ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Dispositions anormales du système lymphatique.
Il ne sera point question ici des simples variétés que l’on observe dans les ganglions et les vaisseaux afférents ; leur description est sans doute intéressante, mais elle appartient au domaine de l’anatomie descriptive. INous nous bornerons à indiquer les anomalies les plus fréquentes : i° des vaisseaux qui forment la citerne; 2° du réservoir de Pecquet; 3° du canal thoracique.
i° Anomalies des vaisseaux lymphatiques qui forment la citerne. -
Une des anomalies les plus curieuses qui aient été publiées , est sans contredit celle que rapporte Sabatier (i). Sur trente-deux sujets examinés par lui, il s’en trouva deux chez lesquels les vaisseaux lymphatiques, formant ordinairement la branche gauche du canal thoracique, se rendaient dans une grosse poche oblongue qui ne communiquait avec le canal principal du chyle
(i) Mémoires de l'Académie des sciences, ann. 1780, p. 606.
que par des vaisseaux dont le volume était fort peu considérable. Dans l’un des cas, la poche était moins grosse et beaucoup plus longue.
Le nombre des vaisseaux qui viennent se rendre dans l’extrémité inférieure du réservoir de Pecquet est très variable. Zeller(i), Wium (2), Haller (3), Sabatier (4)> Meckel (5), Chaussier et Adelon (6), Cruikshank (7), établissent que, dans la grande majorité des cas, ils forment seulement trois troncs volumineux, tandis que Duvernoy (8), Bichat (9), J. Cloquet (10), E.-A. Lauth(ii), II. Cloquet (12), Cruveilhier (i3), affirment que le plus souvent cinq à six branches viennent s’ouvrir dans le réservoir du chyle.
Duverney (14) et M. Broc (1 5) indiquent quatre ou cinq troncs comme étant la disposition la plus fréquente. On a rencontré bien d’autres variétés ;
(1) Disput. anat. Halleri , t. 1, p. 8 1 3.
(2) Haller, Elementa physiologice, t.7, p. 21 5.
(3) Elementa physiologie e., loc. cit.
(4) Loc. cit., p. 6o5.
(5) Analom . descript., etc. (trad. de Jourdan et Biciehet, t. 2, p. 578.
|| (6) Dictionn. des sciences mèdic vol. 21, p. 255
* (7) Anat. des vaiss. absorbants (trad. de Petit -R ad pl ) , p. 321.
(8) Vide Bohl, Disput. anatom. Halleri , t. », p. 6)6.
(9) Anat. de l’homme , in-fol., vol. /|, p. 4^5.
(10) Anat . descript., t. 4» P- 645.
(11) Manuel d’anat. descript., p. 6o5.
(12) Anal . descript t. 2, p. 599.
(13) Anat. Aes cri pt., t. 3 , p. 363.
(14) Œuvres anatom., t. 2, p. 201.
(15) Anatom. descript v. 3, p.730.
ainsi Santorini (1) a observé un cas dans lequel les vaisseaux du second ordre se réunissaient en un seul tronc avant de se rendre dans le réservoir de Pecquet ; d’autres (2) les ont vus former deux branches volumineuses; quelquefois on a trouvé sept, huit (3), neuf (4), dix (5), douze (6) vaisseaux lymphatiques qui se jetaient directement dans la citerne.
Nous croyons devoir noter une circonstance qui est favorable à l’opinion de MM. Cruveilhier et Lauth. Dans ces derniers temps , les instruments et les procédés employés pour injecter les vaisseaux lymphatiques ayant été perfectionnés, il n’est pas étonnant que les anatomistes contemporains soient parvenus à rendre évidents un certain nombre des rameaux qui devaient souvent échapper à l’examen des anciens investigateurs.
20 Des anomalies du réservoir de Pecquet.
Il est bien peu d’organes, dans le corps humain, qui offrent un plus grand nombre de variétés, sous
(1) Observ. anatom., p. 171.
(2) Salzmann, Disput. anat. Hatleri , t. 1, p. 696. — Walther, Dispul. ana*. Hatleri , t. 1, p. 760. — Albinus , Annot. academ ., lib. 4- P* 49- — Bohl, Loc. cit ., p. id.
(3) Haller, Elément a pliysiol., vol. 7, p. 21 5.
(4) Portai, Anat. descript ., t. 3, p. 5o2.
(5) Meckel, Anat. descript., loc. cit. *r
(6) Kohler, FideMeckel, Handbuch der puihologUchen Anat ,, t. 1, p. 171.
le rapport de la forme, que le réservoir de Pecquet. L anatomiste qui lui a donné son nom a décrit cette partie telle qu’elle existe chez le chien ; mais il est rare dans l’homme de trouver une dilatation aussi considérable. Presque toujours, chez ce dernier, le réservoir consiste en un simple renflement ovalaire, plus ou moins volumineux, de l’extremite inférieure du canal thoracique (i); aussi quelques auteurs font-ils observer avec raison que le chyle ne séjournant pas dans ce renflement, c’est à tort que Pecquet lui a donné le nom de ré-
Un grand nombre d’anatomistes disent que la citerne manque fréquemment. Parmi eux nous citerons Henninger (2), Santorini (3), Bohl (4), Narcisse(5), A. Haller (6), Portai (j), Meckel (8), Cruikshank (9) et M. Jules Cloquet (10).
M. Broc (1 1), au contraire, prétend que le canal
(3) Loc. cit p. iji,
(4) Loc. cit., p. 645.
(3) Disput. anat. Halleri, tom. z, p.7g2, fig. , et m
(6) Disput. anat. Halleri, t. i,p. 796.
(7) Loc. cit.
(8) Anat. descript., p. 5 78, vol. 11,
(9) Loc. cit . , p. 020.
(10) Loc. cit.
(i 1) Anatom. descriptive, pag. 730.
(1) Diemerbroeck, Opéra ornni — Nuck, Biblioth. anat. de Ma mann, Disput. anat. Halleri , t.
t. 3 , p. 4o3. — Bohl, Loc. cit descriptive.) — Cruveilhier, Loc
(2) Disp ut. anat. Halleri , t. z, p. 75 6.
thoracique « offre toujours une dilatation qui a reçu le nom de réservoir de Pecquet. »
Haller (1) dit avoir observé le réceptacle six fois sur vingt et un sujets ; cette observation est tout-à-fait opposée à l’opinion émise par M. Broc.
Haller (2) et M. Lauth (3) ont vu le réservoir remplacé par un simple plexus de vaisseaux lymphatiques.
On trouve dans les ouvrages sur l’anatomie quelques exemples de dilatations considérables de l’extrémité inférieure du canal thoracique, qui se rapprochent beaucoup du réservoir décrit parPeequet .Cowper (4) a figuré , dans son ouvrage d’anatomie , une citerne très volumineuse. Nicolaï (5) et Bianchi (6) en ont rencontré aussi qui étaient très grosses.
Il est bon d’être prévenu, lorsqu’on étudie le canal chylifère, qu’il arrive quelquefois que l’extrémité inférieure de ce conduit est entourée de vaisseaux lymphatiques contournés, flexueux, réunis par du tissu cellulaire , et enveloppés d’une gaine celluleuse , et que l’ensemble de ces parties simule assez bien la forme de la citerne ; mais on
(1) Loc. cit., p. 216.
(2) Loc. cit., p. 218.
(3) Loc. cit., p. 6o5.
(4) Tab. b, fig. h.
(5) Vide Haller, Elcm. physiol ., p. 216.
(6) Historia hepatica , t. 2, p. 901, tab. 3.
fait facilement disparaître ce prétendu réservoir, en enlevant la membrane qui le recouvre (1).
L’extrémité inférieure du canal du chyle est assez souvent bifurquée. Santorini (2) et Walter (3) en rapportent des exemples ; la fig. m de Narcisse (4) peut être regardée comme un cas de citerne de Pecquet double. Dans la figure xxn de Nuck (5), la citerne n’est divisée qu a sa partie inférieure.
Heuermann a trouvé un réservoir triloculaire (6).
Haller (7) et Diemerbroeck (8) citent des faits encore plus curieux. Ils assurent avoir observé deux ou troisciternes, desquelles partaient autant de canaux thoraciques, qui ne se réunissaient que dans la poitrine, Albinus (9) dit avoir vu les vaisseaux lymphatiques se réunir en deux troncs, qui pénétraient séparément dans le thorax en passant entre les piliers du diaphragme ; ils se réunissaient ensuite, et venaient se jeter dans la sous-clavière gauche. Le réservoir du chyle naît le plus souvent au niveau des première, deuxième ou troisième ver-
(1) Sabatier, Loc. cit ., p. 604. — Portai, Loc. cit., p. 5o3. — Meckel, Lot. cit., p. 578. — Haller, Loc. cit., p. 218.
(2) Loc. cit., p. 1 55.
(3) Loc. cit., p. 760.
(4) Loc. cit.
(5) Loc. cit.
(6) Vide Haller, Phytiol., loc. cit., p. 218.
(7) Elem. physiol., p. 222.
(8) Loc. cit., p. 5o.
(9) Loc, cit,, p. 38,
tèbres des lombes, rarement au niveau de la douzième dorsale (i). Ces variétés sont peu importantes. Haller et Garengeot ont vu chacun un cas de citerne placée dans la poitrine (2).
Dispositions anormales du canal thoracique .
Comme les anomalies et les variétés que présente le canal thoracique sont très nombreuses, nous serons obligé, pour les décrire avec méthode, de les diviser en plusieurs sections.
Nous nous occuperons successivement:
i° De sa forme , de sa direction et de ses rapports.
20 Des insulœ qu’il offre sur son trajet.
3° De la manière dont il se termine dans le système circulatoire veineux.
4° Enfin des faits peu nombreux de division complète de sa partie supérieure , et des cas dans lesquels on a prétendu l’avoir trouvé double et triple.
i° Les variétés de forme sont très fréquentes. Ainsi on observe souvent des renflements plus ou moins nombreux, des étranglements , des inégalités, qu’il est difficile de décrire, tant ils sont variés. Un grand nombre d’anatomistes s’accordent pour dire que, pendant son trajet, le canal thoracique
(1) Sabatier. Mémoires de l* Académie des sciences , p. 6o4. — Meckel, toc . cit p, 578.
