I" IM I ] I
|-père qui l'a élevé,
d'un m • 1
iïs ou de p immes de
us qui ' ■
' bien bu de la sueur de de la mienne, depu . ' ■ ■•■ qui es ■ re qu'on a cultivée
irante automnes, il
• I - mottes de terre qui reviendraienl
- ■ omm
• ■".,ni( le dimanche près de la source que von- voyez là,
le printemps qui ■
- autres .' ■ <|ui l'a trou
■ pour planter .1,1 frêne, qui a bâti ce bassin pour l'appeler el
ir afin <|u<- le bétail y pût aller b ..■ntr.iiii des genêts, el qui
omme d'une écu moire »e : ■• sur toute la pente du verger el dre I.i bas, ■ î . j 1 1 — I'- c:«mix, parmi les osier? <■•
-un- que imme l'ombre
de cette roche avance sans qu'on la voie m. h - nos pieds.
Gralien paraissail s'en occuper encore plus qu'elle, mais ce n'était pas à cause des gniers, du champ d'orge ou de la source. 11 ne connaissail toul cela que <!<• nom. Un rayon de soleil sur son corps et le pas ou la voix <!<• Denise autour de lui, c'était tout son domaine, à ce brave garçon. Qu'est-ce que lui faisait le reste du monde? Il aimait bien ma mère et moi ;ni>-i ; puis voilà tout. Quel dommage que ce malheur lui Fût survenu à l'âge de huit ansl li eùl été maintenant un Fort ou\ rier, un bon la boureur; ou bien il aurait ]>n- un état comme moi : il aurait rougi et tordu le fer sur l'enclume pour faire des clous, des cercles de roue aux chars, >l>"- dents aux herses, des socs luisants aux charrues dans les villages d'en bas. Ou bien encore il se serait rail tisserand, car il avait bien '!<•- goûts 'I'- jeune fille dan rai 1ère : il aurait lancé ci relancé la navette toute In semaine dans la cave, en dessous de la maison, et le dimanche il serait descendu, ->>;>
- JINT I } ]
du fil qu'elles auraient filé. A le voir,
Feu avait rk*n e - ■ eux d< . lemenl on n'y ii».i.'
e sur les - omme ses im| ienl un peu
quoique habituellement souriants. Ses traits -
in peu
d'un ••iif.nit à <|tii on a
: :i tend
près, monsieur, il étail pli -
-i tremblai I dit qu'il priait ou qu'il remerciait toueur. Il le li fontaim de la |">r'.', sur la :
on lui ■: - - jamais
pu l'a i— liment un enf il-- peut p i- se passer d'elles.
t ) ' I L E U P. D E ri e r I
Quant ii moi, monsieur, je n'avais ni mes yeux, ni les mêmes cheveux, ni le même i arai tère. ( »n aurait 'lit que notre mère nous avail rêvés, pendant qu'elle nous portait, de deux bois différents : lin de saule, moi de sa pin. Il était souple - omme l'un, j'étai.- droit et sombre comme l'autre; j'avais les cheveux noii> comme j'ai les yeux, le visage long, les leurs pâles, les joues velues '!<■ |">il Follet, les lè\ ;■'•- plus souvent remuées qu'ouvertes, h bien déi ouplés pour mon ouvrage, le regard son vent songeur, comme si j'avais perdu quelque chose que les étoiles me gardaient, comme me disait Denise en -<■ raillant •!< >u< emenl I Enfin, monsieur, j'étais pensif quoique jeune. Je n'aimais pas la compagnie autant que mon frère. Je ne me trouvais content que tout seul dans ma carrière, ou bien avec ma mère, mon frère, ma petite sœur et Denise. Excepté eux, quand je voyais passer quelqu'un au bord de mon chantier, je me mettais à siffler pour qu'iJs ;■■ me parlassent pas, el quand une fille d ins la montagne prenait un sentier pour venir vei^
'en prenais un autre,
; ; . bas, on nous
. loquerie, elle la che\ i ette, moi ' ■
. i ■• nom nous e jtemps.
