PROCLAMATION DU ROI
» Concernant les observations et expériences à faire par les Commissaires de l'Académie des Sciences, pour l'exécution de la loi du 22 août 1790. qui a ordonné V uniformité des Poids et Mesures.
» Du 10 juin 1792, Tan 4* de la Liberté.
» Lb Roi étant informé que les Commissaires nommés par TAcadémie des Sciences, en conformité de la loi du 22 août 1790, pour procéder aux opérations nécessaires, à l'effet de trouver un modèle invariable pour tous les poids et mesures dont l'Assemblée Nationale a décrété l'uniformité, étoient sur le point de commencer leurs travaux, Sa Majesté voulant en favoriser la prompte exécution, Elle croit devoir foire connoître aux départemens ci-après désignés, ceux desdits Commissaires qui étant chargés de la mesure du méridien, auront à se transporter dans divers lieux de leurs arrondissemens pour y faire des observations, et qui auront besoin
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d'être secondés par les Corps administratifs et Municipalités desdits arrondiisemens, soit pour leur procurer des chevaux et voitures pour le transport de leurs instrumens; soit pour empêcher qu'on ne les trouble dans leurs observations, et qu'on ne renverse ou dérange les signaux dont ils seront dans le cas de faire usage. Les Corps administratifs, pénétrés des grands avantages que l'uniformité des poids et mesures doit procurer, s'empresseront sans doute de concourir de tout leur pouvoir à Taccélération d'une opération désirée depuis si long- temps.
» En conséquence, le Roi a donné et donne son approbation au choix fait par l'Académie des Sciences, de MM. Méchain et Delambre, pour s'occuper spécialement de la mesure géométrique des degrés du méridien depuis Dunkerque jusqu'à Perpignan et Barcelone. Le Roi recommande à tous les Corps administratifs et aux Municipalités, dans le ressort desquels lesdits Commissaires et les coopérateurs par eux désignés seront dans le cas de procéder à leurs opérations, et principalement à ceux des départemens du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de l'Oise, de Seine-et- Oise, de Seine-et-Marne, de Paris, du Loiret, du Cher, du Loir-et-Cher, de l'Âliier, de la Creuse, du Puy-de-Dôme, de la Corrèze, du Cantal, du Lot, de TÂveyron, du Tarn, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, de faciliter, autant qu'il sera en eux, lesdits sieurs Commissaires et leurs coopérateurs, relativement aux observations et expériences qu'ils se proposent de faire dans lesdits lieux, et de leur procurer les moyens d'établir, en tels lieux qu'ils jugeront nécessaire des signaux, des mâts, des réverbères et des échafauds, même sur le faîte et à l'extérieur des clochers, tours et châteaux, à la charge par eux, en cas de quelque dommage, de l'aire remettre à leurs frais les choses et lieux en leur premier état 5 comme aussi de leur procurer à un prix convenu entre les Municipalités et lesdits Commissaires, les chevaux et voitures dont ils pourroicnt avoir besoin pour le transport de leurs instrumens, ainsi que les bois et matériaux nécessaires pour la construction des échafauds, et de pourvoir à ce que lesdits Commissaires ne soient point troublés dans leurs observations, et à ce que les signaux, échafauds et autres ouvrages qu'ils auront fait construire ne soient ni endommagés ni détruits. Ordonne Sa Majesté que la présente Proclamation sera publiée et affichée par-tout où besoin sera.
> Fait au Conseil d'État, tenu à Paris le dix juin mil sept cent quatrevingt-douze, l'an quatrième de la Liberté. Signé : Louis. Et plus bas : Roland. »
ii8 Chapitre XIII.
Le 26 juin 1792, muni de son premier cercle et attendant que le second fût prêt, Delambre visita les stations voisines de Paris. Dès Tabord, il rencontra beaucoup plus de difficultés qu'il n'en avait prévu : la station de Paris devait être visible de Dammartin et de Saint-Martin-du-Tertre. Pour cette station de Paris, les astronomes de 1740 avaient pu utiliser, au clocher de Montmartre, une flèche qui n'existait plus maintenant. Vainement Delambre essaya de remplacer ce point par le belvédère Flécheux, à Montmartre, et par la flèche des Invalides : il dut choisir le Panthéon, malgré les modifications qui allaient être faites à son dôme; et autant de fois il fallut recommencer diverses stations, notamment celle du clocher de Dammartin, pour laquelle on se pressait, parce que Téglise était vendue et allait être démolie.
Vers le sud et Test de Paris, les difficultés n'étaient pas moindres : un signal, établi à Montlhéry, fut détruit le jour même; le procureur de la commune le fit rétablir aux frais de l'auteur du délit : malgré cela il fut, peu après, renversé de nouveau et mis en pièces.
A Montjay, la résistance fut plus énergique encore (M (i5-25 août 1792). Vainement le curé lit au prône la loi et les lettres des autorités; vainement le maire fait publier, à Tissue des vêpres, les ordres qu'il a reçus : il devient suspect. Les habitants de Montjay se coalisent avec ceux des paroisses voisines^ ceux de Lagny notamment, pour s'opposer par la force à la continuation des opérations. Menacés, le maçon (*) et le charpentier chargés
(*) Ces faits s'expliquent en partie parce que les administrateurs du département avalent négligé de publier la proclamation du roi du lo juin 1792; si les habitants avaient été prévenus, beaucoup de difficultés auraient été évitées.
(') « Tous les préparatifs étoient faits et il (le charpentier} se disposoit à monter le signal
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de construire le signal se retirent, et Delambre fut obligé de chercher une autre station.