(2) Physiologie de Haller, p. 218.
présente de légères flexuosités; mais il est des cas où ce canal marche en droite ligne, au moins dans la première partie cle son trajet. Cruikshank (1) prétend même que c’est la disposition ordinaire. Toujours est-il qu’au moment où le canal thoracique se dévie à gauche pour gagner la veine sousclavière , il décrit une courbe très légère, qui est constante. Ce changement de direction a lieu à une hauteur très variable, chose qui, du reste, est fort peu importante.
Il faut bien se garder de confondre les flexuosités dont nous venons de parler avec les courbures plus ou moins prononcées qu’on observe dans le cas de déviation de la colonne vertébrale. Le canal se trouve alors entraîné avec les autres vaisseaux par l’axe osseux qui lui sert de soutien. On rencontre dans les auteurs un assez grand nombre de canaux thoraciques très flexueux, et la figure ire de la dissertation de Velse (2) en est un exemple remarquable. Il arrive souvent que le canal thoracique s’élève jusqu’à la sixième vertèbre cervicale , ou même un peu au-dessus, avant de se recourber pour venir se jeter dans la veine sousclavière. D autres fois, au contraire, il parvient seulement au niveau de ce vaisseau. En général, il s’insère sur la paroi supérieure et un peu postérieure de la veine, à f endroit où la jugulaire
(• Loc. U,} p. 3a8.
(3 Disput . anat. Halleri, t. 7, i54.
vient se terminer; mais, dans quelques cas , c’est un peu plus bas , un peu plus en dehors , ou enfin un peu plus en dedans , que se fait la jonction. Dans l’état ordinaire , le canal qui nous occupe a ses deux tiers inférieurs placés au côté droit de l’aorte , à gauche et un peu en avant de la veine azygos. Àlbinus (i) affirme l’avoir trouvé derrière l’aorte, tandis que quelques auteurs l’ont vu passer au-devant (2).
Ses rapports avec les vaisseaux intercostaux ne sont point indiqués dans les ouvrages d’un grand nombre d’auteurs modernes.
Ordinairement ces vaisseaux sont placés derrière le conduit thoracique (3). Dans la figure qui est annexée à la thèse de Saltzmann (4) ? ils passent devant le canal du chyle. Haller (5) dit qu’ils sont tantôt devant , tantôt derrière.
Aux anomalies de rapports que nous avons déjà indiquées, nous joindrons le fait suivant, tiré de l’excellent ouvrage de M. Cruveilhier (6). Un rameau volumineux , qui n’est pas généralement décrit dans les manuels d’anatomie, sort du foie, traverse le diaphragme par une ouverture parti-
(1) Loc . cit., p. 4o.
(a) Loc. cit. j p. 219.
(3) Haller, Loc. cit. — - Sandifort, lib. 2, p. 137.
(4) Page 718, fig. 1.
(5) Disput. anat. Halleri , p. 797. vol. 1.
(8) Lie, cit., p. 365.
culière, et vient se rendre dans le canal chylifère. Le professeur que nous venons de citer a vu ce tronc croiser le canal thoracique, au-devant duquel il était placé , et qu’il égalait en volume, et venir se jeter dans ce conduit au niveau de la cinquième vertèbre dorsale.
2° lnsulœ du canal thoracique.
Nous décrirons sous ce nom les bifurcations passagères du canal thoracique, dont les branches se réunissent après un trajet plus ou moins long, en circonscrivant entre elles un espace auquel Haller (1) donne le nom diinsula , que nous avons adopté. Cette disposition s’observe si souvent que Cruikshank l’a décrite comme étant la plus fréquente (2).
L’étendue et le lieu qu’occupent ces insulœ sont très variables ; ordinairement elles sont allongées , et offrent une forme ovale ou losangique ; mais presque constamment les extrémités de leur grand diamètre se terminent par un angle très aigu.
On les observe plus fréquemment dans la ré gion moyenne du canal thoracique , mais il n’es pas rare d’en trouver près de son extrémité supérieure.
(1) Physiologie , p. 220.
(2) Loc . eit p. 33o.
On voit dans quelques cas un (i) ou plusieurs ramuscules anastomotiques transversalement placés, ou plus ou moins obliques , qui vont d’un côté de Yinsula à l’autre, et font communiquer entre elles les deux branches qui la circonscrivent. D’autres fois le canal se divise en plusieurs rameaux , qui convergent bientôt les uns vers les autres , se réunissent et donnent naissance à une insula double ou multiple.
Dans d’autres cas il n’existe d’abord que deux branches : l’une d’elles reste simple, tandis que l’autre se divise, se subdivise et forme des insidœ secondaires , puis les ramuscules se rassemblent en un seul tronc, qui vient se joindre à la branche restée simple (2).
Il arrive quelquefois que plusieurs insulœ se trouvent placées l’une au-dessus de l’autre.
Nous terminerons la description de ces anomalies en donnant un extrait de l’observation de Bohl, qui est fort intéressante (3): Le canal thoracique commence inférieurement par un renflement assez considérable , offrant de nombreux étranglements qui lui donnent une figure moniliforme assez marquée; presque immédiatement au-dessus du diaphragme, il se divise en trois ou quatre
(1) Henninger, Loc. cit . p. ^55. (Voir la planche.)
(2) Velse, Disput. anatom. Hatleri, p. i54, fig. 2. vol. 7.
(3) Disput . anatom. Halleri, t, 1, p. 666 et 684, £g, 1,
rameaux, qui s'anastomosent, s’ehtre-croiàent, se renflent, puis deviennent plus grêles, et forment une foule de flexuosités tellement irrégulières qu’il est impossible de les décrire. Vers la partie moyenne de la colonne dorsale, ces rameaux s unissent en deux troncs volumineux , qui bientôt après se subdivisent et s’anastomosent de nouveau. Les divisions placées à gauche, transformées en ramuscules excessivement ténus , se jettent dans la branche droite, au niveau de la première vertèbre dorsale. Le tronc qui en résulte forme une insula peu etendue; il monte jusqu’à la sixième vertèbre cervicale, puis se recourbe en bas et en dehors, pour venir se jeter dans la veine sous-clavière , à l’embouchure de la jugulaire.
3 Terminaisons du canal thoracique dans le système veineux.
Le plus ordinairement, le canal thoracique vient s ouvrir par un seul tronc dans la veine sous-claviere, a 1 endroit ou ce vaisseau reçoit la jugulaire; il lui arrive quelquefois de se diviser en deux ou plusieurs branches ; dans d’autres cas , il aboutit à une veine autre que la sous-clavière. Nous allons ajouter 1 indication de quelques anomalies à celles que nous avons déjà énumérées précédemment.
A. Masçagni a figuré , d<tn§ ses planches sur le
système lymphatique, un renflement qui existe assez rarement à l’extrémité supérieure du canal thoracique. Il paraîtrait, au dire de Portai (1), que cette dilatation aurait été prise par Bils pour un second réservoir du chyle.
B. Il n’est pas rare de voir le canal thoracique se diviser en deux branches près de l’endroit où il se rend dans la veine sous-clavière, et s’ouvrir dans ce vaisseau par deux orifices séparés, plus ou moins éloignés l’un de l’autre (2). Saltzmann (3) et Narcisse (4) ont décrit chacun un cas dans lequel les deux branches offraient une dilatation en forme d’ampoule.
On a vu très rarement le canal thoracique partagé en trois (5) ou quatre (6) rameaux qui s’abouchaient dans la sous-clavière.
Lorsque les insertions du canal du chyle sont multiples, ou qu’il existe des insulce à sa partie supérieure, presque toujours les branches offrent une longueur inégale, et la plus longue décrit une courbe plus ou moins considérable, tandis que la plus courte marche presqu’en ligne droite (7).
(1) Anatomie humaine, vol. cit., p. 007.
(2) Saltzmann, p. 718, fig. 1. — Meckel, Loc. cit., t. 2 , p. 579. —
aller, Loc. cit., p. 221.
) Loc . cit. , p. 718, fig. 11.
(4} Narcisse , p. 792 , fig. 11.
) anholin, Biblioth. anat. de Manget, p. 712, fig. yi.
[ 1 Sandifort , lib. 2, p. 137.
) allzmann, Loc. cit. — Haller, p, 221.
C. Il est bien peu d’anatomistes qui aient vu le canal thoracique se terminer par un seul tronc dans la veine jugulaire. Portai (1) en cite un exemple, d’après Cowper. M. Richerand (2) dit aussi que le canal du chyle peut se jeter isolément dans la jugulaire.
On voit plus fréquemment le canal du chyle se partager en deux branches, dont l’une se rend à la jugulaire, l’autre dans la sous-clavière gauches (4); lorsqu’il existe trois divisions, tantôt c’est la jugulaire, tantôt au contraire c’est la sous-clavière qui en reçoit deux (4).
D. La communication entre le canal thoracique et la veine azygos est un fait rare , mais bien démontré. Albinus (5) raconte qu’en faisant une injection dans le canal thoracique , il a vu le liquide passer dans la veine azygos. Sandifort (6) a constaté chez un sujet l’existence d’un rameau anastomotique qui unissait l’azygos au canal du chyle.
Mertrud , qui a fait un grand nombre d’injections des vaisseaux lymphatiques, a plusieurs
(1) Loc. cit., p. 5o6.
(2) Nouveaux éléments dephysiol ., (i8o4)» p. 271.
(3) Bichat, Loc. cit., p. 467. — Mascagiii, pl. xix et xxi.
(4) Mascagni, Hist. vasor. lymph., p. 52. — Bichat, Loc. cit,f p. 4^7» — Cruveilhier, Loc. cit. p. 365.
(5) Loc. cit., lib. 4, p. 39.
(6) Loc. cit • lib. 2, p. i38.
fois constaté la communication que nous venons de signaler (1).
Un fait très intéressant du meme genre a été publié par le professeur Wutzer (2).