: . nais Denise e moi nous ne
disions un mot plus haut <|n<- l'autre, ni plus
. Quand j'alla jenêts, au lavoir des moutons toujours à lui qu'elle
lurail <-n du chagrin iloux d'une 'i'- ses attcnl es pour un autre. Elle ava
soil peu quand disa : :
« Bon;.. , Denise. » M
dinaire dans . mtour de mon frère. I n mol ou un son de voix de plus in autre; au i |uand i imme -: elle n'a\ <:> pas eu autai
pour moi «in'- pour le reste de la Famille. Elle évitait comme naturellemeul .
lindre /aise humeur,
euse él ■
très jours, et qu'il connaissait à sa voix quand c'était le jour où je 'l"\ lis remonter.
Voilà comment non- passions le temps, monsieur. Depuis la Saint-Jean, j'avais fait un dé' couvert, comme on dit, entre les derniers hameaux et les Huttes, tout en bas du sentier des Bruyères. C'était une ancienne carrière abandonnée de fin grès de meules, tendre comme le beurre, franc comme l'or, retentissant comme la cloche sous le pic. Quand je n'étais pas pressé par l'ouvrage pour la bàl isse dans les hameaux, je revenais à ma carrière; j'y creusais toujours, toujours davantage, pour trouver de meilleures veines de [lierres. Je roulais les débris dans la profondeur du ravin <|ui est au dessous, de manière qu'après une couple d'années j'avais fini par vider toute l'ancienne carrière de ces déblais qu'on disait entassés là depuis le temps d'un peuple qu'on appelle les Romains. Puis j'avais miné de sous .r, ec le levier et ave- la poudre; vous auriez 'lit l'ouvrage des géants. Il v avait des assises comme des escaliers pour des jambes de deux toises, des
iAI N T- PO I NI | j 7
mme !«•- mineurs dans l<Mir m
• •. des murailles de roi
mme un reme ■. ille. L<- fond de I
profond, quand on
• . les bords, < | m- si les :, il Fallait ■ moment pour entendre remonter le bruit. Mon mi ■ • Denise vêle temps en temps m'y voir travailler.
Il- levaient lo un cri
d'étonnemeni en
homme, levier, avait
os de la mo elquefois
il pour s de mon frère, . lit seule m'ap-
• ins un panier pour ma journée. M • ne s'arrêtait
pas, n. . I posait le paniei sur une
! de l'échelle - suspendu contre les ■ l<- mon rocher; elle m'appelail d'en i
te, puis elle sur ses yeux, comme i peur de me voir ■■•
dre de -
DE c : E :'■ i: e s
CV~i la que je me plaisais le plus, monsieur, parce que personne, excepté Denise, i e m'y déranger de mon ouvrage en me danl et en me demandant, comme dans les hameaux, . Le métier de mon père me contentait plu- que n'eûl fail un métier plus plus savani . le me disais : « Tu fais ce qu'a fail ton père, el peut être avec le temps
■ Feras tu aussi bien que lui même. 1! content, -'il revei lai t, de te \ oir là à -
âge. D'ailleurs, ce métier ne commande pas comme les autres. On peul le laisser e prendre quand "ii veut. Il ne t'empêche ni de . le samedi, à la hutte pour voir ta mère, Denise el les bêtes, ni de fauchi
1er les blés, ni de piocher la mon ■H de battre les arbres avec eux ; el puis, bien que tu ne vendes pas cher tes meules aux rémouleurs, aux onneurs du pays, cependanl tu gagnes h< journée el le pain de ton IVère e sœur, qui ne peuvent pas travailler à ' son. » ' me donnaienl du courage : il n'y avail p!u? de lits de pierre a — ■■ di
- l'ëlat, rentre de la - entrailles secrètes de la comme i es matelots que j'ai i onnus
», le rond de la . i omme les I --.-:■ me les
plonger leur hache sai de sève dans le tronc F« - 1 1 < In des
-. Dieu a donne à goùl pour qu'on Ri . Ce qui m'a to
loul seul. < l Hier, 1er, pen-
q •• le i oeur cl
pour l'oreille, mon ■..mi ma pierre
1 4 -> l f r A I L LE U R DE PIERRES
