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MODIFICATIONS APPORTÉES A LA CONSTRUCTION DES TÉLÉPHONES BELL

Les modifications que nous avons étudiées précédemment se rapportent au principe même de l'appareil; celles qui nous restent à étudier ne sont que des modifications dans la forme et la disposition des différents organes qui constituent le téléphone Bell luimême, et qui ont été combinées en vue d'augmenter l'intensité et la netteté des sons produits.

Téléphones à diaphragmes multiples. — Si l'ou COn-

sidère que les courants induits déterminés dans un téléphone, résultent des mouvements vibratoires du diaphragme, et que ceux-ci sont provoqués par les vibrations de la couche d'air interposée entre ce diaphragme et l'organe vocal, on en déduit naturellement que si

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ces vibrations de la couche d'air réagissaient sur plusieurs diaphragmes accompagnés isolément de leur organe électro-magnétique, on pourrait déterminer simultanément plusieurs courants induits qui, étant associés convenablement, pourraient fournir des effets d'autant plus intenses sur le récepteur, que les sons qui seraient engendrés résulteraient de plusieurs sources sonores combinées. Plusieurs inventeurs, en partant de ce raisonnement, ont combiné des appareils plus ou moins ingénieux que nous allons maintenant passer en revue, sans pouvoir cependant indiquer celui qui le premier a réalisé celte idée. Elle est, en effet, tellement simple, qu'elle est venue vraisemblablement à l'esprit de plusieurs inventeurs au môme moment, et nous voyons que tandis que M. Trouvé indiquait en France, au mois de novembre 1877, ce perfectionnement, on le mettait en essai en Amérique et on le discutait en Angleterre, et môme on ne le regardait pas, dans ce dernier pays, comme appelé à donner des résultats favorables ; voici, en effet, ce que ditiM. Preece à cet égard, dans un mémoire publié par lui le 4 avril 1878, et intitulé: On some physical points connected ivitJi tlie téléphone. « Tous ceux qui se sont occupés de perfectionner le téléphone n'ont éprouvé que des désappointements et des insuccès désespérants. Un des premiers essais de ce genre fut entrepris par M. Willmot qui pensait obtenir un bon résultat eh augmentant le nombre des diaphragmes, des hélices et des aimants, en réunissant les hélices en séries et en les faisant agir simultanément afin d'augmenter l'énergie des courants développés sous l'influence de la voix ; mais l'expérience montra que quand l'appareil agissait directement, l'effet vibratoire de chacun des

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diaphragmes décroissait proportionnellement à leur nombre, et Teffet général restait le même qu'avec un seul diaphragme.- L'instrument de M. Willmot a été construit au commencement d'octobre 1877, et celui de M. Trouvé n'en est qu'une dérivation. »

D'un autre côté, nous voyons que si, en Angleterre, les téléphones à membranes multiples n'ont pas produit de bons résultats, il n'en a pas été de même en Amérique, car les téléphones qui ont donné dans ce pays les meilleurs résultats dans les expériences, sont précisément ceux de MM. Elisha Gray et Phelps, qui sont à plusieurs diaphragmes. Il y a évidemment dans la disposition de ces appareils des détails de construction qui peuvent paraître insignifiants, théoriquement, et qui ont pourtant une grande importance au point de vue pratique, et nous croyons que c'est surtout à cette circonstance que les appareils de ce genre doivent leur réussite ou leur non réussite. Ainsi, par exemple, il parait que les vibrations de l'air, déterminées dans l'embouchure, doivent être dirigées !>ur les diaphragmes normalement à leur surface et par l'intermédiiûre de canaux distincts ; il faut que les espaces vides autour des diaphragmes, soient assez étroits afin d'éviter les échos et les interférences, à moins que la caisse ne soit assez grande pour que ces effets ne soient pas à craindre. Il faut surtout que les matières employées pour la fixation des organes ne soient pas susceptibles de jouer, et c'est pour cela qu'on emploie de préférence le fer ou l'ébonile. Ce qui paraii certain, c'est que quand l'appareil est bien construit, il donne des effets supérieurs aux téléphones Bell, et, s'il faut en croire le Télégraphie Journal^ un appareil de ce genre expérimenté devant la Société royale de Londres le fmai 1878,

aurait déterminé des effets d'une intensité proportionnelle au nombre des diaphragmes. Cet appareil avait été combiné par M. Cox Walker de York, en Angleterre, et possédait huit diaphragmes. C'est d'après lui, la disposition qui donne les meilleurs résultats.

Système de M. Elisha Graij. — Le dernier système

Fiff. oîi.

de M. Elisha Gray, que nous représentons fig. 55, est un de ceux qui ont donné les meilleurs effels. Il est constitué, comme on le\oit, par deux téléphones juxtaposés auxquels correspondent deux tuyaux V, issus

d'une embouchure commune E. L'un de ces téléphones est vu en coupe sur la figure, l'autre en élévation, et ils correspondent aux deux branches d'un aimant en fera cheval nikéliséNUS, qui peut servir d'anneau pour le suspendre. Dans le coté de la figure qui montre la coupe, on peut voir en B la bobine d'induction, et en A le noyau magnétique qui est en fer doux et vissé sur l'extrémité polaire S de l'aimant ; la lame vibrante est en LL, et, comme on le voit, le tuyau de l'embouchure y aboutit normalement à sa surface.

Dans un autre modèle, il existe quatre téléphones juxtaposés au lieu de deux, et il donne des effets encore plus marqués.

Système de M. Phelps. — Ce système n'est qu'une dérivation du précédent, mais il y a deux modèles ; dans le grand, qui permet d'entendre comme si la personne avec laquelle vous entrez en correspondance parlait à haute voix et de très-près, les deux téléphones sont placés parallèlement l'un devant l'autre et de manière à présenter verticalement leur diaphragme. L'intervalle compris entre ces deux lames est occupé par un tuyau vertical terminé inférieurement par un tuyau horizontal correspondant aux centres des deux diaphragmes, et c'est sur ce tuyau qu'est adaptée l'embouchure qui ressort extérieurement de la boîte carrée où est renfermé l'appareil. Les bobines d'induction et les noyaux magnétiques qui les traversent sont placés suivant l'axe du système, et semblent constituer une sorte d'axe de roue qui se trouve polarisé par les pôles d'un aimant en fer à cheval dont on peut régler la position, par rapport à la surface des diaphragmes, au moyen d'écrous mobiles. On dirait

en voyant l'appareil, une sorte de tore de giroscope soutenu par un axe horizontal sur deux piliers issus d'un aimant en fer à cheval aplati.

Au-dessus de ce système, se trouve l'appareil magnéto-électrique de la sonnerie d'appel, qui n'a d'ailleurs rien de particulier et qui se rapproche des avertisseurs allemands dont nous parlerons à la fm de cette notice. Cet appareil est remarquable par la force et la netleié de ses sons et surtout par l'absence de cette voix de Polichinelle si désagréable dans les autres téléphones.

Le petit modèle de M. Phelps a la forme d'une tabatière oblongueou en ellipse dont les deux centres sont occupés par deux systèmes téléphoniques actionnés par un même aimant. Celui-ci est placé horizontalement au-dessous de la tabatière, et ses pôles correspondent aux noyaux magnétiques des bobines. Ces noyaux sont constitués par des tubes de fer fendus longitudinalement pour faire disparaître les réactionsd'induction insolites, et les diaphragmes de fer sont appuyés sur cinq ressorts à boudin qui tendent à les soulever au-dessus du système magnétique. Du côté opposé, ces diaphragmes sont munis de bagues en matière semi-élastique , qui empêchent les vibrations centrales des lames de se compliquer de celles des bords. Sur ces lames est ensuite appliqué le couvercle qui est creusé de cavités Irès-évasées et peu profondes, avec couloirs de communication qui constituent la caisse sonore. L'embouchure correspond à l'une des cavités, et l'autre est fermée par un petit bouchon métallique que l'on retire pour régler l'appareil quand besoin en est. Les vibrations de l'air se trouvant J transmises par les couloirs aux deux cavités, les deux • ^

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téléphones fonctionnent simultanément quoique, à première vue, un seul des téléphones semble être appelé à produire l'effet.

Suivant M. Pope, la perfection de cet appareil tient à la simultanéité des effets produits sur les deux appareils, à la petite bague semi-élastique qui circonscrit les contours de chaque lame vibrante et qui joue le rôle du marteau de l'oreille, c'est-à-dire celui d'étouffoir, aux fentes longitudinales du noyau tubulaire magnétique et à la petitesse des cavités laissées au-dessus des lames vibrantes. L'appareil est d'ailleurs en ébonite et strié sur sa surface pour lui donner plus de fixité dans la main.

Dans un nouveau modèle de M. Plielps dit : téléphone à couronne qui est aujourd'hui employé en Amérique avec le concours du transmetteur à charbon de M. Edison, chacun des deux systèmes du grand modèle que nous avons décrit précédemment est animé par six aimants en fer à cheval rayonnant autour du noyau magnétique et disposés de manière que les pôles nord par exemple correspondent à ce noyau et les autres pôles au bord circulaire du diaphragme. Par ce moyen, le champ magnétique est considérablement amplifié et les sons notablement renforcés.

Dans des expériences récentes faites de cet instrument à l'église du docteur Well à Brookly à New-York, une assemblée de trois cents personnes a pu entendre distinctement la parole et la musique vocale ou instrumentale en différents points de la salle.

Système de M. Cox Walker. — Ce système, dont nous avons dit précédemment quelques mots, a exactement la disposition de celui de M. Elisha Gray. Les aimants

MO LE TELEPHONE.

qui agissent sur les diaphragmes sont en fer à cheval, et des conduits séparés, issus d'une embouchure commune, dirigent les vibrations de l'air sur les diaphragmes. Ceux-ci, par exemple, ne sont que des parties circonscrites d'un môme diaphragme, limitées circulairement par des embouchures correspondantes aux conduits d'air, et qui sont assez comprimées sur leurs bords pour limiter le champ de la vibration.

Système de M. Trouvé. — M. Trouvé a rendu tres-

se.

simple la disposition des téléphones à double diaphragme, en combinant son appareil de manière à faire réagir sur plusieurs lames l'aimant droit de Bell par ses deux pôles à la fois. A cet effet, il emploie un aimant tubulaire et enroule l'hélice sur toute sa longueur, comme on le voit fig. 56. Cet aimant est maintenu dans une position fixe au centre d'une petite boite cylindrique dont les bases sont taillées de manière à former légèrement entonnoir, et ce sont elles qui servent d'embouchure et de cornet acoustique.

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Elles sont en conséquence percées d'un trou central plus large en a, du côté où l'on parle, que du côté opposé b. Entre ces bases et les pôles de l'aimant, sont disposées deux lames vibrantes en fer M, M' dont l'une M, est percée d'un trou a, de même diamètre que la partie creuse de l'aimant et plus petit par conséquent que celui de l'embouchure. Enfin entre ces deux lames se trouvent échelonnées plusieurs autres lames n,n,n disposées parallèlement de manière à laisser passer, au travers, l'aimant et son hélice.

Quand on parle devant l'embouchure a, les ondes" sonores, en rencontrant les bords de la lame M, la mettent en vibration et, continuant leur route dans l'intérieur du tube aimant, viennent faire vibrer la lame pleine M' qui vibre alors synchroniquement avec la lame M. 11 en résulte sur l'aimant tubulaire une double action inductrice qui se traduit par des courants induits développés dans l'hélice, et qui sont d'autant plus énergiques, que chacune des lames renforce les effets magnétiques produits au pôle opposé à celui qu'elles actionnent, comme cela a toujours lieu avec les aimants droits dont le pôle inactif est garni d'une armature. Cet avantage peut même être constaté avec les téléphones ordinaires, quand on met seulement en contact la vis qui tient l'aimant avec une masse de fer doux.

Avec la disposition de M. Trouvé, les courants induits déterminés sont donc plus énergiques ; mais suivant l'auteur, les sons reproduits seraient aussi plus forts par la multiplicité des effets vibratoires et par l'amplification des effets magnétiques résultant de la disposition plus avantageuse des pièces magnétiques.

« L'oreille placée en a, dit M. Trouvé, perçoit direc-

lement les sons produits par la première lame M, et ceux de la seconde lui arrivent par l'intérieur du tube aimant. Cette nouvelle disposition e^i des plus heureuses pour comparer expérimentalement les résultats fournis par un téléphone à membrane unique (téléphone Bell), et ceux fournis par un téléphone à membranes multiples. En effet, il suffit d'écouter alternativement aux deux faces de ce téléphone, pour s'apercevoir immédiatement de la différence d'intensilé des sons perçus. Ceux recueillis en a, du côté de la membrane percée, paraissent sensiblement doubles en intensité de ceux recuellis en b du coté de la membrane pleine qui constitue le téléphone ordinaire.

« La différence est encore plus frappante si, en transmettant ou recevant un son invariable d'intensilé à travers un téléphone multiple, on empêche à plusieurs reprises la membrane pleine M' de vibrer. »

Avant cette disposition, M. Trouvé en avait imaginé une autre qu'il présenta à l'Académie des sciences, le 26 novembre 1877 et qui est celle à laquelle nous avons fait allusion au commencement de ce chapitre. Il la décrit en ces termes :

« Pour augmenter l'intensité des effets produits dans le téléphone Bell, j'ai substitué à la membrane unique de ce téléphone, une chambre cubique dont chaque face, à l'exception d'une, est constituée par une membrane vibrante. Chacune de ces membranes, mise en vibration par le môme son, influence un aimant fixe également muni d'un circuit électrique. De cette sorte, en associant tous les courants engendrés par ces aimants, on obtient une intensité unique qui croît proportionnellement au nombre des aimants influencés. On peut remplacer le cube par un polyèdre

dont les faces seraient formées d'un nombre indéfini de membranes vibrantes afin d'obtenir l'intensité voulue. »

Système de M. Demoget. — Plusieurs autres systèmes de téléphones à membranes multiples ont encore été proposés :

L'un d'eux, imaginé par M. Demoget, consiste à placer en avant et à un millimètre de la plaque vibrante du téléphone ordinaire de Bell, une ou deux plaques vibrantes semblables, en ayant soin de percer dans la première et au centre, un orifice circulaire d'un diamètre égal à celui du barreau aimanté, et dans la seconde un orifice d'un diamètre plus grand.

Suivant l'auteur, on augmente ainsi non-seulement lintensité des sons transmis, mais encore leur netteté.

« Par cette disposition, dit M. Demoget, la masse vibrante magnétique en regard de l'aimant étant plus grande, la force électro-motrice dès courants engendrés est augmentée, et par conséquent les vibrations des plaques du deuxième téléphone sont plus perceptibles. »

Modiflcations dans la disposition des org^anes téléphoniques. — Les formes que l'on a données au téléphone Bell ont été, comme on l'a déjà vu, très-diversifiées, mais celles que l'on a adoptées pour ses organes constituants l'ont été encore plus, sans amener de notables améliorations. Voici ce que dit à cet égard M. Preece dans le travail intéressant dont nous avons parlé plus haut : « En augmentant ou en variant les dimensions et la force dos aimants, on n'a obtenu que peu ou point d'améliorations, et le plus grand effet

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obtenu a été réalisé par l'emploi d'aimants en fer à cheval disposés comme l'a indiqué Bell lui-même. Le téléphone a certainement été introduit en Europe avec sa disposition théorique la plus parfaite, quoique Bell travaille encore à l'améliorer. » Cet avis est aussi celui de M. Hellesen qui a fait comme M. Preece beaucoup d'expériences à cet égard, ce qui n'empêche pas beaucoup de personnes d'annoncer qu'ils ont découvert le moyen de faire parler un téléphone devant toute une assemblée.

Des différents appareils construits dans ce but, celui de M. Righi qui a été expérimenté dernièrement avec succès à l'Académie des sciences, au Conservatoire des arts-et-métiers et au pavillon de la presse de l'exposition, paraît être le plus important. Nous le représentons fig. 57 et 38.

Le récepteur n'est qu'un téléphone Bell de grande dimension dont le diaphragme est constitué par une membrane de papier parchemin LL fig. 57, au centre de laquelle est fixé un disque en tôle de fer F. Cette membrane est tendue sur un large entonnoir E fixé lui-même sur une boîte C C qui renferme la bobine électro-magnétique B, et l'aimant N S, beaucoup plus gros que dans les appareils ordinaires, sort de la boîte et lui sert de point d'appui.

Le transmetteur est à peu près le même que celui de la fig. 19, sauf qu'au lieu d'un liquide, M. Righi emploie de la plombagine mêlée à de la poudre d'argent, et que l'aiguille de platine est remplacée par un disque métallique D, fig. 58. Le récipient I où est tassée la poudre, est porté par un ressort R que peut pousser plus ou moins une vis de réglage V, et le tout adapté dans une boîte G G, est supporté sur un pied P.

On parle au-dessus de l'embouchure E, et les vibrations transmises à la membrane L L déterminent en I les variations de résistance nécessaires à la transmission de la parole, comme dans le système d'Edison. Deux éléments de Bunsen sufiîsent pour l'aire fonctionner cet appareil qui peut faire entendre dans toute une salle les sons d'une trompette ou d'une flûte. Le

Fig. 57.

chant humain qui est moins intense s'entend nécessairement un peu moins loin, et si on parle avec la voix naturelle, les mots sont entendus jusqu'à environ deux mètres de l'appareil.

La distance maximum à laquelle l'appareil a été mis en action avec la pile seulement, est de 47 kilomètres ; c'est celle qui existe entre les villes de Bolo-

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gne et de Ferrare, mais pour des distances plus grandes, il faut avoir recours à des bobines d'induction.

Dans ce cas, on introduit dans le circuit, à chaque station, une bobine d'induction dont le fîl primaire est traversé par le courant de la pile locale ainsi que le transmetteur, et qui est relié d'autre paît avec le récepteur par un commutateur. Le circuit secondaire de ces bobines est ensuite complété par la terre et le lil de ligne. Il résulte de cette disposition que le courant induit qui actionne le récepteur en correspon-

Fi". 38.

dance, ne produit son effet qu'après une seconde induction déterminée sur le fil primaire de la bobine locale, et il paraît que cet effet est bien suffisant ; mais l'on a l'avantage, avec cette disposition, de pouvoir transmettre et recevoir sans autre manœuvre à faire que celle du commutateur.

Parmi les autres dispositions nouvelles qui ont été proposées, nous devrons en citer une dans laquelle, au lieu d'un aimant droit, on emploie un aimant en fer à chevnl, entre les pôles duquel est placée la

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lame \ibranle. Ces pôles sont, à cet effet, munis de semelles de fer, et l'une d'elles est percée d'un trou, qui correspond à l'embouchure de l'appareil. Les deux branches de l'aimant sont d'ailleurs munies d'hélices magnétisantes. Quand on parle à travers le trou, la lame en vibranl détermine dans les deux hélices des courants induits qui seraient de sens contraire si les deux pôles étaient de même nom, mais qui se trouvent être de même sens, en raison de la nature contraire des pôles magnétiques. La lame vibrante joue alors le même rôle que les deux lames de l'appafeil de M. Trouvé, que nous avons décrit précédemment.

Dans une aulre disposition que Ader vient d'exéculer, le récepteur n'est autre chose qu'un électroaimant ordinaire à deux branches, dont l'armature est soutenue, à 2 millimétrés environ de ses pôles, par une lame de verre à laquelle elle est collée, et qui elle-même est fixée à deux supports rigides. Pour entendre, il suffit de l'appliquer contre l'oreille. Le transmetteur est une tige mobile en fer ou en charbon qui appuie sur un morceau de charbon fixe, sans autre pression que son propre poids, et qui porte une plaque concave devant laiiuelle on parle. Ces deux pièces sont disposées de manière à se mouvoir horizontalement ; de sorte que quand l'appareil est suspendu, le circuit est forcément disjoint par ce seul fait, alors qu'il se trouve fermé au moment où on prend l'appareil pour parler. La parole est très-bien reproduite avec ce système qui, exécuté dans de plus grandes dimensions, peut la transmettre à une certaine distance.

D'un autre côté, un inventeur anonyme, dans une petite note insérée dans les Mondes, du 7 février 1878, écrit ce qui suit : « L'intensité des courants produits

dans le téléphone, étant proportionnelle à la masse de fer doux qui vibre devant le pôle de l'aimant, et d'autre part, la plaque étant d'autant plus sensible qu'elle est plus mince, j'emploie, au lieu de la plaque ordinaire, une plaque réduite par l'acide azotique à la plus faible épaisseur, et je la fixe à un cercle de fer doux qui la tient tendue et fait corps avec elle. Ce cercle se trouve logé dans une ouverture circulaire ménagée à l'inricur du pavillon. Pour un même téléphone, l'intensité est très-sensiblement augmentée quand on ajuste un système semblable à la place de la plaque ordinaire, ne fut-ce qu'à une des extrémités de la ligne. »

Afin de permettre d'employer des lames vibrantes d'une épaisseur extrêmement faible, M. E. Duchemin a imaginé de mettre à contribution des lames de mica très-minces, saupoudrées de fer porphyrisé qu'il fixe au moyen d'une couche de silicate de potasse. On pourrait, d'après l'auteur, correspondre à voix basse avec ce système, mais on aurait l'inconvénient de crever la lame en parlant trop haut.

M. le professeur Jorgensen, de Copenhague, a construit aussi un téléphone Bell produisant des sons trèsintenses et qui lui a permis de constater des effets trèscurieux. Dans cet appareil, l'aimant est constitué d'une manière analogue aux électro-aimants tubulaires de Nicklès. C'est d'abord un aimant cylindrique muni à sa partie supérieure d'un noyau de fer doux sur lequel est adaptée la bobine; puis un tube aimanté constitué par une bague d'acier qui enveloppe le premier système magnétique et qui est relié avec celui-ci par une culasse de fer. Enfui, au-dessus des extrémités polaires de ce système, se trouve la lame vibrante qui est disposée comme dans les téléphones ordinaires et qui

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présente une grande surface, Quand cette lame n'avait qu'un millimètre d'épaisseur, on pouvait entendre la parole dans toute une chambre ; mais quand on mettait l'oreille près de la lame vibrante, les sons n'avaient plus aucune netteté ; la parole était confuse et semblait répercutée comme quand on parle dans un espace trop sonore et sujet à produire beaucoup d'échos; on était en un mot étourdi par les sons produits. En prenant une plaque plus épaisse de 5 ou 4 millimètres, par exemple, le téléphone ne produisait plus que les effets des téléphones ordinaires, et il fallait mettre l'oreille contre l'instrument.