Il a trouvé sur une femme morte phthisique : i° une communication peu importante du canal thoracique avec une veinule.
2° Un rameau anastomotique qui , allant de la veine azygos dans le canal précédent , permettait à l’air de passer facilement de l’un de ces vaisseaux dans l’autre, lorsqu’on pratiquait l’insufflation.
3° Le rameau précédent naissait au niveau de lahuitième veine intercostale, et, au-dessus de ce point, le canal thoracique, qui suivait son trajet ordinaire, était tellement contracté que l’air insufflé ne trouva plus de passage.
E Gayant, Pecquet et Perrault disent avoir trouvé, sur le cadavre d’une femme morte en couches, une communication entre le canal du chyle et les veines lombaires qui , chez ce sujet, s’ouvraient dans les veines émulgentes. Mais cette observation n’est pas accompagnée de détails anatomiques suffisants pour la rendre authentique (5).
(1) Mémoires présentés à l’Académie des sciences , tom. 3 (an 1760), p. i57.
(2) J. Muller, Archiv. fuer Anal., i834> cahier iv, p. 3u.
(3) Voy. les OEuvresde physique de Claude Perrault, p. i33f et les Mémoires de l’Académie des sciences , vol. 10, p. 4^2.
Les faits cités par Mertrud méritent plus de confiance; il affirme dans un Mémoire présenté à l’Académie des sciences, avoir vu des rameaux d’anastomose entre le canal thoracique et les veines lombaires (1).
F. Enfin, Haller rapporte que Bartholin a vu le canal du chyle envoyer une branche dans la veine cave (2).
4° Bifurcation de la partie supérieure du canal thoracique dans la plus grande partie de son étendue. Exemples de canaux doubles et triples.
La division de la moitié ou du tiers supérieur du canal thoracique n’est pas très rare ; un assez grand nombre d’auteurs en ont parlé. Dans tous les cas que l’on a rencontrés, l’une des branches se rendait à la sous-clavière gauche, l’autre venait gagner la sous-clavière droite (3), et parfois on a vu cette seconde branche se jeter dans le canal thoracique droit (4) ? disposition regardée par Meckel comme l’effet d’une dilatation du rameau anastomotique qui, d’après lui, se rendrait d’un canal thoracique à l’autre (5).
(1) Lot. cit., p. 1 56.
(2) Lot. cit., p. 220.
(3) Diemerbroeck , p. 5o. — H. Cloquet, Anat. descr. t, 2, p. 599. — E.-A. Lauth, p. 606. — Cruveilhier, p. 565.
(4) Laulh, idem. — Cruveilhier, idem. — Richerand el Rérard, Physiologie, vol. I, p. 356.
(5) Meckel , t. 2, p. 58i.
L’existence de deux canaux thoraciques complètement isolés l’un de l’autre, est excessivement rare; presque toujours ils s’anastomosent plus ou moins largement, ou bien ils se confondent dans quelqu’un de leurs points (1).
Cruikshank (2) a préparé, pour le cabinetde Hun ter, une pièce sur laquelle on voyait deux canaux thoraciques, dont l’un s’insérait dans la veine sous-clavière droite , et l’autre dans la gauche.
Haller (3) a rencontré un double canal thoracique, dont les deux troncs s’ouvraient isolément dans la veine sous-clavière droite.
Aux faits précédents, nous ajouterons ceux qui sont cités par Winslow (4)» Duvernoi (5) et Sœmmerring (6).
Cruikshank (7) dit avoir vu un canal triple ou à peu près.
5° Insertion du canal thoracique dans la veine sous-clavière droite.
On connaît bien peu de cas d’insertion du canal thoracique dans la veine sous-clavière droite ; mais alors le plus souvent il existe à gauche un grand tronc lymphatique analogue à celui qui se
(1) Lenoble, Vide Haller, p. 222.
(а) Loc. cit. , p. 335.
(3) Loc. cit., p. 224*
(4) Tom. 4» P* 61.
(5) Vide Haller , p. 222.
(б) Vide Mechel , p. 487, vol. cit.
(7) Loc . cit.f p. 335.
trouve à droite dans l’état naturel (1), ce qui a autorisé plusieurs anatomistes à considérer cette anomalie comme un commencement d’inversion des organes (2).
Anomalies du canal thoracique droit.
Elles sont assez frequentes. Le plus souvent il existe un tronc unique, volumineux , qui vient se jeter dans la sous-clavière droite. Mais il n’est pas rare de voir quelques uns des vaisseaux lymphatiques du cou s’ouvrir isolément dans la jugulaire. M. Cruveilhier (3) assure que le tronc commun manque quelquefois, et alors les lymphatiques qui d ordinaire le constituent par leur réunion , vont s ouvrir isolément dans les veines voisines.
La planche XXVII de l’ouvrage de Mascagni (Vj) sur les vaisseaux lymphatiques de l’homme, nous montre un exemple de division du canal thoracique, qui s’ouvre dans la sons-clavière droite par deux troncs isolés.
Nous terminerons cette énumération des dispositions insolites du système lymphatique par l’analyse de trois observations très intéressantes , dans lesquelles on trouve rassemblées la plupart
(1) Cruveilhier, Loc. cit., p. 366. — Meckel, v. s, p. 58i.
00 Meckel, idem.
(3) Loc. cit.) p. 336. ^
(4) Loc. cit., fig. 4.
des anomalies que nous avons indiquées isolément.
Première observation.
Dans le premier cas, qui est rapporté par Narcisse (1), le canal thoracique n’offrait à son origine aucune dilatation ; il recevait dans cet endroit quatre à cinq branches volumineuses, qui présentaient des renflements très remarquables. Après un trajet très court, il se divisait en deux rameaux, qui bientôt se rejoignaient, en circonscrivant une insulam Il recevait, dans cette première partie de son trajet, plusieurs branches volumineuses; puis le tronc montait, sans se diviser, jusqu’à la première veine intercostale : alors, il formait une nouvelle insula ; enfin il se divisait une troisième fois , et l’une de ses branches, plus externe, venait s’ouvrir dans le lieu ordinaire , tandis que l’autre allait s’insérer sur la sous-clavière, en dedans de la veine jugulaire interne.
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Deuxième observation.
iViiüiÙapq
La deuxième observation est tirée de la dissertation de Yelse (2) : ce médecin a trouvé, sur le cadavre d’un vieux sujet, une disposition flexueuse vraiment extraordinaire. Le canal thoracique of-
(1) Disp ut. anat. Halleri, tom. 1, p. 7 1.
(a) Disput. anat. Halteri , vol. 7, p. an (1740)» % »
frait, à son origine, une dilatation peu considérable, et bientôt après il se divisait en deux troncs séparés par une simple fissure; un peu au-dessus du tronc cœliaque les deux branches se réunissaient. A peine entré dans la poitrine, le canal se divisait de nouveau; la branche supérieure , plus volumineuse, formait quelques tortuosités et se dirigeait un peu obliquement à gauche; dans ce trajet, elle supportait pour ainsi dire le second rameau qui formait une foule d’anses, d entortillements inextricables, placés sur son côté gauche; enfin les deux branches se réunissaient en un seul tronc. Le canal changeait alors de direction ; il se portait à droite et en haut, se recourbait ensuite en bas et à gauche, en formant une arcade à convexité supérieure, puis il descendait presque jusqu’au diaphragme. Dans ce trajet, il présentait un renflement, une espèce d’ampoule très remarquable. On le voyait ensuite se relever et suivre le trajet ordinaire.
Il résultait de là deux grandes courbures , qui augmentaient de beaucoup la longueur du canal
Dans ce dernier cas (i) , observée sur un jeune enfant, la disposition du canal thoracique était encore plus compliquée. Son extrémité infé-
thoracique.
Troisième observation .
(1) Velse, Loc. cit., fig. n.
rieure n’offrait pas la moindre trace de dilatation. Arrivé dans le thorax , il se divisait en deux branches. La branche droite suivait la direction primitive , tandis que la branche gauche se dirigeait en dehors , en passant au-devant de l’aorte; à une distance assez grande de ce
vaisseau , elle remontait obliquement à droite et
en haut, et se partageait en une foule de branches
anastomosées entre elles et qui circonscrivaient des
insulœ secondaires; puis ces divers rameaux s étant réunis en un seul tronc , celui-ci formait un tour de spirale, après quoi il venait rejoindre la branche droite , en circonscrivant ainsi une grande insula de forme irrégulièrement triangulaire.
Le tronc unique s’élevait alors jusqu’à la partie supérieure du thorax , et dans cet endroit fournissait un rameau anastomosé avec une branc e de la veine azygos, qui se divisait lui-même dans une petite étendue pour former une insula très peu considérable. Quant au tronc principal du canal , il se dirigeait vers la veine jugulaire interne gauche , dans laquelle il s’ouvrait par deux orifices
distincts-
Si l’on fait attention que la veine azygos, dans ' la figure de Velse, communique avec la rénale gauche, et quelle envoie un rameau d’anastomose au canal thoracique, ou concevra que les injections poussées dans ce dernier auraient pu passer dans la veine azygos, la veine rénale et la veine cave;
l’absence de valvules aurait favorisé ce passage. Pecquet et Perrault n’auraient-ils pas eu affaire à une anomalie de ce genre ?
Du reste, cette réflexion ne s’applique nullement à Mertrud, qui avait eu soin de lier la veine azygos.
Lésions organiques.
Anatomie pathologique du système lymphatique.
Les altérations du système lymphatique présentent cinq variétés principales; i° les lésions physiques de tissu , parmi lesquelles se trouvent : les dilatations, les coarctations, les plaies; 2° l’inflammation aigue et chronique des ganglions et vaisseaux lymphatiques , 5» les dégénérescences tuberculeuse, èncéphaloïde et mélanique; 4 • les productions morbides, osseuses, cartilagineuses et fongueuses; 5° les altérations de la lymphe.