bien ëquarrie el portée sur deux rouleaux de sapin qui m'aident à la remuer à ma Fantaisie; quand, dans un coin dé la carrière, bien au soleil l'hiver, bien à l'ombre l'été, j'ôte ma veste et je retrousse mes manches de chemise : que je prends le ciseau de ma main gauche, le maillet de ma main droite; que je me mets à creuser ma rainure ou à arrondir ma moulure .1 petits i oups égaux, comme l'eau qui tombe goutte à goutte, en sonnant, du haul de la source dans le bassin, il sorl de ma pierre, -i elleesl bien franche, une musique perpétuelle qui endorl le cœur el la tête aussi doucemenl que le carillon lointain du village. Ondiraitque mon maillel est un battant el que ma pierre esl le bord d'airain d'une ''loch.'. Vous ne sauriez croire combien ce son encourage à l'ou vrage. Les soldats onl besoin de battre le tambour pour se Faire coeur à la route; les matelots onl besoin de chanter pour se donner Force .1 tirer leurs ancres ou leurs cordages. Nous autres, monsieur, non- n'avons pas besoin de cela; notre ouvrage règle les coups du marteau el chante tout seul pour non-. A:
un beau son, allez, que celui d'une dalle mince de marbre, de granit ou de grès, ou d'une auge de pierre tendre creusée pour recevoir l'eau el qu'on polit avec la boucharde. Il semble qu'on entend d'avance le retentissemenl des pas des hommes pieux qui marcheronl dessus et qui
p ■olongcs par les voûtes murmurantes
d'une < ■ i^ f i ~ « ■ . ou bien qu' ntend d'a^
bouilionneme ourantes qui rem-
oupeaux.
- me direz q
long "u court, le temps n-'esl que le temps. Quand il esl
m me -il n'avail pas été; mais enfin, voulez, mi ''-prouve toujoi
itentement .< se dire : » Ce.
que je Fais là durera
ensenl qu'ils
- I.i lumière ! ■ il nulle fni< mille
d'il i, ù <:e qu'on «lit. Le, menuisiers qui font
-•■nt en ré, bien entretenu,
e a l'eiu-
Ceux qui plantent un châtaignier ou un < hêne • : ■ Le i"''.' pépin ou le petit
plus de vie el plus de temps • achés 'I -
l 4. ^ PILLEUR DE PII
mince écorce (ju'il n'; a - le ■ ie et de tei
chés dans Lous les hommes qui »onl nés ou à
■ i ms ce vaste pays pendant cinq sièi les. Il- enfonceronl leurs racines dans Lerre, ils perceronl le roc pour aller puiser leur nourriture, ils donneront des feuilles et de l'ombre sur la place que e loisis pour eux, après que l'ombre de mon propre corps '-1
l'ombre de vingt ou trente suites d'I imi -
sortis de moi .hum été balayée de dessu comme ces Feuilles, à leurs pieds, sonl ba par le vent de novembre, i Mais qu'est-ce que ela en o imparais le la durée que le tailleur de pierres donne à son idée en levant et en baissant son maillet sur son ciseau .' 5e dire : « Ce coup de ma boucharde resL< i a mai
mil tant que la montagne ne sera pas Fondue elle même au feu du dernier jour de i;i terre; cette moulure que je creuse ou que je relève en relief avec mon ciseau, cette forme que je donne, selon mon 1 aprice, à la pierre, ne s'useront, ne s'effaceront, ne se déplieront tant que I" monde sera monde; I' mpression de ma volonté et de ma main, c'esl
lité ! Ceux qui ne seront pas nés mille ans, en voyant cette corniche, cette nervure, cette membrure, ce ?ocle, cette colonne, ce réservoir sous la fontaine, où l'eau bouillonne
éternellement, se diront : ■ Q -' 1 e qui .1
Dieu lui-même, en rappelant sa
i retournant d
l'examiner, d
■•. i fié
n, mai^
i, dans les • . 0 , dans
appelle le d< -
141 fi rAIMEUR Of PIERRES
des Égyptiens ou des géants de ces temps-là, et que même il a vu sur une brique que oc- | revêtaient l'empreinte <lu pied el de la main d'un des ouvriers qui bâtissaient el qui façonnaient ces monuments. C'est il du temps, cel i ? el y a-t-il beaucoup de rois ou de reines qui auraient laissé dans le monde une trace d'eux aussi à eux el aussi durable qiie ce pauvre ouvrier? Eh bien, que je me dis quelquefois, laisses autanl sur ta pierre ! Cela console l'homme de sa fragilité, n'est-ce pa lui fait penser combien il esl peu de chose ■> ci >té de ce grain de pierre qu'il i l< son marteau