M. iMarin Maillet, de Lyon, a de son côté imaginé, pour augmenter les sons reproduits par le téléphone, de les faire réfléchir par un certain nombre de réflecteurs qui, en les concentrant à leur foyer sur un résonnateur pouvaient les amplifier considérablement. Cette idée n'ayant pas été accompagnée d'expériences ne présente à la vérité rien de sérieux.

Expériences relatives au téléphone.

Depuis les expériences de M. Bell rapportées dans la première partie de ce travail, bien des essais ont été entrepris par divers savants et divers inventeurs pour étudier les effets produits dans ce curieux instrument, en bien préciser la théorie et en déduire des perfectionnements pour sa construction. Nous allons passer successivement en revue ces différentes recherches.

Expériences fsur les effets produits par les courants voltaïques et les courants induits. — L'unC dcS pre-

120 LE TÉLÉPHOîsE.

mièi'cs et des plus importantes a été l'étude comparative des effets produits dans le téléphone par les courants Yoltaïques et les courants induits. Dès l'année 1875, M. Elislia Gray avait, comme on l'a vu, transformé les courants voltaïques qu'il employait pour faire vibrer les lames de son transmetteur, en courants induils, par l'intermédiaire d'une bobine d'induction analogue à celle de Ruhmkorff. Les couranis voltaïques traversaient alors l'hélice primaire de la bobine, et c'étaient les courants induits qui réagissaient sur l'appareil récepteur en déterminant sur les systèmes électro-magnétiques qui le composaient les vibrations provoquées au poste de transmission. Quand M. Edison combina son système de téléphone à pile, il eut recours au même moyen pour actionner son téléphone récepteur, parce qu'il avait reconnu lui-même que les courants induits étaient plus avantageux que les courants voltaïques. Mais cette particularité du dispositif de M. Edison n'avait pas été bien comprise d'après les descriptions parvenues en Europe; de sorte que plusieurs personnes ont cru avoir imaginé cette disposition avantageuse, et parmi elles nous citerons le colonel Navez et MM. PoUard et Garnier. Le colonel Navez, dans une note intéressante sur un système nouveau de téléphone présenté à l'Académie royale de Belgique le 2 lévrier 1878, ne fait qu'indiquer cette disposition comme moyen de reproduire la parole à de longues distances; mais il ne cite aucune expérience qui montre nettement les avantages de cette combinaison. MM. PoUard et Garnier, vingt jours après M. Navez, et sans avoir eu connaissance du travail de ce dernier, m'ont envoyé les résultats qu'ils avaient obtenus par un moyen semblable, et ces résultats

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m'ont paru si intéressants que j'en ai fait l'objet d'une communication à l'Académie des sciences, le 25 fé- \Ti(n'1878. Pour qu'on puisse être bien fixé sur l'importance de ces résultats, je vais rapporter textuellement ce qu'en dit M. Pollard dans la lettre qu'il m'a écrite le 20 février 1878.

a Dans le but d'accroître les variations de l'intensité électrique dans le système d'Edison, nous faisons passer le courant dans le circuit inducteur d'une petite bobine de Ruhmkorff, et nous adaptons le téléplione récepteur aux extrémités du lit induit. Le courant reçu a alors pour intensité la dérivée de celle du courant inducteur, et par suite, les variations produites dans le courant actionnant le télépbone ont beaucoup plus d'amplitude. L'intensité des sons transmis est fortement augmentée, et la valeur de cetle augmentation dépend du rapport entre les nombres des tours de spires des circuits inducteurs et induits. Les essais que nous faisons pour déterminer les meilleures proportions sont pénibles, puisqu'il faut faire autant de bobines que d'expériences; jusqu'ici nous avons obtenu d'excellents résultats avec une petite bobine de Ruhmkorff réduite à sa plus simple expression, c'està-dire sans condensateur ni interrupteur. Le fil inducteur est du 11° 16 et forme 5 couches; le fil induit est du n" 52 et forme 20 couches. La longueur de la bobine est de 7 centimètres.

« L'expérience la plus remarquable et la plus saisissante est la suivante : en faisant fonctionner le transmetteur avec un seul élément Daniell, on n'obtient rien d'appréciable à la réception, du moins dans le téléphone que j'ai construit, quand il est adapté directement au circuit. En intercalant la petite bobine d'in-

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duction, on perçoit alors les sons avec une grande netteté et une intensité égale à celle des bons téléphones ordinaires. L'amplification est alors considérable et trèsnettement accusée. Comme le courant de pile est alors peu intense, les pointes de plombagine ne s'usent pas, et le réglage persiste longtemps. En employant une pile plus énergique, six éléments au bichromate de potasse (en tension) ou douze éléments Leclanché, on obtient, par l'action directe, une intensité suffisante pour percevoir les sons un peu plus faiblement qu'avec les téléphones ordinaires; mais en intercalant la bobine d'induction, on a alors des sons bien plus intenses et qui peuvent être entendus à 50 ou 60 centimètres de l'embouchure. Des chants peuvent, dans ces mêmes circonstances, être entendus à plusieurs mètres ; mais le rapport d'amplification ne parait pas jusqu'ici être aussi grand que pour le cas d'un seul élément Daniell. » D'un autre côté, on voit dans les Mondes du 7 mars 1878, la description d'une série d'expériences faites par M. Luvini, professeur de physique à l'académie militaire de Turin, qui montrent que l'introduction d'électro-aimants dans le circuit réunissant deux téléphones augmente assez sensiblement l'intensité du son. En en plaçant un près du téléphone transmetteur, l'autre près du téléphone récepteur, on obtient le maximum d'effet, et l'introduction d'un plus grand nombre de ces organes ne produit rien d'utile. Le fil inducteur d'une bobine de Ruhmkorff introduit dans le circuit dont il vient d'être question, n'a provoqué aucun effet d'induction sensible dans le circuit induit, et par conséquent n'a pu faire fonctionner le téléphone correspondant à ce circuit. En revanche, le courant d'une machine de Clarke détermine des sons prononcés

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qui ressemblent assez à des coups de caisse, et sont assourdissants quand l'oreille est appliquée contre l'instrument; mais ils deviennent très-faibles à un mètre de distance. Les courants d'une machine de Ruhmkorff donnent des effets encore plus énergiques : le son remplit toute une chambre. En modifiant la position du marteau de la bobine, le son passe par des tons différents qui sont toujours à l'unisson des interruptions du courant, du moins jusqu'à une certaine hauteur de ton.

Cette propriété des courants induits de la bobine de Ruhmkorff a permis à M. Gaiffe d'obtenir, par leur intermédiaire, un moyen très-facile de réglage pour les téléphones, afin de les placer dans leurs conditions de maximum de sensibilité. Il met pour cela à contribution un de ses appareils d'induction à hélices mobiles et à intensités graduées dans le circuit duquel il interpose le téléphone à régler. Les sons résultant du vibrateur se trouvent alors répercutés par le téléphone, et s'entendant à distance de l'instrument, on peut au moyen d'un tournevis, réagir sur la vis à laquelle est fixée l'extrémité libre du barreau aimanté de l'appareil. En la serrant ou en la desserrant, on rapproche ou on éloigne l'autre extrémité de ce barreau de la lame vibrante du téléphone, et on répète ces essais jusqu'à ce qu'on soit arrivé à obtenir le maximum de l'intensité du son.

D'un autre côté, comme les sons rendus par les deux téléphones en correspondance sont d'autant plus intenses que les vibrations produites par eux se rapprochent plus de l'unisson, il est nécessaire de les choisir de manière à émettre les mêmes sons pour une même note donnée, et le moyen indiqué précédemment peut

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être très-avantageusement employé, car il suffit de noter ceux de ces appareils qui, pour un même réglage de la machine d'induction, donnent la même note dans les condilions de maximum de sensibilité. Un bon accouplement des deux téléphones en correspondance est non-seulement très-important au point de Yue de la netteté des transmissions, mais il doit être encore considéré par rapport à la hauteur de la voix de ceux qui sont destinés à en l'aire usage. Plus cette hauteur est en rapport avec celle des sons produits par les appareils, mieux les sons sont perçus; c'est pourquoi il est des téléphones qui résonnent beaucoup mieux avec la voix des enfants et des femmes qu'avec la voix des hommes, tandis que l'inverse a lieu pour d'autres.

Les vibrations des téléphones sont très-différentes d'un appareil à l'autre, et les moyens que nous venons d'indiquer permettent facilement de s'en rendre compte.

Les avantages des courants induits dans les transmissions téléphoniques se comprennent aisément, si l'on réfléchit que les variations de résistance du circuit qui résultent de la plus ou moins grande amplitude des vibrations de la lame transmettrice étant des valeurs constantes, ne peuvent manifester distinctement leurs effets que sur des circuits courts; par conséquent les articulations des sons qui en résultent, doivent ne plus être très-appréciables sur des circuits très-résistants. Toutefois, si on considère que d'après les expériences de M. Warren de la Rue (voir le Telegraphie journal du l^'mars 1878, p. 97), les courants produits par les vibrations de la voix dans un téléphone ordinaire, représentent en intensité ceux d'un élément

Daniell traversant 100 megohms do résistance (soit 10 000 000 de kilomètres de fil télégraphique), on peut comprendre qu'il y a autre chose à considérer dans les effets avantageux des courants induits que la simple question d'intensité plus ou moins grande des courants agissant sur le téléphone récepteur. Avec une pile énergique, il est évident, en effet, que les courants différentiels qui agiront seront toujours plus intenses que les courants induits déterminés par le jeu de l'instrument. Je ne serais pas, quant à moi, éloigné de croire que c'est surtout à leurs inversions successives et à leur faible durée, que les courants induits doivent les avantages qu'ils présentent. Ces courants, en effet, dont la durée ne dépasse guère, suivant M. Blaserna, 1/200 de seconde, se prêtent beaucoup mieux que les courants voltaïques aux vibrations multipliées qui sont le propre des vibrations phonétiques, et cela d'autant mieux que les inversions successives qui se produisent, déchargent la ligne, renversent les effets magnétiques et contribuent à rendre les actions plus nettes et plus promptes. On ne doit donc pas s'étonner si les courants induits de la bobine d'induction, qui peuvent se produire dans des conditions excellentes au poste de transmission puisque le circuit du courant voltaïque est alors très-court, soient capables de fournir des résultats non-seulement plus avantageux que les courants voltaïques qui leur donnent naissance, mais même que les courants induits résultant du jeu des téléphones Bell, puisqu'ils sont infiniment plus énergiques. Quant aux effets relativement considérables produits par les courants si minimes des téléphones Bell, ils s'expliquent facilement par celte considération que, prenant naissance sous l'influence môme des vibra-

126 LE TELEPHONE.

lions de la lame téléphonique, leurs variations d'intensité conservent toujours le même rapport, quelle que soit la résistance du circuit, et ne sont pas, en conséquence, effacées par la distance séparant les deux téléphones.

Expériences jsur le rôle des différents organes d'un téléphone dans la transmission de la parole. —

Pour pouvoir apporter au téléphone tous les perfectionnements dont il est susceptible, le point important était d'être bien fixé sur la nature des effets déterminés dans les différentes parties qui le composent et sur le rôle joué par les différents organes qui s'y trouvent mis en jeu. C'est pour être fixé à cet égard qu'un certain nombre de savants et de constructeurs ont entrepris une série d'expériences qui ont fourni de trèsintéressantes indications.

L'un des points les plus intéressants à élucider était celui de savoir si la lame vibrante dont MM. Bell et Gray ont muni leur récepteur téléphonique, détermine à elle seule les vibrations complexes qui reproduisent la parole, ou bien si les différentes parties dii système électro- magnétique de l'appareil concourent toutes à cet effet. Les expériences faites dès l'année 1857 par M. Page sur les sons produits par les tiges électro-magnétiques résonnantes, et les recherches entreprises en 1846 par MM. de la Rive, Wertheim, Matteucci, etc., sur ce phénomène curieux , permettaient certainement de poser la question, et nous verrons à l'instant qu'elle est beaucoup plus complexe qu'on ne pourrait le croire à première vue.

Pour avoir un point de départ fixe, il fallait avant

LE TELEPHONE. 127

tout reconnaître si un téléphone dépourvu de lame vibrante peut reproduire la parole. Les expériences faites dès le mois de novembre 1877 par M. Edison * avec des téléphones munis d'un diaphragme en cuivre, téléphones qui avaient pu cependant fournir des sons, pouvaient le faire croire, et ces expériences confirmées par M. Preece et surtout par M. Blyth, donnaient plus de poids à cette hypothèse; mais, quand M. Spottiswoode eut assuré (voir le Télégraphie- Journal du l^"" mars 1878, p. 95), que l'on pouvait supprimer entièrement la lame vibrante d'un téléphone sans empêcher la transmission de la parole, pourvu que l'extrémité polaire de l'aimant fût placée très-près de l'oreille, le doute ne fut plus permis, et c'est alors que je présentai à l'Académie des sciences ma note sur la théorie du téléphone qui provoqua bientôt de la part de MM. Navez et Luvini une discussion intéressante dont je parlerai à l'instant. On voulut d'abord nier l'authenticité de ces résultats , puis on chercha à expliquer les sons entendus par M. Spottiswoode par une transmission mécanique des vibrations effectuée de la

^ Voici un extrait d'une lettre de M. Edison relative à ces expériences et qui est datée du 25 novembre 1877.

« J'ai construit, dit-il, un couple de téléphones fonctionnant avec des diaphragmes de cuivre et qui est basé sur les effets du magnétisme de rotation d'Arago. J'ai reconnu qu'un diaphragme de cuivre peut remplacer la lame de fer, dans l'appareil de Bell, si le cuivre a seulement 1/32 de pouce d'épaisseur. L'effet produit est très-petit quand le diaphragme de cuivre existe dans les deux appareils en correspondance, mais quand l'un de ces appareils, le récepteur, conserve la disposition ordinaire et que le téléphone transmetteur seul est muni de la lame de cuivre, on peut parler des deux côtés avec facilité. »

M. Preece a répété ces expériences, mais il n'a obtenu que des effets extrêmement faibles et à peine distincts ; il croit, en conséquence, qu'ils ne peuvent être d'aucune utilité pour la pratique, mais qu'ils sont très-intéressants au point de vue théorique.

môme manière que dans les téléphones à ficelle ; mais de nombreuses expériences entreprises depuis par MM. Warwick, Rossetti, Hughes, Millar, Lloyd, Buchin, Canestrelli, Wiesendanger, F. Varley et beaucoup d'autres ont montré qu'il n'en était pas ainsi, et qu'un téléphone sans diaphragme pouvait transmettre éleclriquement la parole.

M. ÎVavez lui-môme qui, dans l'origine, avait nié le fait, convient aujourd'hui qu'un téléphone sans diaphragme peut émeltre des sons, et, môme dans certaines conditions exceptionnelles de phonation et d'audition téléphonique , reproduire la voix Immaine ; mais il croit toujours que l'on ne peut reconnaître s'il y a ou non articulation des mots.

Cette incertitude dans les résultats obtenus par les différents physiciens qui se sont occupés de cette question prouve, toutefois, que les sons ainsi reproduits ne sont pas très-accentués et que, dans des phénomènes physiques appréciables seulement à nos sens, la constatation d'un effetpeu accentué dépend surtout de la perfection de nos organes. Nous verrons à l'instant comment cet effet si faible peut se développer dans de grandes proportions par suite de la disposition adoptée par MM. Bell et Gray ; mais nous verrons aussi que par certains moyens amplificateurs des vibrations, on a pu définitivement démontrer qu'un téléphone sans diaphragme peut très-bien reproduire la parole. En attendant, voici la description d'un téléphone sans diaphragme présenté par M. Millar à l'association Britannique pour l'avancement des sciences dans sa réunion à Dublin de 1878.

Cet appareil est constitué par un petit barreau aimanté de 5 pouces de longueur sur 5/1 G de pouce de

largeur et d'épaisseur, enveloppé dans le sens de sa longueur par une liélicede cuivre (du n° 50) de 6 mètres de longueur environ. Il élait fixé dans une boîte en carton peu épaisse, garnie en-dessus et en-dessous de deux plaques de zinc, ce qui le rendait très-transportable. Avec un transmetteur téléphonique à pile et un seul élément Leclanché, on a pu transmettre parfaitement la parole ; les airs siffles, le chant et le bruit de la respiration étaient même perçus. Il paraît aussi que l'appareil peut fonctionner sans aimant, rien qu'avec un simple morceau de fer entouré de l'hélice; mais les sons sont alors beaucoup moins forts.

M. Ignace CanestrcUi a obtenu les mêmes résultats en faisant réagir sur un téléphone sans diaphragme un transmetteur téléphonique à charbon, agissant par rintermédiaire d'une bobine d'induction animée par deux éléments de Bunsen. Yoici ce qu'il dit à cet égard:

« Avec cette disposition, j'ai pu entendre au téléphone sans diaphragme, le son d'un instrument musical quelconque; le chant, la voix, les sifflements étaient parfaitement perçus. On pouvait entendre ce dernier bruit, même quand le téléphone sans diaphragme élait placé à une certaine dislance de l'oreille. Dans certains cas dépendant de la hauteur de la voix, de la distance à laquelle on parlait dans le transmetteur et de la pression mutuelle exercée entre les deux charbons, /azpw entendre la parole.

« J'ai lancé enfin les courants du transmetteur dans des bobines de fil de cuivre isolé dont était muni un aimant à ses deux pôles. Cet aimant était placé sur une caisse harmonique de bois à parois très-minces, et en plaçant l'oreille à l'ouverture de la caisse, j'ai

obtenu les mêmes résultats qu'avec les téléphones ordinaires sans diaphragme. »

Du reste M. Buchin après avoir répété des expériences du même genre que celles qui précèdent, indique qu'on peut très-bien saisir les sons produits par un téléphone sans diaphragme en introduisant dans son oreille l'extrémité d'une tige de fer dont l'autre bout est appliqué sur le pôle actif du barreau aimanté de ce téléphone (voir le Journal V électricité à\x 5 oct. 1878).

Enfin voici quelques expériences de M. Hughes et de M. Paul Roy qui présentent au point de vue où nous nous plaçons actuellement un certain intérêt.

1° Si une armature de fer doux est appliquée sur les pôles d'un électro-aimant, les deux branches solidement fixées sur une planche, et qu'on interpose entre cette armature et les pôles magnétiques des morceaux de papier afin d'éviter les effets de magnétisme condensé, on peut en reliant cet électro-aimant à un microphone parleur du modèle de la fig. 59, entendre sur la planche servant de support à l'électro-aimant les mots prononcés dans le parleur.

2° Si on oppose par leurs pôles de noms contraires deux électro-aimants mis en rapport avec un microphone, en ayant soin de séparer ces pôles par des morceaux de papier, on obtiendra clairement la reproduction de la parole, sans qu'il y ait besoin d'armature ni de diaphragme. Ces expériences, toutes fois, sont délicates et exigent une oreille exercée.

5° Si au heu de faire passer le courant actionné par un microphone, à travers l'hélice d'un téléphone servant de récepteur, on lui fait traverser directement le barreau aimanté de ce téléphone dans le sens de son

axe, c'est-à-dire d'un pôle à l'autre, on peut entendre distinctement les paroles prononcées dans le microphone. Cette expérience, qui est de M. Paul Roy, indiquerait, si elle est exacte, que les ondulations électriques qui parcoureraient longiludinalemerit un aimant, en modifieraient l'intensité magnétique. Cette expérience est toutefois à vérifier.

Un second point était encore à éclaircir. Il s'agissait de savoir si le diaphragme d'un téléphone vibre réellement, ou du moins si ses vibrations peuvent entraîner son déplacement, comme cela a lieu dans un trembleur électrique ou un instrument à anches que l'on fait vibrer par un courant d'air. M. Antoine Bréguet a fait à cet égard des expériences intéressantes qui ont montré que ce mouvement n'était pas admissible, car il a pu faire parler très-distinctement des téléphones avec des lames vibrantes de toutes .les épaisseurs, et il a poussé les expériences jusqu'à employer des lames de 15 centimètres d'épaisseur ^ La superposition sur ces lames épaisses de morceaux de bois, de caoutchouc et en général de substances quelconques n'empêchait pas l'effet de se produire. Or on ne peut admettre dans ce cas que les lames puissent être animées d'un mouvement de va-et-vient. J'ai d'ailleurs constaté en superposant une couche d'eau ou de mercure sur ces lames et même sur des diaphragmes minces, qu'aucun mouvement sensible ne les animait, du moins en n'employant, comme source électrique, que les courants induits déterminés par l'action de la parole. Aucunes rides ne se distinguaient

* M. Bell avait déjà fait une expérience analogue, ce qui lui avait fait penser que les vibrations moléculaires étaient aussi bien en jeu qiio les vibrations mécaniques dans son téléplione.

à la surface de la couche liquide, même quand pour les apercevoir on employait des appareils à réflexion lumineuse. Comment d'ailleurs pourrait-on admettre qu'un courant qui n'est pas plus intense que celui d'un élément de Daniell ayant traversé dix millions de kilomètres de fil télégraphique, courant qui ne peut fournir de déviation que sur un galvanomètre Thomson, et encore en admettant que le courant a été provoqué en appuyant le doigt sur le diaphragme, ait une énergie suffisante pour faire vihrer mécaniquement par attraction une lame de fer aussi tendue que l'est celle d'un téléphone! ! !

Il résulte toutefois d'expériences photographiques très-précises, que des vibrations sont produites par le diaphragme d'un téléphone récepteur; elles sont infiniment petites, si l'on veut, mais elles sont, suivant M. Blake, suffisanles pour qu'un index très-léger, porté par ce diaphragme, puisse fournir quelques petites inflexions sur une ligne décrite par lui sur un enregistreur. Toutefois, de es qu'un petit mouvement de vibration existe sur ce diaphragme, il ne s'ensuit pas qu'il doive être rapporté à un effet d'attraction, car il peut résulter d'une vibration déterminée par l'action même de la magnétisation au sein du diaphragme ^

* Suivant M. J. Bosscha, qui a publié dans les Archives néerlandaises, t. XIII, un mémoire très-intéressant sur l'intensité des courants électriques du téléphone, l'intensité minima de courant nécessaire pour fournir un son dans un téléphone par la vibration de son diaphragme, pourrait être au-dessous de un cent millième de celle d'un élément Daniell, et le déplacement du centre du diaphr;igme pourrait être alors invisible, car il ne serait guère que de 2,5 millionièmes de millimètre pour une intensité de courant n'étant que un dix-millième de l'intensité du même élément Daniell. Quant à l'amplitude des mouvements produits par le diaphragme sous l'influence delà voix, il n'a pu la mesurer exactement, mais il la croit intérieure à un millième de

LE TELEPHONE. 133

Voici, du reste, une expérience très-intéressante de M. Hughes, répétée d'ciilleurs dans d'autres conditions par M. Millar, qui prouve bien en faveur de notre opinion.