Dilatations. Les lymphatiques éprouvent quelquefois une dilatation telle que leurs rameaux les plus déliés peuvent égaler en capacité le canal thoracique lui-même (1). Sœmmerring (2) en a vu un exemple sur la cuisse d’une femme , dont le genou était ankylosé : les vaisseaux lymphatiques du membre malade se trouvaient tellement distendus, qu’il suffisait d’une
(0 Bichat, Dernier cours d’anat. pathol.* p, 299,
(2) De morbis vasorum absorbent. , p. 44.
simple piqûre pour en faire sortir la lymphe. La dilatation considérable des vaisseaux lymphatiques dont parle Wrisberg, reconnaissait pour cause la présence d’une tumeur dans l’abdomen. Les vaisseaux lymphatiques du poumon (1), du foie (2), et
même de la conjonctive (3), peuvent aussi se dilater à un haut degré.
Cette dilatation des vaisseaux lymphatiques se montre quelquefois sous une forme variqueuse, ou bien les petites tumeurs qui en résultent ont l’aspect des hydatides(4). C’est surtout dans le canal thoracique que la dilatation partielle peut être portée très loin. Baillie (5) dit avoir vu un conduit thoracique aussi gros qu’une veine sous-clavière.
Voici un exemple remarquable d’expansion morbide des vaisseaux lymphatiques. Nous le devons à l’obligeance de M. le docteur Amussat. Cette observation est intéressante sous le rapport de la difficulté qu’a présentée le diagnostic et relativement à la nature même de l’altération.
Dans le cours du mois d’octobre 1 829 , M. Amussat a présenté à l’Académie une pièce d’anatomie pathologique recueillie sur un jeune homme de dix -neuf ans, bien constitué, bien
(1) Mascagni, tab. XX, H H, tab. XXI.
(2) Bichat, Loco cit.
(3) Schreger etTilesius, Vid. Beitraege, Theil. I, in fin.
(4) Meckel , Handbuch der pathologischen Anatomie , t. 2, p. 260.
(5) Baillie, Anat. path., trad. Guerbois, p. 87.
musclé , et qui mourut dans l’espace de vingtquatre heures. Ce jeune homme, natif de l’îleBourbon, portait à chaque aine une tumeur assez considérable, qui s était développée d’elle-même un an auparavant. Arrivé en France, il résida cinq ans à Saint-Malo. Dans cette ville on lui conseilla l’application d’un bandage herniaire double, pour s opposer à un plus grand développement des tumeurs. Il vint à Paris dans les premiers jours du mois de novembre 1829, et fit de fort longues courses, qui le fatiguèrent considérablement. En rentrant chez lui le soir, ce jeune homme avait 1 habitude d ôter son bandage pour obtenir un soulagement, qu’il éprouvait quelquefois en se couchant sur le ventre. On doit remarquer cependant qu’il ne pouvait marcher sans le secours de 1 appareil compressif, car les tumeurs devenaient alors beaucoup plus douloureuses. Le 6 octobre il se portait fort bien le soir; le lendemain matin, des douleurs très vives se firent sentir sous le sein droit et dans le pli de l aine: respiration difficile , toux sèche, face injectée, céphalalgie, fièvre, élancements dans les tumeurs.
L’etat du malade s’aggrava ; langue pâle , décolorée, se desséchant graduellement ; sensibilité épigastrique très prononcée ; point d’envies de vomir; point de hoquets; point d’évacuations alvines; respiration anxieuse, saccadée ; les mots sont mal articulés pendant l’expiration ; le point de côté
a presque disparu ; son mat du côté droit , en bas; sensibilité exquise des tumeurs; rougeur du côté gauche , à l’endroit occupé par la pelote; urines rouges, briquetées; facultés intellectuelles parfaites, lorsqu’on interroge le malade; cependant parfois léger délire; pupilles dilatées; pendant la nuit, délire, anxiété extrême; le malade veut se lever, et frappe sa garde ; le matin la peau des tumeurs est plus rouge; on y sent de la fluctuation ; ballonnement du ventre: le corps devient livide, et conserve l’empreinte des doigts.
M. Amussat fut appelé à dix heures du matin; le malade était alors dans un abattement extrême ; couché sur le dos , la bouche béante et la face violacée ; il se plaignait de douleurs dans le ventre , de difficulté de respirer ; ses idées étaient incohérentes, et il répondait avec peine aux questions qui lui étaient adressées; le ventre était fort sensible, et même plus douloureux au toucher que les tumeurs. Au moment où on se disposait à agir , le malade mourut.
La nécropsie fut faite vingt - quatre heures après la mort, en présence de MM. Rivière, Grimaud, Delaunay, etc. Les tumeurs, quoique déjà affaissées depuis la mort , furent moulées en plâtre, et présentées à l’Académie.
Nombreuses vergetures sur divers points de la surface du corps; décomposition pulride; la peau en général est ecchymosée ; celle des extrémités in-
férieures est d’une teinte violette foncée. Une membrane mince couvrait les tumeurs, qui portaient l’empreinte du bandage. Après avoir enlevé cette membrane, on découvrit un sac noueux, irrégulier comme les vésicules spermatiques ouvertes. Ce sac donna issue à une matière puriforme infecte.
La cavité abdominale contenait une assez grande quantité de sérosité sanguinolente, mais point de pus ; nulle trace de péritonite. La dissection des tumeurs permit de s’assurer qu'il n’y avait pas de hernie intestinale, ni épiploïque. Du côté gauche, le kyste contenant le pus s’étendait dans la gaine crurale, jusqu’au tiers inférieur de la cuisse. La collection purulente se prolongeait moins bas de l’autre côté, mais elle passait également sous l’anneau crural, qui n’était pas très dilaté. Le péritoine ayant été enlevé du côté gauche, on découvrit un foyer dont le pus semblait avoir fusé jusque dans les tumeurs.
On trouva aussi du pus dans la poitrine, qui , en outre, du côté droit, contenait au moins une livre de sérosité, aussi rouge que du sang pur. Le côté gauche renfermait peu de ce liquide. Le poumon droit, gorgé de sang noir et spumeux, était adhérent à sa partie supérieure.
Après avoir renversé les viscères thoraciques , on découvrit des vaisseaux lymphatiques qui étaient évidemment malades. On continua la dissection de ces canaux , dont le développement était tel , qu’on
put les dilater avec un soufflet de cuisine. On en reconnut l’embouchure dans la veine sous-clavière.
On lia une portion assez considérable de vaisseaux insufflés, le long du trajet de l’aorte, et on pensa que des ouvertures fort larges, imitant des aréoles du tissu cellulaire, n’étaient autre chose que des vaisseaux lymphatiques dilatés.
Les masses iliaque et crurale des vaisseaux lymphatiques furent insufflées avec un chalumeau de paille, puis liées, et l’on découvrit une énorme dilatation crurale , semblable à un petit sac herniaire.
Une autre observation aussi remarquable qu’extraordinaire , fut faite dans cette autopsie : c’est que les ganglions iliaques avaient disparu , et paraissaient avoir été remplacés par des vaisseaux lymphatiques. On ne remarqua aucune communication directe avec les veines. Le cœur , les artères et les veines, le foie, le pancréas, la rate, les reins et la vessie , ne présentaient rien de remarquable. Les vésicules spermatiques étaient larges et flasques; vaisseaux très injectés; arborisation persistante ; sérosité en petite quantité dans les ventricules du cerveau.
B. Rétrécissements, — Les vaisseaux lymphatiques peuvent se rétrécir dans presque toute l’étenduedu système. Hallé ( 1), examinant les vaisseaux lympha-
(?) Mémoires de l 'Institut , vol. 1, p. 536.
tiques d’une femme morte dans un état complet de marasme , au lieu de ramifications vasculaires , ne trouva, même dans les régions inguinales, que des filaments secs, rélistants, d’un blanc mat, et ressemblant à des filets nerveux; de distance en distance , on remarquait de petits renflements, derniers vestiges des ganglions. Il est facile de concevoir que des vaisseaux lymphatiques soumis à une pression se rétrécissent, s’oblitèrent, et finissent par disparaître* Dans quelques cas d’anévrismes de l’aorte, le canal thoracique a été oblitéré (i) et même détruit.
C. Solutions de continuité.'— Les plaies des vaisseaux lymphatiques ont été , dès 1 696, le sujet des observations de Muys (2), et en 1 7 83 Nuck (3) les a étudiées avec soin. L’effet immédiat qui résulte de la blessure des lymphatiques situés superficiellement, est 1 écoulement d’une certaine quantité de lymphe. Dans quelques circonstances , cet écoulement a pu se prolonger très long-temps , et sans que le travail naturel de la cicatrisation se manifestât (4),
(1) Traité de auscultation , vol. 2 , p. -14.
(2) Muys, De vulnere vasculi tymphatici in Prax. med. chirurg dt.c. 6, obs. 5, p. 240.
(3) De vulneribus vasorum lymphat cap. 24.
(4) Haller, Elem. physiol., libr.2, sect. prima. — Van Swieten, Comment. m Boerh. Jphorism. , t. 4. p- 166. — Kerkring, Spicilegium observationum , p. i73. Nasse, Archive fuer nudicinisch Ehrfarung, vol. i, an. 1817, p. 377.
Au rapport de Ruysch (1), un médecin ayant ouvert un bubon, il s’écoula pendant plusieurs jours une telle quantité de sérosité , qu’on fut obligé de recourir à la compression. Ce cas, inscrit sous le titre de plaie des vaisseaux lymphatiques, mérite-t-il ce nom, et a-t-on bien constaté la lésion du vaisseau? Le nom de Ruysch est la seule garantie que nous puissions offrir- on voit* dans le chapitre consacré à la partie physiologique de notre sujet, que M. Muller a observé un fait du même genre.
Tout ce que l’on sait de positif sur les phénomènes locaux des plaies, même des lymphatiques superficiels , se borne à quelques indications vagues. On est donc porté à n’accepter qu’avec défiance tout ce qui a été dit sur les plaies ducanalthoracique et sur les conséquences de ces blessures. M. Otto (2) en explique le danger par l’épuisement qui résulte de l’épanchement des fluides nutritifs. Nous nous bornerons à dire que les plaies dans lesquelles le canal thoracique est intéressé, sont tellement graves par l’importance de toutes les parties lésées, que la mort doit arriver avant que les malades puissent ressentir les effets de 1 épuisement, ou même avant qu’une fistule chyleuse puisse s’établir et s’organiser.
