‹ Le T'ai chanChapitre 48 sur 61 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Croyances populaires.

Si les inscriptions concernant le T'ai chan sont trop nombreuses pour qu'on puisse les traduire toutes, bien plus abondants encore sont les textes qui s'inspirent des croyances populaires relatives à la montagne sacrée; ces textes ont en outre le double inconvénient d'être souvent fort longs et de ne pas augmenter notablement notre connaissance des attributions de la divinité que nous étudions; aussi est-il nécessaire de ne conserver que ceux d'entre eux qui sont les plus caractéristiques ou les plus instructifs. Je commencerai par relever quelques unes des anecdotes que nous ont conservées les historiens et les littérateurs, puis j'examinerai des gravures sur pierre ou sur métal accompagnées de légendes qui nous informent sur la puissance magique exercée par le T'ai chan.

C'est au début de l'ère chrétienne que nous trouvons pour la première fois l'indication que le T'ai chan est, pour les hommes, le maître de la vie et de la mort. Dans un des écrits divinatoires qui pullulèrent au temps des empereurs Ngai (6 — i av. J.-C.) et P'ing (i — 5 p.C), le K'ai chan fou de Souen Kia, nous lisons: „Le T'ai chan est à gauche ; le K'ang-fou est à droite ; le K'ang-fou con-

naît les naissances ; le T'ai chan préside aux décès ,)." Puisque le T'ai chan fixe par ses arrêts l'époque où les hommes doivent mourir, il est naturel qu'on s'adresse à lui quand on veut obtenir une prolongation de vie ; Hin Siun, qui vivait vers l'an ioo de notre ère, dit que „dans sa jeunesse il fut atteint d'une grave maladie et, comme, trois ans durant, il ne parvenait pas à se rétablir, il se rendit au T'ai chan pour demander à vivre 2)."

Dans les notices consacrées aux Wou-houan, peuple habitant la Mandchourie méridionale pendant les trois premiers siècles de notre ère, nous avons une mention incidente du royaume des morts localisé auprès du T'ai chan; en effet, on nous raconte que les Wou-houan, lorsqu'ils célèbrent des funérailles, ont coutume d'immoler un chien ^auquel ils recommandent de protéger l'âme du mort pendant le voyage qu'elle accomplit pour retourner à la Montage Rouge qui est à plusieurs milliers de li au Nord-Ouest du Leao-tong ; de la même manière, les Chinois croient que les âmes des morts s'en retournent sur le T'ai chan 3)."

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^C /W ^fe o ?Ë$ Uj 9$ Ifà o Cette citation se trouve à la fin du chapitre

XXX du Je tche lou £J ^fl gsfcde fou Yen-woujg^ jfe jj£ (1612— 1681).

2) Hcou H an chou, chap. CX1I, b, p. 2 r°: ( g^jp |^ ) [ÊJ ^1 Àf

taire de l'année 676 ajoute: „Le Tyai chan préside à la vie et à la mort des hommes HgJ I[l qp A^ ^fc ^P ; c'est pourquoi (Hiu Siun) alla lui demander à vivre."

i) Heou Han chou, chap. CXX, p. I v° et Wei chou cité dans le commentaire du San kouo tche, chap. XXX, p. 1 v° : #Ëp Ira Jp[ -4r im Û$L

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Lo Pin-wang J), à la fin de sa requête au nom des vieillards pour qu'on fît en l'an 666 les sacrifices fong et chan, écrit: „Les derniers souffles des rêves de jade 2) errent dans la demeure des immortels pour s'y réjouir; les âmes qui sont tout ce qui reste de ce qui a été mis dans le bois (du cercueil), vont se promener sur le Tai tsong et y bondissent 3)."

„ Aller au T'ai chan'" sera donc un euphémisme qui signifiera „ mourir". Un certai'n Kouan Lou, qui vécut de 209 à 256 p.C, s'adressant, en Tannée 255, à son frère cadet, lui dit: „Je crains seulement d'aller au T'ai chan gouverner les morts et de ne plus pouvoir gouverner les hommes vivants4)." — Ying K'iu, mort en 252 p.C, s'exprime ainsi dans ses „Cent et une poésies": „Ma vie est sur son déclin, le Pic de l'Est m'a donné rendez-vous 5)."

A partir du moment où le dieu du T'ai chan est conçu comme l'arbitre de la destinée humaine, sa personnalité se précise ; c'est alors que, pour expliquer l'autorité qu'il exerce,

1) Lo Pin-wang lè& :2â ^p mourut vers la fin du septième siècle de

notre ère (Kieou T'ang chou^ chap. CXC, a, p. 10 v°; Giles, Biog. Dict.^ Nos 1391 et 2369). Sa requête à l'occasion des sacrifices fong et chan se trouve dans A, V, 21 r°-22 r° et dans B, XII, 22 v°-23 r°; la phrase que

nous en détachons est ainsi conçue : ^ j|| j|£ J^ ^[ | ^J ^ j£{

2) Je suppose que cette expression désigne les morts qui dorment leur dernier sommeil avec un morceau de jade dans la bouche, de même que, dans la phrase suivante, l'expression CW yfc signifie les morts qui ont été mis dans le cercueil.

3) Sur l'expression ^[Jj f|jj voyez p. 337, n. 6.

4) San kouo tche, chap. XXIX, p. n r°: fè ^ jg ^ |i| fê j£ q

S? SB Cité dans le Je tche lou de Kou Yen-ivou, chap. XXX, à la fin.

on fait de lui le petit-fils du Ciel: „Le T'ai chan, dit Tchang Houa (232 — 300 p.C), dans son Po wou tche, est aussi appelé le petit-fils du Ciel; cela signifie qu'il est le petit-fils de l'Empereur céleste; il préside à l'appel des âmes des hommes; il est l'Orient, principe de l'existence pour tous les êtres ; c'est pourquoi il décide de la longueur ou de la brièveté de la vie des hommes 1)".

Le T'ai chan entretient encore des relations de parenté avec d'autres dieux ; d'après un passage qui devait se trouver dans le Seou chen ki de Kan Pao, il aurait pour gendre le plus célèbre des dieux fluviaux, le dieu du Houang ho, comte du Fleuve: „Sous les Han postérieurs, un certain Hou-mou Pan s'était rendu auprès du T'ai chan. Il fut mandé par le Prince du T'ai chan (T'ai chan fou kiun) qui le chargea de remettre une lettre- à son gendre, le comte du Fleuve; il lui dit: „Quand vous serez arrivé au milieu du courant du Fleuve, frappez sur la barque et appelez un serviteur; il y aura alors quelqu'un qui viendra prendre la lettre." Effectivement (Hou-mou Pan) put faire

4g Ce texte se trouve deux fois dans le Po wou tche (chap. I, p. 4 r° et 6 r° de la réimpression du Han Wei ts'ong chou de 1791).

# Me % % M % Ifc S M #0 Kan avivait au quatrième siècle de notre ère, mais le Seou chen ki qui lui est attribué est un texte assez mal établi ; c'est ainsi que je n'ai pu retrouver dans l'édition du Seou chen ki du Han Wei ts'ong chou le passage que je cite ici d'après l'encyclopédie

T^ou chou tsi tetfeng (section Chan tcWouan tien^ chap. XXII, p. 7 v°); l'authenticité de ce passage est cependant certaine, car le Kai yu ts'ong tfao de Tchao Yi (chap. XXXV, p. 3 v°), nous apprend qu'il est déjà cité dans le commentaire du San kouo tche.

parvenir cette missive à destination, et, en outre, il se chargea de rapporter une lettre du comte du Feuve au Prince (du T'ai chan)".