II la trouve au château f)eu éloigné de Belle-Assise, et peut terminer la mesure des angles sans être aperçu; mais ce bonheur ne dura pas longtemps : laissons la parole à Delambre lui-même, racontant son aventure à M"»*d*Assy, le 5 septembre 1792 au soir :
«... Nous avions demandé des chevaux de poste à Lagny, pour partir après le dîner. Tous les postillons étoient en course et Ton nous avoit promis de venir nous prendre aujourd'hui, à sept heures du matin. Vers le soir, un détachement de la garde nationale de Lagny vint à Belle-Assise pour la recherche des armes et des chevaux. On leur apprit que quelques étrangers étoient depuis quatre jours au château. Il étoit évident que ce ne pouvoit être que des gens mal intentionnés. On voulut nous voir, on nous demanda nos passeports. Leur'date est du mois de mai. On n*en tint aucun compte, quoique nos frères de Meaux eussent eu l'attention d'y rayer un mot qui étoit de trop. La proclamation, que je lus au détachement, ne fil pas meilleur effet. Un brave sans-culotte étoit offensé de notre titre d'académicien : * Il n'y a plus de Cadémie, nous répéioit-il, plus de Cadémie; » tout le monde est égal. Vous viendrez avec nous. » Ils étoient en armes, et nous n'avions que des raisons : la partie n'étoit pas égale.
» Après avoir visité assez superficiellement notre voilure d'in-
•obaat de la tour. Plusieurs habitants se sont imaginé qu'il travailloil pour les Insurgés. ïl» se sMt opposés avec menace à l'érection de la poutre, malgré l'ordre par écrit de la mamcipalité et quoique l'un de mes ouvriers, le maçon, fût lui-même membre de cette moaiclpilité. » (Extrait dune lettre aut. de Delambre à M«» d'Assy.)
I20 Chapitre XIII.
strumens, ils nous prièrent de partir avec eux. Le commandant paraissoit honteux de la contrainte qu'on le forçoit d'exercer à notre égard. Nous voilà donc en chemin à huit heures du soir, à pied, à travers champs, par une pluie très forte. J'avoîs heureusement eu le temps de. passer ma redingote par dessus mon habit. Le rendez-vous général étoit à Perrière, à une lieue et demie de là; nous y devions trouver le commandant général. J'avois parlé d une lettre du district à la municipalité voisine : on permit à Michel d'aller la redemander; il me l'apporta à Perrière.
» Delà, la troupe devoit se disperser dans les villages voisins pour faire les recherches ordonnées ; les bonnes têtes vouloient nous y emmener avec eux, et nous ne serions arrivés qu'à deux ou trois heures du matin. Je représentai que notre présence étoit peu nécessaire dans ces visites; le commandant voulut bien adhérer à ma proposition de nous envoyer directement à Lagny, avec les chevaux capturés; il nous restoit une bonne lieueet demie.
» Le commandant avoit gardé avec lui les plus ardents; le reste du voyage fut aussi agréable que les circonstances pouvoient le permettre : nous nous trouvâmes escortés seulement de quinze hommes, avec qui Ton pou voit causer et qui entendoient raison. Ils eurent pour nous toute sorte d'attentions, nous avertissoient des mauvais pas et nous donnoient la main pour nous en tirer. Aux portes de la ville, nous fûmes assaillis d'une pluie violente qui acheva de nous pénétrer. Nous fûmes aussitôt conduits à la municipalité. La vue de notre lettre de Meaux, qui étoit tout entière de l'écriture bien connue du procureur-syndic, paroîssoit à l'un des municipaux une pièce décisive. M. le Maire nous fit plusieurs objections, et la conclusion fut que je remettrois le lendemain matin à la municipalité une lettre ouverte pour le dis-
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trict et qu'on l'enverroit par un exprès. En attendant la réponse, nous fûmes non pas incarcérés, mais seulement consignés à THôcellerie de l'Ours, avec deux sentinelles qui veillèrent à notre porte; effectivement ils passèrent toute la nuit dans notre corridor. J*écrivis à Meaux et à M. Delalande pour qu'il racontât notre histoire à TAcadémie, afin qu'elle nous obtînt de nouveaux passeports. Deux exprès furent dépéchés.
» Celui de Meaux revint pendant que nous dînions. La Municipalité nous délivra un passeport en forme, et nous voilà libres de reprendre nos opérations, dont elle reconnoît l'importance. J'envoye aussitôt des chevaux pour chercher nos voitures à Belle- Assise : je les attends à chaque instant et nous partirons demain matin pour Saint-Martin-du-Tertre, où j'espère trouver de vos nouvelles et une lettre de M. Lavoisier. En arrivant hier nous n*avions rien pour changer, point de bonnet de nuit, etc.; quelques fagots et quelques bons verres de mauvais vin nous séchèrent, et nous passâmes la nuit mieux que nos sentinelles, à qui l'on donna une peine inutile en les obligeant à garder quatre hommes qui n'avoient nulle envie de fuir. Ainsi finit Thistoire véritable et tragi-comique de la grande arrestation du ci-devant Cadémtcien. Cette petite aventure nous rendra plus circonspects àTaveoir. Je ne mettrai plus le même soin à éviter des dépenses qui ne sont pas aussi inutiles que je me le figurois. Je visiterai les départements et les districts avant de m'établir dans aucune niunidpalité. Je me mettrai simplement en règle, et s'il en coûte un peu plus, personne, je crois, ne pourra m'en faire un crime. » Le premier usage que nous avons fait de notre liberté a été d'aller remercier le Corps municipal. Dès que M. le Maire nous aperçut, il quitta son bureau, vint au-devant de nous et tâcha^
122 Chapitre XI IL
par ses politesses, de nous de'dommager du petit désagrément de la veille. Je n'oserois répondre que cet accueil fut bien du goût de notre brave qui n'aime pas les Cadémies : il étoit présent et ne nous dit plus rien ; il avoit eu le tems de cuver le vin qu'il avoit pris hier dans le cours de son expédition. On nous a dit, au reste, qu'il n'avoit pas besoin de vin pour être une des mauvaises têtes du pays.
