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LE TRIBUT DES ARABES

Ces tables trigonométriques étaient l’œuvre de Mohammed ben Moses al Chwârizmî, qui florissait vers 820 ou 830 1 2 ; leur titre, dans la traduction latine qui en fut faite, est le suivant : Liber Maumeti filii Moysi Alchoarismi de algebra et almucabula.

A. A. Bjôrnbo a établi s que le traducteur de cet ouvrage était 1 anglais Adélard de Bath. Vers 1120 ou 1130, ce même Adélard avait donné la première traduction latine des /iVéwezjfxd’Euclide ; Thierry de Chartres possédait ce traité de Géométrie3.

Est-ce en Espagne qu'Adélard était allé faire ses traductions ? Peut-être. Mais assurément, il n’avait pas emprunté toute sa science aux Maures d’Espagne. On a de lui, en effet, un petit traité intitulé : De eodem et diverso 4. Ce traité est dédié à Guillaume, évêque de Syracuse. Comment Adélard avait connu ce personnage, une phrase, que nous lisons en ce traité, va nous l’expliquer : « Lorsque je revenais de Salerne, dit-il 5 6, je rencontrai en Grande-Grèce un certain philosophe grec... ». Adélard était donc de ceux qui étaient allés s’instruire à l’Ecole de Salerne, de ceux, sans doute, qui avaient rapporté en France et en Angleterre les écrits dont usait cette Ecole, tels les traités de Johannitius et de Constantin l’Africain dont Guillaume de Conches faisait si grand cas.

D'ailleurs, que notre traducteur eût relation avec le groupe de philosophes et de savants dont l’Ecole de Chartres était le centre, cela n’est point douteux. La présence de ses traductions aux mains de Thierry de Chartres en est un témoignage. Nous en trouvons un autre au début du traité De eodem et diverso 0 ; Adélard nous raconte une conversation avec un philosophe sage et vertueux, qui habitait Tours ; celui-ci pressait son interlocuteur, jeune encore, de se fixer en cette ville ; l’amour de la science, au contraire, dissuadait Adélard de prendre ce parti et l’entrainait, loin des écoles françaises7, vers les pays transalpins où l’on peut recueillir les enseignements de la sagesse antique ; cette conversation semble indiquer qu’Adélard était disciple des Chartrains.

1. Le nom latinisé de cet auteur, Algnrismus, devint un nom commun qui désigna, au Moyen Age tout traité d’Arithmétique pratique ; nous en avons fait le mot algorithme, qui signifie règle algébrique.

2. Axel Anthon Bjôrnbo, Gerhard von Cremonas Uebersetzung von Alkwarizmis Algebra and von Euklids Elementen (Bibliothecd mathematica. Vite Folge, Bd. III, p. 23q : iqo5). — Axel Antiion Bjôrnbo, Al-Chwarizmi’s frigonometriske Tav/er [Festkeift til II . G. Zeuthen, Kôbenhavn, 1909).

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