La rupture des vaisseaux lymphatiques a été
(1) Opéra omnia , obs. 4i-
(2) Jlandbuch der palholog. Anat. [>. 5 1 4 *
plutôt supposée qu’observée. En la croyant produite dans les ganglions eux-mêmes, Aekermann ( 1 ) lui attribuait les scrofules; et c’est par la rupture des vaisseaux lymphatiques du poumon que Morton (2) expliquait le développement de la phthisie. Certainement Brambilla (5) et Lentin (4) n’auraient pas regardé la rupture des lymphatiques comme l’origine de différentes tumeurs qu’ils ont eu occasion d’observer , si, de leur temps , les connaissances acquises sur les diverses dégénérescences des tissus eussent été portées au point où elles le sont aujourd’hui.
11 en a été des affections du système lymphatique comme de toutes les autres maladies; les travaux des modernes sur cet important appareil vasculaire appelèrent l’attention de tous
crut voir partout des affections lymphatiques, et comme l’anafomie pathologique était encore au berceau , les hypothèses tinrent lieu d’observations exactes. On rapporta aux vaisseaux lymphatiques, à la lymphe, une foule de maladies qui leur sont étrangères ; on leur donna des noms nouveaux ; la langue médicale prit de l’extension, sans
(1) Dissert de scrofulis.
(2) In physiologia , et R. Vieussens, Nnum vçsorum corporis humarii systema; Amstelod., :-o5.
(3.) Acta Academiœ medico-chirurgicœ mi lit Vienne» sis , ». 1 , p. i b et 17.
(4) Additions à ta médecine pratique , vol. ï, p. 3:2-33.'*
et chacun voulut porter sa pierre
que la science acquît plus de précision et d exactitude. Ce vice de langage et cet esprit de système se sont étendus jusqu’à notre époque, mais c’est à l’anatomie pathologique à en faire justice.
2° De t inflammation des vaisseaux lymphatiques et des ganglions.
L’inflammation des vaisseaux lymphatiques et des ganglions a été considérée comme la source d’une multitude d’affections, telles que la phthisie pulmonaire (i), l’éléphantiasis (q), la phlegmatia alba dolens (3), enfin un grand nombre de dégénérescences et de productions morbides (4). Sans chercher à reconnaître quelles sont les influences que l’inflammation aiguë ou chronique des vaisseaux lymphatiques peut exercer sur les autres systèmes, nous croyons devoir nous borner à en exposer les caractères anatomiques.
Les vaisseaux lymphatiques devenus le siège d’une inflammation aiguë, forment autant de cordons rouges , tendus , douloureux. A l’incision de ces cordons, quand il devient indiqué d’y recourir,
(1) Portai , Traité de la phthisie pulmonaire.
(2) Alard, De l' inflammation des vaisseaux absorbants lymphatiques , etc. Paris, 1824, in-8, fig.
(3) Charles Brandon Trye , An essay on the swetling of the lower extrenùlies incident to lying in women ; Soud., 1792, in-8°.
(4) Broussais, Histoire des phlegmasies chroniques ; Paris, 1808.
dit M. Gendrin (i), on trouve sous la peau une couche épaisse de tissu cellulaire rouge* condensé, très infiltré de sérosité plus ou moins sanguinolente, purulente ou puriforme ; on distingue aussi des fibres rougeâtres * bosselées , inégales , qui aboutissent en convergeant dans le ganglion enflammé. Le meme auteur ajoute que si le canal thoracique est le siège de la maladie , on le trouve plus volumineux que dans l’état normal, et qu’il apparaît , entre la veine azygos et l’aorte, comme un cordon tendu et rouge ; que quand l’inflammation a été peu intense, la membrane interne est épaissie, plus dense que dans l’état
sain,etd’unegrande friabilité, qu’avec une phlegma-
sie d’une plus grande intensité, le canal devient plus volumineux, ses parois s’épaississent, sa cavité se distend par un liquide dont la nature varie suivant le degré de l’inflammation ; enfin qu’il peut s’y former ou s’y déposer une matière plastique, qui, en s’organisant , transforme le vaisseau en un cordon imperméable. Ainsi s’explique la disposition particulière du conduit thoracique dont parle M. Andral : J ai vu , dit ce professeur, le canal thoracique , transformé en une sorte de cordon fibreux, être entièrement oblitéré dans un espace correspondant au corps des troisième , quatrième et cinquième vertèbres dorsales; cependant, au - dessus de ce point oblitéré, il
(i) Histoire anatomique des inflammations , p. 90.
était rempli de iymphe; celle-ci y était apportée par un vaisseau lymphatique considérable, qui, né du canal thoracique, un peu au-dessous de l’endroit où commençait l’oblitération de ce conduit, allait s’ouvrir dans celui-ci à quelques lignes au-dessus du point où sa cavité renaissait (1 ).
Il est souvent dit que du pus a été rencontré dans les vaisseaux lymphatiques, que sa présence résulte ordinairement d’une inflammation idiopathique, mais qu’on n’a cependant pas toujours la preuve de l’existence d’une phlegmasie. Le cas le plus ordinaire est la coïncidence d’un foyer purulent dans tel ou tel point du corps avec lequel les vaisseaux lymphatiques ont été en contact. Dupuytren a cité dans ses leçons cliniques le cas d’une femme portant une tumeur énorme à la partie supérieure de la cuisse, avec fluctuation , à l’examen de laquelle , une incision étant faite à la peau , au niveau de la tumeur, on fut très surpris d’apercevoir des points blancs sur les lèvres de l’incision; puis on vit le tissu cellulaire sous-cutané parcouru par des vaisseaux lymphatiques volumineux et gorgés de pus , disposition qui se prolongeait jusqu’aux ganglions lombaires. Le canal thoracique était cependant dans son état naturel (2).
Dans un cas observé à l’Hôtel-Dieu de Paris , on dit avoir trouvé, à la suite d’une fracture compli-
(1) Précis d'anatomie pathologique , p. 44 1 -
(2) Cruveilhier, Essai sur l'anat. palhol., t. 1, p. 200.
quée d’abcès considérable , du pus dans les vaisseaux lymphatiques qui se distribuaient aux parties malades (1).
Quelquefois la présence du pus dans les vaisseaux lymphatiques coïncide avec une suppuration d’organe parenchymateux. M. Andral (2) ayant reconnu sur un cadavre une énorme suppuration dans les reins, s’assura que le canal thoracique , rougeet enflammé, contenait du pus jusqu’auprèsdeson embouchure dans la veine sous-clavière. M. Gendrin, en faisant l’autopsie d’une femme morte de péritonite, trouva le canal thoracique enflammé; ses parois étaient épaisses et rouges; sa membrane interne offrait un aspect tomenteux; sa cavité était distendue par du pus. Une inflammation des veines peut se compliquer de l’existence du pus dans les lymphatiques (3). Une femme succombe vingt-six jours après un accouchement naturel; l’ouverture du cadavre ne laisse aucun doute sur l’inflammation des veines , et on croit en meme temps reconnaître la présence du pus dans les lymphatiques. Les ganglions du bassin étaient gonflés et les lymphatiques correspondants gorgés de pus, dont le canal thoracique lui-même contenait une certaine quantité (4).
(1) Magendie, Physiol. t. 2, p. 218.
(2) Archives générales de médecine , t. 7, p. 502.
(5) Histoire anatomique des infl., t. 1, p. 86.
(4) Velpeau, Recherches sur la phleginatia alba dolens; Archiv. mèd t . 6 , p. 220.
, Quelques anatomistes modernes, en apercevant du pus dans les vaisseaux lymphatiques, sans lésion manifeste de la partie correspondante de leurs parois, ont été portés à admettre l’introduction de ce fluide par la voie de l’absorption. Le foyer purulent que, dans ces circonstances, on avait rencontré sur un point plus ou moins éloigné des vaisseaux, et la connexion de ce foyer purulent avec des lymphatiques avaient , il est vrai , semblé donner quelque fondement à cette opinion. Nous avons déjà dit qu’une telle conséquence ne pouvait pas rigoureusement être déduite du fait observé. Si un vaisseau lymphatique vient à être enflammé dans tel ou tel point de son étendue, nous concevons que du pus pourra s’y former et y cheminer. Si ce même vaisseau a été ouvert, soit accidentellement , soit par une érosion, résultat de la phlegmasie , nous concevons encore jusqu’à un certain point l’introduction et la progression du pus dans le canal vasculaire. Mais une introduction par voie d’absorption nous arrête. Les globules du pus ont des dimensions plus considérables que ceux de la lymphe, du chyle et du sang; par conséquent, la physiologie se refuse à ce qu’on admette une absorption de pus compararable à celle qui s’opère dans l’état sain. Des physiologistes modernes, qu’ii suffira de nommer pour avoir gain de cause , MM. Magendie , à Paris,
et Muller, a Berlin, ne croient pas à la possibilité <le 1 absorption du pus par les vaisseaux lymphatiques. Ainsi ce qu’on a rapporté de la présence du sang dans ces vaisseaux n’est applicable qu’à une
matière colorante, probablement celle de ce liquide
mais non pas au sang lui-même absorbé en totalité.' Quant au pus trouvé dans ces mêmes vaisseaux ’! pr°;enait ou de la phlegmasie de leurs parois, ou' dun foyer purulent extérieur ; et dans ce dernier cas , la matière purulente peut avoir pénétré dans les cavités des lymphatiques par une solution de continuité d’une partie de toute l’épaisseur de leurs parois , produite elle-même par une cause accidentelle quiconque.