Si l'aimant d'un téléphone récepicur est constitué par deux barreaux aimantés parfaitement égaux, séparés l'un de l'aulre par un isolant magnétique, et qu'on les place dans la bobine de manière à présenter en face du diaphragme tantôt des pôles de même nom, tantôt des pôles contraires, on reconnaît que le téléphone reproduit mieux la parole dans ce dernier cas que dans le premier. Or, si les effets étaient attractifs il n'en serait pas ainsi, caries actions sont en discordance quand des pôles de noms contraires sont soumis à une même action électrique, tandis qu'elles sont conspirantes dans un même sens quand ces pôles sont de même nom.

D'un autre côlé, on reconnaît que si on emploie plusieurs lames de fer supciposées pour constituer le diaphragme d'un téléphone récepteur, la transmission des sons est beaucoup plus forte que quand le diaphragme est simple, et pourtant l'attraction, si tant est qu'elle pût se faire, ne pourrait se produire que sur l'un des diaphragmes.

II paraît du reste que le noyau magnétique d'un téléphone n'est pas seul à émettre des sons, les hélices elles-mêmes peuvent en produire et même d'assez distincts. Déjà M. Rossetti avait constaté ce fait et avait môme remarqué qu'elles pouvaient être animées d'un petit mouvement oscillatoire le long du barreau, lorsqu'elles n'étaient pas bien fixées sur lui. Depuis, plu-

millimètre, et il en résulterait que, pour un son de 880 vibrations, l'intensité des courants induits développés serait 0,0000792 de l'unilé d'intensité électro-magnétique.

134 LE TELEPHONE.

sieurs observateurs, entre autres M. Paul Roy d'Alger, M. Wiesendanger, M. Canestrelli ont mentionné des faits semblables qui ont un réel intérêt.

« Si on prend, dit M. Paul Roy, la bobine de fil fm qui est à l'extrémité du barreau aimanté d'un téléphone Bell et qu'on y fasse passer des courants ondulatoires transmis par un téléphone à charbon, il suffit d'approcher la bobine de l'oreille pour entendre des sons.

« Les sons ainsi perçus sont très-faibles, mais dès que l'on introduit un morceau de fer dans la bobine, ils se renforcent notablement. Un aimant agit avec plus de force encore, même lorsqu'il est constitué par une simple aiguille aimantée. Enfin, le son prend son maximum d'inlensité lorsqu'on interpose une plaque de fer entre l'oreille et la bobine.

« En plaçant la tranche de la bobine sur Toreille et la faisant traverser par un barreau aimanté, on reconnaît que le son est au minimum lorsque la ligne neutre du barreau est enveloppée par la bobine, et qu'il augmente pour atteindre son maximum, quand on fait mouvoir le barreau jusqu'à ce que l'un des pôles corresponde à la bobine.

« Ce fait de la reproduction des sons par une hélice est général. Toute bobine d'induction et tout électroaimant sont capables de reproduire les sons, pourvu que les courants du transmetteur aient une intensité suffisante. »

« Ayant combiné, dit M. Canestrelli, un téléphone à charbon à un téléphone sans diaphragme et sans aimant, c'est-à-dire n'ayant qu'une simple bobine, j'ai pu entendre des sifflements reproduits par la bobine placée prés de l'oreille. Cette bobine était en fil de

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cuivre très-fin, et les courants étaient produits par une bobine d'induction animée par deux éléments Bunsen. Le téléphone avait ses contacts en charbon de cornue et était intercalé dans le circuit primaire.

« J'ai ensuite collé cette bobine au milieu d'une membrane bien tendue constituant le tond d'un court cylindre métallique. En approchant un aimant du trou de la bobine, les sons étaient renforcés, et si l'aimant était iixé à une petite distance de la bobine ainsi adaptée à la membrane, je pouvais entendre la parole,

« Enfin j'ai substitué à l'aimant une deuxième bobine fixée sur une barre de bois, en faisant passer le courant induit dans deux bobines à la fois, et f ai pu entendre de cette façon, mais avec difficulté, la parole.

« Dans ces dernières conditions, j'ai pu réaliser un téléphone sans aimant, mais il faut alors un courant assez fort et parler d'une manière spéciale au transmetteur afin de produire des sons forts sans crépitations. »

Une expérience très-intéressante de M. A. Bréguet a montré encore que les différentes parties constituantes d'un téléphone, aussi bien le manche, les bornes de cuivre, la coquille que la plaque et le barreau aimanté, peuvent transmettre les sons ; et pour arriver à constater ce résultat, M. Bréguet a employé des téléphones à ficelle dont il attachait le fil en différents points du téléphone expérimenté. 11 a pu de cette manière non-seulement établir une correspondance entre une personne faisant agir le téléphone électrique et une autre écoutant dans le téléphone à ficelle, mais encore faire parler plusieurs téléphones à ficelle, reliés en plusieurs points du téléphone électrique. Ces deux séries d'expériences montrent que des

136 LE TELEPHONE.

sons peuvent être obtenus des diverses parties d'un téléphone sans mouvements vibratoires trés-appréciables ; mais M. J. Luvini a voulu s'en assurer d'une manière plus nette encore, en examinant si défmitivement l'aimantation d'un corps magnétique suivie de sa désaimantation entraînerait une variation dans la forme et les dimensions de ce' corps. Il a en conséquence fait construire un grand électro-aimant tubulaire qu'il remplissait d'une assez grande quantité d'eau pour que, ses deux extrémités étant bouchées, le liquide pût apparaître dans un tube capillaire adapté à l'un des bouchons. De cette manière, les plus petites variations dans la capacité de la partie creuse de l'éleclro-aimant étaient accusées par une ascension ou une descente de la colonne liquide. Or, en faisant traverser l'électro-aimant par un courant électrique de différente intensité, il n'a jamais observé aucun changement dans le niveau de l'eau dans le tube. Avec cette disposition, il pouvait mesurer pourtant un changement de volume de 3^ de millimètre cube. Donc, il semblerait résulter de ces effets, que les vibrations produites dans un corps magnétique sous l'influence d'aimantations et de désaimantations successives, seraient tout à fait moléculaires. Cependant d'autres expériences entreprises par M. Canestrelli sembleraient indiquer que ces vibrations sont assez sensibles pour donner lieu à des sons et être accusées par un microphone. Voici, en effet, ce que publie ce savant à ce sujet: « En lançant dans une bobine placée sur une caisse sonore les courants interrompus d'une bobine d'induction, on pouvait entendre à une certaine distance, les sons produits par les courants induits engendrés. En approchant l'aimant de l'ouverture de la bobine.

LE TÈLÉl'llONE. 157

ces sons étaient renforcés, et les vibrations de l'aimant devenaient sensibles à la main ; on pouvait même rendre visible cette vibration en suspendant l'aimant introduit à l'inlérieur de la Ijobine, à un fil métallique adapté à une membrane tendue sur un tambour, car celle-ci pouvait alors reproduire des sons. En suspendant cet aimant à un microphone on pouvait au moyen d'un téléphone constater les mêmes effets, mais alors plus amplifiés. »

Nous examinerons à l'instant comment ces fVfférentes déductions peuvent être interprêtées pour que l'on puisse comprendre la véritable théorie du téléphone, mais avant d'entamer cette étude, nous devrons indiquer encore quelques autres expériences qui ont aussi leur intérêt.

Nous avons vu que MM. Edison, Blyth et Preece avaient fait des expériences qui ont montié que des sons pouvaient être reproduits par un téléphone dont le diaphragme était constitué avec une matière non magnétique, mais ils ont fait voir aussi, chose plus curieuse encore, que ces sons pouvaient être transmis sous l'influence de courants induits provoqués par ces diaphragmes mis en vibration devant l'aimant. Déjà MM. Edison et Blylh avaient avancé ce fait, mais M. B.-W. Warwick, dans un article publié dans VEnglish-mecanic (voiries Mondes du 2 mai 1878), l'a confirmé malgré Fincrédulité qui avait accueilli cette nouvelle : « Il semblerait, dit-il, que pour « agir sur Faimant de manière à produire des courants « induits, quelque chose doit d'abord vibrer d'une « manière quelconque et être en possession de plus de « force vivequ'un gaz; maisiln'estpasnécessairequela « substance soit magnétique, car les corps diamagné-

138 LE TELEPHONE.

« tiques agissent très-bien i. » M. Preece en avait recherché la cause dans les courants induits développés dans un corps conducteur quelconque quand on fait

* Voici comment ces expériences sont décrites par l'auteur : les aimants employés avaient à peu près les dimensions ordinaires, 1 pouce 1/2 de diamèlre, et une longueur environ huit fois aussi p:rande. Un s'est servi d'abord de plaques de fer; mais elles n'étaient nullement nécessaires. Mettant de côté ces plaques, j'ai essayé naturellement un certain nombre de substances : d'abord une plaque mince d'étain qui convenait parfaitement et pour transmetteur et pour récepteur. Une plaque de tôle de 1/10 de pouce d'épaisseur environ n'opérait pas aussi bien, mais tout ce qu'on disait était parfaitement compris, lin faisant les expériences avec ces plaques, on les mettait simplement au haut de l'instrument sans qu'elles y fussent fixées en aucune manière; le pavillon en bois du sommet et la cavité conique ont été aussi mis de côté, parce que la transmission et la réception se faisaient également sans eux. Cette partie de l'instrument semble superflue, car le son, lorsque la simple plaque est appuyée à plat contre l'oreille, paraît plus fort à cause de sa plus grande proximité. Maintenant, les plaques de 1er ne paraissent pas être absolument nécessaires, quoique le fer agisse mieux qu'aucune autre chose, et que les substances diamagnétiques agissent aussi très-bien. Désirant que mon assistant qui était à une certaine distance et ne pouvait en aucune manière percevoir un son direct, continuât de compter pendant quelque temps, j'ai enlevé la plaque de fer et mis en travers de l'instrument un large barreau de fer, de 1/1 de pouce d'épaisseur. En plaçant mon oreille contre lui, j'ai entendu chaque nombre distinctement, mais un peu affaibli. Un morceau carré de cuivre, de 3 5 de pouce, a été mis en place ; le son quoi- ({ue distinct, n'était pas anssi fort que précédemment. Des morceaux épais de plomb, de zinc et d'acier ont été tour à tour essayés. L'acier agit n peu près comme le fer, et, comme dans les autres cas, chaque mot prononcé était faiblement et distinctenient entendu. Quelques-uns de ces métaux étaient diamagnétiques, et cependant l'action se produisait. Des substances non métalliques ont été ensuite essayées; d'abord un morceau de verre à vitre; il opérait vraiment très-bien. Avec du bois, un morceau d'une boîte à ;illumettes, l'action était faible; mais en plaçant des morceaux d'une épaisseur graduellement croissante, le son augmentait sensiblement, et avec un morceau grossier de bois de 1 pouce 12 d'épaisseur, le son était parfaitement distinct. J'ai mis ensuite en place une boîte vide en bois; elle agissait très-bien. Un morceau de liège épais de 1/2 pouce agissait, mais un peu faiblement. Un bloc de pierre à rasoir, épais de 2 pouces, a été placé sur l'instrument, et en appliquant l'oreille contre lui, on pouvait suivre facilement celui qui parlait. Alors j'ai essayé sans qu'il y eût rien dinter-

mouvoir devant lui un aimant, courants qui donnent lieu au phénomène découvert par Arago et connu sous le nom de magnétisme de rotatioîi. Ces faits toutefois ne nous paraissent pas encore assez bien établis pour qu'on puisse s'occuper sérieusement de leur théorie, et il pourrait se faire que les effets observés fussent la conséquence de simples transmissions mécaniques.

Pour terminer avec ces différentes expériences, nous ajouterons que, d'après M. W.-F. Barett, le mode de vibration du diaphragme ne laisse pas que d'être assez

posiS et j'ai pLicé mon oreille tout contre l'aimant et la bobine, et. ce qui est vraiment très-curieux, sans aucune plaque vibrante, j'ai pu entendre faiblement, et en écoutant attentivement, j'ai pu comprendre tout ce qu'on disait. La chose a été répétée plusieurs fois: la transmission mécanique du son était impossible, car beaucoup de métrés de fil étaient couchés sur le sol, et cependant sans qu'il y eût rien d'interposé (excepte de l'air) entre mon oreille et l'extrémité de l'aimant, j'ai pu comprendre ce qui était dit. Dans toutes ces expériences, les sons ont été perçus, mais les sons transmis ou essayés agissaient un peu différemment. Un diapason qu'on faisait sonner et qu'on plaçait sur la plaque même de fer ou sur le bois de l'instrument, était entendu clairement; pour la parole, les plaques minces de fer agissaient mieux. Avec d'autres corps, la pierre, le bois épais, le verre, le zinc, etc., le son du diapason était entendu, soit qu'il reposât sur eux, soit qu'on tint sur eux la branche vibrante. Ces corps épais ne convenaient pas pour transmettre le son de la voix. Tous ont été mis de côté, et l'instrument sonore a été tenu directement sur le pôle de l'aimant ; le son a été clairement entendu, quoi([u'il n'y eût rien d'interposé, excepté l'air, entre le diapason et l'extrémité de l'aimant. L'intensité du son n'était peut-être pas aussi grande quand le diapason posait directement sur le pôle que quand il éiait tenu sur l'extrémité de l'aimant. J'ai ensuite essayé si ma voix serait entendue avec cet arrangement. Le résultat a été un peu douteux, mais je pense que quelque action a dû se produire, car le diapason était entendu lorsqu'il vibrait simplement dans le voisinage du pôle; l'effet produit par la voix doit avoir différé seulement par le degré d'intensité; il était trop faible pour être entendu à l'autre extrémité. J'ai répété ces résultats, je les ai rendus tout à fait certains, et j'ai réussi à transmettre les sons très-distinctement sans plaque sur le pôle, et j'ai entendu en retour distinctement tout ce qui était dit en plaçant mon oreille contre l'instrument, sans qu'il y eût aucune plaque.

14!) LE TELEPHONE.

difficile à préciser, car alors qu'une certaine compression exercée sur le fer annule les sons résultant des effets propres de la magnétisation, une compression plus forte les fait apparaître de nouveau. Il est certain que ces effets sont encore bien obscurs, et c'est une étude tout entière à entreprendre ; c'est déjà un grand point que d'avoir démontré l'insuffisance de la théorie admise jusqu'ici

D'un autre côté, suivant M. Navez, l'intensité du son reproduit dans un téléphone dépend, non-seulement de l'amplitude des vibrations, mais aussi de la surface vibrante par suite de l'action qu'elle exerce sur la couche d'air qui doit transmettre les sons. (Voir le mémoire de M. Navez dans le Bulletin de V Académie de Belgique, du 7 juillet 1878).

Expériences sur les effets résultant de chocs mécaniques communiqués à différentes parties d'un téléphone. — Si dans un téléphone ordinaire on adapte une pièce de fer contre la vis qni lient l'airnant, on reconnaît que les sons transmis sont un peu plus accentués, ce qui lient au renforcement du pôle actif de l'aimant; mais on entend au moment où l'on applique la pièce de fer contre la vis, un bruit assez prononcé qui semble être dû aux vibrations mécaniques déteiminées dans le barreau au moment du choc. M. le lieutenant de vaisseau des Portes a fait dernièrement sur ce genre de phénomènes des expériences intéressantes. Ainsi il a reconnu que, si sur un circuit téléphonique de 100 mètres complété par le sol, le téléphone transmetteur est réduit au simple aimant muni de sa bobine qui constitue son organe électromagnétique, et que cet aimant soit suspendu vertica-

LE TELEPHONE. lil

lement par un fil de soie, la bobine en haut, un coup frappé sur cet aimant, soit au moyen d'un morceau de bois, soit au moyen d'une tige de cuivre, pourra déterminer dans le téléphone récepteur, des sons distincts qui augmenteront d'autant plus d'intensité que le coup sera frappé plus près de la bobine, et qui deviendront plus forts encore, mais moins nets, quand on mettra en contact avec le pôle supérieur de l'aimant une lame vibrante de fer doux.

Quand le corps avec lequel on frappe est en fer, les sons dont il vient d'être question sont plus accentués qu'avec le morceau de bois, et quand l'aimant est muni de sa lame vibrante appliquée sur son pôle actif, on saisit en même temps que le bruit du choc une vibration de la plaque.

Si le corps percuteur est un aimant, les bruits produits sont semblables à ceux que l'on obtient avec un percuteur en fer, quand l'elfet est produit entre pôles de même nom ; mais si ce sont des pôles de noms contraires, on entend après chaque coup un second bruit produit par l'arrachement de l'aimant et qui parait être un coup frappé beaucoup moins fort. Naturellement ces bruits augmentent si l'aimant est muni de sa lame vibrante.

Si on parle sur la plaque vibrante du téléphone transmetteur quand elle est appliquée sur le pôle de l'aimant, on entend sur le téléphone récepteur des sons variés assez semblables à ceux produits par les vibrations d'une corde à violon, et le bruit que fait la plaque quand on la retiie du contact de l'aimant est parfaitement entendu au récepteur.

Quand on parle au récepteur, la personne qui a Toreille appliquée sur la plaque vibrante du transmet-

142 LE TELEPHONE

teur, disposé comme ci-dessus, entend très-bien, mais ne distingue pas les paroles, ce qui tient sans doute au magnétisme condensé au point de contact de l'aimant et de la lame vibrante, et qui rend les variations magnétiques plus lentes et plus difficiles à s'effectuer.

Pour percevoir les coups frappés sur l'aimant avec une tige de fer doux, la présence de la bobine n'est pas nécessaire. En enroulant trois tours seulement du fil conducteur dénudé, servant de fil de ligne, sur une extrémité de l'aimant, on peut percevoir les sons, et ces sons cessent, comme dans les autres expériences, quand le circuit est interrompu, ce qui montre bien qu'on ne peut les attribuer à une transmission mécanique. Mais ce qui est le plus curieux, c'est que si l'aimant est interposé dans le circuit de manière à en faire partie intégrante, et que les deux extrémités du fil conducteur soient enroulées autour des bouts de l'aimant, les coups frappés sur celui-ci avec le fer doux, sont peiçus dans le téléphone aussitôt que l'un des pôles de l'aimant est muni de la plaque vibrante.

J'ai répété moi-môme les expériences de M. des Portes en frappant simplement sur la vis qui, dans les téléphones ordinaires fixe l'aimant à l'appareil, et j'ai constaté que, toutes les fois que le circuit était complet, les coups frappés avec un couteau d'ivoire étaient répétés par le téléphone ; ils étaient très-faibles , il est vrai, quand la lame vibrante était enlevée , mais très-marqués avec l'addition de cette lame. Au contraire, toutes les fois que le circuit était interrompu, aucun bruit n'était perçu. Ces bruits étaient du reste plus forts quand les coups étaient frappés sur la vis que quand ils étaient frappés sur le pôle même de l'ai-

mant au-dessus de la bobine, ce qui tenait à ce que, dans le premier cas, le barreau pouvait vibrer librement, tandis que dans le second, les vibrations se trouvaient étouffées par suite de la fixation du barreau.

On pourrait, jusqu'à un certain point, expliquer ces effets en disant que les vibrations déterminées sur l'aimant par le choc, ont pour résultat de déterminer des déplacements ondulatoires des particides magnétiques dans toute l'étendue du barreau, et que de ces déplacements doivent résulter, dans l'hélice, d'après la loi de Lenz, des courants induits dont la force augmente quand la puissance de l'aimant est surexcitée par la réaction de son diaphragme, lequel joue le rôle d'armature, et par celle du corps percuteur quand il est magnétique. Toutefois, les dernières expériences de M. des Portes sont plus difficiles à expliquer, et il pourrait bien y avoir autre chose que des courants induits ordinaires.

Ces expériences ne sont pas les seules qui montrent les effets déterminés sous l'influence d'ébranlements moléculaires de diverse nature. — Ainsi, M. Thompson de Bristol a reconnu que si on introduit dans le circuit d'un téléphone ordinaire, une pièce de fer et une tige de laiton placée perpendiculairement sur le fer, il suffira de donner un coup sur la tige de laiton pour déterminer un son énergique dans le téléphone. D'un autre côté, il a montré aussi que si on entoure les deux extrémités polaires d'un aimant droit de deux bobines d'induction , mises en rapport avec le circuit d'un téléphone, et qu'on promène au-dessous de l'aimant, dans l'intervalle séparant les deux bobines, la flamme d'une lampe à alcool, on entend un bruit très-

144 LE TELEPHONE.

marqué aussitôt que la flamme exerce son aclion sur le barreau aimanté. Cet effet provient sans doute de l'affaiblissement du magnétisme du barreau déterminé par l'effet calorifique alors produit. Enfin j'ai reconnu moi-même que des grattements effectués sur l'un des fils qui réunissent deux téléphones entre eux, sont perçus dans ces téléphones, quel que soit d'ailleurs le point du circuit où ces grattements sont produits. Les sons ainsi provoqués sont, à la vérité, trèsfaibles, mais ils se distinguent nettement, et acquièrent une plus grande intensité quand le grattement est effectué sur les bornes d'attache des fils des téléphones. Tous ces sons, d'ailleurs, ne peuvent pas être la conséquence d'une transmission mécanique de vibrations, car quand le circuit est interrompu, on ne peut en percevoir aucun. D'après ces expériences, on pourrait croire que certains bruits que l'on constate dans les téléphones expérimenlés sur les lignes télégraphiques, pourraient bien provenir des frictions des fils sur les supports, frictions qui donnent lieu à ces sons souvent très-intenses que l'on entend quelquefois sur certaines lignes télégraphiques.