Puisqu'il a un gendre, le dieu du T'ai chan doit avoir une fille. Mais ce n'est là qu'une inférence, car un texte du Po wou tche de Tchang Houa où on a voulu trouver une mention de la fille du T'ai chan semble être interpolé '). En réalité, la fille du T'ai chan ne prendra corps que

i) Voici ce texte tel qu'il figure dans le T'ou chou tsi tch'eng (section Chan tch'ouan tien^ chap. XXII, p. 7 v°): „Le roi Wen avait nommé T'ai kong préfet de Kouan-t'an\ pendant une année entière, le vent ne fit pas bruire les rameaux des arbres. Le roi Wen vit en songe une femme qui pleurait au milieu de la route ; comme il lui demandait la raison (de son chagrin), elle lui répondit: „Je suis la fille du dieu du T'ai chan de la mer orientale ; on m'a mariée pour que je sois la femme (du dieu) de la mer occidentale; je désire revenir vers l'Est mais le préfet de Kouan-t'an me barre le chemin; T'ai kong a de la vertu; je n'ose pas traverser (l'endroit où il est) avec (mon cortège de) vent impétueux et de pluie violente." Le roi Wen s'éveilla de ce songe et, le lendemain, il manda auprès de lui T'ai kong\ pendant trois jours et trois nuits il y eut effectivement un vent violent et une pluie intense qui venaient de l'Ouest. Le roi Wen conféra alors à T'ai kong le titre de ta

7îr ^ ~fc £t ^ ~fc ^1 $&0 Dans ce texte' on remar(iuera <iue la

mention du T'ai chan est une superfétation, car la femme ne peut pas être la fille à la fois du T'ai chan et du dieu de la mer orientale; en effet, si nous nous reportons au Po wou tche (chap. VII, p. 1 v°) tel qu'il est publié dans le Han Wei ts'ong chou nous trouvons que la femme répond: „Je suis la fille du dieu de la mer orientale; j'ai été mariée au fils du dieu de la mer

occidentale" ^ & M M W £ , fâ fà & M W M ° Mais

si on adopte cette leçon, qui est assurément préférable, le texte ne concerne plus en aucune manière le T'ai chan et ne" saurait donc être invoqué pour prouver que le dieu du T'ai chan a une fille.

tardivement ; elle est la fameuse Princesse des nuages colorés (pi hia yuan kiun) qui apparaîtra lorsque la statue de la femme de jade, placée en l'année 1008 au sommet du T'ai chan, aura donné au culte de la déesse comme un support matériel.

Le dieu du T'ai chan a aussi un fils; on lit, en effet, dans la biographie de Touan Tch'eng-ken, qui vivait au commencement du cinquième siècle de notre ère, l'anecdote suivante au sujet de son père, Touan Houei: „I1 y avait un jeune garçon qui vivait en bonne intelligence avec (Touan) Houei ; au bout de deux ans, il prit congé pour s'en retourner et demanda un cheval à (Touan) Houei qui, par plaisanterie, fabriqua un cheval de bois et le lui donna; le jeune garçon, très joyeux, remercia (Touan) Houei en disant: „Je suis le fils du Prince du Tyai chan (T'ai chan fou kiun); j'ai reçu l'ordre d'aller au loin pour faire mes études; maintenant je vais m'en retourner et vous quitter. Même par des présents considérables je ne pourrais reconnaître suffisamment votre bienfait; vous arriverez plus tard à la dignité de tcïïang-po (directeur des cérémonies religieuses?) et vous recevrez un titre nobiliaire. Ce n'est pas là une récompense; ce n'est qu'une marque provisoire d'amitié." Ayant fini de parler, il monta sur le cheval et partit en bondissant dans les airs ')."

A force de se rapprocher de l'humanité, le dieu du T'ai chan finit par être considéré comme un homme déterminé. Nous ne devons donc pas être surpris si, dans certaines

1) Pet che, chap. XXXIV, p. 6 v°-7 r° : ^ — . |j| ^ JE flg |g|

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traditions populaires, le prince du palais du T'ai chan est identifié avec telle ou telle personne qui fut réputée de son vivant pour ses talents de magistrat. Assurément, cette notion d'un dieu du T'ai chan qui est tantôt tel homme et tantôt tel autre ne s'accorde guère avec la croyance en un dieu qui reçoit d'âge en âge des honneurs de plus en plus grands parcequ'il progresse dans sa carrière officielle et qu'il est donc toujours le même; nous devons cependant reconnaître que si, dans certains textes, le dieu du T'ai chan reste identique à lui-même, il en est d'autres où un evhémérisme populaire fait se succéder sous les traits de ce dieu des hommes divers; voici en effet ce que nous lisons dans le Yi kien tche de Hong Mai (1124 — 1203): * Souen Mo, Che Yi, Siu kie furent successivement princes du T'ai chan {T'ai chan fou kiun). En outre, Lu Pien-lao trouva un sceau portant la suscription „Sceau du prince du T'ai chan" ; le gouverneur Wang l'emporta pour l'examiner; peu après, il mourut; ce Wang était un excellent administrateur; on pense donc que sans doute il fut appelé à présider au pic Tai ])." Dans le même ouvrage, une anecdote

Hi ùk 3É tîS êr ifco Cette citation du Yi kien tche % M M

est faite d'après le Kai yu ts'ong tfao K^fc |t& jg jfc de Tchao Yi j£n ï§ : elle n'est pas littérale ; en effet, dans l'édition du Yi kien tche qui est incorporée au Che wan ts'iuan leou tsong chou, nous relevons (section I, chap. 20, p. 4 r°-v°) l'histoire de Souen Tien 3& i|S,de Che Yi Jg ^ et de Siu Kie f4? JÉj?1 ; mais le texte présentant ici une lacune, l'histoire, qui est longue, s'interrompt brusquement; nous y voyons seulement que Souen Tien (le Souen Mo du Kai yu tsong k"ao\ étant malade, eut une hallucination; un homme lui apparut et lui présenta un ordre écrit qui l'appelait à être prince du

nous présente encore un autre homme qui serait devenu, après sa mort, prince du T^ai chan l) :

^Lei Tou, originaire de Lin-tch'ouan, avait pour appellation Che-tso ; il avait un caractère ferme et digne ; il se plaisait à l'étude des livres; quoiqu'il eût été promu au rang de hiang kong (lettré d'arrondissement), il se refusa à se rendre à la capitale provinciale pour se présenter aux examens. Son neveu, Ts'ai Tche-fou, fut nommé juge adjoint dans la circonscription militaire de Yong-hang; quand il se fut rendu à son poste, cette même année, le dernier jour du neuvième mois, dame Siu, femme de Ts'ai [Tche-fou], vit en songe un homme qui portait une lettre semblable aux convocations envoyées par le directeur des transports de grain; elle la lut jusqu'au bout, mais, quand elle se réveilla, elle se rappela seulement, que, à la fin de la lettre, il y avait ces mots écrits en gros caractères: ^signature du prince du T'ai chan, Lei Tou 2)." Elle eut peur que cela ne fût un mauvais présage et d'ailleurs elle ne savait point si {Lei) Tou était ou non en bonne santé. Moins de dix jours après, Ts'ai [Tche-fou] mourut; sa femme et ses enfants revinrent chez eux en accompagnant le cercueil; l'année suivante, ils arrivèrent dans leur pays et c'est alors qu'ils apprirent pour la première fois que (Lei) Tou était mort le huitième mois de l'année précédente. Le songe relatif au T'ai chan se trouva donc être véridique 3)."

Quant à l'anecdote relative au gouverneur Wang^ je ne l'ai pas retrouvée dans le Yi kien tche\ mais cela ne veut point dire qu'elle n'y figure pas, cet ouvrage étant fort volumineux et le passage en question ayant pu m'échapper.

i) Yi kicn tche (section III, chap. IX, p. 12 v°-i3 r° de l'édition du Che ivan tsïuan leou ts'ong chou).

3) En d'autres termes, il était bien vrai que Lei Tou était devenu prince du T'ai chan et qu'il avait alors envoyé un émissaire pour appeler auprès de lui son neveu Ts'ai Tche-fou. La mort de Lei Tou et celle de Ts'ai Tche-fou confirmaient le songe qu'avait eu la femme de Ts'ai Tche-fou.