Mais revenons à l’exposé des faits qui démontrent les altérations pathologiques du système lymphatique. J
Un anatomiste étant parvenu à pousser du mercure dans les vaisseaux lymphatiques des ganglions enflammés, on s’est pressé de conclure qle e
deT’ilt airerdeCeS§anS,i0nSétait -^siég
de 1 inflammation. Nous croyons devoir faire L
rZZ’ ^Unepa;^UeleP-ge des injections , eS §angl*°ns enflammés est loin d’être
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^n dans I- vaisseaux lymphatiques ganglio-
1 ^P.97- pdIrCr““ ~ Gendrin> Hist- «««•■ desinftamm.
naires; car l’oblitération d’un vaisseau n’est pas la conséquence nécessaire et constante des phlegmasies; on a constaté la perméabilité de lymphatiques d’un calibre médiocre , dans plusieurs cas d’inflammation.
L’inflammation se développe quelquefois avec assez d’énergie dans les ganglions pour que la suppuration survienne , et , le pus une fois formé , on le trouve infiltré dans les interstices du tissu, contenu dans de petites cellules éloignées les unes des autres, ou enfin, constituant un seul foyer. Dans ce dernier cas, l’enveloppe cellulaire, épaisse et dense , finit par s’amollir, s’ulcérer et livrer passage au pus , dont les propriétés diffèrent suivant la durée de son séjour et le degré de l’inflammation.
Lieutaud dit en avoir rencontré un cas dans lequel le canal thoracique était gangrené sur plusieurs points, chez un jeune sujet mort d’une fièvre maligne épidémique (i).
La sensibilité obscure des diverses parties du système lymphatique, la finesse et le petit nombre des vaisseaux sanguins qu’elles reçoivent, semblent les prédisposer principalement aux inflammations chroniques et aux diverses altérations qui en sont la conséquence.
Lorsqu’un point de ce système devient le siège
(1) Historia anatomico ■ medica , t. 2, |>. 93, obs. 770.
d une irritation lente , les changements anatomiques de tissu se réduisent a un léger gonflement à une augmentation d’épaisseur. Si l’irritation est éteinte avant que les tissus aient reçu une impression profonde, la résolution s’opère, et l’anatomie pathologique ne découvreaucune trace d’altération dans le vaisseau ou le ganglion.
La possibilité de la résolution de certains engorgements chroniques est de la plus haute importance dans la pratique chirurgicale. Parmi le grand nombre de faits qui le prouvent, nous n’en citerons qu un. Desault, consulté pour une maladie des os du carpe, jugea l’amputation nécessaire. D’autres chirurgiens, observant que la malade avait les glandes brachiales et axillaires engorgées, crurent à l’existence d’une affection scrofuleuse , et jugèrent que l’opération proposée était contre-indiquée; cependant, Desault ne la fit pas moins, et peu de temps après, l’engorgement ganglionaire avait totalement disparu (1).
Lorsque l’irritation chronique persiste longtemps, mais toujours d’une manière faible et obscure, les éléments organiques du système lymphatique se tuméfient à des degrés différents, letissu acquiert de la densité, perd sa couleur primitive, en un mot il devient le siège d’une induration dont les caractères anatomiques varient suivant
(0 Assalini , Essai médical sur les vaisseaux lymphatiques , p. 62.
quelle occupe les conduits ou les ganglions. Le fait suivant (1) peut être donné comme exemple de l’état d’induration des vaisseaux lymphatiques.
Un homme atteint d’un gonflement du testicule droit, mourut dans le marasme ; à la dissection, outre l’altération du testicule, on trouva les vaisseaux lymphatiques du cordon gonflés, ayant des parois épaissies, et présentant, de distance en distance, des nodosités produites par l’induration des valvules (2). Nous croyons pouvoir rapporter a l’induration les cas observés par M. Andral (2). Ce professeur , en ouvrant le cadavre d’un phthisique dont la membrane muqueuse intestinale était parsemée de nombreuses ulcérations, trouva sur la surface externe des intestins, vis-àvis le point où intérieurement existaient des ulcérations , les vaisseaux lymphatiques parfaitement bien dessinés; ils présentaient, d’espace en espace, de petits renflements durs , arrondis, blanchâtres; chacune de ces granulations était le résultat d’un épaississement partiel des parois des vaisseaux lymphatiques; il semblait que ce fût à V endroit de chaque valvule que le tissu de ces parois se fût ainsi épaissi et induré. Il esta remarquer qu’on ne voyait, à l’intérieur même de la cavité , aucune matière morbide.
(1) Astley Cooper, Med. records and researches, vol. 1, p. 87.
(•2) Andral , Précis d’anatomie pathologique , p. 44 »•
Les changements que l’induration amène dans les ganglions sont encore plus fréquents et plus marqués que dans les vaisseaux lymphatiques. Très souvent on voit les ganglions affectés d’une inflammation lente prendre un volume considérable; on trouve alors leur tissu dur, difficile à rompre, très homogène, rénitent et d’une couleur grisâtre : si on le déchire, les surfaces sont granuleuses; si on le coupe, il crie sous le scalpel; le tissu cellulaire qui l’entoure lui forme une capsule épaisse et résistante.
L inflammation chronique des vaisseaux lymphatiques ou des ganglions peut, au lieu de produire 1 induration , amener la suppuration. Rarement elle a été observée dans les vaisseaux lymphatiques; cependant, Astley Cooper rapporte un cas où elle semble avoir eu lieu : en examinant le conduit thoracique sur un cadavre, on reconnut que ses valvules, gonflées et saillantes, adhéraient de manière à boucher complètement le canal. Dans l’épaisseur des petits feuillets membraneux, il existait un liquide séro-purulent , et plusieurs traces d’ulcération prouvaient qu’il y avait eu inflammation (i).
La suppuration chronique des ganglions lymphatiques est très fréquente; dès qu’elle tend à s’établir, le tissu devient grisâtre , sa densité di-
(ï) Loc. cit ,
minue, le tissu cellulaire environnant s’infiltre, et bientôt on voit se former de petites vacuoles remplies de pus. A mesure que la quantité de ce liquide augmente, les cloisons inter-alvéolaires s’amincissent et finissent par disparaître; l’enveloppe extérieure seule résiste, et on la voit au bout d’un certain temps former une poche unique, dans laquelle se trouve un pus b anc, odeur fade et consistance variable.
Dégénérescences des vaisseaux lymphatiques et des ganglions .
Tubercules. - — Le système lymphatique est peutêtre celui dans lequel se dépose le plus souvent la matière tuberculeuse. On la trouve renfermée jusque dans la cavité des vaisseaux lymphatiques; sans doute cette dernière disposition est rare , mais cependant elle a été observée. A l’examen du cadavre d’un phthisique mort dans le dernier degré de ma- ' rasme, M. Cruveilhier (i) reconnut l’existence de plaques tuberculeuses sous-péritonéales; les ganglions mésenté'riques étaient blancs et durs , les vaisseaux lymphatiquesqui s’y abouchaient, blancsjaunâtres, durs, résistants, et remplis d’une matière tuberculeuse. En ouvrant ces vaisseaux, on faisait sortir une substance caséiforme, après l’éva-
(1) Anatomie pathologique du corps humain , 29 livr. ; Paris, i83o, pi. ire, fig. î et 2.
cuation de laquelle les ouvertures restaient béantes et visibles à l’œil nu.
M. Andral(i), en faisant des recherches sur l’état anormal du système lymphatique, prétend avoir eu l’occasion de constater la présence delà matière tuberculeuse à l’intérieur meme des vaisseaux lymphatiques. Une femme étant morte d’un cancer utérin, on trouva dans l’abdomen des ganglions endurcis auxquels venaient se rendre un grand nombre de vaisseaux lymphatiques. Ces vaisseaux offraient de distance en distance des points blancs, formés par une matière de couleur blanche, de consistance médiocre, et s’écrasant facilement sous le doigt. Le conduit thoracique renfermait plusieurs amas de cette matière grumeleuse ; quelques uns avaient le volume d’une noisette ; du reste , les parois du conduit, aussi bien que celles des ramifications n’étaient le siège d’aucune altération appréciable. La coïncidence de la dégénérescence cancéreuse de l’utérus avec le dépôt de la matière blanche dans les lymphatiques, pourrait faire naître quelques doutes sur la véritable nature de la dégénérescence, si l’on ne connaissait le talent d’investigation que possède le professeur auquel on doit cette observation.
Les ganglions lymphatiques sont bien plus susceptibles que leurs vaisseaux d’éprouver la dégénérescence tuberculeuse; ils ne paraissent pas y être
(i) Précis d'anatomie patliol. , vol. i, p. 4 19*
tous également disposés. Laënnec (1), sous ce rapportées range dans l’ordre suivant: ganglions bronchiques, médiastiniques, cervicaux, mésentériques. Les données résultant des recherches de M. Lombard (2) sont plus positives : sur cent ouvertures de cadavres d’enfants tuberculeux, on a trouvé les différents ganglions affectés dans la proportion suivante : dans les ganglions bronchiques, quatre-vingt-sept fois; trente-une dans les mésentériques, sept sur les cervicaux , et trois seulement dans les inguinaux.
Des observations réitérées prouvent que la matière tuberculeuse se dépose sous forme d’infiltration ou de masse. L’infiltration est fréquente dans les ganglions bronchiques; l’altération en masse est principalement propre aux ganglions abdominaux.
Le ramollissement qui s’opère dans la matière tuberculeuse des ganglions la transforme ordinairement en une espèce de pus épais et grumeleux , assez homogène ; il n’est cependant pas rare de voir le produit du ramollissement séparé en deux parties, dont l’une ressemble à du caséum et l’autre à du petit lait trouble et visqueux.
Les vaisseaux lymphatiques d’une partie frappée de cancer et de celles qui l’avoisinent , sont bientôt altérés , et rarement on parvient à
(1) Laënnec, Auscultation médiate, vol. 1, p. 27.