Théorie du téléphone. — Il Semblerait résulter des diverses expériences que nous avons rapportées précédemment, que l'explication qu'on donne généralement des effets produits dans le téléphone, serait très-incomplète, et que la transmission de la parole, au lieu de résulter de la répétition par la membrane du téléphone récepteur (sous l'influence des effets électromagnétiques produits) des vibrations déterminées par la voix sur la membrane du téléphone transmetteur, devrait provenir de vibrations moléculaires détermi-

LK lELEl'lIO.NE. 145

nées dans le système éleclro-mognétique tout entier et particulièrement sur le noyau magnétique enveloppé par l'hélice. Ces vibrations seraient dés lors de la même nature que celles qui ont été étudiées dans les tiges électro-magnétiques résonnantes par MM. Page, de la Rive, WerUieim, Matteucci, etc., et ce sont elles qui ont été mises à contribution dans les téléphones de Reiss, de Cécil et Léonard AVray, et de Vander- Weyde. Dans celle hypothèse, la lame vibrante aurait pour principal rôle à remplir, de réagir pour la production des courants induits quand elle serait mise en vibration par la voix, et de renfoncer par sa réaction sur l'extrémité polaire du barreau aimanté, les effets magnétiques déterminés au sein de celui-ci, quand elle vibrerait sous l'influence électro-magnétique ou, du moins, quand elle serait actionnée par l'aimant. Or comme ces vibrations sont d'autant plus amplifiées pour une même note, que la lame est plus flexible, et comme, d'un autre côté, les variations dans l'état magnétique d'une lame s'effectuent d'autant plus rapidement qu'elle présente moins de masse, on comprend immédiatement pourquoi il convient d'employer des lames vibrantes très-minces et relativement petites, comme l'a fait M. Edison. Dans le cas de la transmission, la plus grande amplitude des vibrations augmente l'intensité des courants induits transmis. Dans le cas de la réception, les variations d'aimantation déterminant les sons, sont rendues plus accentuées et plus nettes, aussi bien dans la membrane armature que dans le barreau aimanté; il y a donc avantage dans les deux cas. Cette hypothèse n'exclut d'ailleurs en rien l'effet phonétique des vibrations mécaniques et physiques qui pourraient se produire dans la lame armi-

146 LE TÉLÉPHOISE.

ture SOUS l'influence des magnétisations et démagnétisations qu'elle subit, et qui viendraient ajouter leur action à celle des noyaux magnétiques.

Quelle est la nature des viljrations transmises dans le téléphone récepteur?.... C'est une question encore obscure, et ceux qui s'en sont occupés sont loin d'être d'accord; elle a môme été l'objet d'une discussion intéressante en \ 846 entre MM. Werlheim et De la Rive, et les découvertes nouvelles la rendent encore plus compliquée. Suivant M. Werlheim, ces vibrations seraient à la fois longitudinales et transversales et proviendraient d'attractions échangées entre les spires de l'hélice magnétisante et les particules magnétiques du noyau ; suivant M. De la Rive elles seraient, dans le cas qui nous occupe, uniquement longitudinales et résulteraient de contractions et dilatations moléculaires déterminées par des arrangements différents pris par les molécules magnétiques, sous l'influence des aimantations et des désaimantations. C'est cette explication qui nous parait la plus rationnelle, et une expérience faite en 1846 par M. Guillemin semblerait la confirmer. M. Guillemin avait en effet reconnu que si une tige flexible de ter entourée d'une hélice magnétisante est pincée dans un étau à l'une de ses extrémités et recourbée sous l'influence d'un poids adapté à l'autre extrémité, on peut la faire redresser instantanément par le passage d'un courant à travers l'hélice magnétisante. Or ce redressement ne peut, dans ce cas, provenir que delà contraction déterminée par les molécules magnétiques qui, sous l'influence de leur aimantation, tendent à provoquer des attractions intermoléculaires et à modifier les conditions d'élasticité du métal. On sait en effet que du fer ainsi aimanté ac-

quiert la dureté de l'acier et qu'il ne peut plus être attaqué par la lime.

Quoi qu'il en soit, il est impossible de ne pas admettre que des sons soient produits dans le noyau magnétique aussi bien que dans l'armature, sous l'influence d'effets électriques intermittents. Ces sons pourront d'ailleurs être musicaux ou articulés; car du moment où le transmetteur aura provoqué l'action électrique convenable, nous ne voyons pas de raison pour que des vibrations effectuées transversalement ou longitudinalement transmettent les uns plutôt que les autres. Ces vibrations, du reste, sont, comme on l'a vu, pour ainsi dire microscopiques K

M. J. Luvini, qui partage nos idées sur la théorie qui précède, croit cependant qu'elle ne peut satisfaire complètement l'esprit, que si l'on fait entrer en ligne de compte la réaction déterminée par le barreau magnétique sur l'hélice qui l'entoure. « Il ne peut y avoir, dit-il, action sans réaction, et en conséquence les changements moléculaires déterminés dans le barreau doivent provoquer des variations correspondantes dans l'hélice, et les deux effets doivent contribuer à la production des sons. » Il cite à l'appui de son dire l'expérience du professeur Rossetti, dont nous avons parlé plus haut.

Nous croyons cependant que cette double réaction dont parle M. Luvini n'est pas indispensable, car nous avons vu que des hélices isolées peuvent produire des sons ; il est vrai que les spires en réagissant les unes sur les autres pourraient la provoquer.

1 Voir les Mémoires de MM. de Li Rive et Guilleinin aux Complea rendus de V Académie des sciences-, t. XX H.

148 LE TÊLEPllO.NE.

La difiiculté d'expliquer la production des sons dans un organe électro-magnétique dépourvu d'armature, avait fait nier dans l'origine l'authenticité des expériences que nous avons rapportées précédemment, el M. Navez avait entamé avec nous une discussion qui ne sera pas sans doute terminée de sitôt; mais il est résulté de cette discussion, que ce savant a été obligé de convenir que le son de la voix humaine pouvait être reproduit par un récepteur téléphonique pynvé de sa plaque. Toutefois, il croit encore que cette reproduction est trop faible pour qu'on puisse reconnaître s'il y a ou s'il n'y a pas articulation, et soutient toujours que les vibrations transversales de la plaque résultant d'effets attractifs, sont les seules- qui reproduisent la parole articulée avec une intensité suffisante pour être utile.

Il est certain que l'articulation de la parole exige une certaine puissance de vibration qu'un téléphone sans diaphragme ne peut pas facilement fournir, car il faut considérer que, dans un appareil ainsi disposé, les effets magnétiques sont réduits dans un rapport considérable qui est celui de la force magnétique développée dans le barreau à cette force multipliée par elle-même, et qu'une action, aussi faible que l'est celle accusée dans un téléphone , devient pour ainsi dire nulle, quand par suite de la suppression de l'armature, elle n'est plus représentée que par la racine carrée de la force qui l'a déterminée. Il peut donc se faire que des sons à peine perceptibles dans un téléphone sans diaphragme, le deviennent quand, par suite de la présence de ce diaphragme, la cause qui les provoque est multipliée par elle-même et qu'il s'y ajoute encore les vibrations déterminées au sein de l'armature

LE TELEPHONE. 149

elle-même sous l'influence des magnétisations et démagnétisations qu'elle subit.

Pour montrer que l'action du diaphragme n'est pas aussi indispensable que M. Navez semble le supposer et que les vibrations de ce diaphragme ne sont pas le résultat d'attractions électro-magnétiques, il suffit de se reporter aux expériences de M. Hughes que nous avons exposées p. 155. Il est certain que si cet effet était en jeu, on entendrait mieux quand les deux barreaux aimantés présenteraient des pôles de môme nom devant le diaphragme que quand ils présenteraient des pôles de noms contraires, puisque toutes les actions seraient alors conspirantes dans le même sens. D'un autre côté les plus grands effets que l'on obtient avec des diaphragmes multiples juxtaposés éloignent complètement cette hypothèse. Néanmoins, il pourrait se faire que dans les téléphones électro-magnétiques, le diaphragme de fer, en raison des variations faciles de son état magnétique, pût contribuer beaucoup à rendre les sons articulés plus nets et plus distincts ; il pourrait alors réagir à la manière de la langue; mais nous croyons que c'est surtout à l'amplitude des vibrations déterminées sur le transmetteur, qu'on doit rapporter la plus ou moins grande netteté des sons articulés. Ainsi M. Hughes a démontré que les charbons de bois métallisés employés dans ses parleurs microphoniques étaient préférables aux charbons de cornue pour transmettre la parole, précisément parce que, étant moins conducteurs, les différences de résistance qui résultent des différences de pression, sont plus accentuées et permettent par conséquent de mieux faire saisir les différentes nuances des sons vocaux qui constituent l'articulation de la parole.

Ce que nous venons de dire ne se rapporte, bien entendu, qu'au teléplione de Bell, c'est-à-dire à un téléphone dans lequel les courants électriques ont une intensité si faible qu'on ne peut admettre de leur part un effet attractif extérieur; quand ces courants sont assez énergiques pour le produire, il est bien certain qu'il se manifeste une vibration électro -magnétique transversale qui, en s'ajoutant à la vibration moléculaire, doit contribuer à amplifier les sons produits. Mais il n'en est pas moins vrai que celte vibration transversale par attraction ou par flexion du diaphragme, n'est pas indispensable à la reproduction des sons, aussi bien des sons musicaux que des sons articulés.

Mais il ne s'agit plus aujourd'hui d'une discussion d'effets magnétiques; la science a marché depuis que M. Navez a ouvert la discussion, et nous lui demanderons maintenant comment, avec sa théorie des mouments attractifs du diaphragme des téléphones, il peut expliquer la reproduction de la parole par un microphone récepteur dépourvu de fout organe électro-magnétique, et je puis lui certifier que dans les expériences que j'ai faites, la transmission des vibrations ne pouvait se faire mécaniquement, car quand le circuit était coupé ou la pile retirée du circuit, aucun son n'était entendu. 11 faut décidément que M. Navez compte avec les vibrations moléculaires. Certainement, c'est un terrain nouveau à étudier; mais c'est parce que nous nous acharnons en Europe à vouloir rester dans les limites de théories incomplètes, que nous avons laissé aux Américains qui ne s'en inquiètent guère, la gloire de faire les grandes découvertes qui nous étonnent depuis quelques mois.

Si l'on rapproche des effets que nous venons de

LE TELEPHONE. loi

signaler les expériences que nous avons citées plus haut et qui montrent que les sons peuvent être reproduits, non-seulement par de simples hélices sans aucun organe électro-magnétique, mais encore par les lames d'un condensateur, malgré une compression exercée sur elles, on pourrait croire que des vibrations sonores doivent résulter de toute réaction entre deux corps ayant pour effet de provoquer brusquement et à intervalles rapprochés, des modifications dans l'état de leur équilibre électrique ou magnétique. On sait que la présence de la matière pondérable est indispensable à la propagation des effets électriques, et il pourrait peutêtre se faire que les vibrations molécubiires dont j'ai parlé, soient le résultat de mouvements moléculaires dus aux variations des forces électriques qui tiennent les molécules dans un état particulier d'équilibre réciproque.

En résumé, la théorie du téléphone et du microphone considérés comme organes reproducteurs de la parole est encore loin d'être élucidée complètement, et dans des questions aussi neuves, il serait imprudent d'être trop affirmatif.

La transmission électrique des sons, dans les téléphones magnéto-électriques, ne laisse pas que de présenter quelques complications théoriques. On a vu en effet qu'on pouvait les obtenir avec des diaphragmes en matière non magnétique et même par l'effet de simples vibrations mécaniques déterminées par des chocs. Est-ce à des réactions d'induction de l'aimant sur la lame vibrante mise en action qu'il faut les attribuer dans le premier cas, et aux mouvements des particules magnétiques devant les spires de l'hélice qu'il faut les rapporter dans le second?.... La ques-

tion est encore bien obscure ; néanmoins on peut concevoir que les modifications de l'action inductrice de l'aimant sur le diaphragme mis en vibration, puissent entraîner des variations de l'intensité magnétique, de môme qu'on peut admeltre une aclion de la môme nature, par suile de l'éloignement et du rapprochement des particules magnétiques des spires dcThélice ; toutefois M. Trêve croit, dans ce dernier cas, à une action particulière qu'il a déjà eu occasion d'étudier dans d'autres circonstances, et voit dans le courant ainsi produit l'effet d'une transformation du tiavail mécanique déterminé au sein des molécules magnétiques. Ce qui complique encore la question, c'est que souvent ces effets sont produits par des transmissions simplement mécaniques.

Il était encore un point intéressant à étudier et sur lequel M. Navez a donné quelques indications intéressantes : c'était de savoir si les effets étaient plus énergiques, pour la réception, avec des aimants permanents, qu'avec des aimants temporaires. Dans le premier modèle de téléphone exposé à Philadelphie par M. Bell, le récepteur était, comme on l'a vu, constitué par un électro-aimant tubulaire dont le pôle cylindrique était muni de la lame vibrante ; mais M. Bell n'a pas maintenu cette disposition, et s'il faut en croire ce qu'il dit à cet égard dans son mémoire, ce serait afin de l'endre son appareil à la fois récepteur et transmetteur K Toutefois -M. Navez prétend que le rôle de l'ai-

1. Voici ses propres paroles : The articulation produced from Ihe instrument (le récepteur à électro-aimant tubulaire) was remarkably distinct, but its grcat def'cct consisted in the tact that it could notbe used as a transmiltinj? instrument, and thus Iwo téléphones were rcquired at each station, one l'or transmitting and one lor rcciving spoken messages. »

LE TELEPHONE. 155

mant est plus important, et môme qu'il est indispensable dans les conditions actuelles de sa construction. « On peut, dit-il, dans certaines circonstances, et en construisant l'instrument d'une manière spéciale, faire parler un Bell récepteur sans aimant permanent; cependant, l'instrument tel qu'il est construit généralement, veste muet si on retire l'aimant pour le remplacer par un cylindre de fer doux fixé dans la bobine. Néanmoins il suftit d'approcher le pôle d'un aimant permanent d'un cylindre en fer doux, pour rendre la voix au téléphone : il résulte de nos expériences que pour qu'un téléphone Bell fonctionne bien, il est indispensable que la plaque soit soumise à une tension magnétique initiale, obtenue au moyen d'un aimant permanent. Cette assertion est d'ailleurs facile à déduiie de considérations théoriques. »

Cette assertion peut être vraie pour les téléphones Bell qui fonctionnent sous l'influence de courants infiniment faibles, mais quand ces courants sont relativement forts, tous les éleclro-aimants peuvent parfaitement reproduire la parole et nous avons vu que M. Ader, avait construit un téléphone avec l'é'ectro-aimant ordinaire qui fonctionnait très-bien.

Quant à l'action des courants envoyés à travers l'hélice d'un téléphone, elle s'explique aisément. Quelles que soient les conditions magnétiques du barreau, les courants induits de différente intensité qui agissent sur lui, provoquent des modifications dans son état magnétique, d'où résultent des vibrations moléculaires par contraction et dilatation. Ces vibrations se produisant également dans l'armature sous l'influence des aimantations et désaimantations qui y sont déterminées par l'action magnétique du noyau, renforcent celles

i.'ii \.\: ti:m:imi(),m:.

(If; at rioy.'iii, (;n uu'uut lom[)S (juo les rnodificnlioris (l;nis l'élîil, fri;i^ai(Hi(jii(; du système se, Ifoiivc.nl, ;irri[)li- (i(''.(;s j);ir suilc, de l;i i(';;ic,li()ii d(;s d(;ijx |)iè(',(;s iriM^iiirli(jii('s l'uru; siii" l'inilif;. Quand h; hancaii osl en 1er doux, leseoiirunls induits agissent en créant des nimantalioris plus ou moins én(;rgi(jn(!s auxqnelhîs suceè- (l(intdes<lésainianlations(jni sont d'autant f)lus pmrn[)t(!s (jue des eourants inverses sueeèdent toujours à (^(;ux (jui ont étéaetils, ce (jui rend l(;s alternatives d'aiinanlalion et (h; désainianlalion ()lus nettes et f)lus rapidfîs. OuaruI le barreau (;st aimanté, Faction est dilTénMitielle, et peut s'exercer dans un sens ou dans un autre; sui\aut (ju(; l(!s courants induils correspondant aux vil)ralions(;ITe,cliv(!s, [)ass(;nt à trav(;rs la hohiiKM'écfîptrice dans l(! mém(î s(mis ou (^n sens conliair(; du eouraril ma^fiéli(ju(! du haircaii. Si c(;s couranis son! de méuKî sens, Tactiou es! reurorcaute, el l(;s inodifiealioiis sont elTecluécs comrrH; si c'élail une aimanlafion (|ui élait déierminée.Si c(;s courants sont d(;s(!ns contraii'e, rfîlTct iiivers(î se |)roduit ; mais (piels (ju(; soi(tnt (uîs elTets, les vibrations moléculaires conservent l(;s mêmes rap[)or-|s réciprofjues et la même liauteui- dans réclielb; (hrs sons musicaux. Si on étudi(; la (|U(!stion au point de vu(; matliémali(ju(î, on ti'ouv(! la jir'ésence d'une constante en rapport av(;c l'intensité du courani (|ui u'exisl(; [)as darrs l(;s vibrations mécani((U(îS et d'où résulterait peut-être h; tiinbi(; |>articuli(M(|ue présente la parole r-eprodiiitr; dans bî lél'pbone, timbre, qui l'a l'ait com[)ar'erà la voix derolicbinelle. M. J)ubois Itaymoiid a du rest»; publié sur* cette tbéorie un rrrémoirc; intéressant (pii est ra|)por'té dans les Mondns du '21 léviiei' 1«S7<S (\).7)]A), mais (jue nous ne re[)roduisons j)as ici, |»ai((; (ju(; les considérations (pr'il émet sont

i.K tkikimiom:. inn

Irop s('i(Milili(jU(^s puui' les Icclcnis ;nix(|ii('Is s'jmIicssc. iioli'o ()nvi';i<;('. Nous îijoiilcrons sciilciiiciil, i\\ii'. d'apivs M. C. \\ . (;inrni«;li;iiii, les vibralioiis prnciwilcs dniis nit ((''Irphoiic ne piuivcnl s(^ inîmifcslcr cxachMiiciil dniis les iiirmcs coïKlilioiis (|ii('(('II(!s <|iii mITccIciiI le lympnii (le l'oicillc, piiicc (|ii('. («diii-ci i\ iiik' l'oiiiic p;iili(iilirr(» (Ml ciiloiiiioir (|ui cxcliil toiilc iiolc r<)ii(l:iiii('iil:il(> (|ui lui soil sprcialciMciii propre, f.'iiidis (|iril iiVii csl pus dciiiriiic pour les Icinciiix cl hiiiics iM;i^ii(''li(pu's (|iii possrdciil des iiolcs loiidMiiicidMlcs cnpMhlcs de iiiiisqiKM" hciiiicoiip des dciiii-loiis de l;i voix. C/csl siiiv.iiil lui ;i CCS iiolcs roiid;iiiiciil;dcs «iiTil r.iiil ;dlriliiicr I :il- Unnlioii ^\^' l.i voix ohscrvcc d.iiis le h'IcplioMC.

'I'li4'riii<»|ili<»ii4> «l4> f?l. Wl4'N('iiilfiii;;4'r. M. II). W KS

scri(l;iîi'(cr, dans nii arliclc insère dans VEikiUsIi nieclutnir, and World of Science (\\\ 17» scplcndirc I.S7N, rap|)oi'lc la i'c|)rodncrh>n (l(^ la parole dans cerlains lélcplioïKîs, à des inouvenienls viiti aloires rcsnilani de dilalalions cl. conlraclions inoiécnlaiicîs déNînninccs pai- des varialions d'écliaunerrunil, (^l c(!s variai ions sciaient la c,onsc(ju(ui('(i d(»s conrarits d'inh^nsilé vaiial)l(î (pii soid transmis à liaveis les cir'cnils télcphoni(jn(;s. !Ino objeclion s(; prés(Milait hien dans son (îspiil, c'osl (pjo l(;s in()iiv(Mn(înts de; dilatation cl de rétraclion résultant (l(î l'action caloiificjiK^ sont len/s à se piodniro, et ne; coni|)orlent, pai- consé(pi(Md, pas nue action nialcrielh; assez proniple ponr prodnire des vibralions ; mais il considère (|in' les cITcts moléculaires [Mînvent bien wc. |)as se produire dans les mèm(;s condilions (pie ceux (pii se nianileslenl sur les rnass(îs nialéii(dl(îs.

Suivant lui, cctie liypollièsf! peinicUrail (rcxjdicjucr

la reproduction de la parole dans les microphones récepteurs de M. Hughes, et elle pourrait même être appliquée à la théorie du téléphone électro-magnétique , en considérant qu'une hélice magnétisante, aussi bien qu'un noyau magnétique autour duquel circule un courant électrique, se trouve plus ou moins échauffée suivant l'intensité du courant qui la parcourt, surtout quand le fil de celte hélice et le noyau sont mauvais conducteurs de l'électrécité et du magnétisme. Dans cet ordre d'idées, l'auteur a cherché à construire des téléphones dans lesquels les effets caloritiques devaient être le plus amplement développés, et il employa à cet effet, pour la construction des bobines, des fils très-fins en argent allemand et en platine. Il put reconnaître que ces bobines pouvaient déjà produire des sons par elles-mêmes, et pour en augmenter l'intensité, il les plaça entre des disques de fer ou sur des lubes de fer- blanc placés tout près de ces disques et disposés sur des surfaces résonnantes. Par ce moyen, il put, dit-il, obtenir un bon récepteur téléphonique sans F emploi cV aimants. Il donna ensuite à cet appareil différentes disposilions dont les principales sont les deux suivantes :

Dans Tune, le système électro-magnétique était simplement constitué par un disque magnétique sur lequel était enroulée une hélice de fit fin mise en rapport avec le circuit d'un microphone, et qui était collé au centre de la membrane de parchemin d'un téléphone à ficelle ordinaire ; ce disque était constitué lui-même par deux lames de fer séparées par une rondelle de charbon d'un plus petit diamètre, le tout étant assez serré pour former une masse solide.

Dans l'autre, l'hélice élait enroulée sur un tube de

LE TtLEPlIOMÏ. 157

fer-blanc de 6 pouces de longueur sur 5/8 de pouce de diamètre qui était soudé, par un point seulement, à la partie centrale d'un diaphragme de téléphone ordinaire. Suivant l'auteur , ce tube et ce diaphragme n'agiraient que comme des résonnateurs, et les sons fournis par cet appareil seraient à peu près semblables à ceux que l'on obtient avec les téléphones à ficelle ordinaires; on entendait les airs d'une boite à musique, et la reproduction de la parole était par faite ^ aussi bien pour V intensité que pour la netteté des sons ; il paraît même que l'on pouvait entendre les sons téléphoniques avec le simple tube de fer-blanc entouré de Vhélice. « Ces différents récepteurs téléphoniques, dit M. Wiesendanger , montrent clairement que le diaphragme et Vaimant d'un téléphone ne sont pas les parties essentielles de rinstrumenty mais simplement des parties accessoires. »

EXPERIENCES DIVERSES FAITES AVEC LE TELEPilOiNE.

Nous allons nous occuper maintenant d'une série d'expériences qui, tout en faisant ressortir les merveilleuses propriétés du téléphone, peuvent encore donner quelques indications sur l'importance des actions qui sont susceptibles de l'affecter.