Pour s'acquitter de ses fonctions, le prince du T'ai chan doit avoir sous ses ordres une foule de subalternes; les uns seront les teneurs de livres qui enregistreront minutieusement les décès et les naissances; les autres seront les agents de police chargés d'aller saisir les âmes qui sont parvenues au terme de leur destinée. C'est ici que l'imagination populaire s'est donné libre carrière et on pourrait multiplier à l'infini les récits où interviennent ces agents inférieurs du monde des morts; nous en donnerons seulement quelques spécimens:

„Au temps où {Tsiang) Tsi2) était commandant d'armée, sa femme vit en songe son fils défunt qui lui dit en pleurant: „Dans la mort et dans la vie, les conditions sont différentes; du temps que j'étais vivant, j'étais le descendant d'un haut dignitaire conseiller d'état; maintenant, sous la terre, je suis caporal (wou-po = chef de cinq hommes) au service du T'ai chan 3) ; je suis accablé d'affliction, de peine et de honte à un point que je ne saurais dire. Or, en ce moment, à l'Ouest du T'ai miao (temple ancestral de l'empereur), il y a un chanteur nommé Souen Ngo qui est mandé pour devenir préfet du T'ai chan 4); je désire, ô

i) Cette anecdote se trouve dans le Lie yi tchouan Jp\\ W, 4ËL °tue cite P^ei Song-tche îËfi Mg jjf dans son commentaire du San houo tche — » Bj ^jf-C (chap. XIV, p. 12 v°) publié en 429 p.C. — Dans le Seou chen ki

fê S$ IE de Kan Pao °^ S (IVe siècle p,c ■)' on m (chap' IV' p*

3 r° — 4 v° de l'édition du Han Wei ts'ong chou de 179.1) un récit tout semblable; seuls les noms des personnages mis eh scène sont différents. 2) Tsiang Tsi vivait dans la première moitié du troisième siècle p.C.

4) 4^^^^UJ^-

ma mère, que vous disiez pour moi au marquis (mon père) de me recommander à (Souen) Ngo afin qu'il me fasse changer de poste et que j'obtienne une place agréable." Quand il eut fini de parler, sa mère s'éveilla soudain tout effrayée ; le lendemain, elle raconta ce qui s'était passé à (Tsiang) Tsi qui lui dit : „ C'est un simple rêve ; il n'y a pas lieu de vous en étonner." Le lendemain, à la nuit, le fils apparut de nouveau en songe à sa mère et lui dit: „Je viens chercher notre nouveau chef qui s'est arrêté auprès du temple; avant que nous partions, j'ai pu revenir un instant; notre nouveau maître doit partir demain à midi; au moment du départ, nous aurons fort à faire et je ne pourrai plus revenir; c'est donc maintenant que je vous dis un éternel adieu. Le marquis (mon père) est un homme énergique qui est difficile à émouvoir et à persuader; c'est pourquoi je suis venu m'adresser à vous, ma mère. Je désire que vous parliez encore une fois de cette affaire au marquis (mon père) ; pourquoi répugnerait-il à faire une seule tentative ?" Il lui décrivit alors l'extérieur de (Soueri) Ngo et ses explications furent très minutieuses. Le jour venu, la mère s'adressa encore une fois au marquis (son mari) en lui disant: ^Quoique vous prétendiez que ce ne soit qu'un rêve et qu'il n'y a pas lieu de s'en étonner, pourquoi avoir une telle obstination et pourquoi répugneriez-vous à faire une seule tentative?" (Tsiang) Tsi envoya alors un homme qui se rendit auprès du T^ai rniao et s'informa au sujet de Souen Ngo; il le trouva en effet; son extérieur correspondait exactement à la description qu'en avait faite le fils. (Tsiang) Tsi dit alors en pleurant: „J'ai bien failli faire tort à mon fils." Il donna donc audience à Souen Ngo et lui raconta toute l'affaire ; Souen Ngo ne fut pas effrayé de sa mort prochaine et se réjouit d'avoir obtenu le poste de préfet du T'ai chan; sa seule crainte était que les paroles de (Tsiang Tsi) ne fussent pas dignes de foi; il

lui dit: „S'il en est vraiment comme vous le dites, ô général, mon désir est de vous satisfaire ; mais je ne sais pas quelle place souhaite obtenir votre vertueux fils." (Tsiang) Tsi lui répondit: „Donnez lui quelque poste agréable, suivant ce qu'il y a sous terre." (Souen) Ngo reprit; „ J'aurai soin de me conformer à vos instructions." (Tsiang Tsi) lui fit alors de riches présents; puis, l'entretien étant fini, il le le renvoya. (Tsiang) Tsi, désireux d'être promptement informé de la réalisation (de ce qu'il attendait), fit placer un homme tous les dix pas depuis la porte de son palais de général jusqu'au temple, afin que ces gens lui transmissent des nouvelles au sujet de (Souen) Ngo; à l'heure tctten (7 à 9 heures du matin), ils annoncèrent que (Souen) Ngo souffrait du cœur; à l'heure sseu (9 — 11 heures), que son état s'était aggravé; à midi qu'il était mort. (Tsiang) Tsi dit en pleurant: „Tout en m'affligeant de ce que mon fils ne soit plus, je suis du moins heureux que les morts aient quelque connaissance." Au bout de plus d'un mois, le fils revint et dit à sa mère: „J'ai obtenu d'être transféré au poste de secrétaire *)."

„Un certain Li Hiuan-che était soupçonné d'être un spectre et non un homme vivant; son frère cadet, Tseu-tchen, ayant entendu ces propos, interrogea son frère aîné à ce sujet. Li Hiuan-che lui dit: „Je suis en effet un spectre; celui qui vous l'a dit, c'est Tckong-siang; puisque maintenant vous le savez, il faut que je vous raconte toute mon l'histoire: la cause antécédente en est que l'administration souterraine

2) Seou chen ki de Kan Pao (chap. II, p. 2-3 r° de l'édition du H an Wei ts'ong chou de 1791).

m'a nommé teneur de livres du T'ai chan l) ; celui qui occupait jusqu'alors cette fonction avait depuis longtemps terminé son temps de service et devait quitter ce poste pour être promu à une place supérieure ; le roi (du monde souterrain) voulut nommer après examen quelqu'un pour remplir ces fonctions; mais l'examen ne put aboutir, car personne ne se trouva bien qualifié; alors le roi m'appela, moi Hiuan-che, et me dit: „Je considère que vos capacités vous rendent digne d'occuper ce poste; mais vous avez peu étudié et vous seriez encore incapable de tout comprendre; allez donc provisoirement parmi les hommes auprès de Pien Hiao-sien et demandez lui de vous instruire; quand votre instruction sera terminée, revenez promptement et je vous nommerai teneur de livres du T'ai chan. J'ai craint que les gens ne fussent effrayés à ma vue et c'est pourquoi j'ai pris la forme d'un homme vivant. J'ai eu le même maître que vous, mon frère cadet, et, en moins d'un an, mon instruction a été achevée; j'occupe depuis deux ans le poste de teneur de livres du T'ai chan 2) . . . ."

y,(Chen) Seng-tchao (fin du cinquième siècle p.C.) portait aussi le nom de Fà-lang\ dès sa jeunesse il servit le Maître céleste (fien che) et les docteurs taoïstes. Constamment, aux

3) Nan che, chap. XXXVII, p. 8 r* : fè flg ^|j ig j£ j$ o >\?

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jours kia-tseu et kia-wou, pendant la nuit, il se coiffait d'un bonnet jaune, revêtait un vêtement grossier et faisait des offrandes aux esprits dans sa chambre particulière; il prédisait souvent aux hommes les événements heureux ou malheureux et mainte fois ses pronostics furent trouvés exacts. Il disait lui-même: „Je suis secrétaire d. T'ai chan; quand il y a quelque chose à enregistrer dans l'administration souterraine, je ne manque pas d'y apposer mon nom."