» Après notre visite, nous parcourûmes la ville et les promenades, ce qui ne demanda pas beaucoup de tems; nous vîmes en passant la fameuse fontaine oti Ton baigne les mauvais plaisans qui demandent le prix de Torge. L'usage de ce bain commence à se passer; on y a substitué depuis peu une amende de dix écus. Nous n'avons été nullement curieuxde vérifier le fait.... Nos voitures sont arrivées et nous partons demain, à six heures du matin. »
Le lendemain, nouveaux incidents, que Delambre raconte encore lui-même, dans une lettre du 8 septembre, avec détails différents de ceux donnés dans la Base du système métrique, t. I, p. 3i du Discours préliminaire :
« Sorti de Lagny le 6 au matin, j'ai voyagé paisiblement jusqu'à Bondy.... A Saint-Denis, je me suis pourvu d'une lettre du district et j'ai fait viser mes passeports à li municipalité. Mon intention étoit d'aller attendre à Saint-Leu les nouveaux ordres que l'Académie soUiciloit pour moi, d'après l'histoire de Lagny, et que M. Le François étoit allé solliciter à Paris. Makr^^toutes mes précautions je me suis vu arrêté à Épinai : on y fit la visite de tous mes instrumens, on écrivit au Directoire de Saint-Denis en lui renvoyant la lettre que je tenois de lui.
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» La réponse fut qu'il falloit me laisser passer. Les habitans d'Epinai en décidèrent autrement ; ils traitèrent le District d'aristocrate et nous ramenèrent à la municipalité de Saint-Denis qui, sentant son incompétence^ nous ren-vp3^a au District. Nos arrestatcurs y furent vigoureusement tancés; ils ne répondirent pas un seul mot, mais ils allèrent exciter les mauvaises têtes. A notre entrée, ils nous escortaient d*un air joyeux et insolent, criant vive la Nation; voici des aristocrates. De la salle d'assemblée du District nous entendions les cris des fous qui entouroient nos voitures. On y trouva quatorze lettres cachetées. L'officier de garde ne voulut pas qu'on enlevât les cachets qu'en ma présence et avec mon autorisation. Je descendis sur la place, escorté delà municipalité en écharpes et des membres du District, décorés de leurs marques distinctives. La lecture des lettres se 6t avec assez de tranquillité, mais peu de fruit: c'étoientles recommandations du Comité d'instruction pour les divers départemens (*). On
(M Voici, comme exemple, une des circulaires destinées à Méchain :
« Paris, !e l6 juin 1792, l*an 4 de la Liberté.
« Messieurs les Administrateurs du Département du Puy-de-Dôme,
* M. Méchain, commissaire de l'Académie des Sciences, est chargé, Messieurs, par le GouTeroement, de mesurer la grandeur de l'arc méridien terrestre, et cette honorable mission, qoi le conduit dans une partie des départements de l'empire, s'étend au vôtre en particulier. Noas ne doutons pas que l'esprit public que tous contribuez à y répandre n'y ait assez établi le règne de la loi pour que les passeports dont est pourvu M. Méchain ne lui procurent toute 1> sûreté dont doivent jouir les citoyens voyageurs quand ils ont pris l'attache des autorités' constituées; mais ce n'est pas assez d'écarter de ce sçavant les méfiances auxquelles pourraient K livrer quelques citoyens plus zélés qu'instruits. Le Comité d'instruction publique, fidèle A se renfermer dans les bornes de son institution, ne croit pas entreprendre sur les fonctions «dmintstratives en recommandant particulièrement M. Méchain à votre ardeur connue pour li gloire nationale, pour le progrès des Sciences et pour celui de la liberté, dont vous c<»naissez le prix et la nature. La liberté doit tout aux lumières de la philosophie, comme le despotisme lire sa force des ténèbres de l'ignorance. Des hommes doivent donc prendre unTifiniérêt à l'accroissement des connaissances, et l'astronomie, si grande par son objet, est encore la base de la géographie et de la navigation, c'est-à-dire des sciences les plus
124 Chapitre XIII,
commença la visite de nos instrumens, la nuit survint et l'on remit au lendemain. En attendant, on mit le scellé sur les voitures et je remontai à la maison commune pour le procès-verbal. J'y passai la nuit et j'y dormis jusqu'au jour sur un fauteuil, ainsi que M. Bellet. J'avais envoyé Michel à Paris avec une lettre pour le président de l'Assemblée nationale. Le matin, tout étant calme, j^allai me loger aux Trois-Mailletspourattendreun peu plus •commodément les nouvelles. A lo heures du soir, lorsque j'étois déjà couché, M. Le François venoit avec Michel m'apprendreque ma lettre avoit été lue et renvoyée au Comité de surveillance, qui avoit fait un projet de décret qui passeroit sûrement à la séance du soir; et je vis par le Journal des Feuillants qu'en effet il a passé avec un amendement qui l'étend à M. Méchain. Le journaliste a mis le nom de M. Delalande au lieu du mien. J'attends l'expédition du décret, que Ton m'a promise pour aujourd'hui... »
Le 10 septembre 1792, étant à Paris, Delambre continue son récit : a ... Mon décret, rendu le 7 par l'Assemblée Nationale, n'a été expédié que le 8 au soir. M. Le François me l'a apporté le
nêceuaires au commercei Tune des principales sources de la prospérité publique. La protection qu'un gouvernement tjrannique avait donnée aux astronomes chargés de tracer la fameuse méridienne de rObsenratoire n'est pas le trait le moins saillant qu'agent fait valoir les panégyristes d'un Roi qui, en favorisant les sciences et les lettres, s*acquit une gloire ternie par l'asservissement de la nation, par l'intolérance religieuse et par les conquêtes. Des administrateurs éclairés et choisis comme vous, Messieurs, par la confiance de tos concitoyens, ne manqueront pas d'accueillir avec distinction un sçavant dont les travaux doivent honorer la nation en la servant utilement, et nous attendons de vous qu'après avoir procuré directement à Monsieur Méchain tous les secours dont il aura besoin, vous voudrez bien encore les réclamer ponr lui auprès de la commune de Herment, dans laquelle 11 doit se rendre.