el qui durera tant de siècles après notre poussière à nous : mais cela fail penser aussi que l'esprit de l'homme, qui est plus grand que toul cela, qui embrasse toul cela, qui survit à tout cela, est un bien autre ouvrage du bon Dii-u ! El ceia porte à le remet le glorifier el à le bénir dans la brièveté et dans la durée, dans la petitesse et dans la grandeur. Je pensais à toutes ces choses en taillant mes meules. D'ailleurs, la solitude rend curieux. L'homme seul cherche la com] ignie de Dieu. Quand j'étais là enseveli dans le creux de la montagne, après midi, me reposant un moment au soleil, rien qu'avec mon petil chien, couché sur ma veste, mon cœur moulait en haut, comme s'il avail des ailes ■. je regardais le bleu du i
i moi .m Ikmi Di'Mi : a Entendez-vous ■ de l'homme <|ui monte • < vous du creux de la colline, vous, Seigneur, qui entendez le i - de la mouche el ■• -
• - mon. hérons ■ Lui- un rayon de votre soleil? »
Fi puis je | . < ma mère, a
mon frère, à I
pourtant quelquefois aussi j-- ■'■ •l ma mère,quand je rentrais, me disail : o Qu'as-tu?* J<: lui répondais: » J<-
is bien alors.
C'était comme une ombre sur mon cœur, qui l'empé< hail de flei printemps.
Il me semblait que 1 q ; • - 1 < j 1 1 «•
moi. Quand j'entrais dans la mai- M>n, el • allei ■< la fontaii
. Quand j<- lui parlais de bonne répondait que par oui el non, comme -i de se débarrasser 'limon entretien. lis le dimam he
ùl plus
lèvres, mais elle ne 1 iail pas des yeux. I lie avait comme nue pensée rien qu'à elle dans le Fond du regard ; elle s'éloignaitde quelques pas pour aller cueillir soi-disant des noisettes ou ramasser des pervenches le long du ravin. Au contraire, quand il n'y avait que ma petite àœur, mon frère el elle ensemble, je les entendais Folâtrer el rire comme autreFois. I ' jour que je lui demandai pourquoi elle était ainsi sérieuse el silencieuse avec moi, et si je lui avais fait quelque peine >ir, elle
me 'lit que non, qu'elle m'aimait bien comme le- autres, que c'étaienl des idées que je me Faisais, el puis elle m" tourna le dos, sans mauvaise humeur pourtant. Elle nous laissa, mon Frère et m. m; elle monta par l'échelle 'lu grenier a Foin, comme pour aller jeter 'le l'herbe aux cabris; elle y resta tout le soir, et quand elle redescendit, elle avait le- yeux un peu rouges, el elle donna secrètemenl son pain aux
poules par dessous la table, au lieu de le m m
emenl avec nous comme les autres jour-.
is a ma mère le lendemain : « D
it du mal, il faut que je m'en aille de
m faire mon tour d la mère
■ lit : a Claude ! tu es bien
simple pour dix-neuf ans. La pauvre tille ne
- elle-même ce qu'elle a; mais je venir de loin, moi : elle te veul du mal pour te vouloir trop de bien. Quand les filles
pour le vois tu •. mais quand el
sauvent, qu'elles veulent qu'ils les
dent pour tout de bon. — Oh ! que non, répondis-je t ma mè . D semblants-là. — Eh bien! me dit-elle, : semblant toi-même de t'en aller demain pour ton lourde France, et tu verras r-i elle es
: Ichée. — Eli bien, j<' ne
fei h pas semblant, je m'en irai tout de bon, »
; et j'allai tout triste m'asseoir sur la
le du puits.
mère, à
mon frère, à ma petite soeur, devant Denise :
■ J.- vous 'li- bien adieu à tous, je veux devenir
un bon compagnon ouvrier. Demain, avant le
pars pour mon tour '!<• France. » Mon
ma sœur furent bien fâchés. Ma mère
148 IE TA TUEUR de pierres
me donna devant eux le bâton à m. m. -lie de cuir incruste de clous à têtes de cuivre, le tablier fin et les oufils de mon père. J<- ti> mon sac devant eux. Quand Denise vit que je incitai- dé l'huile sur le cuir de mes souliers, elle -'en alla a la chambre au dessus de l'étable et elle il- rentra plus. Tout le monde était triste, excepté ma mère, qui se doutait bien que je n' irais pas loin.
