‹ LE TALISMAN, PAR WALTER SCOTTChapitre 22 sur 99 · CHAPITRE VU. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU. S

tiO&i. SôUi ÉâoûàM , les Anglais combattaient pour soumettre àé« flflitiveâie&t l'Ecosse ; et les Ëcossais , avec cette fermeté et cette obstination de volonté qui les a toujours caractérisés , défendirent leur indépendance par les moyelos les plus violents, dans les circonstances les plus défavorables, et avec les plus faibles chances de succès. Mais âU temps dont nous parlons , les guerres entre les deuï nations , quoique cruelles et fréquentes , se faisaient d'une ûiânière hoûof able, et ofFraient souvent Texemple de ces sentiments dé courtoisie et de respect envers un ennemi loyal et généreux, qui ââoueisâéht un peu les horreurs de ces jeux sanglants. Ainsi , pendant les intervalles de paix , et surtout lorsque les deux royaumes i(*armaient en iliVeur d^une cause commune» d^une cause également ebère à tous les cœurs religieux , les aventuriers de l'un et de Fautfé pays se rencontrèrent souvent dans les mêmes rangs , et leur f ivalité nationale tie servait qu'à les exciter à se surpasser lîiutuelteftieilt dans leurs exploits contre l'ennemi commun.

Le caractère franc et martial de Richard ne faisait aucune différence entre ses sujets et cent d'Alexandre d^Écosse , si ce n'est en raison de là manière dont ils se comportaient sur le champ de bataillé; et cette impartialité contribua beaucoup à entretenir la bonne ititelltgence entre les deux nations. Mais pendant sa maladie , et lors des circonstances défavorables où les croisés se trouvèrent placés , des discordes nationales commencèrent à éclater entre les diiférentes troupes réunies pouf la croisade , à peu près de même que d'anciennes plaies vlenneut à se rouvrir sUr un corps affligé de maladie on de feiblesse.

Les Écossais et les Anglais étaient également hautailis et jaloux ; les premiers surtout , comme la nation la plus pauvre et la plus ftiible, étaient prompts à s'offenser : en conséquence les deux nations britanniques commencèrent à remplir par des dissensions intestines un intervalle de temps qite la trêve ne leur permettait plus' d'employer en commun contre les Sarrasins. Comme les chefs romains de l'antiquité, les Écossais ne voulaient admettre aucune supériorité, et leurs voisins ne prétendaient pas avoir d'égaux. On s'accusa, on récrimina, et les simples soldats ainsi que leurs cheis et leurs commandants, qui avaient été bons camarades dans la victoire , se montrèrent une inimitié mutuelle au moment de l'adversité ! comme si leur union n'eût pas été plus essentielle alors que jamais, non seulement au succès de la cause commune , mais à leur salut h tous ! Les mêmes divisions avaient commencé à éclater en-

tre les Français et les Anglais , les Italiens et les Allemands, et même entre les Danois et les Suédois ; mais c'est surtout de celles qui se manifestèrent entre les deux nations qu'avait vues naître la même île (et qui pour cette raison même n'en étaient que plus acharnées l'une contre l'autre ) que notre histoire doit s'occuper. ,

De tous les seigneurs anglais qui avaient suivi leur roi en Palestine, de Vaux était le plus prévenu contre les Écossais. C'étaient ses proches voisins ; il les avait toute sa vie combattus dans des guerres publiques ou privées... Il leur avait iait constamment du mal , et n'en avait pas médiocrement éprouvé de leur part. Son amour et son dévoûment pour le roi étaient comme rattachement que porte à son maître un vieux chien fidèle , et ne l'empêchaient pas de se montrer repoussant et inaccessible même à ceux qui lui étaient indifférents) et d'une implacable dureté pour tous ceux con-? tre lesquels il avait conçu des préventions. De Vaux n'avait jamais pu voir sans dépit et sans jalousie son roi donner quelque marque de courtoisie ou de faveur à la race perverse , perfide et feroce , née de l'autre côté d'un fleuve , ou d'une limite imaginaire tracée à travers des déserts incultes : il doutait même du succès d'une croir sade dans laquelle on leur permettait de porter les armes , les regardant dans le secret de son àme comme ne valant guère mieux que les Sarrasins qu'ils venaient combattre. On peut ajouter qu'étant lui-même un franc et véritable Anglais , peu habitué à cacher les plus légers mouvements d'amitié ou de haine , il considérait le langage poli que les Ecossais avaient adopté , soit à l'imitation des Français leurs alliés habituels , soit par un effet de leur caractère orgueilleux et réservé , comme une marque de leur astuce naturelle : cette urbanité apparente cachait , selon lui , les plus perfides desseins contre leurs voisins, sur qui le baron croyait, avec une présomption vraiment anglaise, qu'ils n'auraient jamais pu par leur seule valeur obtenir le moindre avantage.

Cependant , quoique de Vaux nourrit de tels sentiments contre ses voisins du Nord, et les étendît à peu de chose près sur tous les Ecossais qui ayaient pris la croix , son respect pour le roi et la conscience de ses devoirs comme croisé l'empêchaient de montrer sa haine autrement que par le soin qu'il mettait à éviter toute communication avec ses frères d'armes du Nord : il observait un sombre silence lorsqu'il lui arrivait d'en rencontrer , et les regardait d'un air de dédain quand il se trouvait auprès d'eux dans une marche ou dans le camp. Les barons et chevaliers écossais n'étaient pas hom«

Page 1