« L€i Président et Membres du Comité de nnstruction publique,
« Signé: Bauoin. président; C. -A. Prieur, vice-président", L.Arbogast; L. Carkot Emm. Pastorrt; Quatresoi^z-Maroles*, Ribourd; G. Ronmc. GiBERGtJEA. député du département du Puy-de-Dôme. ■
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9 au matin. Je l'ai porté aussitôt au District et à la Municipalité, qui Tont transcrit sur leurs registres, et ont levé les scellés de dessus mes voitures. J'ai laissé celle des instrumens à Saint- Denis et je suis venu avec mes compagnons dans l'autre à Paris, pour que ie Ministre de l'intérieur nous donne à tous des passeports bien circonstanciés qui fassent mention de nos instrumens ; car c'est le défaut de cette mention qui nous a fait arrêter à Épinai.
» Si je peux obtenir aujourd'hui du Ministre ce que je lui demande, je repartirai demain pour Saint-Denis ôt Saint-Martindu-Terlre.
» Si vous voyez le Moniteur, vous y lirez un article sur notre arrestation d'Epinai. Le journaliste Tremblay, qui en a rendu compte, a mis Lalande pour Delambre, et c'est à l'occasion de cette méprise et pour faire connoitre notre mission de plus en plus que M. de Lalande a fait l'article du Moniteur, »
Voici le décret du 7 septembre 1792 dont parle Delambre :
9 Extrait du Procès-verbal de l'Assemblée nationale imprimé par son ordre;
» Séance du 4 septembre 1792 au soir.
» Le Comité de Surveillance présente un projet de Décret sur les réclamations de MM. Delambre et Méchain, chargés de la mesure des degrés du méridien.
B Le projet du Comité est adopté ainsi quMl suit :
« L'Assemblée Nationale, après avoir entendu le rapport de son Comité de Surveillance sur les réclamations de M. Delambre, membre de TAcadémie des Sciences^ et chargé avec M. Méchain, en vertu de la loi du 22 août 1790, de la mesure des degrés du méridien; considérant combien il est instant que ces Citoyens puissent continuer sans trouble les travaux importans pour la chose publique, qu'ils ont entrepris conformément aux Décrets <it TAssemblée Nationale coi>stituante, décrète qu*il y a urgence.
» L'Assemblée Nationale, après avoir décrété l'urgence, décrète que 0 les
126 Chapitre XIII.
Corps administratifs, les Municipalités et les Gardes nationales de tous les lieux où MM. Delambre et Méchain croiront devoir étendre leurs opérations, veilleront à ce qu'il ne soit apporté aucun obstacle à leurs travaux, maintiendront le libre transport des instrumens qu'ils croiront devoir employer, et leur procureront toutes les facilités qui seront en leur pouvoir pour qu'ils puissent terminer promptement et avec sûreté la mission dont ils ont été chargés. »
Le bruit fait autour de cette arrestation fut extrêmement utile à Delambre, qui, grâce au décret du 7 septembre, ne fut plus inquiété. C'est alors qu*il put choisir définitivement la station de Paris; retardé eti octobre par des brouillards, dans cette première campagne (terminée le 6 janvier 1793)^ il ne fut possible de faire que les stations comprises entre Saint-Martin-du-Tertre et Chapelle-la-Reine; encore celles du Panthéon, de Brie, de Montlhéry et de Mal voisine restèrent-elles incomplètes ; elles furent terminées en l'an VI, au commencement de 1798.
Campagne de 1793. — Delambre était rentré à Paris pour faire les observations que nécessitait la démolition très prochaine du clocher de Dammartin; mais il fut retardé par le remplacement de la lanterne du Panthéon, et ne put terminer les observations urgentes que le 28 février 1793. ^
Dès le mois de mars il voulait rentrer en campagne, et il obtint du Conseil exécutif une proclamation (*) qui le recommandait
( ' ) PROCLAMATION BELATIVB AUX POIDS ET MB8URKS.
« Du 3l mars 1793, l'an second de la République Françoise.
> Vu par le Conseil exécutif provisoire la loi du 23 août 1790, qui a ordonné l'uni formité des poids et mesures dans toute l'étendue du territoire François; la proclamation du 10 juin 1792, concernant les observations et expériences à faire par les commissaires de l'Académie des Sciences pour l'exécution de ladite loi, et le décret de l'Assemblée Nationale législative, du 7 septembre de l'année dernière, qui enjoint aux corps administratifs.