Expériences de M. d'Arsonval. — On a VU qUC le téléphone était un instrument d'une extrême sensibilité, mais celte sensibilité n'avait pu être appréciée d'une manière bien nette par les moyens ordinaires. Pour la mesurer en quelque sorte, M. d'Arsonval a eu l'idée de la comparer à celle du nerf d'une grenouille, appa-

158 LE TELEPHONEi

reil qui, comme on le sait, avait été regardé jusqu'ici comme le plus parfait de tous les galvanoscopes, et le résultat de ses expériences a été que le téléphone est deux cents fois plus sensible que ce nerf. Voici du reste comment M. d'Arsonval rend compte de ses recherches à cet égard dans les comptes rendus de l'Académie des sciences du l*''" avril 1878.

« Je prépare une grenouille à la manière deGalvani. Je prends l'appareil d'induction de Siemens usité en physiologie sous le nom d'appareil à chaînât ; j'excite avec la pince ordinaire le nerf sciatique, et j'éloigne la bobine induite jusqu'à ce que le nerf ne réponde plus à l'excitation électrique. Je remplace alors le nerf par le téléphone, et le courant induit qui n'excitait plus le nerf fait vibrer avec force cet appareil. J'éloigne la bobine induite, et le téléphone vibre toujours.

« Dans le silence de la nuit, j'ai pu entendre vibrer le téléphone en éloignant la bobine induite à une distance quinze fois plus grande que celle du minimum d'excitation du nerf; par conséquent, si l'on admet pour l'induction comme pour les actions à distance la loi des carrés inverses, on voit que, dans cette circonstance, le téléphone est au moins deux cents fois plus sensible que le nerf.

« Nous possédons dans le téléphone un instrument d'une sensibilité exquise. Il est, comme on le voit, beaucoup plus sensible que la patte galvanoscopique, et j'ai songé à en faire un galvanoscope. On n'étudie que très-difficilement les courants musculaires et nerveux avec un galvanomètre de 50 000 tours, parce que l'appareil manque d'instantanéité et que l'aiguiile, à cause de son inertie, ne peut manifester de variations électriques se succédant rapidement, comme celles

LE TELEPHONE. 159

qui ont lieu par exemple dans le muscle lorsqu'on le tétanise. Cet inconvénient n'existe plus avec le téléphone qui répond toujours par une vibration à un changement électrique, quelque rapide qu'il soit. C'est donc un excellent instrument pour étudier le tétanos électrique du muscle. On peut être sûr d'avance que le courant musculaire excitera le téléphone puisque ce courant excite le nerf qui est moins sensible que cet appareil. L'instrumeat nécessite pour cela quelques dispositions spéciales.

« Le téléphone ne peut servir qu'à constater les variations d'un courant électrique, quelque faibles qu'elles soient, il est vrai : mais j'ai trouvé le moyen par son intermédiaire de constater la présence d'un courant continu, quelque faible qu'il puisse être. J'y ai réussi en employant un artifice très-simple. Je lance dans le téléphone le courant supposé, et, pour obtenir des variations, j'interromps mécaniquement ce courant par le diapason. Si aucun courant ne traverse le téléphone, l'instrument reste muet. Si, au contraire, le plus faible courant existe, le téléphone vibre à l'unisson du diapason. »

M. le professeur Eick, de Wurtzbourg, a aussi employé le téléphone pour des recherches physiologiques, mais en suivant une voie précisément contraire à celle explorée par M. d'Arsonval. Il a reconnu qu'en mettant les nerfs d'une grenouille en rapport avec un téléphone, on les contractait d'une manière énergique aussitôt qu'on parlait dans l'appareil, et l'énergie des contractions dépendait surtout de la nature des mots prononcés ; ainsi, il a constaté que les voyelles a, e, i ne produisaient presque pas d'effet, tandis que Vo et surtout Vu en déterminaient un très-énergique. Les

KiO LE TÉLÉPHONE.

mots liege-still prononcés à haute voix ne produisent qu'une très-faible action, tandis que le mot tuckei\ même prononcé à voix basse, agitait fortement la grenouille. Ces expériences, qui rappellent celles de Galvani, étaient naturellement basées sur les effets produits par les courants induits développés dans le téléphone, et prouvent que si cet instrument est un galvanoscope plus sensible que le nerf d'une grenouille, celui-ci est plus impressionnable que nos galvanomètres les plus perfectionnés.

Expériences de M. Demoget. — Pour Comparer l'in-

tensité des sons transmis par le téléphone avec l'intensité du son primitif, M. Demoget a disposé dans une plaine découverte deux téléphones. Il tenait à l'oreille le premier, tandis qu'un aide s'éloignait de lui, en répétant sans cesse la même syllabe avec la môme intensité de voix dans le deuxième instrument. Il entendait d'abord le son transmis par le téléphone, puis ensuite le son qui arrivait directement, en sorte que rien n'était plus facile que de comparer. Or, voici les résultats qu'il a obtenus.

A quatre-vingt-dix mètres, les intensités perçues étaient égales, la plaque vibrante étant éloignée du tympan d'environ cinq centimètres. A ce moment, le rapport des intensités était donc de 25 à 81.000.000. En d'autres termes, le son transmis par le téléphone n'était que ^,f^^y^\^,^Q du son émis. « Mais comme les stations dans lesquelles on opérait ne pouvaient être considérées comme deux points vibrant librement dans l'espace, il y avait lieu, dit M. Demoget, de réduire ce rapport de moitié, à cause de l'influence du v^ol, etd'admellre que le son transmis par le téléphone

LE TELEPHO^T.. 161

était 1.500.000 fois plus faible que celui émis par la voix.

(( Comme, d'autre part, on sait que l'intensité de deux sons est proportionnelle au carré de Famplitude des vibrations, on peut en conclure que les vibrations des deux plaques des téléphones étaient directement proportionnelles aux distances, c'est-à-dii e, comme 5 est à 9.000, ou que les vibrations du téléphone transmetteur étaient dix-huit cents fois plus grandes que celles du téléphone récepteur. On peut donc comparer celles-ci à des vibrations moléculaires, car celles du téléphone transmetteur ont déjà nne amplitude trèspetite.

« Sans diminuer en rien le mérite de la remarquable invention de Bell, continue M. Deuioget, on peut conclure de ce qui précède que le téléphone, au point de vue du rendement, est une machine qui laisse bieu à désirer, puisqu'elle ne transmet que la dix-huit cen tième partie du travail primitif, et que si cet instrument a donné des résultats si inattendus, cela tient bien plus à la perfection de l'organe de l'ouïe qu'à la perfection de l'instrument lui-même. »

M. Demoget attribue cette déperdition du travail produit dans le téléphone, surtout aux huit transformations successives que subit le son avant d'arriver à l'oreille, sans parler de celle qui est due à la résistance électrique de la ligne et qui, à elle seule, peut absorber toute l'énergie.

Pour se rendre compte de la force des courants induits qui actionnent un téléphone, M. Demoget a cherché à les comparer à des courants d'une inteubilé connue, produisant des vibrations de môme nature et de même force, et pour cela il a mis à contribution

TÉLÉPHONE. il

102 LE TELEPHONE.

deux téléphones A et B en communication au moyen d'une ligne de 20 mètres de longueur. Près de la plaque vibrante du téléphone A, il a appuyé légèrement une petite lime sur laquelle on frottait avec une lame métallique; le bruit ainsi produit, était naturellement transmis par le téléphone B avec une cerlaine intensité qu'on pouvait apprécier. H a ensuite remplacé le téléphone A par une pile, et la lime était introduite dans le circuit en la reliant à l'un des pôles. Le courant ne pouvait être fermé qu'en frottant la lime au moyen de la lame de ressort mise en communication avec l'autre extrémité du cii cuit. iMuis on pouvait obtenir ainsi des courants interrompus qui, en fasant vibrer le téléphone B, produisaient un bruit dont Tintensité va liait avec la force du courant de la pile. En cherchant l'intensité électrique capable de fournir de cette manière un son équivalant à celui produit par le téléphone A, xM. Demoget a reconnu qu'elle correspondait à celle que fournit une petite pile thermo-électrique constituée par un fil de fer et un iîl de cuivre de deux millimètres de diamètre, aplatis à leur extrémité et soudés à l'étain; le faible courant résultant de cette pile ne faisait dévier que de deux degrés un galvanomètre à fil court.

Cette estimation ne nous paiait pas toutefois réunir assez de conditions d'exactitude pour qu'on puisse en déduire le degré de sensibilité du téléphone, sensibilité qui, d'après les expériences de MM. Warren de la Rue, Brough, Peirce, estinfmiment plus grande. M. Warren de la Rue, en effet, comme on l'a déjà vu, a reconnu au moyen du galvanouiètre de Thomson, et en ramenant à la déviation fournie sur l'échelle de ce galvanomètre celle déterminée par un élément Danieîl tra-

LE TELEPHONE. 163

versant un circuit complété par un rliéoslat, que les courants émis par un téléphone ordinaire de Bell sont équivalents à celui d'un élément Daniell Iraversant 100 megohms de résistance, c'est-à-dire dix millions de kilomètres de 111 télégraphique. Suivant M. Brough, le direcleur des télégraphes de l'Inde, le plus fort courant qui, à un moment donné, fait fonctonner le téléphone Bell, n'excède pas ,.ooo.oooTo-o'o ^^ l'unité de courant, c'est-à-dire de un Weher, et le courant qui fait agir les relais dans l'Inde a 400 000 fois cette force. Enlin, le professeur Peirce, de Boston, compare les effets du courant téh''phoiiique à ceux qui seraient produits par une source électrique dont la force électro-motrice serait la ~^^ partie d'un volt, ou de celle d'un élément Daniell. Du reste, comme l'observe M. Peirce, il est diftîcile de fixer un chiffre exact pour estimer la valeur réelle de ces sortes de courants , car elle est essentiellement variable suivant l'intensité des sons produits sur le téléphone transmetteur; mais on peut affirmer qu'elle est moindre que la rnrïïinnro P^i'tie du courant employé ordinairement pour faire fonctionner les appareils télégraphiques sur les lignes.

E;»:périeiices «le ^I. filellcseii , de €opeulia;;ue. —

Pour se rendre compte des effets réciproques produits par les différentes parties d'un téléphone, iM. llellesen a construit des téléphones de mêmes dimensions avec trois dispositions différentes et inverses les unes des autres. Il en a d'abord établi une dans les conditions ordinaires, puis une autre dans les conditions du premier système de Bell, c'est-à-dire, en employant pour lame vibrante une membrane portant à son centre une

164 LE TELEPHONE.

petite armature de fer, et enfin la troisième disposition mettait à contribution un aimant cylindrique creux, à l'un des pôles duquel était fixée la lame vibrante, laquelle pouvait se mouvoir devant une spirale plate en limaçon, présentant le môme nombre de spires que les deux autres hélices. Dans cette dernière disposition, les courants induits résultant des vibrations de la voix pouvaient être assimilés à ceux qui seraient la conséquence du rapprochement et de l'éloignement de deux spirales parallèles, dont une serait parcourue par un courant. Or, de ces trois dispositions, c'est celle qui a été adoptée par M. Bell, qui a fourni les meilleurs effets, et c'est un résultat réellement bien rare dans l'histoire des découvertes, qu'un inventeur soit arrivé du premier coup à la meilleure disposition à donner à son instrument.

Expériences de M. Ze<zche. Il CSt toujOUrS Un CCrtniu

noyau d'esprits de tiavers qui veulent nier l'évidence, le plus souvent pour faire acte de contradiction, et qui croient ainsi diminuer l'importance d'une découverte dont le retentissement les exaspère. Le téléphone et le phonographe ont été l'objet de ces critiques de mauvais aloi. Ne s'est-on pas avisé de dire que l'action électrique n'entrait pour rien dans les effets produits par le téléphone, et qu'il fonctionnait toujours sous l'influence de vibrations mécaniques transmises par le fil conducteur, absolument comme cela a lieu dans les téléphones à ficelle! !.. On a eu beau démontrer à ces esprits avisés que quand l'un des fils du circuit était interrompu, aucun son n'était produit, cette démonstration ne leur a pas suffi, et pour détruire toute objection de leur part, M. Zetzche a fait des expériences

LE TELEPHOÎ^E. 465

dans lesquelles il a démontré, par le mode même de la propagation du son, que l'idée d'attribuer le son produit dans un téléphone à une vibration mécanique est tout simplement absurde. Yoici en effet ce qu'il dit à cet égard dans un article inséré dans le Journal télégraphique de Berne du '25 janvier 1878.

« La correspondance par téléphone entre Leipzig et Dresde a fourni une nouvelle preuve que c'est bien par les courants électriques et non par la propagation purement mécanique des sons que se reproduisent les mots à la station de réception. La vitesse de propagation du son dans le fer (pour les ondulations longitudinales), pouvant être évaluée à 5 kilomètres par seconde, le son devrait parcourir la distance de Leipzig à Dresde en ~ c'est-à-dire en 25 secondes. Jusqu'à l'arrivée de laréponse il devrait s'écouler aumoinsautant de secondes. Par conséquent, dans chaque changement de direction de la correspondance, il devrait donc intervenir un intervalle de plus de | de minute, ce qui n'est point du tout le cas. »

Expériences que tout le inonde peut faire. — NoUS

terminerons ce chapitre consacré à l'exposé des diverses expériences faites avec le téléphone, par l'indication d'une expérience curieuse qui, bien que très-facile à répéter, n'a été signalée qu'il y a quelques mois par les journaux de Pensylvanie. Il s'agit de la transmission de la parole par un téléphone simplement appliqué sur l'une des parties du corps humain voisines de la poitrine. On a même prétendu que toutes les parties du corps pouvaient produire ce résultat ; mais dans les expériences que j'ai faites, je n'ai pu l'éussir que quand le téléphone était fortement appliqué sur ma poitrine.

lOG LE TÉLÉPHONE.

Dans ces conditions, et à travers même mes vêtements, j'ai pu me faire entendre, mais en parlant à voix trèsliaute, ce qui ferait supposer que le corps de l'homme participe tout entier aux vibrations provoquées par la voix. Dans ce cas, les vibrations sont transmises mécaniquement au diapliragme du téléphone transmetteur, non plus par l'air, mais par le corps lui-même agissant sur la coque du téléphone.

Le microphone n'est en réalité qu'un transmetteur de télépbone à pile, mais avec des caractères tellement particuliers qu'il constitue par le fait une invention originale qui méritait bien d'être désignée sous un nom particulier. Dans ces derniers temps il s'est élevé, à l'occasion de cette invention, entre M. Hughes, son auteur, et M. Edison, l'inventeur du téléphone à charbon et du pbonographe, une contestation regrettable que les journaux ont envenimée et qui n'avait pas réellement sa raison d'être ; car, en définitive, si le principe pbysique du microphone peut paraître le même que celui du transmetteur téléphonique à charbon de M. Edison, sa disposition est tout à fait différente, la manière d'agir sur lui n'est pas la même, et les effets qu'on lui demande généralement sont d'une toute autre nature. C'est plus qu'il n'en faut pour constituer une invention nouvelle. D'ailleurs, si on voulait bien examiner à fond le principe même de l'instrument, on pourrait s'étonner des prétentions que M. Edison a élevées. En effet, M. Edison ne peut pas réclamer comme lui appartenant la découverte de la propriété que

possèdent ceiiains corps médiocrement conducteurs d'avoir leur conductibililé modifiée par la pression. J'ai fait dés l'année 1856 et à diverses auhcs époques, par exemple en 1864, 1872, 1874, 1875, de nombreuses expériences à cet égaid, qui sont consignées dans le tome 1 de la seconde édition de mon exposé des applications de rélectricilé, p. 2i6^ et dans plusieurs notes présentées à l'Académie des sciences et insérées aux comptes rendus. D'un autre côté, M. Clérac s'était servi en 1865 d'un tube muni de plombagine avec une électrode mobile pour produire des résistances variables dans un circuit télégraphique. D'ailleurs, dans le transmetteur téléphonique de M. Edison, le disque de charbon doit être, comme on l'a vu, soumis à une certaine pression initiale afin que le courant ne soit pas interrompu par suite des vibrations de la lame contre laquelle il appuie, et il en résulte que les modifications de résistance du circuit qui donnent lieu aux sons articulés, ne sont produites que par des augmentations ou des diminutions plus ou moins grandes de pression, c'est-à-dire par des actions différentielles. Or, nous allons voir à l'instant qu'il n'en est pas de mêmepour le microphone. D'abord, dans ce dernier

^ Voici textuellement ce que j'en dis dans cet oiivrag'e : « Une chose curieuse à conotaler et qui parait être, au premier abord, en contradiction avec la théorie que l'on s'est i'.iite de l'électricité, c'est que la plus ou moins {grande pression excrLée entre les pièces de contact des interrupteurs influe considérablement sur linteni-ilé des courants qui les traverse. Cela tient souvent à ce que les métaux ne sont pas toujours dans un état parlait de décapage au point de contact, mais peut-être aussi à une cause pliysicjue encore mal appréciée. Ce qui est certain, c'est que dans les int'Truijteurs où la pièce mobile ûe contact est sollicitée par une lorce exlrèmement minime, le courant éprouve souvent des alt'aiblissements assez notables pour faire manquer la réaction électrique qu'on attend d'eux. >)

168 LE TELEPHONE.

appareil, le contact du charbon s'effectue sur d'autres charbons et non avec des disques de platine, et ces contacts sont multiples; en second lieu, la pression exercée sur tous les points de contact est excessivement légère, ce qui fait qu'on peut faire varier les résistances dans un rapport infiniment plus grand que dans le système de M. Edison, et c'est précisément ce qui permet d'amplifier les sons ; en troisième lieu on peut employer d'autres corps que le charbon pour constituer un microphone ; enfin pour faire agir le microphone, il n'est pas besoin de lame vibrante ; le simple intermédiaire de l'air suffit, el c'est ce qui permet de faire fonctionner cet appareil à une distance assez grunde de lui. Nous ne voyons donc pas de raisons qui aient pu motiver la réclamation de M. Edison et surtout les termes dont il s'est servi à regard de MM. Preece et Hughes qui sont des hommes considérables dans la science et très-respectables sous tous les rapports. Nous regrettons, je le répète encore, cette triste sortie de M. Edison qui ne peut que lui faire du tort, et qui n'est pas digne d'un inventeur de sa taille. Si maintenant, envisageant la question sous un autre aspect, nous demandions à M. Edison pourquoi, puisqu'il a inventé le microphone, n'en a-t-il pas fait connaître les propriétés et les résultats?... Quelle réponse pourrait-il faire? Il fallait pourtant que ces résultats fussent bien saisii^sants puisque le microphone est devenu en peu de jours l'objet de la préoccupation du monde entier; or il est évident pour nous qu'avec le génie perspicace du célèbre inventeur Américain, il aurait fiiit valoir cette découverte s'il l'eût faite réellement, et il en aurait évidemment tiré parti. Ce qui peut justifier la réclamation de M. Edison, c'est

LE TELEPHONE 109

que, n'étant pas au courant des découvertes purement scientifiques faites en Europe, il a cru que son invention résidait toute entière dans le principe sur lequel elle repose et qu'il croyait avoir découvert.

Dans l'appareil de M. Hughes, que nous étudions en ce moment, les sons, au lieu d'arriver trés-affaiblis à la station de réception, comme cela a lieu avec les téléphones ordinaires, même avec celui de M. Edison, y sont comme je l'ai déjà dit, le plus souvent reproduits avec une amplification notable, et de là le nom de microphone que M. Uuglies a donné à ce système téléphonique ; on peut par conséquent l'employer à révéler des sons très-faibles. Cependant nous devons le dire dès à présent, cette amplification n'existe réellement que quand ces sons résultent de vibrations transmises mécaniquement à l'appareil transmetteur par des corps solides. Les sons propagés par l'air sont sans doute un peu plus intenses qu'avec le système ordinaire, mais ils le sont moins que ceux qui leur donnentnaissance, et, en conséquence, on ne peut pas dire dans ce cas que le microphone agit par rapport aux sons comme le microscope le fait par rapport aux objets éclairés par la lumière. 11 est vrai qu'avec ce système on peut parler de loin dans l'appareil, et j'ai pu même transmettre de cette manière une conversation à voix élevée étant placé à huit mètres du microphone. Jai pu encore parler à voix basse près de ce dernier et me faire entendre parfaitement dans l'appareil récepteur, et même faire arriver les sons à une distance de dix à quinze centimètres de l'embouchure du téléphone récepteur, en élevant un peu la voix ; mais l'amplification du son n'est réelle-

ment bien manifeste que quand celui-ci résulte dune action mécanique transmise au support de l'appareil. Ainsi les pas d'une mouche marchant sur ce support s'entendent parfaitement et vous dorment la sensation du piétinement d'un cheval, le cri même de la mouche, surtout son cri de mort devient, suivant M. Hughes, perceptible ; le fi ôlemen t d'une barbe de pi ume ou d'une étoffe sur la planche de l'appareil, bruits complètement imperceptibles à l'audition directe, s'entendent d'une manière marquée dans le téléphone. 11 en est de même des battements d'une montre posée sur le suppoit de l'appareil, que l'on entend même à dix ou quinze centimètres du récepteur. Une petite boite à musique placée sur l'instrument donne des sons tellement forts par suite des trépidations qui l'agitent, qu'il est impossible de distinguer les sons, et pour les percevoif, il faut disposer la boite près de l'appareil sans qu'elle soit en contact avec aucune de ses parties constituantes. C'est alors par les vibrations de l'air que l'appareil est impressionné, et les sons transmis sont plus faibles que ceux que l'on entend près de la boîte. En revanche, les vibrations déterminées par le balancier d'une pendule mise en communication par une tige métallique avec le support de l'appareil, s'entendent admirablement, et on peut même les distinguer quand cette liaison est effectuée par l'intermédiaire d'un fd de cuivre. Un courant d'air projeté sur le système dorme la sensation d'un écoulement liquide perçu dans le lointain. Erdin, les trépidations causées par le passage d'une voiture dans la rue se traduisent par des bruits crépitants très-intenses qui se combinent à ceux d'une montre que l'on écoule et qui souvent prédominent.

LE TELEPHONE.

