‹ Le tailleur de pierres de Saint-PointChapitre 8 sur 38 · IX · texte numérisé non relu

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Vous devriez bien en donner un peu <|ui ont froid au cœur.

lui. — Mais peut-être aussi que j'en i monsieur, el que ça n'esl pas bien d'aimer autant tout c • qu • j'aime presque autant que mon prochain.

moi. — l:i qui aimez-vous donc tanl Dieu el les hommes, que no ms trop

.•limer '.'

lui. — Je n'oserai jamais vous le dire, el c'est pourtant comme ça.

moi. — Dites hardiment, ["rop aimer es rarement un mal devanl Dieu. II n'j a pas de ■ ■/ plein quand il n'en tombe pas quelques gouttes ii terre.

lui. — Eh bien! oui, monsieur, quand j'ai bien aimé el bien servi, selon mes forces, le bon Dieu et les hommes, oserai-je vous le confesser? je me sens une tendresse béte, mais

i tendresse que je ne puis pas vaincre, pour

toute le reste de la création, surtout pour toutes ces créatures animées d'une autre espèce, qui vivenl à côté de nous sur la terre, qui voient le même soleil, qui respirenl le même air. qui boivenl la même eau, qui sont Formées de la même chair sous d'autres formes, el qui paraissenl vraimenl des membres moins par- Faits, moins bien doués par notre père commun, mais enfin des membres de la grande lu bon Dieu. Je veux pai

UNT-POINT 8 s

• -i bons servipérieurs il- n>' quitteraient jamais le maître ind t

qui il- sont dévoués; de ces chèvres, <l( -

chèvre i brebis qui montent

-m- la crête de ce rocher pour me voir revenir de plus loin à la hutte, qui m'appellent comme >'il- comprenaient que leurs bêlements

- incenl pour me Faire Fête aussitôt <|u>- j'ai traversé les champs cultivés >-t que j'entre dans les bruyères - ..h je leur permets de | aître el de bondir en liberté; de ces oiseaux qui m'ont vu, toi • plumes, respecter leurs

er mon pain pour \>-~ couveuses ■■• du h.-. ; de ces mouches à miel .1 qui • leur nourriture l'hiver <-i dont je ne ..n peu le miel que pour les malades ; lézards que le bi uil '!'■ la pierre sonmarteau comme une .-m 'ni cil, tout le jour, autour de moi, el que je - : enfin de tous - des Feuilles, rres • • 1 1 des herbes, à <|ui je ne Fais ' '-iix l'œuvre • lu bon Dieu, qu'il 1 - de briseren

lit rire, monsieur; mais -l vous

. quand nous sommes seuls , ■ omme

une nous nous 1 om-

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prenons de la voix el du regard! Comm -

chèvres couchées à mes pieds plongent leurs regards profonds el pensifs dans les mien?! Comme ce chien esl à la fois doux el sévère pour elles en les surveillant pendanl mon absence el en les jappant sans leur faire de mal pour les empêcher de franchir le mur de l'enclos! < lomme ces abeilles me caressenl l«- visage el les mains de leurs pattes 'i'' velours sans jamais me piquer, quand je manie leurs essaims ou que je me couche le dimanche sur l'herbe de leur table, ainsi que nous voilà ! Comme ces lapins suivenl le soir le chien qui les ramène à la hutte ! Comme ces lézards frétillent gentimenl jusque sur mes bras el mon cou, el lèvenl leurs petites têtes vers mes yeux pour regarder -i je me fâche quand ils mangenl mon pain! Si vous entendiez nos le soir dans la hutte, quand le chien, les chevreaux el les breb i alemenl entre eux el avec moi i omme pou ■ nous désennuyer ensemble! Si vous voyiez ces têtes confiantes appuyées à côté les unes des autres sur mes genoux, el ces yeux qui éi hangenl tanl de choses non dites mais comprises avec les miens! Ah ! i'- vous réponds, mon sieur, que vous ne pourriez pas m'en vouloir d'aimer aussi ces pauvres bêtes, car l'a mour vaul l'amour, monsieur, de -i haul el de qu'il vienne. 1 D eu ne permel

- l'aimions, monsieur? Est-ce <|u'il \ j plus loin de mes chèvres à moi que de moi un bon Di"-u '.'

I ■ | ■■' -. quand même on me I

limer les bêtes du de les

rendre heureuses dans leur pai

us forl « 1 1 1 « - moi, je n'y pourrais rien.

: omme l'eau, il coule où il veut.

■ pas que ce soil encore là toute

ma simplicité, mons bien d'autres.

