Raban Maur, loc. cit., éd. cit , col
3. Rabani Mauri De Uni verso lib. IX, cap. III : De cælo ; éd . cit., col. 203.
l’astronomie LATINE AU MOYEN AGE
explications beaucoup moins allégoriques des mêmes sujets.
Le firmament, selon ce que l’abbé de F ulde enseigne en cet ouvrage’, a été formé au sein de l’eau, et de la substance même de l’eau; nous savons d’une manière certaine, en effet, que le cristal de roche, si pur, si transparent, et en même temps si solide, est une concrétion engendrée par l’eau ; pourquoi le firmament ne serait-il pas formé d’une matière semblable ? Quant aux eaux qui se trouvent au-dessus du firmament, Dieu ne les y maintient pas sous forme de vapeur ténue, mais sous forme de glace solide.
Les divers écrits de Rhaban Maur n’ont guère contribué à développer les connaissances astronomiques des Chrétiens d Occident. Ils ne leur ont pas davantage révélé la Physique. Au sujet des éléments et de la substance céleste, l’abbé de Fulde se borne à copier textuellement1 2 ce qu’Isidore de Séville avait écrit dans ses Étymologies.
Les élèves de Rhaban Maur ne semblent pas avoir pris, aux choses de l’Astronomie, beaucoup plus d’intérêt que leur maître n’en prenait ; c’est, du moins, ce que nous sommes portés à croirf en lisant les œuvres de Walafrid Strabon ou Strabus.
Originaire de Souabe3 4, ce Walafrid fut, d’abord, élève des écoles de Saint-Gall, puis de celles de Fulde, où il entendit les leçons de Rhaban Maur ; il devint successivement moine de l’abbaye de Fulde, doyen de Saint-Gall, et, en 842, abbé de Reichenau, au diocèse de Constance ; il mourut en 849, au cours d’un voyage en France.
De Walafrid Strabus, on possède une Glose de T Écriture Sainte ; c’est, à propos de chaque verset de la Bible, un recueil de courts commentaires empruntés aux Pères de l'Eglise, à Isidore de Séville, à Bède et à Alcuin; l’auteur y joint parfois quelques pensées qui lui sont propres.
Le commentaire de l’œuvre des six jours ne renferme presque rien qui intéresse l’histoire de la Science profane ; il convient cependant de relever, parmi ce qui est consacré au premier verset de la Genèse, la phrase suivante * :
« Le ciel dont il est ici question n’est pas le firmament visible,
1. B. Rabani Mauki Commentaria in Genesim, lib. I, cap. III; éd. cit., col. 44g.
2. B. Rabani Mauri De Universo lib. IX, cap. Il : De elementis, et cap. IV : De partibus cæli ; éd. cit., coll. 262-263 et col. 265.
3. Walafridi Strabi Operum toraus I ( Patrologiœ Latinœ, accurante J. P.
Mig-ae, t. CXIII), col. 9. ...
4. Walafridi Strabi Faldensis monachi Operum omnium pars prima sive Opéra theologica . Glossa ordinaria. Genesis Cap. I, vers. I (Walafridi Strabi Operum t. I, col. 69).
L'INITIATION DKS BARBARES
mais le ciel empyrée, c’est-à-dire le ciel igné ou intellectuel ; il est ainsi nommé non pas à cause de son ardeur, mais à cause de sa splendeur. Aussitôt créé, il fut rempli d’anges. »
Cette phrase, fréquemment citée par les maîtres de la Scolastique, les habitua à nommer ciel empyrée ce ciel suprême, immobile, séjour des esprits bienheureux, dont Isidore de Séville, Bède et Rhaban Maur leur apprenaient l’existence.
La double influence d’Isidore et de Pline l’Ancien dirige les écrits du vénérable Bède. Ceux de Rhaban Maur ne s’inspirent guère que de l’Evêque de SéAÛlle. Celui-ci est, avec Bède, le conseiller scientifique de Strabus. Ce rôle prépondérant d’Isidore et de Pline caractérise, pour ainsi dire, toute une période du développement scientifique des Chrétiens d’Occident.
On le peut noter encore dans un traité du calendrier qui a été publié par MuratoriC
Ce Liber de computo , qui précède, à titre de prologue, la copie d’une lettre de Saint Cyrille d’Alexandrie sur le temps où doit être célébrée la Pâque, a dû être composé vers l’an 8101 2.
Lorsque l’auteur parle des sept astres errants, il recopie3 ce qu’ Isidore en a dit dans ses Étymologies et répété dans le De naturel rerum liber ; il cite de nouveau4 Isidore lorsqu’il traite du Zodiaque. En revanche, lorsqu’il veut parler des éclipses de Lune et de Soleil, il commence en ces termes 5 : « Plinius Secundus, dans son bel ouvrage d’Histoire naturelle, en a donné la description suivante : ... ».
Au temps où écrit Rhaban Maur, les Chrétiens occidentaux commencent à connaître d’autres auteurs qu’Isidore de Séville et Pline l’Ancien ; nous verrons que Jean Scot Erigène puise à d’autres sources.
Mais Jean Scot nous apparaîtra comme un homme qui avance sur son époque ; il en est, au contraire, qui retardent sur leurs contemporains ; aussi, lorsqu’on veut, dans une Histoire de la Science, rapprocher les uns des autres les auteurs qui se ressem-
1. Anecdota quœ ex Ambrosianœ bibliothecæ codicibus nunc prirnurn eruit Ludoyicus Antonius MuKATomus. Torrius tertius (marqué par erreur quartus sur le faux titre). Neapoli, MDCCLXXVI. Typis Gajetani Castellani. Pp. 79 sqq : Liber de Computo.