LEUR DÉPÔT AUX ARCHIVES
Les étalons du mètre et du kilogramme étant construits, une délégation de l'Institut vint les présenter, le 4 messidor an VII (1799 juin 22), successivement au Conseil des Anciens et au Conseil des Cinq-Cents.
Au nom de cette Délégation, un orateur dont on n'indique pas le nom (probablement Laplâce), prononça le discours suivant (^) :
f( DISCOURS PRONONCÉ A LA BARRE DBS DEUX CONSEILS DU CORPS LÉGIS1.ATIF. AU NOM DE l'institut NATIONAL DES SCIENCES ET DES ARTS, LORS DE LA PRÉSENTATION DBS ÉTALONS PROTOTYPES DU METRE ET DU KILOGRAMME.
u Séance du 4 messidor, an Vil.
» Citoyens représentans du Peuple,
» L'Institut national, obéissant avec reconnaissance à la loi qui le lui prescrit, vient vous rendre compte d'une opération utile au Monde, singulièrement honorable pour la Nation française, et qui est heureusement terminée.
t» On a senti de tous les temps une partie des avantages qu'au roi t l'uniformité des poids et mesures.
(*) Base du Système métrique, t. III, p. 3Si-59i
Présentation des étalons au Corps Législatif. i6i
B Mais d'un pays à Tautre, et dans rintérieur même de chaque pays, l'habitude, les préjugés s'opposoient sur ce point à tout accord^ à toute réforme.
» En vain Huygens dans le siècle dernier, et Lacondamine dans celui-ci, avoient, pour préparer ce travail, mis en avant quelques vérités précieuses. » Il falloit un grand événement, une puissante impulsion politique pour vaincre les répugnances populaires.
» L'Assemblée Constituante, qui n'a pas toujours pu faire tout ce qu'elle auroit voulu, mais à laquelle aucune grande vue d'utilité publique n'a échappé, a, d*après une motion remarquable du citoyen Talleyrand, invité l'Académie des Sciences à fonder le Système métrique sur une base naturelle.
• £n effet, aucune nation, employant pour les mesures des élémens arbitraires, ne pouvoit réclamer le droit, ni concevoir l'espérance de faire adopter aux autres ceux qu'elle auroit préférés.
B 11 falloit donc en trouver le principe dans la Nature, que tous les peuples ont un intérêt égal à observer, et le choisir tel que sa convenance pût déterminer tous les esprits.
» L'Académie des Sciences jugea que l'unité de cette mesure devoit être une partie connue et aliquote de la circonférence du Globe terrestre. Elle la fixa au dix-millionième de l'arc du méridien compris entre Téquateur et le pôle boréal.
0 Cette unité, tirée du plus grand et du plus invariable des corps que rhomme puisse mesurer, a l'avantage de ne pas différer considérablement de la demi-toise et de plusieurs autres mesures usitées dans les différens pays : elle ne choque donc point l'opinion commune. Elle offre un aspect qui n*est pas sans intérêt.
» Il y a quelque plaisir pour un père de famille à pouvoir se dire : « Le « champ qui fait subsister mes enfans est une telle portion du Globe. Je > suis dans cette proportion co-propriétaire du Monde. i>
a Les mesures qui avoient déjà été prises de différens arcs du méridien donnoient à présumer que la dix-millionième partie de l'arc qui s'étend du pôle à l'équateur ne s'écarteroit pas beaucoup de trois pieds onze lignes et quarante-quatre centièmes de l'ancienne mesure française; et dans l'empressement de prononcer à ce sujet, on a décrété que telle seroit la dimension d'un mètre provisoire.
9 Mais il est indispensable de constater celle que le mètre définitif