Un livre taoïste d'édification populaire, le Ngan che teng Bif ^Ê£ 'HÉS nous présente une anecdote qu'on peut résumer ainsi: un homme se trouve tout à coup en présence d'un de ses anciens amis, mort depuis longtemps; celui-ci lui exhibe un mandat et lui dit : „Je remplis les fonctions de satellite dans l'administration du Pic de l'Est ^ jg ^ jf?f ^ ; je suis chargé de vous arrêter; mais, en considération de nos relations d'autrefois, je vous laisse un répit d'un mois." L'autre met à profit ce délai pour accomplir trois bonnes œuvres ; en considération de quoi, vingt années supplémentaires de vie lui sont accordées.

Les arrêts du prince du T'ai chan sont nécessaires pour qu'un homme meure et nul ne peut causer la mort d'autrui s'il n'en a au préalable obtenu l'autorisation de ce maître de nos destinées; c'est ce que prouvent les deux récits que voici:

„ Après la mort de Tchang Kan-san, comme son fils était en bas âge, son vaurien de gendre, nommé Tck'en

i) Voyez ce texte dans Wieger, Folklore chinois moderne, p. 389 — 390. 2) Citation du Yi kien tche de Hong Mai dans le Kai yn ts'ong Wao de

Tchao Yi (chap. XXXV, p. 4 v°) : jjg "^ H |ft M 0 "T* $1 0 51

Fang, prit en main la direction des affaires de la famille et fit périr l'enfant. A quelque temps de là, Tchang (Kan-san), accompagné d'un homme vêtu de jaune, apparut à Tcïïen (Fang) et lui réclama sa vie; il se retourna vers l'homme vêtu de jaune et le chargea de se saisir de (Te h9 en Fang); mais l'homme vêtu de jaune dit: „T1 faut d'abord soumettre l'affaire au prince du T'ai chan."

„La femme de T'eng Ti-kong, dame Tchao, avait tué l'esclave Tch'en Hing, concubine de son mari; peu après, dame Tchao mourut et sa tête disparut; au moment où on faisait des arrestations judiciaires, la concubine Tclien apparut, tenant en main la tête de dame Tchao, et elle la montra à des hommes en leur disant : „J'ai porté plainte auprès de l'Empereur du Pic et j'ai pu tirer cette vengeance; mais, comme je crains que des innocents ne soient inculpés, je viens donc exposer ce qu'il en est."

Les décisions du prince du T'ai chan sont irrévocables et ceux qu'elles atteignent doivent s'y soumettre; il peut arriver, comme dans les affaires humaines, qu'une erreur se produire, mais elle finit toujours par être découverte:

Sîffl^ABo m&m&ft* nmttm.?&

vTs,ouei Kong-yi avait été nommé teneur de livres à Jen-k'ieou dans l'arrondissement de Mo-, survint un tremblement de terre; (Ts'ouei) Kong-yi, qui avait terminé ses fonctions, partit pour le Sud en emmenant avec lui sa famille. Pendant la halte de nuit, un homme frappa soudain à la porte et dit: „Le teneur de livres Ts*ouei est un homme qui devait périr écrasé pendant le tremblement de terre; on a déjà recueilli son âme qui est arrivée à (la montagne) Tai\ pour se rendre chez lui, il doit se hâter." Ts'ouei jugea qu'il était certainement un homme mort; il accompagna donc sa femme et ses enfants en les ramenant à Cheou-yang et, le lendemain (de son arrivée), il mourut."

Je résumerai aussi brièvement que possible une longue histoire qui figure dans le recueil du P. Wieger [Folklore chinois moderne, p. 175 — 183): Un certain Vin THng-hia est pris par deux satellites infernaux qui lui jettent une corde autour du cou et qui l'entraînent. Le dieu local

1) Kai yu ts'ong k'ao, chap. XXXV, p. 4 r< Song pai ki -fc ^© 3R sur lequel je n'ai trouvé aucun renseignement:

2) Ce texte confirme l'identité du dieu local -J^ jfy J|É et du dieu de l'orifice central ptj fa? ; cette divinité n'est autre que le dieu du sol ï de l'habitation familiale. Voyez, plus loin, notre étude sur Le dieu du sol dans la Chine antique.

i J^fa Wfi de ^a ^ami^e Yin intervient et demande à voir le mandat d'amener; il y découvre une erreur, et, lorsque passe un dieu céleste „le grand roi lion du Ciel d'Occident"

ES 5^ ^îfi ~p ~J^C 3Ë' *1 s'adresse à lui pour obtenir justice: „Je suis, lui dit-il, le dieu de l'orifice central de la maison

Fp Ç de la famille Yin ; chaque fois qu'un homme naît dans cette famille, je reçois du Pic de l'Est la notification de la durée assignée à sa vie; je sais ainsi que Yin T'ing-kia doit vivre y 2 ans; or il n'est âgé que de 50 ans; comment se fait-il qu'on l'ait arrêté ?" Pour éclaircir l'affaire, le grand dieu à l'intervention de qui on a eu recours, envoie un messager demander à l'administration céleste un ordre pour que le magistrat compétent descende du Pic de l'Est et vienne en personne faire une enquête; au bout d'un assez long temps, un cortège officiel arrive en effet, chevauchant dans les airs; c'est celui du juge du Pic ig f^J ; ce personnage fait une enquête et reconnaît l'origine de tout le mal: l'homme qui devait mourir se nommait Yin THng-tche ^r $£ yj^ ; mais un scribe des enfers, qui était son oncle, a voulu le sauver et, par supercherie, il a donné sur le mandat d'amener un coup de princeau qui a transformé le nom de Yin T'ing-tche en celui de Yin THng-hia ^r $£ fô. La vérité étant reconnue, le scribe coupable est aussitôt châtié et la victime de l'erreur judiciaire est remise en liberté.

A côté des légendes qui se sont formées autour du royaume des morts présidé par le dieu du T'ai chan, on pourrait rassembler de nombreuses historiettes où cette divinité manifeste de diverses manières sa puissance. Par exemple, une pièce de théâtre de l'époque des Yuan l) nous montrera des gens qui vont consulter les sorts à Sou-tcheou fou dans

[) Ho han chan ^ *^P ^ ; Bazin, Théâtre Chinois p. 177 et 184.

le temple du T'ai chan, pour savoir si une femme enceinte accouchera d'un fils, d'une fille ou d'un démon. Dans une autre comédie du même temps !), le dieu du T'ai chan est invoqué par un homme désireux de sortir de la pauvreté; le dieu secondaire Ts'eng fou chen j^ jjjg jjj|Jj, celui qui augmente le bonheur 2), intervient en effet et lui assure la jouissance de grandes richesses pendant vingt ans. Enfin, dans les anecdotes où il est question des renards doués de pouvoirs magiques qui prennent la forme humaine, il est souvent fait allusion à la déesse du T'ai chan, la princesse des nuages colorés, qui est la patronne de ces êtres mystérieux; c'est ainsi que, suivant un de ces récits, une femme, qui était à vrai dire un renard, quittait son mari au commencement de chaque mois pour aller pendant sept jours auprès de la dame du T'ai cha?i recevoir ses instructions ^ ^

De tous ces textes il résulte que le T'ai chan est une des divinités les plus actives de la Chine, une de celles auxquelles l'imagination populaire attribue le plus grand rôle dans les affaires de ce monde; mais, pour bien comprendre à quel point les croyances qui le concernent sont fortement implantées, il faudrait sortir du folklore figé dans les textes écrits et surprendre au sein des âmes le secret de leur foi ; les sentiments ne se laissent pas disséquer comme les idées pures et ce que toutes nos analyses ne pourront jamais atteindre, ce sont les forces obscures qui entraînent les foules aux pèlerinages annuels sur la montagne sacrée, ou qui poussent les femmes stériles à venir implorer la princesse de l'aurore, ou qui font trembler les coupables devant les

i) K^an tsHen non ^Ëjr ^g "hjf ; analysé par Stanislas Julien, dans le Théâtre de Plante de J. Naudet, tome I, p. 369 — 371.

2) Sur ce dieu, voyez p. 41, lignes 2 — 5 et p. 78, n° 65.

3) Wieger, Folklore chinois moderne^ p. 150.

représentations des tribunaux de l'enfer. C'est dans ces impulsions cachées de l'âme que réside cependant le principe essentiel du culte, car elles sont la source vive d'où jaillit la religion.