Différents systèmes «le niieroplione<4. — Le llliriO-

plîonc a été combiné de plusieurs manières, mais la disposition qui adonné à l'instrument le plusdesensi- Lililé est colle qne nous représentons fig. ô9. Dans ce système, on adapte l'un au-dessus de l'aulre sur un prisme v(îrlical de bois M, deux petits cubes de char-

l)on A, B, dans lesquels sont percés deux trous servant de crapaudines à un crayon de charbon C en forme de fuseau, c'est à-dire avec des pointes èmoussées par les deux bouts, et d'une longueur d'environ quatre centimètres; il ne faut pas qu'il soit trop grand afin d'avoir peu d'inertie. Ce crayon appuie par une de ses extrémités dans le trou du charbon inférieur et doit balotter

172 LE TELEPHONE.

dans le trou supérieur qui ne fait que Je maintenir dans une position plus ou moins rapprochée de celle de l'équilibre instable, c'est-à-dire de la verticale. En impreignant ces charbons de mercure par leur immersion à la température rouge dans un bain de mercure, les effets, suivant M. Hughes, sont meilleurs, mais ils peuvent très-bien se produire sans cela. Les deux cubes de charbon sont d'ailleurs munis de contacts métalliques qui permettent de les mettre en rapport avec le circuit d'un téléphone ordinaire, dans lequel est interposée une pile Leclanché de 1 ou 2 éléments ou mieux de 5 éléments Daniell avec une résistance additionnelle intercalée dans le ciicuit.

Pour faire usage de l'appareil, on le place avec la planche qui lui sert de support sur unetnble, en ayant soin d'interposer entre cette planche et la table, pour amortir les vibrations étrangères, plusieurs doubles d'étoffe disposés de manière à former coussin ou, ce qui est mieux, une bande de ouate ou deux tubes de caoulchouc ; alors il sufht de parler devant le système, pour qu'aussitôt la parole soit reproduite dans le téléphone, et si l'on place sur la planche support la montre dont il a été question ou une boite dans laquelle est renfermée une mouche, tous ses mouvements sont entendus. L'appareil est si sensible que c'est à voix peu élevée que la parole s'entend le mieux, et on peut, comme je l'ai déjà dit, l'entendre en parlant à une distance de huit mètres du microphone. Toutefois, quelques précautions doivent être prises pour obtenir les meilleurs résultats avec ce système, et, en outre des coussins que l'on place sous l'appareil, pour le soustraire aux vibrations étrangères qui pourraient résulter de mouvements insolites communiqués à la

LE TELEPHONE. 175

table, il faut encore régler la position du crayon de charbon. Celui-ci doit en effet toujours appuyer en un point du rebord du trou supérieur, mais comme le contact peut être plus ou moins bon, l'expérience seule peut indiquer la meilleure position à lui donner, et pour la trouver on peut employer avantageusement le moyen de la montre. On met alors le téléphone à l'oreille, et on place le crayon dans diverses positions jusqu'à ce qu'on ait trouvé celle donnant les effets maxima. Pour éviter ce réglage qui, avec la disposition précédente, doit être souvent répété, MM. Chardin etBerjot, qui construisent habilement ce modèle de télé- ' phone, lui ont ajouté une petite lame de ressort dont la pression peut être réglée et qui appuie contre le charbon vertical lui-même. Ce système est très-bon.

M. Gaiffe de son côté a donné une forme plus élégante à l'appareil en le construisant comme un appareil de physique. La figure 40 représente l'un des deux modèles qu'il a combinés. Dans ce modèle, les cubes ou dés de charbon A et B sont soulenus par des portecharbons métalliques, dont l'un, E, le supérieur, et mobile sur une colonne de cuivre G et peut être placé dans telle position qu'il convient à l'aide d'une vis de pression V. On peut de cette manière incliner plus ou moins le crayon de charbon et augmenter à volonté la pression qu'il exerce sur le charbon supérieur. Quand le crayon est vertical, l'appareil transmet difficilement les sons articulés, en raison de l'instabilité du point de contact, et des bruissements de toute nature se font entendre; quand il est trop incliné, les sons sont plus purs et plus distincts, mais l'appareil est moins sensible. Il est un degré d'inclinaison qui doit être recherché, et l'expérience l'indique facile-

474 LE TELEPHONE.

ment. Dans un autre modèle, M. Gait'fe substitue au crayon de cliarbon une lame carrée et très-mince de la même matière, taillée en biseau sur ses côtés inférieur et supérieur et pivotant dons une rainure pratiquée dans le charbon inférieur. Cette lame ne fait qu'appuyer contre le cliarbon supérieur sous une légère inclinaison, et dans ces conditions il transmet

l-iK. 40.

beaucoup plus fortement et plus distinctement la parole.

Je dois encore parler d'une autre disposition combinée par le capitaine du génie Carette qui a donné pour les sons non articulés d'excellents résultats. Le charbon verlical a alors la forme d'une poire et repose par son bout le plus gros dans un large trou fait dans le charbon inférieur; son bout supérieur qui est pointu, \ient s'engager dans un petit trou pratiqué

LE TELEPHONE.

dans le charbon supérieur, mais de manière à ne le toucher qu'à peine, et une vis de réglage permet de rapprocher plus ou moins ces deux charbons. Dans C( s conditions, les contacts sont si inslables qu'un rien peut les supprimer, et alors les variations dans i'intei'.sité du courant transmis sont si fortes que les sons

Fis. 41.

produits par le téléphone peuvent s'entendre à plusieurs mèlres.

La figure 41 représente une autre disposition combinée par M. Ducretet. Les deux dés de charbon sont en D, D', le charbon mobile en G, le téléphone en T et les boutons d'attache du circuit en B, B'. Un détail du dispositif des charbons se voit à gauche de l'appareil. Le bras qui porte le charbon supérieur D est adapté à une tige munie d'un plateau P' à surface rugeuse, et une

petite cage G' en toile métallique que l'on pose sur ce plateau permet d'étudier les mouvements d'insoctos vivants.

Quand il s'agit de transmettre la parole assez fortement pour qu'un téléphone puisse se faire entendre dans toute une salle, le microphone doit avoir une disposition particulière, et la figure 42 représente celle qui adonné à M. Huglies les meilleurs résultats; il donne alors à l'appareil le norti de parleur.

Sous cette nouvelle forme le charbon mobile appelé

Fi-. 4-2.

à produire les contacts variables est adapté en C, à l'extrémité d'une bascule horizontale BA pivotant en son point milieu et convenablement équilibrée. Le support sur lequel cette bascule oscille est adapté à l'extrémité d'une lame de ressort pour rendre l'appareil plus susceptible de vibrer, et le charbon inférieur est placé en D au-dessous du premier. Il est constitué par deux fragments superposés afin d'augmenter la sensibilité do l'appareil, et nous avons représenté en E le fragment supérieur qui est soulevé pour montrer qu'on

LE TELEPHONE. 177

peut employer à volonté un seul des deux charbons. Ce charbon E se trouve, à cet effet, collé à une petite lame de papier fixée à la planchette et qui sert d'articulation. Un ressort antagoniste R, dont on peut régler la tension au moyen d'une vis ^ permet de régler la pression des deux charbons. M. Hughes recommande l'emploi de charbons en sapin métallisé. * Le tout est ensuite recouvert d'une enveloppe semi-cylindrique H 1 G en bois blanc, dont les parois sont très-minceos surtout les deux bases, et on fixe le système accompagné d'un autre semblable dans une boîte plate M J L I qui présente du côté M I une ouverture devant laquelle on parle, en ayant soin de placer la lèvre inférieure à deux centimètres du fond de la boîte. Si les deux microphones sont réunis en quantité et si la pile employée se compose de deux élément-s à bichromate de potasse, on agit assez fortement sur le courant, pour que, passant à travers une bobine d'induction de six centimètres seulement de longueur, il puisse faire parler un téléphone du modèle carré de Bell, de manière à être entendu de tous les points d'une salle. Il faut, par exemple, lui adapter un porte-voix de près d'un mètre de longueur. M. Huglies prétend que les sons produits dans ces conditions sont à peu près aussi élevés que ceux du phonographe, et M.W. Thomson m'a confirmé ce fait. Le microphone peut être aussi constitué par des fragments de charbon entassés dans une boîte entre deux électrodes métalliques, ou enfermés d^ns un tube avec deux électrodes représentées par deux fragments

* On obtient ces charbons en chauffant pendant 20 minutes à une températiu-e qu'on élève successivement jusqu'au rouge blanc, des fragments de bois de sapin à libres serrées que l'on enferme dans une boite ou tube de 1er hermétiquement fermé.

de charbon allongés. Dans ce dernier cas, les charbons doivent autant que possible être cylindriques, et ceux que conslruit M. Carré pour les bougies Jablochkotf sont très-bons pour cela. Nous représentons fig. 45 un appareil de ce genre que j'ai fait disposer en instrument par M. Gaiffe, et qui peut, comme nous le verrons à l'instant, servir de thermoscope. Cet instrument est représenté fig. 44, et se compose d'un tuyau

Fi-, 45 et 4i.

de plume rempli de fragments de charbon, dont ceux qui occupent les deux bouts sont moulés dans des garnitures métalliques. L'une de ces garnitures se termine par une vis à large tête qui permet, au moyen des supports A, B, de pousser plus ou moins les charbons dans le tube et, par conséquent, d'établir un contact plus ou moins intime entre les divers fragments de charbon. Quand cet appareil est convenable-

ment réglé, il suffit de parler au-dessus du tu])e pour que la parole soit reproduite. C'est donc un microphone aussi bien qu'un thermoscope. Une chose réellement curieuse que M. Hughes a remarquée, c'est que si on piononce séparémcnl les différentes lettres de i'alpha- })et devant cette sorte de microphone, on constate qu'il en est qui se font beaucoup mieux entendre que d'autres, et ce sont précisément celles qui coircspoiident aux aspirations de la voix.

On peut encore obtenir un microphone de ce genre en remplaçant les fragments de charbon par des poussières plus ou moins conductrices, des limailles métalliques même. J'ai démontré, en effet, dans mon mémoire sur la conductibilité des corps médiocrement conducteurs, que le pouvoir conducteur de ces poussières varie d'une manière considérable avec la pression et avec la température, et comme le microphone est fondé sur les différences de conductibilité résultant des différences de pression, on comprend facilement que ce moyen puisse être employé comme organe de transmission téléphonique. Dans une disposition récente de ce système, M. Hughes a aggloméré ces poussières avec une sorte de gomme, et il en a formé un crayon cylindrique qui, étant relié à deux électrodes bonnes conductrices, a pu fournir des effets analogues à ceux dont nous avons parlé précédemment. Comme on l'a vu, toutes les limailles métalliques peuvent être employées,. mais M. Hughes donne la préférence à la poussière de charbon.

D'après M. Blyth, une boite plate d'environ quinze pouces sur neuf, remplie de ces charbons échappés à la combustion que l'on appelle en Angleterre cmclers gas^ et aux deux extrémités de laquelle sont fixées

deux électrodes de fer-blanc, est une des meilleures dispositions de microphones. Suivant lui, trois de ces appLireils suspendus comme des tableaux contre les murs d'une chambre auraient suffi, sous l'inlluence d'un seul élément Leclanché, pour faire entendre dans le téléphone tous les bruits produits dans la chambre, et surtout les airs chantés. M. Blyth prétend même qu'on peut construire un microphone capable de transmettre la parole avec un simple charbon relié au ul du circuit par ses deux bouts, mais il faut que ce charbon soit un cimier gas; un charbon de cornue pourvu de pinces d'attache à ses deux extrémités, ne pourrait produire cet effet.

L'un des effets les plus intéressants de ces sortes de microphones, c'est qu'ils peuvent fonctionner sans pile, du moins, si on les dispose de manière à former eux-mêmes l'élément voltaïque, et pour cela, il suffit de verser de l'eau sur les charbons. iM. Blyth qui a parlé le premier de ce système, n'indique pas nettement sa (iisposilion, et on peut supposer que son appareil n'était autre que celui que nous avons décrit précédemment, auquel il aurait ajouté de l'eau. J'ai répété cette expérience en employant des électrodes zinc et cuivre et des fragments un peu gros de charbon de cornue, et j'ai parfaitement réussi. J'ai, en effet, pu transmettre de cette manière, non-seulement tous les sons de la montre et de la boîte à musique, mais encore la parole qui se trouvait même souvent plus nettement exprimée qu'avec un microphone ordinaire, car on n'entendait par les crachements qui accompagnent souvent les transmissions téléphoniques de ce dernier. M. Blyth prétend aussi que l'on peut obtenir de cette manière la transmission des sons

LE TELEPHONE. 181

sans que l'appareil soit pourvu d'eau; mais il croit que c'est à l'huiuidité de l'haleine de celui qui parie qu'il faut attribuer ce résultat. 11 est certain qu'il ne faut pas beaucoup d'humidité pour mettre en action un couple voltaïque, surtout quand on a pour appareil révélateur un téléphone. Du res'e le m.icrophone ordinaire peut être lui-même employé sans pile, si le circuit dans lequel il est interposé est en communication avec le sol par l'intermédiaire de plaques de terre; les courants telluri(iues qui traversent alors le circuit sont suflisanis pour que les battements d'une montre posée sur le microphone soient parfaitement perceptibles. M. Cauderay, de Lausanne, dans une note envoyée à l'Académie des sciences, le 8 juillet 1878, annonce qu'il a fait cette expérience sur un fil télégraphique réunissant l'hôtel des Alpes à Montreux, à un châlet situé à 500 mètres de là, sur la colline.

Le microphone employé comme orjs^ane parlant. —

Le microphone peut non-seulement transmettre la parole, mais il peut encore dans certaines conditions la reproduire et être substitué par conséquent au télé phone récepteur. Celle fois c'est à n'y rien comprendre, car c'est seulement dans des variations d'intensité de courant qu'il faut chercher une cause du mouvement vibratoire produit dans Tune des parties du circuit lui-même, et il n'y a plus alors à invoquer des effets d'attiaclion et d'aimantation. Est-ce aux répulsions qu'exercent entre eux les éléments contigus d'un môme courant qu'il faut rapporter cette action? Ou bien faut-il la considérer comme étant de la môme nature que celle qui fait émettre des sons à un lil de fer lorsqu'il est traversé par un courant intcriompu? un

courant électrique esl-il lui-même un mouvement vibt'atoire, comme l'admcr M. Hughes? Voilà des questions auxquelles il est bien difficile de répondre dans l'état actuel de la science; toujours est-il que le l'ail existe, et ce sont MM. lliiglies, Blyth et Robert 11. Courtcnay et môme M. Edison, qui, chacun de leur côté, \icnucnt de le faire connaître; moi-même j'ai pu le vérifier dans les conditions expérimentales indiquées par M. Hughes, mais je n'ai pas été aussi heureux quand j'ai voulu répéter les expériences de M. Blyth. Suivant ce savant il suffirait, pour entendre la parole dans le microphone, d'employer le modèle à fragmenisde charbon dont nous avons parlé précédemment, d'yjoindrc comme appareil transmetteur un second microphonedu môme genre, et d'introduire dans le circuit une pile de deux éléments deGrove. Alors si on parle au-dessus des charbons de l'un des microphones, on devrait entendre distinctement la parole en approchant l'oreiHe du second, et l'importance des sons ainsi reproduits serait en rapport avec l'intensité de la source électrique employée. Toutefois, comme je le disais, je n'ai pu, en m'y prenant de cette manière, entenih^e aucun son et encore moins la parole, et si d'autres expériences ne m'avaient pas convaincu, j'aurais douté de l'authenlicité du fait annoncé. Mais cette expérience négative ne prouve en définitif rien, car il est possible que je me sois placé dans de mauvaises conditions, et que les escar6i7/^s que j'employais ne fussent pas dans les mêmes conditions que les cimiers gas de M. Blyth.

Quant aux expériences de M. Hughes, je les ai répétées avec le microphone de MM. Chardin et Berjot, relié avec celui de M. Gaiffe employé comme transmet-

LE TKLEIMIUXE.

tciir, et j'ai reconnu qu'avec une pile de quatre éléments Leclanclié, seulement, tous les grattementseffectués sur le microphone de M. Gaiffe et môme les trépidations et les airs résultant du jeu d'une petite boite à musique placée sur cet appareil, étaient reproduits, très-faiblement il est vrai, dans le second microphone: pour les percevoir il suffisait de coller l'oreille contre la planchette verticale. La parole n'était pas reproduite il est vrai , mais M. Hughes m'en avait prévenu ; l'appareil ainsi disposé n'était pas évidemment assez sensible.

Pour reproduire la parole par ce système et pour la transmettre, il faut

une autre disposition du microphone, et celle qui a lig. a:i donné les meilleurs

résultats à M. Hughes est représentée, vue en coupe, fig. 45. C'est un peu le microphone parleur de M. Hughes, disposé verticalement et dont le charbon fixe est collé au centre de la membrane tendue d'un téléphone à ficelle. Le cornet de ce téléphone est représenté en A, la membrane en DD, et le charbon en question en C; ce charbon est en sapin carbonisé et métallisé ainsi que le double charbon E qui est en contact avec lui el qui est

184 LE TELEPHONE.

adapté à l'extrémité supérieure de la bascule G I. Le tout est renfermé dans une petite boite, et l'on règle la pression exercée au contact des deux charbons au moyen d'un ressort antagoniste R et d'une \is H. C'est alors le cornet du téléphone qui sert de cornet acoustique pour entendre, et c'est le parleur de M. Hughes décrit page 176 qui sert de transmetteur. Inutile de dire que deux appareils de ce genre sont placés aux deux bouts du circuit, que les charbons sont reliés aux deux pôles d'une pile de un ou deux éléments à bichromate de potasse ou de Bunsen ou de deux éléments Leclanché, et que les deux appareils sont reliés par le fil de ligne.

Dans ces conditions, une conversation peut être échangée, mais les sons sont toujours beaucoup moins accentués que dans le téléphone.

J'ai pu constater ce fait avec un appareil grossier apporté d'Angleterre par M. Hughes. MM. Berjot, Chardin et de Méritons qui étaient présents aux expériences, ont pu comme moi parfaitement entendre la parole, et j'ai depuis répété moi-môme l'expérience avec succès ; mais elle ne réussit pas toujours et, dans ses conditions actuelles, l'appareil ne présente d'importance qu'au point de vue scientilique. On le construit chez MM. Chardin et Berjot.

On comprend facilement que l'appareil peut se passer de support, et la petite boîte forme alors le manche de l'instrument; les deux boulons d'attache sont disposés dans ce cas au bout de ce manche, comme dans un téléphone.

Le parleur microphonique à plaque que nous avons représenté lig. 5 et qui sert de transmetteur au condensateur chantant, peut être employé, avec un réglage

LE TELEPHONE. 185

convenable, comme un microphone récepteur. De son côté, M. Berjot a obtenu de bons résultais d'un petit appareil du môme genre que celui de la fig. 45, mais dont le diaphragme est métallique, et dont le système microphonique est composé d'une bascule en charbon cyHndrique appuyant sur un petit disque de la môme matière galvanisé et sondé sur le diaphragme. Le tout est renfermé dans une petite boîte ronde dont la partie supérieure est taillée en forme d'embouchure.

11 paraît du reste que tous les transmetteurs microphoniques à plaques peuvent reproduire plus ou moins bien la parole; c'est une question de réglage et de nettoyage des points de contact des deux charbons. Pour ces appareils, une faible pile (un élément Leclanché) vaut mieux qu'une pile énergique, précisément à cause des effets d'oxydation et de polarisation qui se produisent énergiquement à ces points de contact quand la pile est un peu forte.

Les effets du microphone récepteur expliquent les sons souvent très-intenses déterminés par les bougies Jablochkoff quand elles sont actionnées par des machines magnéto-électriques. Ces sons vibrent toujours à l'unisson de ceux émis par la macbine elle-même, ei ceux-ci proviennent, comme je l'ai déjà démontré, des aimantations et des désaimantations rapides des organes magnétiques qui sont mis en jeu par cette machine. Ces effets, remarqués par M. Marcel Deprez étaient particulièrement caractérisés avec les premières machines de M. de Méritens.

Autres dispositions de inieropiiones. — Une disposition du genre de celle que nous venons de décrire a été employée par M. Carettc pour constituer un parleur

186 LE TELEPHONE.

microphone extrêmement énergique ; seulement au lieu d'une membrane tendue, il emploie une plaque métallique mince ; il colle Tun des charbons au centre de cette plaque et adapte devant lui Tautrc charbon qui est taillé en pointe et porté par un système de portecharbon à vis de réglage au moyen duquel on peut régler comme on le veut la pression exercée entre les deux charbons. Avec cette disposition, la parole peut être entendue à distance du téléphone récepteur. Elle est, du reste, analogue à celle du transmetteur téléphonique que nous avons décrit p. 27.

En exécutant dans de grandes dimensions le système représenté, fig. 45, et formant le cornet AB avec un grand entonnoir en zinc de près de un mètre de longueur, 1\I. de iMéritens a pu parvenir à amplifier assez les sons de la parole pour qu'une conversation faite à voix basse à trois ou quatre mètres de cet instrument, ait été reproduite dans un téléphone d'une manière plus sonore et plus distincte. L'appareil était placé sur le plancher de l'appartement, l'ouverture de l'entonnoir en haut, et le téléphone était dans les caves de la maison.

On a du reste varié de mille manières la forme du microphone suivant les applications auxquelles on veut l'approprier. C'est ainsi que nous voyons dans VEnglish Mechanic and WoiM of Science^ du 28 juin 1878, les dessins de plusieurs dispositions dont l'une est spécialement applicable à l'audition des pas d'une mouche ; c'est une boîte à la partie supérieure de laquelle est tendue une feuille de papier végétal; deux charbons séparés par un petit morceau de bois et mis en rapport avec les deux fils du circuit y sont collés, et un troisième charbon allongé, placé en croix sur les

LE TELEl'lIONE. 187

deux autres, se trouve maintenu dans cette position par une rainure pratiquée dans ceux-ci. Une pile trèsfaible suffit pour faire fonctionner cet appareil, et la mouche se promenant sur la feuille de papier, détermine des vibrations assez fortes pour fan-e réagir énergiquemen( un téléphone ordinaire. Il faut alors recouvrir l'appareil d'un globe de verre. En plaçant une montre sur la membrane et en ayant soin d'appuyer son bouton sur le morceau de bois séparant les deux charbons, le bruit de ses battements peut être entendu dans toute une salle. On peut encore, au lieu de l'arrangement de charbons décrit plus haut, employer deux cubes de charbon juxtaposés et séparés seulement par une carte à jouer. Une cavité semisphérique pratiquée à la partie supérieure de cette masse entre les deux charbons et dans laquelle on place quelques petites boules de charbon d'une grosseur intermédiaire entre celle d'un pois et celle d'une graine de moutarde, permet d'obtenir des contacts multiples excessivement mobiles et éminemment propres à des transmissions téléphoniques. Ces dispositions ont été combinées par M. T. Cuttriss.