(2) Lombard, Voy. Amiral, Précis d’anat. pathol,, vol. 1, p. 4^5.
suivre les progrès de leur dégénérescence. Cependant M. Andral (i) a pu isoler un canal thoracique sur lequel cette altération avait porté son influence. Une femme étant morte d’un cancer utérin, on examina les organes, et l’on reconnut que le canal thoracique était plus volumineux que dans 1 état ordinaire. De sa surface interne s’élevaientun grand nombre de petits corps blanchâtres, irréguliers, arrondis, ayant environ le volume d’un pois. Ces petits corps se continuaient avec les parois du canal ; ils présentaient une parfaite analogie avec des tumeurs cancéreuses développées dans l’abdomen. Sur d’autres points , les masses cancéreuses n’existaient pas , mais les parois étaient épaissies ; au milieu du tissu membraneux qui les forme , existait une matière encéphaloïde , pulpeuse et grisâtre.
La dégénérescence cancéreuse des ganglions a été suivie avec soin dans ses progrès. Selon Cruikshank(2), elle épargne les ganglionsde l’abdomen plus que ceux des autres régions du corps. Dans une foule de cas elle est consécutive à une affection semblable existant sur un organe voisin. Des anatomistes ontpensé que la transmission se faisait par les vaisseaux lymphatiques; etSœmmerring(3)
(1) Andral, Recherches pour servir à l'histoire du système lymphatique ; Archives médic., t. VI, i834, p. 3o2.
(a) Cruikshank, Anat. des vais.abs trad. Petit-Radel, p. 166.
(3) De morbis vasorum absorb.y p. io5.
dit avoir vu une sanie ichoreuse dans des lymphatiques se rendant d’un organe cancéreux aux ganglions qui commençaient à le devenir. A ce sujet, il fait remarquer que la promptitude de la propagation des cancers utérins aux ganglions pelviens tient surtout à ce que les plexus lymphatiques sont nombreux dans cette région.
Assez fréquemment les ganglions affectés consécutivement de la dégérescence encéphaloïde prennent plus de volume que l’organe qui est le siège primitif de l’affection. Cette remarque a été faite par Cruikshank ; il dit avoir rencontré, dans le bassin d'un individu affecté de sarcocèle, une masse cancéreuse formée par des ganglions dégénérés, qui avaient le volume delà tête d’un enfant nouveau-né
Dans une même région , les ganglions affectés consécutivement ne le sont pas toujours à la même époque et avec la même intensité ; c’est ainsi que, dans les cas de cancer des mamelles, on voit quelquefois sous l’aisselle tous les degrés de la dégénérescence, depuis la simple granulation jusqu’au ramollissement cérébriforme.
Les modifications que le tissu des ganglions peut éprouver, entre ces deux extrêmes, sont nombreuses et variées; les décrire serait sortir de notre sujet.
Mélanose. — Les ganglions sont plus sujets à la mélanose qu’on ne l’a cru jusqu’à présent. Un grand nombre de tumeurs noires, observées au-
trefois, n’étaient sans doute formées que par des ganglions dans un état de mélanose. M. Cruveilhier (i) a eu occasion d’observer la matière mélanique dans le tissu des ganglions lombaires ; quelquefois elle se dépose à leur surface , les embrasse, et, sans pénétrer leur tissu , les comprime et semble pour ainsi dire les atrophier. Une disposition analogue à celle que nous venons d’indiquer a été vue sur les ganglions lymphatiques d’une femme chez laquelle la mélanose semblait avoir envahi tous les tissus (2). Les ganglions bronchiques eux-mêmes en étaient environnés.
Nous avons observé un grand nombre de fois la dégénérescence mélanique dans les divers tissus de l’homme et des animaux. Chez les chevaux surtout, et particulièrement ceux qui ont le poil gris ou blanc, cette altération est fort commune. Dans un cas, nous avons reconnu, avec M. Àndral, que les masses noires étaient non seulement hors des vaisseaux , mais particulièrement dans la cavité des veines. Plusieurs fois, sur ces mêmes animaux, nous avons vu que tous les ganglions lymphatiques du bassin, du pourtour de l’anus et du mésentère, étaient le siège de la dégénérescence* noire.
Sur plusieurs chevaux nous avons trouvé tous les ganglions abdominaux envahis par des tumeurs
(1) Anat. paihol., t. 1, p. 92.
(2) Aliberl, Nosologie naturelle , t. 1, p. 554.
mélaniques ; celte dégénérescence recouvrait, par des masses noires considérables, la face préspinale du rachis, et cachait profondément le canal thoracique. Pans un mémoire publié sur ce genre d’altération , nous avons rapporté un exemple ( avec figures) de mélanose des ganglions lymphatiques de la région inguinale (1). Rien n’est moins rare , non que la teinte noire des ganglions bronchiques, mais que la mélanose elle-même de ces organes.
Dans plusieurs de ces affections mélaniques, surtout lorsqu’elles occupaient les membranes muqueuses, les tumeurs étaient ramollies, la ma tière diffluente et disposée par couches sur les surfaces muqueuses , ou infiltrée dans le tissu cellulaire. C’est alorssurtoutque nous avons observé la matière mélanique dans les gros vaisseaux lymphatiques et les ganglions du bassin et de la colonne rachidienne, dans ceux des intestins et du mésentère , ainsi que dans le canal thoracique luimême.
Productions morbides du système lymphatique .
Dans des recherches anatomiques , le canal thoracique n’ayant pu être injecté sur un cadavre, on en chercha la cause, et l’on découvrit que des fongosités obstruaient ce canal (2). Ces fongosités
(1) Breschet, Considérations sur une altération organique , appelée dégénérescence noire (mélanose); Paris, 1821, Journal de M. Magendie.
(2) Astley Cooper, Three instances of obstruction of tlie thoracic due records and rescarches, vol. i,p. 87.
étaient implantées sur les parois du canal, un demipouce au-dessus du réservoir de Pecquet. Les tuniques du conduit étaient saines dans l’intervalle des tumeurs.
Ossifications . — Une production morbide beaucoup plus fréquente que celle qui vient d’être indiquée, consiste dans le dépôt d’une matière calcaire, soit sur les vaisseaux lymphatiques, soit dans le tissu des ganglions.
Les productions osseuses des vaisseaux lymphatiques affectent diverses dispositions. Au rapport d’Àssalini (x) , on conserve dans le cabinet anatomique de Londres plusieurs ossifications de l’intérieur du canal. On doit à Walter une figure représentant des productions calcaires des vaisseaux lymphatiques (2). Cette altération porte non seulement sur le canal thoracique , mais encore sur les branches qui s’y rendent. Les ossifications du tronc offrent deux dispositions différentes : elles peuvent se développer dans l’épaisseur même du conduit, ou se déposer dans sa cavité, sans que les parois soient ossifiées. Les exemples de productions osseuses du canal thoracique sont le cas le plus rare. Cependant Brown Cheston(3)a vu ce vaisseau entièrement ossifié sur un sujet mort d’un
(1) Assalini, Essai médical sur les vaisseaaoc lymphat., p. 52.
(2) Walter, Mémoires de l* Académie royale de Berlin ; an 178 6 et 1787, p. ai.
(3) Philosoph. Transact. , vol. 70, an, 1780, p. 3z3.
énorme ostéo-sarcome remplissant le bassin. Il est plus fréquent de rencontrer la cavité du canal obstruée par le dépôt d’une matière calcaire, nommée gypseuse par Portai (1) , ou tartareuse par Mascagni (2). Dans le cas rapporté par ce dernier anatomiste, les vaisseaux lymphatiques traversaient des partiessquirrheuses.il est fait mention dans la thèse de M. Lauth de l’obstruction des vaisseaux lymphatiques par une matière osseuse, avec coïncidence, chez le même sujet f d’une carie de l’os des iles.
C’est principalement dans les ganglions lymphatiques, et surtout dans ceux des bronches (3), qu’on observe les amas de matière calcaire. L’âge avancé semble favorable à cette altération du tissu ganglionaire; cependant on l’a trouvée chez un enfant de dix ans. Il paraît que les femmes y sont moins exposées que les hommes. Le nombre des ossifications est quelquefois considérable. M. Andral (4) en a trouvé dans toutes les régions du corps sur une femme dont plusieurs vertèbres étaient profondément altérées J. -F. Meckel(5)a reconnu que le développement de ces ossi-
(1) Mémoire sur la structure du canal thoracique, Acad, des sciences, an 1770, p. 39-7 ; Ilistoria, an >787, p. 29.
(2) Vasorum (ympliaticorum corporis humani historia et iconographia, p. 29., 1787.
(5) Bailiie, Anat. path ., trad. franç., p. 90. — Biclial, Dernier cours, p. 297.
(4) Andral, Précis d*anat. pathol., p. 454- vol. 2.
(5) Meckel. Handb. der pathol. anat.
fications s’opère de l’extérieur vers l’intérieur. Presque toujours il reste une cavité remplie par une substance jaunâtre, comme feuilletée, ou d’apparence tuberculeuse, unie aux granulations osseuses. Cette coïncidence des concrétions calcaires avec d’autres altérations morbides, et surtout avec celles du système osseux, peut être de. quel» que intérêt pour les physiologistes.
L’influence que la lymphe altérée peut avoir dans le développement des maladies a été depuis
blés. De nos jours, M. Salmade.(i) a publié sur ce point important de médecine un ouvrage justement estimé. En pathologie , on peut entrer dans des considérations générales qui n’exigent pas une précision et une rigueur comparables à celles que l’anatomiste doit mettre dans ses travaux. En conséquence, ce que nous aurons à dire sur les altérations de la lymphe se bornera à peu de chose. Comment faire autrement, lorsque cette humeur est encore peu connue dans l’état sain ? Ce n’est donc qu'avec hésitation que nous avons fait , comme complément de la partie d’anatomie pathologique, un article sur les altérations delà lymphe.
(i) Précis d’observations pratiques sur les maladies de la lymphe; Paris,
Altérations de la lymphe.
long-temps l’objet de recherches longues et pé~:
Ce que nous trouvons de plus positif dans les altérations de la lymphe , c’est son mélange avec des liquides normaux recrémentitiels ou excrémentitiels , ou avec des liqueurs morbides formées accidentellement , puis introduites dans le système lymphatique.