Le tableau de la forme véritable des cinq pics.

Les taoïstes ont imaginé de dessiner cinq figures conventionnelles qui passent pour être des représentations des cinq pics. L'ensemble de ces cinq figures constitue un talisman dont la puissance préservatrice est grande ; on le trouve souvent reproduit sur des amulettes en métal; on l'a aussi gravé sur des stèles afin qu'on puisse en prendre des estampages qui auront la même valeur que les amulettes; j'ai relevé, au cours de mon voyage, quatre de ces inscriptions: la plus ancienne (fig. 55) est celle du temple t'ou ti ts'eu i illî W$ dans le yamen du sous-préfet à T'ai-ngan fou (province de Chan-tong) ; elle est datée de la onzième année hong-wou (1378) et est gravée au revers de la stèle qui présente sur son autre face la relation de l'ascension du T'ai chan par Tchang T'ô-houei (cf. p. 349, n. 1). La seconde représentation des cinq pics (fig. 56) se trouve dans le temple du Pic du centre (tchong yo miao) à l'Est de Teng-fong hien (province de Ho-nan)\ elle a été gravée par le sous- préfet Souen Ping-yang qui est le quarantedeuxième des soixante-six sous-préfets ayant successivement administré la sous-préfecture de Teng-fong sous la dynastie Ming l) ; d'après l'ouvrage intitulé Chouo song g^ "jjjï ) (chap. XV, p. 18 r°), cette inscription serait de l'année

1) Cf. Teng fong hien tche^ chap. XIV, p. 10 v°.

2) L'auteur, King Je-tchen y§t Q B£ date sa préface de la 55e année K'ang-hi (1716).

kia-yin (1614) de la période wan-li. C'est exactement de la même année qu'est datée une nouvelle représentation (fig. 57), assez différente des deux précédentes, qui se trouve encastrée dans le mur Sud de la cour du temple Tong yo miao au sommet du T'ai chan. Enfin, on remarque dans le Pei-lin ou Forêt des stèles à Si-ngan fou (province de Chan-sï) une image des cinq pics qui est datée de la vingt et unième année K'ang-hi (1682); elle présente un assez grand nombre de caractères fautifs.

Je donnerai ci-dessous la traduction de l'inscription de Teng-fong hien (fig. 56) qui est la plus nette; l'inscription du T'ou ti ts'eu de T'ai-ngan fou (fig. 55) et celle du Pei lin de Si-ngan fou (fig. 58) ont d'ailleurs à peu près la même teneur. Quant à l'inscription x) du Tong yo miao au sommet du Tai chan, elle ne contient guère plus que ce qui se lit dans la notice placée au bas des trois autres.

Tableau de la forme véritable des cinq pics.

Voici ce que j'ai entendu dire:

A l'intérieur de l'univers, les cinq pics sont réputés ce qu'il y a de plus divin; parmi les cinq pics, le pic Tai (= le T'ai chan) est l'ancêtre des autres; il n'est aucun d'eux qui ne lui obéisse ; lorsque la formation du monde se produisit au commencement du chaos, il émergea du yin et du yang pour jouer le rôle de régulateur de la terre. Au sujet des cinq pics, un ancien livre sacré dit: Ils se répartissent l'administration des choses humaines et autres dans le monde.

Le pic Tai de l'Est, le T'ai chan, est le petit-fils de l'Empereur céleste et le réceptacle de toutes les influences surnaturel-

1) Ce texte étant légèrement altéré sur l'estampage, on pourra le reconstituer en ayant recours au Chan tch'ouan tien (chap. VIII, p. 2 v° de la section wai pieri).

Fig. 55-

Tableau des cinq pics (1378)

(T'ai-ngan fou).

Fig. 56.

Tableau des cinq pics (1614 ?)

(Teng-fong hien).

Fig. 57-

Tableau des cinq pics (16 14)

(Au sommet du T'ai chan).

Fig. 58.

Tableau des cinq pics (1682).

(Si-ngan fou).

les. Il se trouve dans la sous-préfecture de Fong-fou l), qui dépend de la préfecture de Yen. C'est l'endroit où l'Homme Véritable appelé le vénérable Tcïïeng-hing obtient le tao. Les deux montagnes TcK ang-po'1) etLeang-fou3) sont ses assistants. Le dieu de ce pic a pour nom de famille Souei et pour nom personnel Tsong*). Le titre qui lui a été conféré est T'ien-tsH j'en ckeng-ti5). Le pic Tai préside dans le monde au peuple et aux fonctions officielles; il détermine aussi les délais de la naissance et de la mort; en même temps il note les distinctions entre le noble et le vil et (s'occupe de) ce qui concerne la longueur ou la brièveté (de la vie humaine).

Le pic du Nord, la montagne Heng, se trouve dans la sous-préfecture de K'iu-yang, qui dépend de la préfecture de Ttng6). C'est l'endroit où l'Homme Véritable appelé le vénérable Tcttang-sang obtint le t«o. Les montagnes T'ien-

i) Fong-fou était le nom de la ville qui correspondait à l'actuel T^ai-ngan fou sous les dynasties Song, Kin et Yuan.

2) Le Tctfang po chan s'étend à l'Est de la préfecture de Tsi-nan (prov. de Chan-tong).

3) La montagne Leang-fou est tout au Sud du territoire de la sous-préfecture de T^ai-ngan (voyez la fig. 27).

4) Le nom personnel de chacun des dieux-montagnes est un caractère surmonté du caractère chan qui même, le plus souvent, est répété trois fois. J'ai conservé à ces noms la prononciation qu'ils auraient sans l'addition des trois

montagnes. Je lis donc ces cinq noms comme s'ils étaient ^j^ Tsong (sur

la ng. 58, écrit -J^ Song\ -& Hao, Yang -QX (sur la fig. 58, écrit

-fc Ta) Li jjî (sur la fig. 57, il semble qu'on lise Tch'ang S ), J^ Tou.

5) Ce titre est celui qui fut conféré au 7"az chan en 1017 (cf. p. 1, lignes 3 — 6) ; de cette indication, on peut inférer que la rédaction de ce texte ne peut remonter plus haut que l'époque des Song.

6) La montagne Heng i)^jp est à 140 li au N. O. de la sous-préfecture de ICiu-yang ||fa Ellr , préfecture de Tchen-ting^ province de Tche-li\ elle se trouve sur le territoire de la province de Chan-si, à 20 /*' au Sud de la préfecture secondaire de Houen-yuan «jf y|5 .

4iB

yai l) et K' ong-f ong 2) sont ses assistants. Le dieu de ce pic a pour nom de famille Tclten et pour nom personnel Hao. Le titre qui lui a été conféré est Ngan-t'ien yuan cheng-ti. Le pic du Nord préside dans le monde au Kiang, au Ho, au Nouai et au Tsi 3), et en même temps à toutes les sortes de bêtes de somme (?) à quatre pattes; voilà les choses dont il s'occupe.

Le pic du centre, le Song chan, se trouve dans la souspréfecture de Teng-fong qui dépend de la préfecture de Ho-nan, capitale occidentale. C'est l'endroit où l'Homme Véritable appelé K'eou-kien 4) obtint le tao. Les deux montagnes Niu-ki 5) et Chao-che G) sont ses assistants. Le dieu du pic a pour nom de famille Yun et pour nom personnel Yang. Le titre qui lui a été conféré est Tchong-fien tch'ong cheng-ti. Le pic du centre préside dans le monde au sol, aux montagnes et aux cours d'eau, aux gorges et aux vallées,

i) La montagne T^ien-yai -Jr yj^ est marquée sur les cartes chinoises au

sud de la sous-préfecture de Kouo |1|9 , préfecture secondaire de Tai, province de Chan-si.

2) Cette montagne, qui se trouve vraisemblablement dans le Nord du Chan-si, ne doit pas être confondue avec la montagne /Cong-fong du Kan-sou qui est célèbre dans la littérature taoïste.

