‹ Le système judiciaire de la Grande Bretagne (volume 2)Chapitre 203 sur 441 · LEUR ORGANISATION ACTUELLE · texte numérisé non relu

LEUR ORGANISATION ACTUELLE

ment, comme autrefois, le droit d'exercer la profession d'avocat appartient exclusivement aux membres de l'un des quatre hôtels de cour du Temple intérieur, du Temple moyen, de Lincolris inn et de Grays tan. Ces sociétés, comme le faisait remarquer, il y a quelques années, un lord haut Chancelier, ne sont pas seulement des associations volontaires, elles constituent une institution investie d'une sorte de mandat (trust) d'intérêt public. Le législateur n'a pas le droit d'intervenir dans le règlement de leurs affaires privées, mais il revendique, d'une façon qui est, d'ailleurs, restée jusqu'à ce jour purement théorique, le pouvoir de statuer sur ce qui concerne l'exécution du mandat l.

Chacun des hôtels a son existence individuelle et séparée. Le Temple intérieur et le Temple moyen occupent le vaste terrain compris entre les magnifiques quais de la Tamise et le monument disgracieux qui marque l'emplacement de l'ancien temple bar, limite de la Cité de Londres.

Ce n'est pas ici le lieu de décrire cet ensemble d'édifices de caractères si divers, ce curieux mélange de prose et de poésie 2. L'ancienne chapelle des Templiers existe encore, mais la plupart des bâtiments, y compris les magnifiques halls où se donnent les dîners, datent des règnes de Henri VIII et d'Elisabeth, quelques-uns du temps de Charles Ier. Autour de ces splendides construc-

1. — Discours de lord Selborne, lord haut Chancelier, à la Chambre des lords. (Séances des 5 mai 1875 et 17 avril 1877.) • 2. — Spencer, qui vivait au xvie siècle, parle de :

Those biicky towers,

WUere now ilie siudiom Iawyers havj their bowers There whilein wout tlie templars lîuight to bide 'J'ill thuy decayed llirough pride.

LES HOTELS DE COUR

lions, s'élèvent une série de maisons modernes, d'une tristesse et d'une monotonie désolantes : c'est là que sont situés, non plus les demeures, mais les cabinets des avocats : tout est noir, obscur, lugubre. Les nombreuses cours, qui séparent les ailes de logis, ont ellesmêmes un aspect morne, mais l'on oublie bien vite cette impression pénible, en arrivant aux gais et verdoyants jardins qui entourent le Temple et dans lesquels, par pure fiction, d'ailleurs, un immortel génie a placé la première scène de la guerre des Deux Roses, celle qui donna son nom au drame sanglant du xve siècle [.

A courte distance des deux botels du Temple, et dans le voisinage immédiat du palais de justice, s'élèvent, au milieu de vastes cours, les bâtiments nouveaux, pour la plupart, de Lincoln s inn -. Plus loin enfin, de l'autre côté à? Oxford street, est situé le dernier des bétels, celui de Graijs un peu désert aujourd'hui, sans doute à cause de son éloignement 3, mais embelli par

1. —Plantarjcnet. — Déclarez vos pensées par des signes muets. Que celui qui est né vrai gentilhomme, s'il pense que j'ai plaidé la cause de la vérité, arrache avec moi une rose blanche de cet églantier. — Somerset. Que celui qui n'est pas un lâche, ni un flatteur, et qui oso se ranger du parti de la vérité, arrache avec moi, de cette épine, une rose rouge... Reconnais-nous à ces couleurs pour tes ennemis. — Plantagenet. Et j'en jure par mon àme, nous porterons à jamais, moi et mon parti, cette rose, pâle, en symbole de ma haine, qui ne s'éteindra que dans ton sang. — Warwick. Je prédis ici que cette querelle des roses blanche et rose, née dans le jardin du Temple... précipitera des milliers d'hommes dans les ombres du tombeau.

(Shakspeare, Henri VI, lr* partie, acte II, scène iv.)

2. — La chapelle a été consacrée en 1623, mais le hall date de 1843 ; il a été inauguré en 1845, en présence de la Reine.

3. — H y a deux siècles, G rai/ s inn avait près de six cents membres, alors que chacun des trois autres inns n'en avaitpas plus dedeux cents ou de deux cent cinquante.

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