RÉUNION DES DÉLÈGUES SPÉCIAUX
La Commission des délégués spéciaux tint ses séances générales, au nombre de sept, du 4 mars au i^' avril 1875 ; sa présidence avait été confiée, par la Conférence elle-même, à Dumas, premier délégué du Gouvernement français.
Lorsque les délégués eurent fait connaître leurs instructions et leurs vues, ils se trouvèrent divisés ainsi en trois groupes :
1° Ceux qui adhéraient à la création d'un Bureau international permanent;
2° Ceux qui étaient contraires à cette création;
3° Ceux qui, n'ayant pas d'instructions sufl[isantes ou d'opinion déjà formée, réservaient leurs avis.
C'est, en effet, surtout au sujet de la création d'un Bureau international que les délégués se trouvèrent en opposition, les uns le voulant permanent, de durée indéfinie (i" projet), tandis que les autres limitaient sa durée au temps nécessaire pour créer et adopter les nouveaux prototypes (2^ projet); les partisans de ce 2^ projet admettaient d'ailleurs la nécessité d'un dépôt permanent pour la conservation des étalons internationaux, sous la surveillance d'un comité à réunions intermittentes.
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Les partisans du premier projet (Fœrster, Hirsch, ...), s'inspiraient surtout de la XXXVI P résolution votée en 1872 par la Commission internationale (p. 3i i). Ils prévoyaient la nécessité de comparer fréquemment les étalons nationaux aux prototypes internationaux et à leurs témoins, soit en raison du perfectionnement continuel des méthodes et des appareils de comparaison, soit afin de s'assurer que des modifications moléculaires n'avaient changé ni les uns ni les autres. La construction et l'étude des nouveaux étalons que divers États pourraient demander, la comparaison si désirable des nombreuses règles géodésiques employées dans les diverses triangulations, et des poids et mesures des divers pays, l'étude des échelles scientifiques de tout genre qui pouvaient être présentées même par des particuliers, devaient, pensaient-ils, suffire longtemps pour occuper l'activité de ce Bureau, destiné à devenir, en outre, un centre de propagation pour le Système métrique et un puissant levier pour le progrès des sciences métrologiques.
Sa permanence offrirait Tavantage de former et d'entretenir des praticiens qui, habitués à la manœuvre de leurs instruments, exécuteraient des comparaisons plus exactes et plus complètes que celles qu'on pourrait attendre de savants plus éminents mais moins exercés; car les observations faites à long intervalle, avec des instruments que l'on n'a pas l'habitude de manier, sont souvent défectueuses (^). C'est même à ce défaut d'exercice dans les comparaisons qu'il faut attribuer l'incertitude qui entache les
( ' ) On peut citer à ce sujet Texemple frappant d'une erreur de 12 milligrammes, commise par Arago et de Humboldt dans la vérification d'un kilogramme qui longtemps a servi d'étalon en Prusse.
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copies d'étalons métriques répandues hors de France: incertitude bien gênante pour la science et les arts de précision, bien regrettable surtout, car elle a fait rejeter le Système métrique par plusieurs pays où son adoption avait été portée devant les Chambres législatives.
Les partisans du projet n° 2 (Bosscha, Morin, ...) pensaient que le premier dépasse les limites dans lesquelles les États doivent se renfermer, et que le Bureau proposé, loin de favoriser le libre développement de la science, porte atteinte à sa liberté et ne peut que lui créer des entraves. Ils refusaient d'ailleurs à ce Bureau la moindre utilité pour l'extension du Système métrique et pour l'avancement des sciences métrologiques. Puis, se basant sur la constance bien prouvée du coefficient de dilatation des règles de Borda, l'argument tiré d'un changement moléculaire possible ne
leur paraissait pas décisif; ils admettaient d'ailleurs des comparaisons périodiques faites à de longs intervalles, comme de 25 à 3o ans. Ces comparaisons seront-elles d'ailleurs bien utiles, puisque le Gouvernement des États-Unis vient de déclarer en principe que les étalons métriques qu'il possède resteront tels qu'ils sont? Quant à prévoir des demandes d'étalons, elles seront fort rares lorsque les étalons nationaux auront été distribués, puisque depuis 1848, le Conservatoire n'a eu à répondre qu'à 1 5 demandes de ce genre.
Entre les deux systèmes la discussion fut très longue, et si elle amena entre eux quelque rapprochement, du moins elle fut impuissante à les concilier; et l'on ne put fondre les deux projets en un seul universellement accepté.
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Conformément à leur rôle, nettement indiqué par la nature des choses et par la situation, les délégués français s'efforcèrent de rester neutres, bornant d'abord leurs efforts à chercher un terrain d'entente commune. Mais, lorsque chacun des deux groupes eut exposé complètement ses vues et fait valoir ses raisons, au nom de leur Gouvernement ils se prononcèrent pour le premier projet.
Cette adhésion entraîna celle de plusieurs autres Etats, et le projet n° 1 réunit finalement une assez forte majorité.
La Commission des délégués spéciaux ayant ainsi terminé le travail préparatoire dont elle avait été chargée, Dumas exposa à la Conférence (2® séance, 12 avril 1875) les deux projets entre lesquels s'étaient partagés la plupart des délégués.
La Conférence ne jugea pas utile de s'engager dans une nouvelle discussion, et chaque plénipotentiaire se borna à faire connaître, à tour de rôle et suivant l'ordre alphabétique, quel est celui des deux projets auquel il adhérait, avec ou sans réserve. Finalement, sur les vingt États représentés, quatorze (^) adhérèrent au projet n° 1, deux ('-) au projet n° 2- et enfin quatre (^) se réservèrent de faire connaître ultérieurement leur décision.
Les dispositions à arrêter comprenaient des clauses d'exécution trop nombreuses et trop spéciales pour être insérées dans un traité; elles furent l'objet d'un Règlement administratif annexé à la Convention.
En outre il fallait réserver les droits des Etats qui avaient
(') Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Brésil, Confédération Argentine, Espagne, Erats-Unis, France, Italie, Pérou, Russie, Suède et Norwège, Suisse, Venezuela. (') Grande-Bretagne, Pays-Bas.
(^) Danemark, Grèce, Portugal, Turquie.
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adhéré à la Commission internationale de 1872 et qui n'étaient pas représentés à la Conférence, ou qui n'accepteraient pas ses décisions, ce qui fit l'objet de dispositions transitoires.
En conséquence l'ensemble des mesures décidées fut divisé en trois parties :
Une Convention,
Un Règlement administratif.
Des Dispositions transitoires.
La Convention détermine la création d'un Bureau international des poids et mesures scientifique et permanent, dont le siège est à Paris.
Ce Bureau fonctionne sous la surveillance d'un Comité international qui est lui-même placé sous l'autorité d'une Conférence générale.
Le Règlement détermine la manière de procéder de la Conférence, du Comité et du Bureau.
Voici in extenso ces importants documents :