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aux corps administratifs et aux municipalités. Mais il eut beau-
manîcipalltés et gardes nationales de tous les lieux, de protéger et faciliter de tout leur poavoir les opérations desdits commissaires; considérant qu'il importe que ces opérations, xiécessaires i l'effet de trouver un mode invariable pour tous les poids et mesures, eiigent nne continuité de travaux auxquels il est indispensable que ces commissaires puissent se IWrer sans trouble et sans empêchement, et combien il est instant, pour que ce grand oo-vrage soit promptement conduit à sa perfection, qu'ils trouvent en faveur de futilité qui doit en résulter pour la chose publique, ce concours de volontés et de zèle que les autorités constituées doivent apporter a l'accélération desdites opérations;
* Le Conseil croit devoir faire connoître de nouveau aux départemens ci*«près désignés, ceux desdits commissaires qui, étant chargés de la mesure géométrique du méridien, auront à se transporter dans divers lieux de leurs arrondissemens pour y faire des observations, et qui auront besoin d'être secondés par les corps administratifs et municipalités desdits arrondissemens, soit pour leur procurer des chevaux et voitures pour le transport de leurs instruraens, soit pour empêcher qu'on ne les trouble dans leurs observations, et qu'on ne renverse ou dérange les signaux dont ils seront dans le cas de faire usage. Les corps administratifs, pénétrés des grands avantages que l'uniformité des poids et mesures doit procurer, s'empresseront sans doute de coopérer autant qu'il sera possible à l'achèvement d'une opération depuis si long-temps désirée. En conséquence, le Conseil a confirmé et confirme Papprobaiion précédemment donnée au choix fait par l'Académie des Sciences, des citoyens Méchain et Delambre, pour s'occuper spécialement de la mesure géométrique des degrés du méridien depuis Dunkerque jusqu'à Perpignan et Barcelone. Recommande à tous les corps administratifs et aux municipalités dans le ressort desquels lesdits commissaires et leurs coopérateurs par eux désignés seront dans le cas de procéder à leurs opérations^ et principalement à ceux des départemens du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme, de rOise, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, de Paris, du Loiret, du Cher, de Loir-et-Cher, de l'Allier, de la Creuse, du Puy-de-Dôme, de la Corrèze, du Cantal, du Lot, de l'Aveiron, du Xam, de l'Hérault, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales, de faciliter autant qu'il ser» en eox lesdits commissaires et leurs coopérateurs. relativement aux observations et expériences qu'ils se proposent de faire dans lesdits lieux, et de leur procurer les moyens d'établir partout où ils le jugeront nécessaire, des signaux, des mâts, des réverbères et des écbnfauds, même sur le faite et à Textérieur des clochers, tours et châteaux, à la charge par eux, en cas de quelque dommage, de faire remettre à leurs frais les choses et lieux en lear premier état; comme aussi de leur procurer à un prix convenu entre les municipalités et lesdits commissaires les chevaux et voitures dont ils pourroient avoir besoin pour le transport de leurs instrumens, ainsi que les bois et matériaux nécessaires pour la constructxoa des échafauds, et de pourvoir à ce qu^ lesdits commissaires ne soient point troublés dans leurs observations, et a ce que les signaux, échafauds et autres ouvrages qu'ils auront fait construire ne soient ni endommagés, ni détruits. Ordonne que la présente proclamation sera publiée et affichée partout où besoin sera.
« Fait au Conseil exécutif provisoire, à Paris, le trente-unième jour du mois de mars mil sept cent quatre-vingt-treize, Tan second de la République Françoise.
» Signé: Gouier, président; Lebrun, ClaviIiie, Garât, Monge, etGROUVfLLE, secrétaire. »
128 Chapitre XIII.
coup de peine à obtenir de la Commune de Paris les passeports qui lui étaient indispensables. Delambre, qui avait prévu cette difficulté, dit-il, n'était rentré dans Paris qu'avec la plus grande répugnance et forcé par une station qu'on ne pouvait différer. Garât, ministre de Tintérieur, ne consentit qu'avec beaucoup de peine à lui donner une lettre de recommandation pour la Commune : il prévoyait, sans doute, qu'elle serait inutile.
c En effet (M^ ^i^ demande portée, comme c'était alors Tusage, à l'assemblée générale de la Commune, fut refusée d*une voix unanime. Pendant six semaines je sollicitai assez inutilement : Chaumet, procureur de la Commune, consentit pourtant d'assez bonne grâce à reproduire ma pétition (^), Cousin, de l'Académie
C) Base du système métrique, t. I, p. 41 du Discours préliminaire.
(*) Voici cette pétition, d*après la minute autographe, retrouvée dans les papiers de Delambre :
« Le citoyen Delambre, de l'Académie des Sciences, chargé de la mesure du méridien en exe'ctttlonde la loi du 3o mars 179 1, sollicite pour lui et ses coopérateurs un passeport qui le mette en état de remplir la mission dont il est chargé. La demande a été renvoyée par le ministre de l'Intérieur i la Commune de Paris et il s'est présenté ce matin chez le citoyen Procureur de la Commune pour savoir ce qui a été statué sur sa demande: il prend la liberté d'ofirir quelques réflexions au citoyen Procureur de la Commune.