3) L'eau est l'élément qui correspond au Nord; aussi le pic du Nord préside-t-il aux quatre grands cours d'eau de l'empire.

4) Appelé simplement l'homme véritable K'eou -=fâ JM À^ dans le Chan

tctfouan tien^ chap. LXII, b, p. 2 r°. Mais peut-être n'y a-t-il là qu'une omission d'un mot.

5) La montagne Niu-ki ~hr J\^ est à 90 // à l'Ouest de la sous-préfecture de Yi-yang ^g£ loir , préfecture et province de Ho-nan.

6) Le Chao-che chan )\^ 2jf \\ | fait partie du massif du Song-kao "jps iWî 1 ma*s ^ se trouve à. l'Ouest, tandisque le T'ai-che chan H^ Sf Mj , qui

est le pic du centre proprement dit, est situé à l'Est. Le T*ai-che est à 8 li au Nord de la sous-préfecture de Teng fong %£ ^âJ*, et le Chao-che à 10 /*' à l'Ouest de cette même ville.

en même temps aux bœufs, aux moutons et à tous les êtres qui mangent du riz. Telles sont les choses dont il s'occupe.

Le pic du Sud, le Heng-chan, se trouve dans la souspréfecture de Heng-chan qui dépend de la préfecture de Heng. C'est l'endroit où l'Homme Véritable appelé T'ai-tcttou obtint le tao. La montagne Ts'ien l) et la montagne Houo sont ses assistants. Le dieu de ce pic a pour nom de famille Tch'ong et pour nom personnel Li2). Le titre qui lui a été conféré est Sseu-fien tchao cheng-ti 3). Le pic du Sud préside dans le monde aux étoiles et aux constellations, à la géographie astrologique, et en même temps à tout ce qui concerne les êtres aquatiques, les poissons et les dragons.

Le pic de l'Ouest, le Houa chan, se trouve dans la souspréfecture de Houa-yin 4) qui dépend de la préfecture de Houa. C'est l'endroit où l'Homme Véritable appelé Houang-

i) D'après le Sut po wou tche, Houang-ti fit des montagnes Ts*ien et Houo les assistants du Heng chan jif *Sj* VA )S -S ^ ||J ^ jjjll

{Chan tcK'ouan tien^ chap. CLXIII, a, p. 4 r°). — Les montagnes Houo et Ts*ien appartiennent en réalité à un seul et même massif de montagnes qui,

dans sa partie nord, touche à la sous-préfecture de Houo chan jffiî I [l f tandisque, dans sa partie sud, il confine à la sous-préfecture de TsHen chan lïs 1 1 1 '■> comme on Ie voit, ce massif se trouve dans la province de Nganhouei et fort loin du Heng chan. Si cependant il est rattaché au pic du Sud, c'est parceque l'empereur Wou^ de la dynastie Han^ jugeant le Heng-chan trop éloigné, transporta sur la montagne Houo les sacrifices qu'il devait offrir au pic du Sud. Dans le dictionnaire Eul ya^ la montagne Houo est formellement indiquée comme étant le pic du Sud lui-même (cf. Chan tch'ouan tien^ chap. LXXXV, a, p. 2 v°).

2) L'exactitude de la lecture li (le caractère tp surmonté de trois montagnes) nous est garantie par le Chan tch'ouan tien (VIII, wai pien, p. 3 v°).

3) Le mot ^ est écrit par erreur |gjj sur la fig. 57.

4) Au Sud-Est de la province de Chan-si^

lou-tseu ') obtint le tao. Les deux montages Tchong-nan 2) et T'ai-po 3) sont ses assistants. Le dieu de ce pic a pour nom de famille Kiang et pour nom personnel T'ou. Le titre qui lui a été conféré est Kin-fien chouen cheng-ti. Le pic de l'Ouest préside dans le monde à l'or, à l'argent, au cuivre et au fer 4), et en même temps à tout ce qui concerne les bêtes volantes qui ont des plumes et des ailes.

Du pic de l'Est, le prince véritable, sublime puissance surnaturelle, éclat vert, présidant aux destinées.

Du pic du Sud, le prince véritable, heureuse élégance, éclat rougeâtre, enregistreur des existences.

Du pic du Centre, le prince véritable, principe jaune, grand éclat, qui réunit en lui les essences véritables 5).

Du pic de l'Ouest, le prince véritable, principe blanc, illuminateur des exprits vitaux, grande clarté.

i) Au lieu de Houang-lou-yu -gef lf|f ^\* , il faut vraisemblablement lire Houang loti iseu "ga* )jfr -y- nle maître des roseaux jaunes". — „La vallée

du dieu Houang "|Bp fljHJ jb±* se trouve dans la partie orientale du Houa chan \ c'était le lieu de retraite de Houang-lou tseu "gef jj||F -^* . A l'entrée de la gorge est l'étang du dragon jaune ; lorsqu'il y a une sécheresse, on vient y faire des prières \ les Song conférèrent (à cette divinité) le titre de ^marquis de la vaste humectation Wg Vra <*5î " Chan tctfouan tien, chap. LXVII, a, 8 r°)."

2) Le Tchong-nan chan «$C tj» I I est à 50 H au Sud de la ville

préfectorale de Si-ngan 36 ^5^, province de Chan-si.

3) Le T'ai-po chan ~TC pî MJ est à 40 H au Sud-Est de la souspréfecture de Mei Jh|), préfecture de Fong-siang^ province de Chan-sL

4) D'une manière générale, le Houa chan préside à tous les métaux, puisque c'est le métal qui, dans la théorie des cinq éléments, correspond à l'Ouest.

5) A la leçon ■£> ffl*. de notre inscription, il convient sans doute de

substituer la leçon -^ ZhÎ qui nous est fournie par le Chan tctfouan tien (chap. LXII, b, p, 2 r°); le Centre en effet est le lieu où ce concentrent les vertus primordiales, c'est-à-dire les énergies des cinq éléments.

Du pic du Nord, le prince véritable, dru et subtil, caverne et gouffre, illimité.

Pao-p'o-tse1) dit: „Tous les hommes qui pratiquent le tao et qui demeurent cachés dans' les gorges des montagnes, doivent se procurer le tableau de la véridique figure des cinq pics et le porter sur eux. Alors, de la foule qu'il y a dans les montagnes de démons, d'essences surnaturelles, de bêtes venimeuses et de tigres, d'influences funestes et de prodiges, et de toutes sortes d'êtres malfaisants, aucun ne pourra s'approcher d'eux." Sous le règne de l'empereur Wou de la dynastie Han, le septième jour du septième mois de la deuxième année yuan-fong (109 av. J.-C), pendant la nuit, la Reine d'Occident (Si wang mou) descendit en personne (auprès de l'empereur)2); (celui-ci) vit que la Reine avait dans sa boîte à mouchoirs un écrit roulé qui était placé dans un sac en ouate de soie brune 3) ; c'était ce

1) Pao-p^o-tse est le surnom de Ko Hong^ un des plus célèbres et des plus féconds écrivains taoïstes. Il mourut âgé de 81 ans vers la fin de la période hien-ho (326 — 334 p.C). Sa biographie se trouve dans le chap. LXXII du Tsin chou.

2) Cette visite de la Si wang mou à l'empereur Wou forme le sujet d'un

petit traité intitulé yffi jgp *jjj* TO ^JM . Cet opuscule, qui a été mis bien

à tort sous le nom de l'historien Pan Kou^ se trouve dans la collection intitulée Han Wei ts*ong chou. La date de l'entrevue de l'empereur et de la Reine d'Occident y est indiquée comme étant le septième jour du septième mois de la première (et non de la seconde) année yuan-fong (110 av. J.-C).