Il est encore beaucoup d'aulres dispositions de microphones imaginées par différents constructeurs et inventeuis qui donnent des résultais plus ou moins satisfaisants, telles sont celles de MM. Varey, Trouvé, Yercker, de Combettes, Loiseau, Lippens, de Courtois, Pollard, Voisin, Dumont, M. Jackson, Ed. Paterson, Taylor, etc., etc.

Parmi ces appareils nous décrirons seulement ceux de MM. Varey, Trouvé, Lippens et de Courtois, qui sont les plus intéressants.

Le microphone de M. Varey se compose d'une boîte

LE TELEPHONE.

sonore en sapin, montée verticalement sur un pied et sur les deux côtés de laquelle sont disposés deux microphones à charbons verticaux réunis en tension. Un petit élément à chlorure d'argent, sans liquide, de Gaiffe, est adapté dans le pied de l'appareil et suffit parfaitement à le faire fonctionner. Ce système est d'une extrême sensibilité.

Les microphones de M. Trouvé, que nous représentons fig. 46, 47, 48, sont de la plus grande simplicité, ce qui a permis de les livrer dans le commerce à un prix très-peu élevé, l's se composent géiiéralcuient d'une

Fi-. IC.

petite boîte cylindrique verticale telle que celle que l'on distingue fig. 46, dont les deux bases sont munies de disques de charbon, que réunit une tige de charbon ou un tube métallique t(*rminé par deux pointes de charbon. Cette tige ou ce tube pivote librement dans deux trous pratiqués dans les charbons, et la boite, agissant comme une caisse sonore, permet en même temps de servir de prison aux insectes dont on veut étudier les mouvements et les bruits.

Ces boites peuvent être suspendues à une potence

LE TELEPHONE. 189

(fig. 47) par les deux fils de communicalion, pour les rendre complètement isolées. On entend alors à peine le bruit de la montre placée sur la planchette, ainsi que les bruits de frottement ou de choc extérieurs; mais, par contre, les vibrations sonores de l'air sont seules transmises, et acquièrent une grande nettelè. Nous avons souvomI répété ces expériences, et nous

Fig. 17.

avons toujours trouvé le timbre de la voix absolument conservé.

Le modèle représenté fig. 48, est encore plus simple et semble être la dernière expression d'un appareil de ce genre. Il se compose d'un pied et d'un disque réunis par une tige centrale.

Le disque supérieur est mobile autour de la tige centrale, et permet de doifner toutes les inclinaisons que l'on veut au charbon vertical. On comprend trèsbien que plus le charbon sera oblique, moins l'appareil sera sensible.

LE TELEl'lIO.NE.

Nous devrons encore signaler une disposition de microphone imaginée par M. Lippens qui fournit des résultats excellents. G'e-t une sorte de boîte mime dans le génie de celle de M. Varey, sur les faces opposées de laquelle sont adaptées, dans deux encadrements évidés à cet effet, deux lamos minces de caoulchouc durci au centre desquelles sont collées, en dedans de la boile, deux charbons dont la surface antérieure est creusée en forme de demi-sphère. Ces deux charbons sont éloignés l'un de l'autre de deux millimètres à

Fi'-. iS.

peine, et une boule de charbon est introduite dans les deux cavités qui forment autour d'elle comme une enveloppe sphérique. Cette boule est soutenue par un ressort à boudin qu'on peut tendre plus ou moins au moyen d'un fil enroulé sur un treuil fixé au haut de l'appareil, comme les ressorts antagonistes des télégraphes électriques. Au mo^en de ce ressort, on peut augmenter à volonté la pression de la boule de charbon contre les parois des cavités qui la contiennent, et on peut rendre l'appareil plus ou moins sensible et plus ou moins propre à transmettre la parole. Dans ces

conditions, ce sont les vibrations des lames de caoutchouc qui impressionnent directement le microphone, et les courants d'air n'ont plus d'action sur lui, ce qui rend ses effets plus nels. 11 est si sensible que pour le faire le mieux parler il faut se placer à 50 centimètres au moins de l'appareil.

M. Lippens en a fait du reste un joli instrument, qui est monté sur un pied en bois élégamment tourné.

Pour éviter les crachements des microphones ordinaires, M. de Courtois a eu Fidée d'empêcher toute disjonction du contact entre les charbons, en les maintenant constamment appuyés l'un sur l'autre et en n'effectuant les variations de résistance nécessaires à l'articulation du son, qu'en les faisant glisser l'un sur l'autre de manière à interposer dans le circuit une longueur de charbon plus ou moins grande. A cet effet, il adapte à une lame vibranle placée verticalement et soutenue dans un cadre rigide, une petite tige conductrice terminée par un charbon taillé en coin, et fait appuyer la partie pointue de ce charbon sur le bord d'un autre charbon plat disposé au dessous. Sous l'influence des vibrations de la lame, le charbon en coin accomplit une série d'allées et de venues qui fournissent des contacts plus ou moins étendus avec le charbon inférieur, et qui déterminent par conséquent des variations de résistance à peu près proportionnelles à l'amplitude des vibrations de la lame.

Expériences faites avec le microphone. — 11 me

reste maintenant à indiquer les expériences intéressantes qui ont conduit M. Hughes à l'instrument remarquable dont nous venons de parler et celles qui ont été entreprises par d'autres savants, soit au

192 LE TELEPIIOiNE.

point de vue scientifique, soit au point de vue pratique.

Considérant que la lumière et la chaleur peuvent modifier la conductibilité électrique des corps, M. Hughes s'est demandé si des vibrations sonores transmises à un conducteur traversé par un courant ne modifieraient pas aussi cette conductibilité, en provoquant des contractions et des dilatations des molécules conductrices qui équivaudraient à des raccourcissements ou à des allongements du conducteur ainsi impressionné. Si cette propriété existait réellement, elle devait permettre de transmettre les sons à distance, car de ces variations de conductibilité devaient résulter des variations proportionnelles de l'intensité d'un couiant agissant sur un téléphone. L'expérience qu'il fit sur un fil métallique tendu n'a pas répondu toutefois à son attente, et ce n'est que quand le fil dut vibrer assez fortement pour se rompre, qu'il entendit un son au moment de la rupture. En rejoignant les deux bouts du fil, un son se produisit encore, et il reconnut bientôt que pour en obtenir, il suffisait d'un contact imparfait entre les deux bouts disjoints du fil. Il devint dès lors manifeste, pour M. Hughes, que les effets qu'il prévoyait ne pouvaient se produire qu'avec un conducteur divisé et par suite de contacts imparfaits.

H rechercha alors quel était le degré de pression le plus convenable à exercer entre les deux bouts rapprochés du fil pour obtenir le maximum d'effet , et pour cela il effectua cette pression à l'aide de poids. Il reconnut que, quand elle était légère et qu'elle ne dépassait pas celle d'une once par pouce carré, au point de jonction, les sons étaient reproduits distinc-

LE TELEPHONE.

tement, mais d'une manière un peu imparfaite ; en modifiant les conditions de l'expérience, il put s'assurer bientôt qu'il n'était pas nécessaire, pour obtenir ce résultat, que les fils fussent réunis bout à bout, et qu'ils pouvaient être placés côte à côte sur une planche ou même séparés (mais avec addition d'un conducteur posé en croix sur eux), pourvu que les métaux en contact fussent du fer et qu'une pression légère et constante pût les réunir métalliquement. L'expérience

Fi g. 49.

fut faite avec trois pointes de Paris disposées comme on le voit fig. 49, et elle a été répétée depuis, dans de meilleures conditions par M. Willoughby-Smith, avec trois limes dites queues-de-rat qui permirent de transmettre le bruit d'une faible respiration ^

1 M. 'NVillougliby-Smitli a varié encore cette expérience en plaçant sur les bouts disjoints du circuit qu'il disposait angulairement l'un par rapport à l'autre, un paquet de fils de soie cuivrés. Dans ces conditions, l'appareil devenait tellement sensible, que le courant d air résultant d'une lampe placée au-dessous du système, détenninait un crépitement très-accentué dans le téléphone.

LE TÉLÉrUO'E. 43

l'.)l LE TÉLÉPIIONK.

Il essaya ensuite différentes combinaisons de ce genre présentant plusieurs solutions de continuité, et une chaîne d'acier lui fournit d'assez bons résultats ; mais les légères inflexions, c'est-à-dire le timbre de la voix, manquaient, et il dut chercher d'autres dispositions. Il essaya d'abord d'introduire aux points de contact des poudres métalliques ; la poudre de zinc et d'élain connue dans le commerce sous le nom de bronze blanc, améliora beaucoup les effets obtenus ; mais ils n'étaient pas stables à cause de l'oxydation des contacts, et c'est en essayant de résoudre cette difficulté ainsi qu'en cherchant la disposition la plus simple pour obtenir une pression légère et constante sur ces contacts, que M. Hughes fut conduit à la disposition des charbons mercurisés décrite précédemment \ laquelle donna les effets maxima.

L'importance de l'effet obtenu dans le microphone dépend du reste, d'après M. Hughes , du nombre et de la perfection des contacts, et c'est sans doute pour cela

^ Voici ce que dit M. Hughes, relativement à cette disposition : « Le charbon, en raison de son inoxydabilité, est un corps précieux pour ce genre d'applications. En y alliant le mercure, les effets sont beaucoup meilleurs. Je prends pour cela le charbon employé par les artistes pour leurs dessins, je le chauffe graduellement an blanc, et le plongeant ensuite tout d'un coup dans le mercure, ce métal s'introduit instantanément en globules dans les pores du charbon et le métallisé pour ainsi dire. J'ai essayé aussi du charbon recouvert d'un dépôt de platine ou imprégné de chlorure de platine, mais je n'ai pas eu un effet supérieur à celui que j'obtenais par le moyen précédent. Le charbon de sapin chautlé à blanc dans un tube de fer contenant de létain et du zinc ou tout autre métal s'évaporant facilement, se trouve également métallisé, et il est dans de bonnes conditioos si le métal est à l'état de grande division dans les pores de ce corps, ou s'il n'entre pas en combinaison avec lui. Le fer, introduit de cette manière dans le charbon, est un des métaux qui m'a donné les meilleurs effets. Le charbon de sapin, quoique mauvais conducteur, acquiert de cette manière un grand pouvoir conducteur. »

LE TELEPHONi:. 105

que certaines positions du crayon, dans l'appareil qui a été décrit plus haut , sont plus favorables que d'au- Ires.

Pour concilier les résultats de ses expériences avec les idées qu'il s'était faites, M. Hughes pensa que si les différences de résistance provenant des vibrations du conducteur n'étaient pas produites quand ce conducteur était entier, c'est que les mouvements moléculaires se trouvaient arrêtés par des résistances latérales égales et contraires, mais qu'il suffisait qu'une de ces résistances n'existât pas pour que le mouvement moléculaire put se développer librement. Or un mauvais contact équivalait, selon lui, à la suppression de l'une de ces résistances, et du moment où ce mouvement pouvait se produire, les dilatations et conlractions moléculaires qui étaient la conséquence des vibrations, devaient correspondre à des accroissements ou à des affaiblissements de résistance du circuit. Nous ne suivrons pas davantage M. Hughes dans cette théorie, qui serait assez longue à développer, et nous allons continuer notre examen des différentes propriétés du microphone ^

Le charbon, comme nous l'avons déjà dit, n'est

' Suivant M. Hughes, les vibrations qui affectent le microphone, même quand on parle à distance de l'instrument, ne proviendraient pas de Taction directe des ondes sonores sur les contacts du microphone, mais des vibrations moléculaires déterminées par elles sur la planche servant de support à l'appareil; il montre, en effet, que plus cette planche présente de surface, plus les sons produits par le microphone sont intenses, et (ju'en enfermant le microphone de son parleur dans une enveloppe cylindrique, il n'eu diminue pas beaucoup la sensibilité, si la boite qui renferme le tout présente une certaine surface. C'est pour auf,'mcnter encore, à ce point de vue, la sensibilité de ses appareils, qu'il adapte la monture sur laquelle pivote la pièce mobile du parleur et du récepteur microphonique sur une lame de ressort.

496 LE TELEPIIO>'E.

pas la seule substance qu'on peut employer à composer l'organe sensible de ce système de transmetteur, M. Hugbes a essayé d'autres substances et môme des corps très-conducteurs, tels que les métaux. Le fer lui a donné d'assez bons résultats, et l'effet produit par des surfaces de platine dans un grand état de division a été égal, sinon supérieur, à celui fourni par le charbon mercurisé. Toutefois, comme avec ce métal on rencontre plus de difficultés dans la construction des appareils, il donne la préférence au charbon qui, comme lui, jouit de l'avantage de l'inoxydabilité.

Nous avons dit en commençant que le microphone pouvait être employé comme thermoscope : mais il doit avoir alors la disposition particulière que nous avons représentée fig. 45. Dans ces conditions, la chaleur, en réagissant sur la conductibilité de ces contacts, peut faire varier dans de si grandes proportions la résistance du circuit, qu'en approchant la main du tube, on peut annuler le courant de trois éléments Daniell.Il suffit, pour apprécier l'intensité relative de différentes sources de chaleur, exposées devant l'appareil, d'introduire dans le circuit des deux électrodes A etB, fig. 45, une pile P de un ou deux éléments Daniell et un galvanomètre un peu sensible G. Un galvanomètre de cent vingt tours est suffisant pour cela. Quand la déviation diminue, c'est que la source calorifique est supérieure à la température ambiante ; quand elle augmente c'est qu'elle est inférieure. « Les effets résultant de l'intervention du soleil et de l'ombre se traduisent sur cet appareil, dit M. Hughes, par des variations considérables dans les déviations du galvanomètre. 11 est même impossible de le tenir en repos,

tant il est sensible aux moindres variations de la température. »

J'ai répété avec un seul élément Leclanché les expériences de M. lïughes, et j'ai, pour cela, employé un tuyau déplume rempli de cinq fragments de charbon, provenant d'un des charbons cylindriques de petit diamètre que fabrique M. Carré pour la lumière électrique. J'ai bien obtenu les résultats qu'il indique; mais je dois dire que l'expérience est assez délicate. En effet, quand les fragments de charbon sont trop serrés les uns contre les autres, le courant passe avec trop de force pour que les effets calorifiques puissent faire varier la déviation galvanométrique; quand ils sont trop peu serrés, le courant ne passe pas. Il est donc un degré moyen de serrage qui doit être effectué pour que les expériences réussissent, et quand il est obtenu, on observe en approchant la main du tube, qu'une déviation qui était de 90° diminue au bout de quelques secondes et semble être en rapport avec le rapprochement plus ou moins grand de la main. Mais c'est l'haleine qui produit les effets les plus marqués, et je ne serais pas éloigné de croire que les déviations plus ou moins grandes que provoquent les émissions des sons articulés quand on prononce séparément les différentes lettres de l'alphabet, proviendraient d'une émission plus ou moins grande et plus ou moins directe des gaz échauffés sortant de la poitrine. Ce qui est certain, c'est que ce sont les lettres qui provoquent les sons les plus accentués telles que, A, F, H, I, K, L, M, N, 0, P, R, S, W, Y, Z, qui déterminent les plus fortes déviations de l'aiguille galvanométrique.

Dans mon mémoire sur la conductibilité des corps médiocrement conducteurs, j'avais déjà signalé cet

198 LE TELEPHONE.

effet de la chaleur sur les corps divisés, et j'avais de plus montré que, après une certaine déviation rétrograde qui se produisait toujours au premier moment, il se manifestait un mouvement en sens inverse de l'aiguille galvanométrique qui accusait, au bout de quelques instants de chauffage, une dévialion bien supérieure à celle indiquée primitivement.

Dans une note publiée dans le Scientific American du 22 juin 1878, M. Edison donne quelques détails intéressants sur l'application de son système de transmetteur téléphonique à la mesure des pressions, des dilatations et autres forces capables de faire varier la résistance du disque de charbon de cet appareil par suite d'une compression plus ou moins forte. Comme les expériences qu'il fit à ce sujet remontent au mois de décembre 4877, il en conclut encore qu'il a la priorité de l'invention du microphone employé comme thermoscope ; mais nous devons lui faire observer que, d'après la manière dont M. Hughes a disposé son appareil, l'effet produit par la chaleur est précisément inverse de celui qu'il signule. En effet, dans le dispositif adopté par M. Edison, la chaleur agit par une augmentation de conductibilité qu'acquiert le charbon sous l'influence d'une augmentation de pression déterminée par la dilatation d'un corps sensible à la chaleur; dans le système de M. Hughes, la chaleur provoque un effet diamétralement opposé, parce qu'elle n'agit alors que sur des contacts et non par effet de pression. Aussi la résistance du microphone thermoscope se trouve augmentée sous l'influence de la chaleur au lieu d'être diminuée. Cet effet différent tient à la division du corps médiocrement conducteur, et j'ai démontré que, dans ces conditions, ces corps, quand

LE TELEl'HONE. 190

ils ne sont chauffés que faiblement, déterminent toujours un affaiblissement dans l'intensité du courant qu'ils transmettent. Je crois du reste, que la disposition de M. Edison est meilleure comme appareil thermoscopique et permet de mesurer des sources calorifiques beaucoup moins intenses. S'il faut l'en croire, on pourrait avec son appareil non-seulement mesurer la chaleur du rayonnement lumineux des étoiles, de la lune et du soleil, mais encore les variations de l'humidité de Tair et de la pression barométrique.

Cet appareil, que nous représentons fig. 50 avec ses différents détails et avec la disposition rhéostatique employée pour les mesures, se compose d'une pièce métallique A fixée sur une planchette C, et sur l'un des côtés de laquelle est adapté le système de disques de platine et de charbon D décrit page 78. Une pièce rigide G munie d'une crapaudine soutient extérieurement ce système, et on introduit dans cette crapaudine l'une des extrémités effilées d'un corps susceptible d'être impressionné par la chaleur, l'humidité ou la pression barométrique. L'autre extrémité est soutenue par une seconde crapaudine I adaptée à un écrou H susceptible d'être plus ou moins serré par une vis de réglage. Si on introduit ce système dans un circuit galvanométrique abcig muni de tous les instruments de mesure électrique, les variations de longueur du corps interposé se traduisent par des déviations de l'aiguille galvanométrique plus ou moins grandes, qui sont la conséquence des différences de pression résultant de l'allongement ou du raccourcissement du corps dilatable interposé dans le circuit sur l'appareil.

Les expériences du microphone failes à la séance de la Société des ingénieurs télégraphistes de Londres,

le 25 mai dernier, ont admirablement réussi et ont été

l'occasion d'un article inléressant dans VEngineering

Fier. 50.

du ol mai, dans lequel on constale que toute l'assemblée a pu entendre parler le téléphone, dont la voix se rapprochait beaucoup de celle du phonographe.

LH TELEl'ilO.NE. 201

Quand on annonça que ces paroles avaient été prononcées à une dislance assez grande du microphone, le duc d'Argyle, présent à la séance, tout en admirant rimportance de la découverte, ne pût s'empêcher de s'écrier que celte invention pourrait avoir des conséquences terribles, « ainsi, par exemple, dit-il, nous sommes à Downing-street, et je ne puis m'empêcher de penser que si un des appareils du professeur Hughes était placé dans la pièce où les ministres de Sa Majesté sont en conférence, nous pourrions entendre d'ici tous les secrets de cabinet. Si un de ces petits appareils pouvait être mis dans la poche de mon amiSchouvaloff ou bien dans celle de lord Salisbury, nous serions tout à coup en possession de ces grands secrets que tout ce pays et toute l'Europe attendent avec une si grande anxiété. Si l'assurance qu'on donne que ces appareils sont susceptibles de répéter toutes les conversations qui peuvent se faire dans une pièce où ils sont placés, cela pourrait constituer un véritable danger, et je pense que le professeur Hughes qui a inventé ce magnifique et en même temps si dangereux instrument, devraitrechercher maintenant un antidote à sa découverte. » D'un autre côté, le docteur Lyon-Playfair pense que le microphone devrait être appliqué à l'aérophone, pour qu'en plaçant ces instruments dans les deux chambres du parlement, les discours des grands orateurs puissent être entendus par toute une population sur une étendue de quatre à cinq milles carrés.

Les essais du microphone faits récemment à llarlifax et qui ont été rapportés dans les journaux anghiis, montrent que les prévisions du duc d'Argyle étaient parfaitement justifiées. Il paraîtrait en effet qu'un dimanche un microphone ayant été placé sur la de-

20^ LE TELEPHONE.

vanture de la chaire d'un prédicateur à l'église d'Harlifax, et cet instrument étant relié par un fil de 5 kilomètres à un téléphone placé près du lit d'un malade, habitant un château \oisin, ce malade a pu entendre toutes les prières, les cantiques et le sermon. M. Hughes, qui m'avait communiqué cette nouvelle, m'assurait qu'elle lui avait été donnée par des personnes dignes de foi, et nous apprenons maintenant qu'il y a sept abonnés pour jouir de l'avantage d'écouter les offices d'IIarlifax, sans se déranger.

Le microphone a été aussi appliqué dernièrement à la répétition à distance d'un opéra tout entier, et voici ce que dit à cet égard le Journal télégraphique de Berne du 25 juillet :

«Le 19 juin dernier a eu lieu à Bellinzona (Suisse) une curieuse expérience micro-téléphonique. Une troupe italienne de passage devait donner ce jour-là, au théâtre de cette ville, l'opéra de Donizetti, Don Pasquale. M. Patocchi, inspecteur adjoint du Vf arrondissement télégraphique de la Suisse, a eu l'idée de profiter de cette occasion, pour expérimenter les effets combinés du microphone à charbon de Hughes comme appareil transmetteur et du téléphone de Bell comme appareil récepteur. A cet effet, il installa dans une loge de premier rang, à côté du proscenium, mi microphone Hughes qu'il relia au moyen de deux lils de 1. l/"2 millimètres de diamètre à quatre récepteurs BeU disposés dans mie salle de billard, au-dessus du vestibule du théâtre même, salle où ne parvient aucun des bruits de l'intérieur du théâtre. Dans le circuit, et près du microphone de Hughes, était intercalée une petite pile de deux éléments du modèle ordinaire de l'administration suisse.

« Les résultats ont été aussi heureux et aussi complets que possible. Les téléphones reproduisaient exactement, avec une clarté et une netteté merveilleuse, aussi bien les sons de Torcheslre que le chant des artistes. Plusieurs spectateurs ont constaté, avec M. Patocchi, que l'on ne perdait pas une note des

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instruments ou des voix, qu'on distinguait parfaitement les mots prononcés, que les airs étaient reproduits dans leur ton naturel, avec toutes leurs nuances, les picuio comme les forte, les motifs doux comme les passages de force, et plusieurs dileltanli amateurs ont même assuré à M. Patocchi que, par celte seule audition au moyen des téléphones, Ton pouvait apprécier les beautés musicales, les qualités des voix des artistes et généralement juger de la pièce elle-même, comme pouvaient le faire les spectateurs à l'intérieur du théâtre.