Pourtant je partis le lendemain comme j'avais dii, et, en passant d m- la cour sous le volet de Denise, je lui criai : « Adieu, Denise! » mais rien ni' me répondit , le me ,ii- : u 11 faut que je l'an' bien offensée |><>ur qu'elle me 1 1 sse partir ainsi, sans seulement me souhaiter bon voyage. • Le- pieds me collaient a terre sous sa Fenêtre, comme -1 les clous de mes souliers avaient été enfoncés dan- le rocher, A la fin, je descendis pourtant par le sentier, lentement, sans me retourner, de peur d'être tenté de re venir, les jambes me flageolant sous mol comme sous un homme qui a bu. Hélas! je n'avais pourtant lui que mes larmes toute la croît, J'a\ ai- un brouillard sur le- yeux; je n, comme 1 tâtons; la terre me manqn 1
(ai.n r-Poi\r M">
■ i aurai! dit que c'était nuit. Pourtant étoiles, <|ui se sauvent du jour dans l<- fond du < i<*l comme les baigneuses s'enfoncent dans l'eau de peur d'être vue-, s'enfonçaient derrière les sapins de la montagne, et le soleil, qu'on ne voj lit pas encore, nous voyail • I t-j -* par-dessus le mont Blanc.
irtant, voyez un peu ce que c'est que l'homme, monsieur : tout en Friss eau i\ me mis ■> siffler, p »ur me
eur, mi air de danse, comme pour me moi-même : " Tu es plus fort que ton et tu te moques de tout. » Si on m'avait ré, on aurait 'lit : « Voilà un garçon quj est bien content e( qui va ;i la noce. ■> Mais le lion Dieu aurait bien vu autre ch eur.
M lis un bruit que j'entendis a quelques pas de mon sentier sur les Feuilles in.in.-~ ne tarda ne i ouper mon sifflet, monsieur, Voilà que, juste à l'endroit que vous avej travi
is les sentiers de la montagne se réunissent comme des ruisseaux dans un lac pour sortir du domaine des Huttes el pour lï.in
chir le grand ravin qui les arrête, là où il v a un gros tronc de châtaignier pourri, couché d'une rive d'un ravin à l'autre, et qui sert de pont pour sortir de chez noua, je vis quelque chose qui s'élevait du pied d'un arbre et qui avait l'air de me barrer le pont, u Tiens, que je me dis, en voilà un qui se lève matin pour mener ses chèvre- à la rosée, ou bien c'est peut-être un mendiant qui aura trouvé toutes les porte.-, des granges Fermées el qui aura dormi sous les branches. » Mais qu'est-ce que je devins, monsieur, quand, en approchant, je
reconnus qi e n'était ni l'un ni l'autre, mais
que c'était Denise, qui garda il déjà ses cabris avant que le jour l'ut assez Fait |>our que les petites bêtes pussenl discerner seulement une ronce d'avec une vigne sauvage, ou un trèfle
d'avec une ciguë ! J'étais bie n'eut de la
voir encore une fois, toute dure de cœur que je la croyais pour moi. Eh bien, monsieur, vous en penserez ce que vous voudrez, mais j'aurais donné je ne sais quoi pour ne pas me trouver comme cela toul seul en Face d'elle. Les jambes me tremblaient tellement que je ne pouvais quasi plus ni avancer ni reculer, s'il y avait eu un autre chemin pour traverser le ravin à
droite el à gauche, .1 coup sûr je sei
tourné pour ne pas toucher sa robe en passant el pour ne pas entendre sa \">\ une rois 'le plus; mais il n'j en avail pas. Il I illul :
DE SAINT r I I
n'avais rien
entendu ou rien vu. le la planche.