Nous n’ajouterons qu’un mot à ce que nous avons déjà dit sur le pus contenu dans les vaisseaux lymphatiques. Tantôt ce liquide est de bonne nature , c’est-à-dire blanc , homogène , comme crémeux ; tantôt il a tous les caractères d’un liquide sanieux. Du pus ainsi altéré s’est offert à l’observation de M. Lauth père , dans le canal thoracique d’un individu affecté d’une gangrène des extrémités inférieures.
On trouve souvent de la bile dans les vaisseaux lymphatiques du foie ; nous en avons déjà parlé précédemment. M. Andral dit avoir souvent observé une teinte jaune très prononcée dans la lymphe du canal thoracique, chez des individus ictériques. Yoici ce que dit Cruikshank (i) relativement à la présence de la bile dans les vaisseaux lymphatiques : « Quand des pierres biliaires bouchant le canal cholédoque ou le conduit cystique ont empêché la bile de couler dans les intestins, et que la vésicule du fiel est excessivement distendue , on trouve les vaisseaux lymphatiques de ce réservoir pleins de bile. »
(i) Anatomie des vaisseaux absorbants , p. 8 (trad. de Petit-Radel).
Tout ce qu’on savait jusqu’à présent sur le passage du sang dans les vaisseaux lymphatiques se bornait à quelques observations paraissant démontrer la présence de cette humeur dans le canal thoracique. Sabatier (1) s’étant borné à dire qu’il avait vu trois fois le canal thoracique contenir du sang, on ne sait quelle valeur il faut donner à ses observations. Sur un sujette canal étaità moitié plein d’uneliqueur assez fluide, toute semblable , pour la couleur et pour la consistance , au sang qui se trouvait dans la veine azygos. Dans les deux autres cas, le sang contenu était coagulé.
Mascagni raconte que , sur deux cadavres dont la poitrine offrait un épanchement sanguin, les vaisseaux lymphatiques de la surface externe du poumon étaient gorgés de sang . Sur un troisième sujet, mort subitement, on trouva la rate déchirée, un vaste épanchement de sang dans l’abdomen, et tous les vaisseaux lymphatiques gorgés de sang. Sœmmerring (2) parle de cas analogues , et dit que les vaisseaux absorbants contenaient une lymphe sanguinolente ; ces derniers mots sont à remarquer.
Avec des noms comme ceux de Sabatier, Sœmmerring, Mascagni, Cruikshank, etc., on pourrait
(1) Remarques sur le canal thoracique ; Hist. de l’Académie des sciences, an 1780, p. 609.
(2) De morb. vas. absorb. , p. 4o •
aisément soutenir que le sang passe dans les vaisseaux lymphatiques et dans le canal thoracique. Cependant, d’après les nouvelles recherches de Muller, nous nous croyons fondés à élever des doutes sur ce passage, et nous appelons l’attention sur cette circonstance. M. le professeur Andral a gardé une sage réserve sur la nature du liquide coloré en rouge qu’on a observé dans le système lymphatique ; nous l’imiterons, et avec lui nous rappellerons que M. le professeur Magendie a fait voir que, dans quelques circonstances, la lymphe et le chyle offrent une teinte rouge assez prononcée.
Nous terminerons notre exposé succinct des anomalies et des principales altérations organiques du système lymphatique, en rapportant un exemple intéressant de ces altérations de tissu, et plus particulièrement de celles des humeurs contenues dans les vaisseaux. Ce fait a été observé et recueilli à l’Hôtel- Dieu, par notre honorable confrère M. Sanson aîné, et présenté par lui à l’Académie de médecine, avec la pièce d’anatomie pathologique.
« Le 29 octobre au soir entra à l’Hôtel-Dieu et fut couché dans le département qui m’est confié (c’est M. Sanson qui parle), le nommé Mercier, âgé de quarante-deux ans. La joue droite, les paupières de l’œil droit, les lèvres, et la partie supérieure et droite du col étaient le siège d’un gonflement considérable douloureux, avec rougeur légère
et comme érysipélateuse de la peau. Au centre de ce gonflement, on voyait un rassemblement de petites vésicules remplies d’une sérosité jaunâtre et demitransparente , occupant un espace égal à celui que recouvrirait une pièce de trois francs, et au centre de ce rassemblement de vésicules une petite plaque irrégulière , de deux lignes de diamètre ou environ , laquelle était brunâtre et desséchée. Le malade n avait eu ni nausées , ni vomissements, ni douleur épigastrique , ni fièvre, ni irrégularité du pouls, ni dispositions à la syncope. Il attribuait l’invasion de sa maladie à l’action d’un rasoir mal aiguisé , avec lequel il s’était e'corché en se rasant quatre jours auparavant. Pendant la nuit, le gonflement, au dire du malade et de 1 élève qui 1 avait vu au moment de son entrée, diminua considérablement. Le lendemain, 5o octobre, je vis cet homme pour la première fois : à 1 aspect de la tumeur, et avant de m’ètre approché complètement de son lit, je crus reconnaître une pustule maligne ; mais lorsque je fus arrivé auprès du malade, je trouvai dans un examen plus attentif des motifs de doute. La tumeur était réni* tente, mais elle n’offrait nulle part cette résistance emphysémateuse de la pustule maligne, si facile à reconnaître quand on l’a une fois rencontrée. La plaque brune du centre n’avait aucun des caractères de l’escarre, et ressemblait parfaitement à une excoriation desséchée; en effet, c’était là
que le malade s’était écorché en se rasant. Cet homme était menuisier, et par conséquent sa profession ne l’exposait point à contracter la pustule maligne ; il n’avait touché aucune substance animale qui pût la lui communiquer; il n’avait éprouvé aucun des symptômes généraux qui accompagnent cette maladie ; enfin le gonflement et la douleur avaient considérablement diminué depuis environ douze heures qu’il était entré à l’hôpital.
Je pensai alors que la maladie n’était point une pustule' maligne, ou que, si c’en était une, elle % était de celles dont les progrès s’arrêtent par les seuls efforts de la nature , et comme le pouls était parfaitement naturel et régulier, je me bornai à prescrire une boisson acidulée et l’application de quelques sangsues au-devant du larynx, pour faire cesser une gêne légère de la respiration , seule incommodité dont se plaignait le malade , et que j’attribuai à l’extension du gonflement au tissu cellulaire sous-muqueux de l’origine des voies aériennes.
Cependant bien que, dans ces derniers temps, on ait rapporté des exemples de guérison de pustules malignes par les moyens antiphlogistiques, je recommandai à l’élève de garde de surveiller attentivement le malade pendant la journée, et, pour peu qu’il survînt de l’irrégularité dans le pouls, des dispositions à la syncope ou aux vomisse-
ments, de ne pas hésiter à appliquer le cautère actuel sur le centre même de la tumeur. La journée se passe dans un calme parfait. Le soir, à huit heures, le malade a quelques vomissements, qu’il attribue à un verre de kirschwasser que sa femme lui a fait boire ; mais ces vomissements cessent aussitôt d’eux -mêmes, sans qu’on emploie aucun moyen pour les arrêter ; on laisse le malade tranquille, et dans la nuit il meurt d’une manière si subite que les malades ses voisins ne s’aperçoivent de rien.
Autopsie cadavérique faite trente-six heures après la mort.
Le cadavre est de petite stature, bien musclé, d’un embonpoint médiocre. Il y a roideur cadavérique, et il n’existe aucune trace de putréfaction.
La face interne de la joue droite présente deux légères excoriations grisâtres.
La surface intérieure de l’estomac est parsemée, dans sa moitié pylorique, de pustules lenticulaires, au nombre de vingt-cinq à trente, dues à l’engorgement de la membrane muqueuse, et recouvertes d’une couche pseudo-membraneuse grisâtre. Le reste de cette membrane est le siège d’une forte injection sanguine. Le duodénum et le reste de l’intestin grêle sont sains, à l’exception de quelques portions un peu plus injectées que le reste et comme légèrement ecchymosées. La trachée-
artère, les bronches et les poumons ne présentent aucune altération remarquable; les derniers seulement offrent un léger engorgement séro- sanguinolent.
Le cœur et les gros vaisseaux sont sains : les veines contiennent du sang noir et liquide .
Les vésicules qui recouvraient la tumeur pendant la vie ont disparu. Celle-ci n’offre, dans le point central et brunâtre dont il a été parlé, aucune trace de gangrène.
Le tissu cellulaire de la joue droite et de la région sous-maxillaire est affecté d’un engorgement qui s’étend jusqu’au voisinage de la glotte.
Le repli épiglotto-aryténoïdal droit est le siège d’une infiltration œdémateuse peu considérable et incapable d’obstruer le passage de l’air. Partout ailleurs l’engorgement est constitué par une infiltration de liquide sanguinolent noirâtre.
Les ganglions lymphatiques voisins sont d’un rouge noir; l’un d’eux, plus volumineux que dans l’état naturel et placé au-devant de la veine jugulaire interne, est comme infiltré de sang, et renferme quelques petits caillots noirâtres. De petits vaisseaux partant de ces ganglions sont injectés de sang de même couleur. On crut alors les recherches terminées, et l’on pensa que ces vaisseaux étaient des veines.
Mais, quelques jours après, l’élève chargé du service des autopsies s’aperçut , en enlevant les in-
testins pour faire servir ce sujet à ses travaux particuliers, que quelques ganglions abdominaux présentaient le même aspect que ceux du col. Il reprit son examen , et trouva que les ganglions mésentériques, à partir de la moitié de la largeur du mésentère jusqu’à la colonne vertébrale, que tous ceux des lombes et tous ceux qui sont placés le long des artères iliaques , étaient d’un rouge noir et gorgés de sang ; il vit aussi que les vaisseaux lymphatiques provenant des ganglions mésentériqnes engorgés ou placés le long de la veine cave et de l’aorte, étaient injectés de sang noir et liquide , ainsi que le réservoir de Pecquet et le canal thoracique jusqu’à son embouchure dans la veine sous-clavière. Il examina alors comparativement les vaisseaux qu’il avait trouvés partant des ganglions du col , et qu’il avait pris pour des veines , et se convainquit que c’était des vaisseaux lymphatiques.
CÎ’est alors que la pièce fut séparée pour être présentée à l’Académie.