« Les résultats ont été les mêmes en introduisant dans le circuit des résistances jusqu'à 10 kilomètres sans augmenter le nombre des éléments de la pile. C'est, croyons-nous, la première expérience de ce genre qui ait été faite en Europe, du moins, dans un théâtre et sur un opéra complet ; et ceux qui connaissent toute la légèreté et la grâce des mélodies de don Pasquale, apprécieront à quelle sensibilité doit atteindre la combinaison du microphone de Hughes et du téléphone de Bell, pour ne rien laisser perdre des délicatesses de cette musique.»

Les expériences avec le microphone, quoique à leur début, ont été cependant très-variées, et nous voyons dans les journaux anglais, entre autres expériences curieuses, qu'on a voulu établir sur le même principe un appareil sensible téléphoniquement aux variations d'une source lumineuse. On sait que certains corps et particulièrement le sélénium sont impressionnables électriquement à la lumière, c'est-à-dire que leur conductibilité peut varier dans d'assez grandes proportions suivant la quantité plus ou moins grande de lumière qui les éclaire. Or si on fait passer brusquement un circuit dans lequel est interposé un corps de celte nature, de l'obscurité à un éclairement un peu intense, il doit résulter de l'augmentation subit de résistance qui en est la conséquence, un son énergique dans un téléphone interposé dans le circuit. C'est en effet ce que l'expérience a démontré, et M. Willoughby-Smith en tire la

conséquence que, conformément à ce que nous avons dit plus haut, les effets produits dans le microphone sont la conséquence de variations de résistance dans le circuit par suite de contacts plus ou moins intimes entre conducteurs imparfaits.

Pour obtenir l'effet précédent dans ses meilleures conditions, M. Siemens emploie deux électrodes composées par des réseaux de fils de platine très-fms enchevêtrés les uns dans les autres, à la manière de deux fourchettes dont les dents seraient intercallées dans leurs intervalles réciproques. Ces électrodes sont introduites entre deux lames de verre, et une goutte de sélénium versée au centre de ces réseaux, les réunit sur une surface circulaire assez élendue pour établir une conductibilité suffisante dans le circuit. Or c'est sur cette goutle ainsi étendue qu'on doit projeter le rayon de lumière.

APPLICATIONS DU ^IICROPHONE.

Les applications du microphone se multiplient tous les jours, et en outre de celles dont nous venons de parler, il en est quelques-unes qui ont un véritable intérêt scientifique et même pratique. De ce nombre sont celles qu'on peut en faire à la télégraphie, comme système de relais, aux études scientifiques pour l'étude des vibrations imperceptibles à nos sens, à la médecine et à la chirurgie, et même à l'industrie.

Applications aux études scientiOqnes. — NoUS aVOnS

VU que bien que plusieurs physiciens, entre autres MM. Spottiswoode. Warwick, Rossetti , Canestrelli, Wiescndanger, Lloyd, Millar, Buchin, Blyth aient pu

distinguer la reproduction de la parole dans un téléphone sans diaphragme de fer, cet effet était tellement difficile à constater que plusieurs personnes en nièrent l'existence. Or, il était à désirer qu'on pût le meltre en évidence d'une manière certaine, et le microphone est venu lort à propos pour fournir ce résultat.

Voici, en effet, ce que nous lisons dans le Telegrayhic- Journal, du 1" septembre 1878 :

« Il restait à M. du Moncel pour réclamer la victoire dans sa lutte avec M. Navez, de prouver qu'en amplifiant les sons qui semblaient inarticulés dans les téléphones sans diaphragme, il pourrait les rendre compréhensibles. Or, c'est ce qu'a fait pour lui M. lïughes en mettant à contribution son microphone. Voici, en effet, les expériences qu'il a entreprises dans ce but.

« l°Si une bobine magnétisante enveloppant un barreau de fer doux est interposée dans le circuit d'un microphone avec une pile de trois éléments, les battements d'une montre et autres sons du même genre peuvent être entendus en approchant l'oreille del'électro- aimant ainsi constitué. Ces sons sont, il est vrai, très-faibles quand ils ne sont pas amplifiés, mais en fixant Télectro-aimant sur une planche et en adaptant sur cette planche un second microphone ; celui-ci amplifie les sons fournis par l'électro-aimant, et on les entend très-distinctement dans le téléphone mis en rapport avec ce second microphone.

« 2" Ces sons peuvent être encore plus amplifiés en appuyant l'une des extrémités du noyau de l'éleclroaimant sur l'un des pôles d'un aimant permanent fixé sur la planche. Alors V articulation de la parole peut être distinguée dans le téléphone mis eu rapport avec le microphone posé sur la planche, et la question dis-

206 LE TELEPHONE.

cutée par MM. Navez el du Moncel se trouve de cette manière complètement résolue; car le microphone auxiliaire ne peut que propager et amplifier la vibration dos sons articulés communiqués par le barreau magnétique de la bobine à la planche sur laquelle les deux appareils sont placés. Par ce moyen ont peut donc rendre perceptibles à M. Navez les sons de la voix transmis par le barreau aimanté d'un téléphone sans diaphragme et lui montrer qu'ils sont bien articulés.

« o" Quand un second barreau aimanté est appuyé sur le pôle libre de Téleclro-aimant de manière à présenter à celui-ci un pôle de non contraire à celui avec lequel il est déjà en communication, en un mot, si on place le barreau entre les deux pôles d'un électroaimant en fer à cheval, les effets sont encore plus marqués, et ici on peut supposer que le second barreau réagit comme une armature en concentrant les lignes de force magnétique dans le voisinage de l'hélice.

« 4" Les deux pôles d'un aimant en fer à cheval étant introduits ensemble à l'intérieur d'une bobine, donnent également des effets énergiques, bien que, par le fait de cette disposition, l'un des pôles puisse neutraliser l'effet de l'autre ; mais les eftèls les plus importants ont été obtenus en plaçant une armature de fer doux en travers des pôles de cet aimant déjà introduits dans la bobine. Dans ces conditions, on entend très-distinctement les sons articulés. »

Ces expériences ont été confirmées par M. F. Varley dans une lettre qu'il a publiée dans le Telecjraphic- Joiirnal, du 15 septembre 1878, et parmi les nouvelles expériences qu'il indique, nous citerons celles qu'il a faites avec un tube de fer placé à l'intérieur d'une hélice et dans lequel se trouvaient introduits les deux

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pùles opposés de deux barreaux aimantés. Ces pcMes n'étaient éloignés l'un de l'autre que d'un pouce, afin de magnétiser fortement la partie centrale du tube de fer. « Cette dernière disposition, dit M. F. Varley, repj^oduit les sons articulés provenant d'un microphone transmetteur, et cette expérience est plus décisive que celle du professeur Hughes, car avec cette dernière, on pourrait supposer que le barreau aimanté appuyé sur l'extrémité polaire de l'électro-aimant droit employé par lui, ne serait après tout qu'une modification de la plaque du téléphone Bell, que les courants alternatifs passant à traversl'hélice, mettraient en vibration, et on pourrait admettre que ces vibrations communiquées à la planche, étant amplifiées par le microphone, deviendraient alors perceptibles. Mais avec la disposition indiquée précédement, celte objection ne peut être mise en avant, car le son étant produit entre le courant passant dans l'hélice et le courant magnétique du barreau, ne peut être que le résultat d'une vibration résultant du trouble apporté dans les rapports réciproques existant entre ces deux éléments.

« Toutes ces expériences confirment, du reste, les travaux de M. du Moncel qui a fait avancer considérablement la question en jetant une grande lumière sur les causes imparfaitement connues jusqu'alors qui sont en jeu dans l'action du téléphone articulant. »

Application comme relais téléphonique. — Dès le

mois de février dernier, j'avais songé aux moyens de former des relais téléphoniques, mais je m'étais trouvé arrêté par l'absence de vibrations que j'avais constatée au diaphragme du téléphone récepteur, et

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voici ce que je disais dans ma communication à l'Académie du 25 février dernier : « Si les vibrations de la lame des téléphones récepteurs étaient semblables à celles de la lame des téléphones transmetteurs, il est facile de concevoir qu'en substituant au téléphone récepteur un téléphone à la fois récepteur et transmetteur ayant sa pile locale, ce dernier pourrait réagir comme un relais, grâce à l'intermédiaire de la bobine d'induction, et pourrait ainsi non-seulement amplifier les sons, mais encore les transmettre à toute dislance; mais il n'est pas prouvé que les vibrations des deux lames en correspondance soient de la même nature, et si les sons résultaient de rétractions et dilatations moléculaires, le problème serait beaucoup plus difficile à résoudre. Ce sont des expériences à tenter. » Eh bien! ces expériences ont été tentées avec succès par M. Hughes, qui dès les premiers jours de juin 1878 m'écrivait pour me donner connaissance d'expériences qui l'avaient conduit à la création d'un relais microphonique des plus intéressants. Voici ces expériences :

Vous placez sur une planche en bois un peu grande, une planchette à dessin par exemple, un microphone à charbonverticaldontlesextrémités sont bien pointues et qui est placé tout à fait verticalement. On dispose dans le circuit un ou plusieurs léléphones, et si on les renverse sur la planche de manière que leur membrane soit en regard de celle-ci, on entend un roulement continu qui ressemble tantôt à un son musical , tantôt au bruissement de l'eau bouillant dans une chaudière, et ce bruit qui peut-être entendu à distance, dure indéfiniment tant que la source électrique est en activité. M. Hughes explique ce phénomène de la manière suivante.

La moindre secousse qui mettra le microphone en

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action, aura pour effet d'envoyer des courants plus ou moins interrompus à travers les téléphones qui les transformeront en vibrations sonores, et celles-ci étant transmises mécaniquement par la planclie au microphone, entretiendront son mouvement qui sera môme amplifié et provoquera de nouvelles vibrations sur les téléphones ; d'où il résultera une nouvelle action sur le microphone et ainsi de suite indéfiniment. D'un autre colé, en plaçant sur la même planche un second microphone correspondant à un autre circuit téléphonique, on peut en faire un appareil réagissant comme un relais télégraphique, c'est-à-dire répétant à distance les bruits transmis à la planche, et ces bruits répétés peuvent constituer soit un appel, soit les éléments d'une dépêche dans le langage Morse, si l'on place dans le circuit du premier microphone un manipulateur Morse. « J'ai fait, dit M. Hughes, avec cette disposition d'appareils, plusieurs expériences qui ont produit beaucoup d'effet, quoique n'ayant employé qu'une pile de Daniell de six éléments sans bobine d'induction. En adaptant au téléphone récepteur un cornet en carton de 40 centimètres de longueur, on a pu entendre dans toute une grande salle le bruit continu du relais, les battements d'une pendule et le bruit fait par la plume en écrivant. Je n'ai pas essayé de transmettre la parole parce que, dans ces conditions, elle n'aurait pas été reproduite avec netteté. »

Depuis ces premier essais, M. Hughes a combiné un autre système de relais microphonique encore plus curieux et qui ne met à contribution que deux microphones à charbon vertical. En plaçanl sur une planchette deux microphones de ce genre et reliant un des microphones à un troisième servant de irans-

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metteur alors que le second est mis en rapport avec un téléphone et une seconde pile, on entend dans le téléphone les paroles prononcées devant le microphone transmetteur, sans que le relais téléphonique mette à contribution aucun organe électro-magnétique.

Dernièrement (en août 1878) MM Houston et Thomson ont combiné également un système de relais téléphonique qui ne diffère guère de celui de M. Hughes qu'en ce que le microphone, au lieu d'être placé sur une planchette en bois à côté du téléphone, est fixé sur le diaphragme lui-même du téléphone, et se compose de trois microphones verticaux que l'on peut associer en tension ou en quantité suivant les conditions de l'application. Le modèle de cet appareil est reproduit dans le Télégraphie journal du 15 août 1878 et nous y renvoyons le lecteur qui voudrait avoir plus de renseignements à ce sujet.

Application à la médecine et à la chirurgie. — L extrême sensibilité du microphone avait fait penser à employer cet appareil pour constater les bruits produits à l'intérieur du corps humain et servir par conséquent de stéthoscope pour l'auscultation des poumons et des battements du cœur. Le D' Richardson en Angleterre, conjointement avec M. Hughes, s'occupe en ce moment de rendre pratique cette importante application ; mais jusqu'à présent les résultats obtenus n'ont pas été très-satisfaisants. On espère toutefois y parvenir. En attendant M. Ducrelet a construit un microphone stéthôscopique que nous représentons fig. 51 et qui est d'une extrême sensibilité. C'est un microphone à charbon CP, à simple contact, ('ont le

LE TELEPHONE.

charbon inférieur P est adapté à un tambour à membrane vibrante de M. Marais T. Ce tambour est relié par un tube de caoutchouc CC à un autre tambour T' qui est destiné à être appliqué sur les différentes parties du corps à ausculter et que Ton appelle en consé-

Fig. o\.

quence tambour explorateur ; la sensibilité de l'appareil est réglée au moyen d'un contrepoids P 0, qui se \issc sur le bras d'un levier bascule L L, auquel est fixé le second charbon C. Tout le monde connaît la grande sensibilité des lambours de M. Marais pour la

transmission des vibrations, et celte sensibilité étant encore augmentée par le microphone, l'appareil acquiert une impressionnabiiité extrême, peut-êlre même une trop grande, car il révèle toutes espèces de bruits qu'il est très-difficile de distinguer les uns des autres. Du reste, cet appareil ne pourrait donner de bons résultats que confié à des mains expérimentées, et il faudrait évidemment une éducation auditive particulière pour qu'on puisse en tirer parti.

Dans un ouvrage que vient de publier le D' Giboux sur l'application du microphone à la médecine, ce système stélhoscopique est assez vivement critiqué, et ce n'est pas sans raisons, car d'après M. Giboux il n'est sensible qu'aux mouvemenis produits à la surface du corps, et les bruits intérieurs y sont sinon entièrement dissimulés, du moins complètement dénaturés ; il préfère une autre disposition qu'il a essayée avec un peu plus de succès. iMais sans préjuger des perfeclionnemenls ultérieurs que cet appareil pourra subir dans l'avenir, il croit que l'avantage le plus important qu'il peut présenter dans la pratique médicale, serait de permettre à un certain nombre d'élèves de suivre avec le professeur les différents bruits qu'il observe chez les malades, de les étudier avec lui dans leurs différentes phases et de profiler ainsi plus facilement des enseignements résultant de ses observations. Un circuit microplioniquepcuten effet se bifurquer entre plusieurs téléphones, et chaque personne peut entendre ce qu'entendent les autres.

Comme application de ce genre, la plus importante est celle que vient d'en faire, conjointement avec M. Hughes, M. Henry Thompson célèbre chirurgien anglais, pour l'exploraticn de la vessie dans la maladie

LE TELEPHONE.

delà pierre. Au moyen de cet appareil, on peut en effet constater la présence et préciser le siège des calculs pierreux qui peuvent s'y trouver, quelque^- petits qu'ils soient d'ailleurs. On emploie pour cela une sonde exploratiice composée d'une tige de Maillechort un peu recourdéc par le bout et qui est mise en communication avec un microphone sensible à charbon. Quand, en promenant cette sonde dans la vessie, la tige en question rencontre des particules pierreuses, fussent-elles de la grosseur d'une tête d'épingle, le frottement qui en résulte détermine des vibrations qui se distinguent parfaitement, dans le téléphone, de celles qui se produisent par la simple friction de la tige sur les tissus mous des parois de la vessie. Toutefois, M. Thompson prétend que pour obtenir de bons résultats de cette méthode, il faut prendre certaines précautions. Il faut que l'instrument ne scit pas trop sensible afin que la nature des bruits soit bien distincte; la pile ne doit pas être trop forte, pour éviter les sons qui pourraient résulter des bruits extérieurs. L'appareil est du reste disposé comme on le voit Yig. -32

fig. 52. Le microphone est placé dans le manche qui porte la sonde et n'est autre que celui que nous avons représenté fig. 42, mais avec de plus petites dimensions, et les deux fils conducteurs e allant au téléphone, ressortent du manche par le bout a

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opposé à celui bb où la sonde t^c/ est vissée. Comme cet appareil n'est pas destiné à reproduire la parole, on emploie des charbons de cornue au lieu de charbons de bois.

On a pu encore par un moyen basé sur le principe du microphone, faire entendre certains sourds dont l'oreille n'était pas encore tout à fait insensibilisée. Pour obtenir ce résultat, on adapte devant les deux oreilles du malade deux téléphones, reliés entre eux par une couronne métallique appuyée sur l'os frontal, et on met les deux téléphones en rapport avec un microphone muni de sa pile, lequel pend à l'extrémité d'un double fil conducteur. Le malade conserve dans sa poche ce microphone, et il le présente comme un cornet acoustique à son interlocuteur quand il veut converser avec lui. Le microphone est alors constitué par le parleur de M. Hughes, représenté fig. 42.

Applications diverses. — Le microphoue pcut avoir encore beaucoup d'autres applications, et voici ce que nous lisons à cet égard dans YEnglish Mechanic du 21 juin 1878 : « Au moyen de cet instrument, les ingénieurs pourront apprécier les effets des vibrations occasionnées sur les édifices anciens et nouveaux par le passage de lourdes charges; un soldat pourra reconnaître l'approche de l'ennemi à plusieurs milles de distance et distinguer même s'il aura affaire avec de l'artillerie ou de la cavalerie ; la marche des navires dans le voisinage des torpilles pourra même être de celte manière annoncéeautomatiqucment à la côte, et on pourra dès lors, à coup sur, en déterminer l'explosion. »

On a aussi proposé d'appliquer le microphone comme un avertisseur des fuites de gaz dans les mines à char-

bon. Le gaz s'échappant des crevasses de charbon, produit un son sifflant qui par le moyen du microphone et du téléphone pourrait être entendu au haut des puits. D'un autre côté, on a en l'idée que le microphone pourrait être utilement employé comme Séismographe pour signaler les bruits souterrains qui précèdent généralement les tremblements de terre et les éruptions volcaniques, et qui se trouveraient de cette manière nolablemenl amplifiés. Cet appareil pourrait même être d'un usage utile à M. Palmieri pour ses études à l'observatoire du Vésuve.

Le microphone a encore été employé par M. Ghandler Roberts pour rendre parfaitement perceptible à l'oreille la diffusion des molécules gazeuses à travers une cloison poreuse.

Comme on devait s'y attendre, des réclamations de prioiité devaient être la conséquence de la grande faveur qui a accueilli l'invention de M. Hughes, et même en dehors de la réclamation de M. Edison sur laquelle nous avons exprimé notre opinion^ , nous en

1. Nous reproduisons ci-dessous une lettre que sir William Thomson a publiée au sujet de cette discussion :

« Au plaisir que le public a éprouvé en prenant connaissance de ces magnifiques découvertes qui, sous le nom de téléphone, de microphone et de phonographe, ont tant étonné le monde savant, est venu se mêler dernièrement, très-inutilement, j'ai besoin de le dire, un des incidents les plus regrettables qui puissent se produire. Il s'agit d'une réclamation de priorité accompagnée d'accusations de mauvaise foi, qui a été lancée par M. Edison contre une personne dont le nom et la réputation sont depuis longtemps respectés dans l'opinion publique.

« Avant de l'aire intervenir le public dans une semblable affaire, M. Edison aurait dû évidemment discuter sa réclamation avec M. Preece qui était, depuis l'origine de toutes ses inventions, en correspondance avec lui; ou bien encore, il aurait pu, en s'adressant directement aux journaux publics, établir sa réclamation, en montrant avec calme la grande similitude qui pouvait exister entre son téléphone à charbon et le microphone de M. Hughes (jui l'avait suivi. Le monde scientifique au-

trouvons plusieurs autres qui montrent que, si quelques effets du microphone ont élé découverts à différentes époques avant M. Hughes, on n'y avait prêté qu'une très-médiocre attention puisqu'ils n'ont même pas élé publiés. De ce nombre sont celle de M. Wentwork-Lacelles-Scott enregistrée dans YElectrician du 25 mai 187 8 et celle de M. Weyher présentée à la Société de Pliysique de Paris au moins de juin dernier. Une autre laite par M. Dutcrtre, a un peu plus d'importance, car ses expériences ontété rapportéesdans les journaux de Rouen de février 1878; mais en somme ces réclamations n'ont pas leur raison d'être, attendu que les dates auxquelles remontent les expériences de ces savants sont encore postérieures à celles des premières expériences de M. Hughes ; celles-ci datent, en effet, du

rait alors pu juger le débat avec calme, il aurait pu s"y intéresser et examiner sainement ce qu'il pouvait y avoir de commun entre les deux inventions. Mais, par son attaque violente dans les journaux contre MM. Preece et Hughes, et en les accusant de piraterie, de plagiat et d'abus de confiance, il a ôté tout crédita sa réclamation aux yeux des personnes compétentes. Rien d'ailleurs n'était moins fondé que ces accusations. M. Preece lit lui-même la description détaillée du téléphone à charbon de M. Edison à la réunion de l'Association britannique qui eut lieu à Plymouth, en août dernier; il en lit ressortir le mérite, et les journaux publics en rendirent compte d'après sa communication. Les magnifiques résultats présentés, au commencement de l'année, par M. Hughes avec son microphone, ont été décrits par lui-même sous une forme telle, qu'il est impossible de mettre en doute qu'il n'ait travadlé sur son propre fonds et en dehors de toutes les recherches de M. Edison qu'il n'avait pas le plus petit intérêt à s'approprier.

(.K II est vrai que le principe physique appliqué par M. Edison dans son téléphone à charbon et par M. Hughes dans son microphone est le même; mais il est également le même que celui employé par M. Clérac, fonctionnaire de l'administration des lignes télégraphiques françaises, dans son tube à résistance variable qu'il avait donné à M. Hughes et à d'autres en 1860 pour des usages pratiques importants, appareil qui, du reste, dérive entièrement de ce fait signalé il y a longtemps par M. du Moncel, que l'augmentation de pression entité deux conducteurs en contact produit une diminution dans leur résistance électrique. »

LE TÉLÉPIIOM:. Î17

commencement de décembre 1877, et ont môme été moniréos en janvier \ 878 aux fonctionnaires de la SubmarineTelegraph Company, ainsi que le publie M.Prcece dans une lettre adressée aux différents savants.

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