â Deux décrets de l'Assemblée Constituante, les lettres que le Comité d'Instruction publique de la seconde législature remit en juin 1793 aux Commissaires de l'Académie, le décret du 7 septembre 179a rendu sur les réclamations du citoyen Delambre, l'intérêt avec lequel la Convention accueillit et fit imprimer le 35 novembre 1793 le rapport qui lui fut fait par l'Académie des Sciences, enfin une lettre que le Comité d'instruction publique de la Convention vient de remettre au citoyen Delambre, tout prouve l'importance que le Corps législatif a toujours mise à cette grande et difficile opération. Déjà les académiciens Méchain et Delambre ont mesuré une étendue de 60 lieues tant en France qu'en Espagne ; les frais les plus considérables sont faits; et s'il est permis aux Commissaires de l'Académie de le dire, les succès qu'ils ont obtenus assurent la réussite complète d'un projet aussi beau qu'utile, et qui doit faire tant d'honneur è la nation qui l'a conçu et qui l'exécutera. Se pourrait-il qu'i Paris, au centre des lumières et des arts, les agens d'une loi qui a été reçue aux applaudissemens de toute l'Europe fussent tout à coup arrêtés dans leur marche ? Ils aiment à se flatter qu'ils recevront les mêmes encouragemens qu'ils ont éprouvés dans divers départemens ; mais ils prient la Commune de considérer que le tems le plus fisvorable aux observations s'écoule en pure perte. Ce n'est pas leur intérêt particulier qui excite leurs
Mesure de la partie.tiord de la méridienne. 129
des Sciences, qui tenoit à la Commune comme membre du Comité des subsistances, se trouva par hasard à l'Assemblée ce
réclamations. Les Commissaires de rÂcadémie ne se sont pas informés si leur mission si péoiblcleor procurera personnellement d'autre avantage que celui d'avoir été utiles; mais il n'en est pas de même de leurs coopérateurs. Arrachés à leurs établissemens, ils ont droit à aoe indemnité, et le traitement qui leur a été assigné court, comme s'ils étoient employés aiilement. Les retards sont préjudiciables au Tréàor national, en même temps qu'ils éloignent l'instant où la France pourra jouir de l'uniformité des poids et mesures. Seroit-il possible que des observations géométriques et astronomiques dont le plan est arrêté depuis plus de deux SOS, et qui s'exécutent paisiblement depuis neuf mois, ayent donné lieu à quelques soupçons.? Partout ces opérations ont été faites sous les yeux des Corps administratifs et des .Miinicipalîtés. Les Commissaires de l'Académie se soumettent à obtenir partout l'agrémeat des magistrats du peuple ; ils peuvent fixer d'avance à peu près les endroits où ils comptent se transporter pour leurs observations. Le citoyen Delambre en particulier indique les départemens du Nord, du Pas-de-Calais, de la Somme et de l'Oise, qu'il se propose de parcourir successivement. Il ne lui reste que peu de choses à faire dans ceux de Seine-«t-Marne et Seine-et-Oise. De li il se rendra dans celui du Loiret, et ainsi successivement vers le Midi en suivant le méridien de Paris, dont il ne s'écartera guère que de cinq à six lieues, tantôt à droite et tantôt à gauche. Si l'on demande une désignation plus précise, il nommera les lieux suivans : Dunkerque, Hondscote, Broulezèle, Watten, Cassel, Helfaut, Béthune, Fleffe, Betausars et le Mont-Saint-Éloi, Bonnières, Saaty, Beauquêne, Mailly, Vignacourt, Amiens, Villers-Bretonneux, Arvillers, Sourdon, Noyers, Coyvrel, Brie -Comte- Robert, Châtillon près Paris, Chapelle près Fontainebleau, Pithiviers, Boiscommun, la Courdieu, Orléans, Chàteaunetif, Vouzon, Salbris, Ennordre, Méry, Michavant et Bourges.
* Tels sont les lieux qu'il aura à parcourir cette année ; tout ce qu'il demande est de n'être pas contraint à les parcourir bien rigoureusement dans l'ordre où il vient de les nommer, et la faculté d'y joindre quelques endroits voisins selon qu'il y sera forcé par des circonstances qu'il lui est impossible de prévoir. Si par exemple le séjour des armées acx environs de Dunkerque et dans le département du Pas-de-Calais ne lui pcrmetloit d'y étendre ses opérations qui exigent une grande tranquillité, alorsil.se borneroit cette aûnéc à les faire dans les départemens de la Somme et de l'Oise, d'où il s'avanceroit vers le Midi.
* Le décret du 7 septembre 1792 recommande aux Corps administratifs f Municipalités it Gardes nationales de tous les lieux où les citoyens Méchain et Delambre croiront denir étendre leurs opératiofis^ de veiller à ce qu'il ne leur soit apporté aucun obstacle; tt de maintenir le libre transport de tous les instrumens qu'ils croiront devoir employer , w/Sn de leur procurer toutes les facilités qui seront en leur pouvoir.
* Le citoyen Delambre prie instamment la Commune de vouloir bien le faire jouir de il protection qu'il est autorisé à attendre d'elle d'après ce décret, dont il a remis une expédition authentique au Ministre de l'Intérieur.
> Il joint à cette lettre un exemplaire de la loi du 3o mars 1791, une proclamation du Pouvoir exécutif du 10 juin 1792 qui renferme des détails sur les opérations, une dts lettres du Comité d'Instruction publique de l'Assemblée Législative, et une copie de celle du
1 3o Chapitre XIIL
jour-là, et dit quelques mots en ma faveur : les passeports furent accordés aussi unanimement quUls avaient été refusés d*abord. r>
Ayant obtenu les pièces nécessaires, le 3 mai à midi, Delambre partait le jour même, à deux heures, pour Dunkerque.
Le choix des stations avança d'autant plus rapidement que, presque partout, il lut possible d'adopter les mêmes qu'en 1740; et, le 6 octobre, Delambre terminait la station de Jonquières, se soudant ainsi à la partie faite en 1792 : les triangles formaient alors une chaîne continue depuis Dunkerque jusqu*à Chapellela-Reine, au delà de Fontainebleau.