Croiriez-vous i|n>\ non contenl de me

ission pour les

bêtes qui remuent, qui -•■ni. -ni <-i qui 1 1

âme de m'en sens aussi pour

plantes, pour i es mousses

<|ui ne remuent pas, >|ui ne paraissent pas

. mais c|ui vivenl el qui meurenl là,

autour de moi sur la terre, el principalement

elles que j'ai connues, comme i

• uni - bruyères, au bi ii*d d -

los quand j'étais petit, el surtoul i ita-l il plus tendrement,

fl ■ -•■ el à Feuilles pleines

joutte de rosée le matin, • omme si elles avaienl pleure avec nous pendant la nuit, el qui poussent »ur la t< d'autn

siblc 'I • - dei niers i

ne ii- pas sembl ml de m'< . !

tinua avec un ton de rustique mais véritable inspiration :

— Oui, monsieur, il n'y a pas une de ces là-haut, au ciel, qui commencent à se lever dans la demi-ombre, par-dessus les roches; pas une de ces cimes de montagnes, pas un de ces mamelons reluisants au soleil couchant, pas un de ces lits de ravines dans les enfoncements de ces gorges a\ eau qui doVl ou qui bouillonne au fond, sous leur nuii, pas une de ces mottes de terre tournées el retournées par ma pioche au soleil,

depuis m infance, pour lesquelles je ne me

sente un fond d'attachement au cœur >|ui va souvent jusqu'à me raire pleurer quand je les regarde en remontant aux Huttes, « I>< étonnant? que je me dis ijiH-l.iiK-f.ii~ a moimême. Est-ce que nous n'avons pas une véritable parenté de corps avec cette terre d'où nous sortons, <>ù nous rentrons, qui nous porte, qui nous abreuve, qui nous nourrit i .iiiiiu.- une noui riçc de ses mamelles que notre chair n'esl pas de sa chah que notre sang n'esl pas de l'eau de ses vei nés .' 1 -i ce qu'il n'j a pas entre elle el nous une véritable parenté de c<>r|>> qui rail que quand nous prenons dans la main une poignée de sable ou une motte de terre des collines qui nous on! portés, nous pouvons dire â ce le sable : « Tu es mon frère « : el à - ette

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: ■ Tu es ma mère ou ma sœur 1 ! semble-t-elle pos aussi nous

répondre el nous aimer, nous, <i Oui. . vous êtes de moi ;

: de vos membres el d< • moi qui vous !»••; ai donn '■- '■ ' 1 •!•• vous comme une mère de ses enfants.

- comm ■. 'I

ou de ce ch il lignier qu'on vienl adsur mes pentes! Vous

m'aim ez pas, si mo « venir et mon image ne vous poursuivaient : de moi, sur d'au- • rappelaicnl pas la

■ nuit, dans \ jes, à la colline «pii vous

■ a en -'-il pas vrai , monsieur?

• pas un peu de cela qu'on nomme e ■!••- villes le patriotisme? N'estce pas aussi pour cela <|in' les hommes en pèl< - des lieux bien éloignés

e où onl vécu autrefois des hommes plus grands qu'eux, des noms plus fameux ou plus saints que les autres, el pour ■ leurs pas sur 1" -"I des jnes qui les onl portés '.' Ex< use. ir, je pai le comme un 5

• ce que je pense, il faut

!li bien, il y a des moments, les di ma ni lies, dans ' 1 ileil, sur celte

terre qui senl el semble me rendre les batte menl - de mon cœur, embrass ml de mes deux mains des poignées d'herbe, le visage tout enseveli dans les mauves el dans les trèfles de ce petit enclos, au bourdonnemi tiers d'insectes dans mes oreilles, au souffle de . ette Foule de petites fleurs invisibles du printemps dans les mousses, je -'-m- des Frissons de vie el de morl sur toul mon corps, comme gi le bon Dieu m'avail réellement to

boul d'un de < es i lyons de son soleil ; con :

si mon père, ma mère, mes -

ceux el toutes celles que j'ai aimés, se rani

maient el palpitaient sous l'herbe, da

terre, pour me reconnaître el pour m'attirer

dans leur sein. Olil qui esl ce qui n'aimera II

pas, monsieur, une terre où l'on a dépo

jarde pour la résurrection ?

i ne g — e larme roula sans qu'il la sentît

joue. Je vis qu'il y avail un amour dans

cel amour; quelque culte particulière! de les*

pérance dans ce ■ ult< versel el pieux de la

moi. — Mais aimanl comitii ( Ilaude, cette solitude sans Fem r ints, -■ni- voisins sur ces lia où le veul

seul monte avec vous, ne vous attris i pas?

lui. — Non, monsieur, bien au contraire, je suis triste quand je suis ;n bas; je redeviens

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