3) Le texte du Han wou H net tchouan nous aide à ponctuer et à comprendre ici celui de la notice : *j£j* ^ J^ 3Ë "PJ ft ^t ^ ^Pf — '

^* f*j .§& VJi j@* ïfirh £, jÉlt • -^ux questions que lui pose l'empereur, la Reine d'Occident répond en exhibant ce rouleau qui est, dit-elle, le tableau de la forme véridique des cinq pics |J£ J^ |§fc pÇ ?^ HH i^i * Après lui en avoir fait l'éloge, elle le lui remet. L'empereur le plaça dans la terrasse Po-leang >Kt| ffi*. jJpL où il fut brûlé lors de l'incendie qui détruisit cet édifice le jour yi-yeou du onzième mois de la première année fai-tctfou (10 Janvier 103 av. J.-C). Quelque fantastique que soit tout ce récit, et quelque invraisemblable que soit l'attribution du Han wou ti nei tchouan à Pan Kou^

tableau. Pendant la période fai-tch'ou (104 — 101 av. J.-C), Li Tch'ong, qui se disait originaire de Fong-yi et âgé de trois cents ans, avait sur l'épaule un panier *) à fruits fait de branchages entrelacés et portait le tableau des cinq pics; l'empereur lui conféra le titre de „maître qui porte (le tableau)". (Voici quelle est l'importance de) ce tableau: quand un homme va et vient et se rend en pays étranger, ou quand il traverse les fleuves et franchit les mers, ou quand il pénètre dans les gorges des montagnes, ou quand il voyage de nuit, ou encore quand il craint de passer la nuit dans des maisons de méchantes gens, si ce tableau est attaché à sa personne, tous les mauvais génies, les démons des montagnes et ceux des rivières, les prodiges aquatiques, etc., tous cacheront leurs traces et s'enfuiront. Si, dans l'endroit où on demeure, on fait des offrandes de parfums et de fleurs (à ce tableau) et si on le sert d'un cœur respectueux, on ne manquera pas de faire descendre sur soi la bénédiction d'une prospérité venue d'en haut, et, par l'influence qu'on aura exercée sur les forces divines, on se trouvera protégé.

il n'en reste pas moins certain que cet opuscule est antérieur à la dynastie Souei (589 — 618 p.C.) puisqu'il est cité dans le chap. XXXIII, p. 9 r°, du Souei chou\ on voit donc qu'on peut considérer comme fort ancienne la coutume d'employer, en guise de charme, les caractères magiques représentant les cinq pics.

1) Le mot &1 est ici inintelligible; il faut le corriger en ;S* , comme le

prouve la notice du Tong ming ki *)|p| yL j|R (voyez Han Wei ts*ong

chou) sur Li TcVong: ^%%%K^i. Ê 1? = W Mo

^C lllïl jfca ^t* »^' Tctfong était originaire de Fong-yi\ il se disait âgé de trois cents ans; il se présenta chargé d'un panier pour les- herbes et portant le tableau véridique des cinq pics. L'empereur le traita avec honneur et lui décerna de son côté le titre de „maître qui porte le tableau." — L'auteur supposé du Tong ming ki est Kouo hien ]jp|\ ^|pr qui vivait dans la première

moitié du premier siècle de notre ère, mais cette attribution est inadmissible et le Tong ming ki date vraisemblablement du quxtrième ou du cinquième siècle p.C.

A la fin de l'inscription de 1378 (fig. 55), on lit l'indication, suivante :

„Gravé de nouveau en un jour du dixième mois de la onzième année hong-wou (1378)".

A la fin de l'inscription du Tchong yo miao (fig. 56), on lit:

„Ce tableau, Kouo Ts'eu-p'ou l'avait emporté avec lui et voyaga pendant vingt ans en l'ayant dans un sac. Il le prit pour me le montrer et je l'ai gravé dans le pavillon Tchaoyin. Notice écrite par Tcli'en Wen-tchouy l'homme des cinq Pics. — La pierre a été gravée par Souen Ping-yang, souspréfet de Teng-fong hien."

A la fin de l'inscription du Tong yo miao (fig. 57), on lit:

„ Erigé en un jour faste du premier mois du printemps en l'année kia-yin (16 14) de la période wan-li"

Enfin l'inscription de 1682 se termine par la notice suivante :

„Je me rappelle que, à l'âge où je rassemblais mes cheveux en forme de cornes '), j'eus la bonne fortune de voir ce tableau ; mon cœur fut secrètement ému de cette merveille. Cependant, les dessins que j'en avais vus étaient tous faits à l'encre rouge et noire et il était à craindre que des erreurs ne vinssent immanquablement à se produire quand on le transmettrait à la postérité. Maintenant, étant allé à Nanngan 2), je vis dans la résidence du juge provincial ce tableau gravé sur pierre; promptement j'en fis un estampage et je le gravai (sur pierre) dans le collège des lettrés de Si-ngan afin de le mettre à la disposition commune de tous ceux qui, venus des quatre points cardinaux, aiment les choses antiques. C'était alors la vingt-et-unième année (1682 p.C.) de K'ang-hi, marquée des signes jen-siu, en un jour propice de la première décade du premier mois d'hiver.

1) Cad.: Quand j'étais enfant.

2) Préfecture de la province de Kiang-si.

Notice écrite par Terig Lin '),(dont l'appellation est) Wo-hiu, originaire du Kiang-yeou 2).

Gravé par Pou Che.

Les miroirs relatifs au T'ai chan.

S<U Le Kin che 2^ souo (section Kin ' souo, sixième ca- |f hier) reproduit, en les attribuant à l'époque des Han, trois miroirs 3) qui portent une inscription où il est question du. T 'ai chan. Voici ce texte sous ses trois formes, qui sont analogues entre elles:

rat* ^.ir-ira.**

Fig. 59-

N° i (fig. 59).

Puissé-je monter sur le T'ai chan, me trouver en présence

i) ^K -je£ . Ce nom est presque effacé sur l'estampage; mais on peut le rétablir au moyen du premier sceau qui est au bas de la ligne. Le second sceau nous fournit les caractères ffiH Ira; Tong-tsie^ surnom de Teng Lin.

2) C. à d. du Kiang-si.

3) Les fig. 59 et 6o reproduisent deux de ces "miroirs.

des immortels, manger dans la perfection du jade '), boire à la source d'ambroisie, atteler le dragon sans cornes et aller par delà les nuages flottants, être tiré par le tigie blanc et monter droit au ciel, recevoir une vie durable, une longévité de dix mille années, m'élever dans la hiérarchie officielle, assurer le bonheur de mes descendants.

N° 2 (fig. 60).

Puissé-je monter sur le T'ai chan, me trouver en présence des hommes divins, manger dans la perfection du jade, boire à la source d'ambroisie, atteler le dragon sans cornes et aller par delà les nuages flottants, m'élever dans la hiérarchie officielle, assurer le bonheur de mes descendants, être honoré, riche 1 1 prospère, jouir d'une félicité illimitée.

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1) La perfection du ^fc jftfV est une substance merveilleuse qui apparaît

lorsque les cinq vertus fondamentales sont pratiquées; les bas-reliefs de Wou Leang ts'eu le représentent sous la forme d'une tablette cariée (cf. ma Mission archéologique dans la Chine septentrionale^ pi. XLVIII, n° 89). Avec ce jade surnaturel on pouvait faire des ustensiles; c'est ainsi que en 163 av. J.-C, on trouva une tasse faite de cette substance {Sscu-ma Tiicn, trad. fr., t. II, p.

Puissé-je atteler le dragon volant et aller par-delà les nuages flottants, monter sur le T'ai chan, me trouver en présence des hommes divins, manger dans la perfection du jade, me nourrir d'or jaune, m'élever dans la hiérarchie officielle, assurer le bonheur de mes descendants, jouir perpétuellement d'une félicité sans limites, être grandement riche et prospère.

Le sceau du T'ai chan.

Une gravure sur bois dont on peut voir la représentation ci-contre (fig. 61) reproduit „l'inscription gravée sur le sceau de jade du T'ai chan". Ce sceau paraît avoir été taillé vers l'an 1008 et consacré à la déesse dont l'empereur Tchen tsong avait fait faire une statue en jade *); il portait quatre mots qui expriment le vœu :

„Que la bienheureuse divine nous regarde lumineusement".