I j'en fu- t.. ut près et que je levai mes
sur I'- bout de m.'- souliers, je vis
Denise qui s'était mise droit devant moi, à
■ lu pont 'If l">i~, et qui me barrait le
>rps. Je m'arrêt ti t six pas
<-ll<- n' • : 1 11 • • >le mener les
. ' ' ur grondait eu moi
sous mes côtes comme la source sous la pierre quand les neiges Fondent.
- plutôt levé les yeux en
':'. voyant
l'ombre de - ■■•il sur
ni'-- pieds, it à coup de
sentiment et que m m
1).- ! •- u. • l'auriez
•■■• mut qu'elle
1 5 -2 L t 1\ ILLEUR DE PIERRES
avail passée au froid de la montagne l'avail i hangëe. Elle avail ses pieds tout mouille- el tout grelottants dans l'herbe qui craquait sous la gelée blanche. Sa robe <le laine noir.- étail froissée el < ■ ■ > 1 1 < ■ <^ contre elle par la rosée. Ses cheveux étaient aplati- d'un côté de -a tête
• "lui :eux de quelqu'un qui s'esl couché la
tète -m- le Imm-, el de l'autre côté il- étaienl échappés de sa coiffe de dentelle noire, el tout parsemés de feuilles mortes el de brins de mousse jaune comme un agneau qui a traversé les ronces. !•• tour de ses yeux étail noir et bleu : "M aurait dil qu'elle avait reçu un coup de corne de ses cabris. Elle baissail ses paupières; il pendait une goutte d'eau à chaque cil. a Dieu! que je me dis, est-ce là Denise?» Le cœur me fendit. J.'essayai d'ouvrir les lèvres pour lui dire bonjour et adieu au moins sans rancune, mais je ne pus pas, la poitrim tre-sautait. Je restai sans pouvoir avancer ni reculer, el sans parole, comme un fantôme qui serait sorti du bois.
Mais Denise fit un mouvement de ses deux bras vers son cou pour en détacher son collier
DE S M NT"- POINT l
de ruban de velours noir qu'elle ne mettait que enl, el au bout <luquel pendait sur sa gorgère un !•• l laiton d vail eu de sa mère
prit I" cru* ifix dans ses deux vous partez des Huttes, Claude, me dit-elle d'une voix <|ui tremblai)
moi la compl d'emporter sur vous, pour l'amour de m
le iu que je von- rais, et de penser à moi quelquefois, quand vous le retrouverez en Faisant votre pamr aller et venir. Vous ne m'aimez pas comme les autres dans la maison. Il y ;i longtemps que je 'est égal. Claude, •us en veux pas, allez, pour tout cela, et je •• - porter bonheur toul de même eux sur moi. J'.ii bien encore quelques liards dans ;.. :::.,, père, ■ goûter le vin dans les d t-clle en faisanl glisser la bourse - dans ni i poche de veste collier el le crucifix, je von- en prie bien, C i pour l'amour
J'étais si bouleversé d'entendre qu'elle me disail vous pour la première Fois <k- notre vie, '-1 j'étais si surpris de voir qu'elle me montrait cette amitié au dernier moment, après qu'elle m'avail montré tanl d'éloignemenl depuis plus de trois mois, que j'1 ne savais pas ce <|",'j'" Faisais ni ce que je pensais, monsieur. Je mis ma main dans ma poche de veste \<*i\\v refuser la bourse el pour tout lui rendre. Mes
i èrenl les siens. Ça me lit Froid par toul le corps et chaud au visa je, tellemenl <iu>' je n'y voyais plus, que je tremblais «l'un rrisson, el qu'en démêlant ses doigts des miens, en m'efforçanl de retirer de ma poche de veste le . ideau qu'elle s'efforçail de me contraindre de garder, l<" crucifix, le collier el la bourse de cuir tombèrent sur l'herbe haute entre nous deux.
