare, échangea en 999 son nom contre celui de Silvestre, nous devons croire que le Livre de l'astrolabe fut composé avant cette date.

C’est par les Arabes que l’auteur connaît l’astrolabe qui, dit-il, se nomme également walzagora ou planisphère de Ptolémée ; les mots arabes fourmillent en son traité. Non pas, sans doute, que Gerbert ait étudié directement des ouvrages écrits dans la langue de l’Islam ; il est plus probable qu’il a eu en mains des traductions latines de livres sarrasins ; de telles traductions avaient donc cours, dès le xe siècle, au sein de la Chrétienté latine.

Quels écrits astronomiques avaient ainsi passé de l’Arabe au Latin? Il nous est malaisé de rien préciser à cet égard. Nous venons d’entendre Gerbert prononcer les mots de « planisphère de Ptolémée », mais sans que rien nous fît deviner en lui la connaissance de l'écrit composé sous ce titre par le grand Astronome. Ailleurs, il fait allusion 3 4 aux Caiwnes de Ptolémée ; mais rien ne prouve qu’il les connût autrement que par ouï-dire, à la façon dont les connaissait Isidore de Séville *, qui s’était borné à reproduire un renseignement emprunté à Cassiodore.

L’existence de ces très anciennes traductions latines n’en est pas moins certaine.

Elle est confirmée, tout d’abord, par une découverte que M. Bubnov a faite à la Bibliothèque Nationale 5 ; un manuscrit

1. Gerberti postea Silvestri II papæ Opéra mathematica. Collegit Dr. Nicolaus Bubnov. Berolini, 1899; pp. 109-147.

2. Bubnov, Op. laud., p. 109, n. 1 ; p. n6, n. 10; p. 117, n. 2.

3. Gerberti De utilitatibus astrolabii cap. I; éd. Bubnov, p. 116.

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