Quoique un tel objet n'ait en lui rien d'extraordinaire; la croyance populaire lui a attribué des propriétés merveilleuses; les empreintes qu'on obtenait en l'apposant sur une feuille de papier étaient regardées comme des talismans

481, n. 3). En mangeant dans les bols faits avec la perfection du jade, on devait acquérir l'immortalité; c'est ce qui explique le sens des mots :„ Puissé-je manger dans la perfection du jade."

1) On a vu plus haut (p. 36, ligne 19) que l'épi th. ète ^^ V& (ou jljj )

s'applique à la Princesse des nuages colorés.

Fig. 61.

Le sceau du T 'ai chan.

de grande valeur ; c'est afin d'éviter que le précieux cube de jade ne s'usât trop vite qu'on grava cette planche dont les estampages pouvaient tenir lieu des empreintes obtenues directement avec le sceau.

Voici la traduction des diverses notices qui, sur cette image, accompagnent l'empreinte du sceau surmontée de sa transcription en caractères modernes:

„Au sommet de la montagne, dans le temple de (la princesse des) nuages colorés, il y avait autrefois un sceau de jade; ce sceau pesait 96 onces (leang) et était haut de 2 pouces et 2 dixièmes; au sommet il y avait un bouton en forme de lion qui, en y comprenant la base, arrivait à une hauteur de 4 pouces et 8 dixièmes. En l'année kengchen (1740) de K'ien-long, le temple fut détruit par le feu; on transporta alors (ce sceau) dans la résidence du souspréfet. En Tannée sin-sseu (182 1) de Tao-kouang, la résidence du sous-préfet fut incendiée, mais le sceau sortit de nouveau du milieu des cendres sans être finalement détruit. Les gens du pays estimèrent donc qu'il était capable d'écarter les mauvaises influences; aussi firent-ils à l'envi des empreintes de ce sceau. Comme, à la longue, il se serait usé et qu'on n'aurait plus pu le lire, j'en ai donc gravé une copie sur pierre et j'y ai ajouté un éloge en vers."

Cet éloge est gravé en caractères antiques ; nous en donnons ci-dessous la transcription en caractères modernes, puis la traduction.

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ss

*ff

>ifcÊ

„(Ce sceau) a son principe divin dans le ciel ; sans désirs, il est un immortel;

Il éclaire vos actions bonnes et mauvaises; il réfléchit vos actes vilains ou beaux;

Les génies de la montagne et les démons des arbres ne commettent plus de méfaits;

Il appelle les nuages et la pluie sur le sommet du T'ai chan".

Plus à gauche, nous lisons une autre notice ainsi conçue : „Le sceau ci-dessus est, d'après les uns, un objet de l'époque des TsHn, et, d'après les autres, un objet de l'époque de Tchen tsong, de la dynastie Song. Le Wen hien fongk'ao dit: „A côté du sanctuaire de la femme de jade, il y avait une statue de pierre; quand Tchen tsong célébra le sacrifice fong dans l'Est, il remplaça cette statue par une statue de jade." Ce sceau a dû être un objet donné à l'époque ta-tchong siang-fou (1008 — 1016) et ainsi a été taillé en même temps que la statue de jade.

»Que signifient les mots fien sien} Quand il s'agit du

dieu du Ciel qu'on représente avec la robe kouen et le

chapeau mien, on l'appelle fien tsouen ^Ç l||[ ou chang ti

h, *^j* ; quand il s'agit de la déesse de la Terre qu'on

représente avec des ornements de tête, on l'appelle yuan kiun jjq 3^ ou t'ien sien ^Ç ^ !). Comme l'Orient préside à la vie, on leur sacrifie sur le Pic Tai et assurément cela est convenable. Maintenant, la statue de jade est depuis longtemps détruite; les objets en or et en pierre sont pour la plupart abîmés et brisés; cependant ce sceau s'est seul conservé. C'est ce qu'exprime la „ Notice sur la liste de noms" quand elle dit: „La stèle de fer et les tambours de cuivre2) ont été liquéfiés; seul le sceau de jade est resté entier et n'a qu'une légère ébréchure à un de ses angles. Ceux qui gouvernent ce pays se le sont transmis successivement." Je me suis livré à des recherches approfondies dans les plans et les descriptions et j'en ai pris une connaissance complète, puis j'ai annexé la dissertation ciaprès afin de fournir une matière d'étude aux archéologues:

„Les mots tchao kien sont une formule par laquelle on implore la divinité; ce (sceau) n'est pas quelque chose dont on ait fait don 3). A mon avis, (voici comment les choses ont dû se passer): L'empereur (Tchen tsong) avait fait grand

i) Ainsi, l'épithète ^^ 4|| ne peut s'appliquer qu'à une divinité féminine.

Le sceau de jade appartenait donc à la Pi hia yuan kiun, et non au dieu du T'ai chan*

2) A l'époque des Ming, le gouverneur du Chan-tong recueillit tous les objets de bronze qui gisaient abandonnés sur le T'ai chan\ il les fondit et en fit quatre tambours symbolisant les quatre saisons. Ces tambours furent anéantis lors du grand incendie qui, dans la cinquième année K'ien-long (1740), détruisit le temple de la Pi hia yuan kiun au sommet du T'ai chan (voyez T'ai-ngan kien tche, chap. XI, p. 43 v°-44 v°). Le sceau de jade consacré à la Pi hia yuan kiun sortit presque intact de ce désastre.

3) En d'autre termes, le sceau n'est pas un don destiné à remercier la divinité parce qu'elle a jeté son regard lumineux sur les hommes; il est destiné à prier la divinité de bien vouloir regarder les hommes. 11 faut donc traduire l'inscription du sceau comme une prière : „Que l'immortelle céleste nous regai-de lumineusement", et non pas: „L'immortelle céleste nous a regardé lumineusement."

étalage des écrits célestes ') et avait fort estimé les prodiges de bon augure; à cette époque, parmi les ministres de sa suite, il dut y en avoir qui, par flatterie, dirent encore que la foule des immortels était descendue sur le pic de l'Est et qu'ils y avaient rendu visibles leurs formes; c'est pourquoi l'„ Eloge composé par l'empereur pour remercier de l'écrit céleste" parle du quartier des immortels sur le Leangfou 2) et l'„ Eloge de Celui qui développe la vie" parle du palais de la foule des immortels 3). On voit par là que ce sceau dut être sans doute un des objets dont on se servit lorsqu'on adressa des prières aux dieux en ce jour; quand on eut fini de s'en servir, conformément aux règles observées pour la cérémonie du lien d'or, on l'enterra dans la terre où il fut retrouvé plus tard par des hommes qui creusaient le sol.

„(La raison qui fit employer ce sceau) est exactement la même que celle qui fit employer pour sceller le coffre de pierre le sceau portant la suscription : „Dans tout l'empire on a rendu uniformes les caractères de l'écriture"; dans l'un et l'autre cas, l'idée était de magnifier le souverain et de vanter sa grandeur. Mais, si on prétend que (ce sceau) fut un objet dont on fit don, (on se trompe), car lorsque l'écrit céleste descendit sur le T^ai chan, on dut précisément se servir du sceau d'or portant la suscription: „Dans tout l'empire on a rendu uniformes les caractères, de l'écriture", pour en faire don et le déposer sur le T'ai chan de manière à attester éternellement l'état de prospérité où on se trouvait ; pourquoi aurait-il encore été nécessaire de

i) Cf. p. 114.

2) Cf. p. 338, première ligne.

3) Cf. p. 346, ligne 7 où la leçon est jg f|Jj ^ jjfjf, et non

fabriquer un autre sceau de jade ]) ? Tel est le résultat de mon examen.

„En l'année wou-tseu (1828) de Tao~kouang, le mois tsing-ho, Siu Tsong~kan, originaire de Tek* ong-tch? ouan, a écrit cela."

1) L'auteur revient à l'idée qu'il avait exprimée au début. Le sceau de jade ne fut pas destiné, comme le sceau d'or, à célébrer la prospérité de l'époque de Tchen tsong\ il invoque la divinité pour qu'elle accorde une faveur; il ne la remercie pas pour une faveur déjà accordée.

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