Parle même mouvement, sans réflexion, nous nous baissâmes tous les deux, l'un devant l'aunoùx, pour les chercher el les ramasser, el nos têtes se rencontrèrent sans se chercher. Une larme délie, chaude comme une goutte de piuie d étéj tomba sur le dos de mo main dans l'herbei Je sentis bien que ce n'êl
DE SAINT-POIN I 155
de l-i : . . me dis-je en moi-même,
tout bo est-ce qu'on pleure aussi tiède
pour quelqu'un qu'on voit partir de la maison avec plaisir? • Ça me lit relever les yeux sur
- en non- redressant. Justement elle tenait la bourse et le crucifix dans le bout de
p me les tendre, et elle levait
- yeux vers moi pour me prier de toul son coeur de les reprendre. Vous auriez 'lit deux larges fleurs bleues de pervenches de la fontaine, quand en enlevant sa cruche pleine elle laissait par hasard rouler de l'eau sur leurs feuilles. inl d'humilité à travers cette pluie <!<• ses yeux, il y avait tant de prière dans son regard levé en haut
ciel ou vers moi, que je me mis à pleurer aussi . »ir de quoi, et que nous restâmes là un bon moment l'un devant l'autre, sanglotant comme des bétes, les mains jointes autour de la bourse et du crucifix, sans plus parler que
A la fin, ]■■ me li- courage et je lui 'li-, e
n'osant plus lui dire toi comme autrefois, je lu
■ me voulez don» p 1
l'ii LE TAILLEUR DE PIEKRES
iJe mal, que vous me donnez tout ce qui esl à vous et que vous pleurez parce que je vais Faire mon tour de France î
— Oh! bien sur, me dit-elle vivement, mais j'ai cru que c'était vous, Claude, qui m'en vouliez, parce que vous ne me parliez plus de bonne grâce comme avant, el que vous me trouviez de trop à la maison, ii je vous évitais, c'est que je pensais que ma présence vous Faisait peine. — El moi je m'en allais parce que je croyais que vous aviez une rancune contre moi; mais je vois bien .1 pré sent que c'était une idée, puisque mou premier pas hors du pays vous a Fait lever si matin el vou.- a tant mouillé les yeux! N'en parlons plus, Denise, lui dis-je en lui rattachant le collier autour du cou de mes deux mains toutes" tremblantes. Je vais remonter el rependre mon sac au clou de la cheminée. • I Ile tressauta sur ses deux pieds joints en battant ses deux mains en l'air l'une contre l'autre, el en souriant des lèvres pendant qu'elle pleurai! encore des yeux. Dieu! que nous étions contents de nous être expliqués! Nous nous mîmes à remonter vers la hutte en parlant de choses el d'autres. Ma mère, qui s'étail bien doutée de .ni, sortit de derrière le buisson où elle s'étail cachée avec sa petite. — « Ton tour de Fran.ce est doue fini, Claude, me dit-elle, mou pauvre enfant! fanl mieux, va! Qu'est-ce que tu irais
Of s\i\t-poi\ r i\->
chercher de mieux au bout de la Fram • •'.' Puisque vous vous aimiez, ne valait il pas autant lr dire tout de suite! On vous aurait fiancés avant les Foins. » A ces mots, Denise et moi nous devînmes tout rouges. • Nous nous aimions donc? » que non- dîmes tout bas sans , sur nos visages étonnés. — » Eh! oui, mes en- . ! • notre mère, comme -i ''11'' .i\ lit en tendu ce que nous n'avions pas dit, vous vous aimiez depuis que le pommier ■ < '-m ses fleurs. J<- l'ai lii''ii connu, moi, quand j'ai vu >;
irtiez l'un et l'autre, elle pour aller au 1">;-.| 'In |>nits, toi pour aller le long des sauges, toul -••ni- comme deux jeunes l>r- 1»-> uni s'éga rent. Quand le cœur <■-( léger, on ne le porte p i- i deux mains comme ça. Je savais bien que vous finiriez par vous rencontrer une Fois . •■! que tous les sentiers mènent au ^r.in-l chemin. Mais je ne ■ ;i>-:i dire de [«-ni- de faire tomber le fruit avant ?a saison et de • 1 i r. ■ le n\<>< avant le cœur. Maintenant il faut vous fiancer, <•( j'en *ini finira toutes les parents ■ entre les Moi- huttes que les enfants 'In coque» lier demandent. Les deux domaines m- feront plus qu'un, comme les deux maisons n'en leux n.' ferez qu'un ménage. N'est-ce pas, Claude? "•
Nous ne 'limes rien el nous n'osâmes pas seulemenl lever les yeux pour nous regarder. Mais nous continuâmes à marcher l'un derrière l'autre vers la hutte. La mère avail dil trop vrai : nous nous .-01111011- sans le savoir.