Si Delambre ne fut plus arrêté complètement, du moins il fut souvent gêné encore dans ses mouvements, t Cette obligation, dit-il ('), d'avoir des passeports, qu'il falloit montrer à chaque pas, étoit une des choses les plus contraires à la célérité de nos opérations : elle rendoit plus difficile la communication d*une station à Tautre; elle nous forçoit d'être plus réservés sur les courses, que nous n'osions plus hasarder, à* moins qu'elles ne fussent de la plus indispensable nécessité; elleattiroit sur nous la métiance, en nous soumettant aux recherches de tous les postes armés, et nous mettoit dans 1^ nécessité d'obtenir l'agrément non seulement des magistrats ou des citoyens au milieu desquels
Comité d*instruction publique de la Convention, et il se flatte que la réunion Je toutes ce^
pièces lui fera obtenir une prompte expédition des passeports qu'il demande.
» Il prie le citoyen Procureur de la Commune de .vouloir bien lui indiquer Theure et
le lieu où il pourra aller chercher la réponse.
n Signé : Delambre.
» Paris, le 14 avril, l'an 3 de la Rép. franc., rue de Paradis, n* i, section du Marais. •
(') Base du Système métrique, t. I, p. 43 du Discours préliminaire.
Mesure de la partie nord de la méridienne, 1 3 1
nous devions opérer, mais aussi de tous ceux que nous rencontrions sur la route ( * )• *
La triangulation du nord de Paris étant terminée, Delambre alla reprendre à Chapelle-1' Egalité (ci-devant Chapelle-Ia- Reine], les opérations interrompues à la fin de la campagne précédente.
Le choix à'^ stations fut très laborieux. Un grand signal de 64 pieds de haut, plus de 20 mètres, élevé à Châtillon (entre Pi-
(*) U> pièce siiiYante, qui se trouve encore dans les papiers de Delambre, à TObser- Tsioire, monire bien -les innombrables formalités qu'il était obligé de remplir:
« Nous, Maire, Officiers municipaux et Notables de la Commune d'Amiens, certifions et sttesions que le citoyen Jean-Baptiste-Joseph Delambre, de l'Académie des Sciences, natif de cette rille, domicilié à Paris, section du Marais, réside actuellement en cette ville, à Tauberg'e du Lion-d'Or, rue des Trois-Cailloux ; qu'il y est maintenant occupé des obserrations relatives à la mission dont il est charj^é par l'Académie des Sciences; que depuis qu'il a été nommé pour ce travail, il a parcouru successivement différentes parties de la République, et notamment les départements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, soivant qu'il est prouvé par les arrêtés, actes, passeports et visa ci-après énoncés, qu'il nous a représentés, sçavoir :
• !• Un passeport qui lui a été délivré par la Municipalité de Paris le 25 mai 1793 ;
• 3* Une proclamation du Pouvoir exécutif, du 10 juin 1793, qui confirme le choix fait de lui par l'Académie des Sciences pour la mesure du méridien;
> 3* Un décret du 7 septembre 1793, rendu sur ses réclamations, lorsqu'on avait aux environs de Saint-Denis troublé ses opérations et saisi ses instruments;
• 4* Un mémoire présenté à la Convention Nationale par l'Académie des Sciences le 35 novembre 1793, •où cette compagnie rend compte des travaux déjà faits par le citoyen Delambre, et du zèle avec lequel il les continue malgré la rigueur de la saison;
> 5* Un arrêté du Conseil général de la Commune de Paris, du i5 avril 1793, relatif au nouveau passeport demandé par le citoyen Delambre;
> 6* Passeport délivré en conséquence le 34 avril 1793, lequel passeport a été visé à .Vrras les 7 mai, 38 juin et 6 de ce mois, et à Béthune le 16 juin dernier;
> 7* Arrêté du Département de la Somme, du 5 mai 1793, sur la demande faiie par le citoyen Delambre;
> S* Arrêté du Département du Pas-de-Calais, du 7 mai dudit an;
9 9« Arrêté pareil du Département du Nord, du 8 desdits mois et an, registre au district de Bergues le 1 5 ; f lo* Arrêté du Directoire du district de Saint-Pol, le i juillet 1793;
• II* Arrêté du Conseil général de la commune d'Amiens, du 3i mai 1793, pour l'exécution de celui du Département de la Somme du 5 mai ;
» 12* Enfin arrêté du Conseil général de la commune d'Amiens de' cejourd'hui, relatif à l'exécution de la mission dudit citoyen Delambre, et pour l'effet de quoi il est arrêté qu'il
i32 Chapitre XI II.
thiviers et Orléans) , attira à Delambre diverses dénonciations dans les sociétés populaires (^); et, pour comble de malheur, il était fort peu solide : c'est là que Delambre reçut la nouvelle de sa révocation comme membre de la Commission temporaire des Poids et Mesures ('], avec Tordre de cesser immédiatement ses opérations et remettre les itistruments et les registres.
Abandonner en ce moment la triangulation, avant d'avoir uti-
lui sera libre de faire placer ses instruments à la flèche de la cathédrale de cette ville; relatif aussi à la demande d'attestation de sa résidence.
» Toutes lesquel les pièces lui ont été rendues.
» En foi de quoi lui avons fait délivrer le présent, qui lui vaudra de certificat de résidence et qui sera registre sur le registre desdits certificats.
» Donné en la séance publique du Conseil général ordinaire de la Commune d'Amiens, tenue en la grande salle d'audience de la maison commune le vendredi neuf avril mil sept cent quatre-vingt-treize. Tan 3 de la République françoise, une et indivisible. >
( Suivent quatorze signatures. )
• Vu au Directoire du district d'Amiens, le i6 aoust 1793, l'an 3* de la République.
• Signé : Prophette, etc.
» Vu par Nous, Administrateurs du Directoire du département de la Somme à Amiens, le seize août 1793, l'an 3* de la République Françoise, une et indivisible.
» Signé: Bellegueule, président, etc.
» Enregistré à Amiens le 16 aoust 1793. Reçu vingt sols à la charge de faire timbrer ■
(*) « ... Nos courses dans la forêt nous ont rendus suspects. Nous avons même été dénoncés au Comité révolutionnaire de Boiscommun; on étoit venu dire qu'on aroit vu à la Courdieu trois ou quatre cents brigands qui faisoient construire des échafauds et percer des (trous) dans le clocher; qu'ils payoient bien et ne travailloient pas encore: mais que sans doute ils.venoient pour rcconnoitre le terrain, en faveur d'une nouvelle
Vendée. En conséquence on avoit demandé cinq ou six cents hommes pour nous réduire •
[ Extrait de la minute aut. d'^ne lettre à luivoisier, écrite de Pithiviers par Delambre le i3 frimaire (3déc. 1793.) L'infortuné Lavoisier était déjà écroué depuis cinq jours à Port- Libre ( Port-Poyal) transformé en prison, et ne devait pas recouvrer la liberté.]
(* ) « Le Président qui venait de succéder à Borda, Lagrange, me prévint de notre destitution par une lettre pleine d'amitié, dans laquelle il me témoignait son étonnement de se voir excepté de la mesure; je reçus cette nouvelle à l'instant où je montais pour la première fois, le 4 janvier 1794, sur le signal de Châtillon. Je n'en dis rien à personne. Je fis cette rude station, malgré la neige et les vents qui fréquemment ébranlaient notre fréU signal.... » (Delambre, Histoire de la mesure de la Terre.) La lettre de Lagrange était du 9 nivôse an II (29 décembre 1793).
Mesure de la partie nord de la méridienne. i33
lise complètement lesigaal de Châtillon, c'était s'exposera perdre le fruit des peines et des dépenses des trois derniers mois. Cest ce que Delambre exposé, dès le lendemain , dans une lettre à Lagrange, en demandant l'autorisation d'atteindre des clochers qu'on pût retrouver en tout temps. « Si, disait-il, l'on trouvoit quelque inconvénient à l'offre que je fais de continuer encore pendant quelques semaines à supporter les rigueurs de la saison pour le bien de la République et des Sciences, j obéirois sans réplique, et ce seroit même avec quelque plaisir que je me verrois déchargé d'une commission très pénible que l'espoir d'être utile avait seul pu me faire accepter. » Mais, en attendant, il se hâta d'exécuter ce qu'il proposait.
La réponse lui fut apportée par Prony, membre de la Commission des Poids et Mesures et chargé alors de visiter les canaux du Loing, de Briare et d'Orléans. Prony suivit quelque temps les travaux de Delambre : « J'étois bien curieux, dit celui-ci, de connoître l'arrêté qu'il m'apportoit; mais il a voit toujours quelque prétexte honnête et obligeant pour éluder ma demande. » Grâce à ces atermoiements, Delambre put conduire ses triangles jusqu'aux clochers de Châteauroux et de Sainte-Croix à Orléans, et leur donner de la sorte des termes bien assurés. La campagne de 1793 se trouva ainsi terminée le 5 pluviôse an II (24 janvier 1794).
En arrivant à Paris, une semaine plus tard {3i janvier), je trouvais, dit Delambre (*) « que le Comité révolutionnaire de ma section avoit mis le scellé chez moi^ par forme de précaution ; j'en obtins la levée en fournissant la preuve de la mission que
{*) Base du Système métrique^ t. I, p. 5i de Tlntroduction.
1 34 Chapitre Xlil. — Mesure de la partie nord de la méridienne.
j'avois remplie, et en produisant les certificats des municipalités de tous les lieux où j'avois successivement séjourné depuis ma dernière sortie de Paris. On peut juger seujcment que je ne montrai pas l'arrêté qu'on vient de lire (celui qui le révoquait); je laissai croire, sans le dire formellement, que ma mission continuoit. Mes commissaires examinèrent tous mes papiers avec le plus grand scrupule. Je n^eus qu'à me louer d'eux, ils çonsen* tirent même à me laisser plusieurs diplômes académiques, qui pourtant paroissoient les inquiéter, et surtout celui de la Société royale de Londres, qui étoit en latin^ et où ils reconnoissoient le nom et les armes du roi Georges. Cétoit de leur part une grande condescendance pour un homme qu'ils croyoient en correspondance avec plusieurs rois. »
Delambre passa probablement la majeure partie de Tannée 1 794 et le commencement de 1795, près de Montlhéry, à Bruyères, où M. d'Assy lui avait fait bâtir un petit observatoire; car le 17 prairial an III la municipalité de Bruyères-Libre, ci-devant le Châtel, lui délivra un certificat constatant qu'il n'est ni émigré, ni « détenu pour cause de suspicion ou de contre-révolution ». Delambre avait alors quarante-six ans et la pièce lui donne ce signalement :
a Taille de cinq pieds quatre pouces, cheveux et sourcils bruns, yeux bleus, nez gros, bouche moyenne, menton rond, front découvert, visage plein et ovale. »
CHAINE DES TRIANGLES DE LA MERtDIEt
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