CHAPITRE XYIL llf
«>n mâle vii^pe , et ton grand œil bien ^ qui brillait soutent d'ia éclQt pr^qne égayant, s'anima de Fezpressien la plus douce dont il Ait capable. Caressant cette belle tète, et passant ses larges doigta à travers ses boucles charmantes dans leur désordre , il releva et baisa tendrement la ligure de chérubin qui semblait vouloir se ca-* cher dans sa main. Les formes robustes du héros anglais, son front ouvert et noble , son air majestueux, son bras et son épaule nus, les peaux de lion au milieu desquelles il était couché, et cette femmi^ d'une beauté si délicate et si frêle agenouillée devant lui , auraient pu servir de modèle pour peindre Hereole se réconciliant avec Dér janire*
« Et encore une fois , que vient chercher la dame de mes aflfoc* tions dans la tente de son chevalier, à cette heure matinale et maccoutuipée?
— Pardon, pardon, mon très gracieux souverain,'» dit la reine que ses craintes rendaient de nouveau incapable de faire l'office de <upp"ante.
c Pardon de quoi? » demanda le roi.
— D'abord , de m'ètre introduite devant votre présence royale avec trop de hardiesse et de précipitation. »
Elle s'arrêta.
c Toil entrer ici avec trop de hardiesse ! Le soleil aurait autant besoin d'excuse pour avoir éclairé de ses rayons le cachot d'un malheureux captif. Mais j'étais occupé d'une affaire dont il ne convenait pas que tu fusses témoin, ma douce amie; et je craignais d'ailleurs de te voir risquer ta précieuse santé dans un lieii oà la maladie régnait si récemment.
— ^Mais te voilà bien maintenant, > dit la reine, cherchant i différer encore la communication qu'elle redoutait tant.
f Âs$ez bien pour rompre une lance sur le casque du champîoii assez audacieux pour oser refuser ^de reconnaître en toi la plus belle de la chrétienté.
— Tu ne rae refuseras donc pas une grâce , une seulemebt , lide pauvre Vie.
— Ah! continue, t dit le roi en fronqant le sourcil.
c Ce malheureux chevalier écossais , murmura la reine.
— N'en parlez pas , madame , > répliqua sévèrement Richard ; c son arrêt est prononcé.
•--De grâce I mon royal bien-aimé; ce n'est qu'une bannière perdue. Bérengère vous en donnera ,ttne>utre ^brodée de sa propï'e
IM LE TALtSMAN.
main , et plus riche qu'aacune qui se joua jamais avec le vent. Je l'ornerai de toutes les perles que je possède , et chaque perle que j'y attacherai sera accompagnée d^une larme de reconnaissance en songéant à la générosité de mon chevalier.
— Tu ne sais pas ce que tu dis , » reprit le roi l'interrompant avec courroux. «Des perles! toutes les perles d'Orient peuventelles réparer l'injure i^ite à l'honneur de TAngleterre? Toutes les larmes qu'une femme peut verser laveront-elles jamais une tache qui souillerait la gloire de Richard? Allez, madame, connaissez mieux votre place et restez dans votre sphère. Nous avons en ce moment des devoirs que vous ne pouvez partager avec nous.
— Tù entends, Edith! » dit tout bas la reine; c nous ne ferions que l'irriter davantage.
— Et quand cela devrait être ainsi! » dit Edith en s'avançant. c Milord , moi, votre pauvre parente, je viens vous demander justice plutôt que merci, et les oreilles d'un roi doivent être ouvertes* en tout temps , en tout lieu , en toutes circonstances à ce cri de justice.
— Ah . ah ! notre cousine Edith , > dit Richard se levant et se tenant sur son séant de ce côté du lit couvert de sa large camiscia ; c elle parle toujours royalement, et c'est royalement que je lui répondrai si la'requète qu'elle vient me présenter n'est pas indigne d'elle ou de moi. »
La beauté d Edith était plus intellectuelle et moins voluptueuse que celle de la reine; mais l'impatience et Tinquiétude avaient donné à son teint un éclat dont 11 manquait quelquefois , et à son maintien une dignité énergique qui imposa silence pendant un moment à Richard lui-même, quoique, à en juger par ses regards, il parût désirer de l'interrompre.
« Milord , reprit-elle , ce brave chevalier dont vous allez répandre le sang a rendu dans son temps plus d'un service à la chrétienté, n a manqué à son devoir en tombant dans un piège qu'on lui a dressé par pure légèreté, désœuvrement d'esprit. Un message qui lui fut envoyé au nom de celle qui... pourquoi le cacherais-je, en mon propre nom , l'entratna à abandonner son poste pour un instant. Et quel est le chevalier de la chrétienté qui aurait reftisé d'obéir à l'ordre d'une fille qui, sans autre qualité, a néanmoins dans les veines le sang des Plantagenet ?
— Ainsi, vous l'avez vu, cousine? > demanda le roi se mordant les lèvres et s'eflforçant de réprimer sa colère.
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c Je l'ai va, mon roi, répondit Edith. Il est inutile d'expliquer pourquoi : je ne suis venue ni pour me justifier, ni pour aecuser les autres.
•*<* Et où lui avez-TOus fait une telle grâce?
— Dans la tente de Sa Majesté la reine.
— De notre royale épouse! s'écria Richard. De par le eieU saint George d'Angleterre et tous les autres saints qui foulent son plancher de cristal , ceci est par trop audacieux ! J'ai remarqué et méprisé l'insolente admiration de ce guerrier pour une dame qui lui était si supérieure , et je ne pouvais empêcher qu'une femme de mon sang , du haut de la sphère élevée où l'a placée son rang, étendit sur lui cette influence que le soleil répand sur ce monde 'qui est au dessous de lui. Mais, ciel et terre! que vous l'ayez admis à une audience de nuit, dans la tente même de notre royale épouse, et que vous osiez m'offrir une semblable excuse pour sa désobéissance et sa désertion ! Par Fàme de mon père ! Edith , tu t'en repentiras toute ta vie dans un monastère !
— Mon roi, reprit Edith, votre grandeur devient de la tyrannie. Mon honneur, sire , est aussi intact que le vôtre , et madame peut le prouver si elle le trouve bon. Mais je l'ai déjà dit, je ne suis ici ni pour me justifier, ni pour inculper les autres. Je vous demande seulement d'étendre sur celui dont la faute fut le résultat d'une Ibrte.tentation cette miséricorde que vous-même, seigneur, vous pourrez implorer un jour d'un tribunal supérieur, et pour des foutes plus sérieuses peut-être.
— £$t-H;e bien Edith Plantagenet! » dit le roi avec amertume, « Edith Plantagenet, la sage, la noble Éditli... et n'est-ce point quelque femme que l'amour égare et qui compte pour rien sa gloire en comparaison de la vie de son amant?... Par Tàme du roi Henri ! je ne sais ce qui me tient que je n'ordonne qu'on apporte de la potence le crâne de ton amant pour le mettre au bas du crucifix de ta cellule et en faire le perpétuel ornement.
— Et quand vous le feriez descendre du gibet pour le rendre perpétuellement présent à ma vue, dit Edith, je n'en dirais pas moins que c'est la dépouille d'un brave chevalier injustement et cruellement mis à mort par... (elle se contint) par celui qui aurait dû mieux savoir récompenser le mérite chevaleresque... Vous l'avez appelé mon amant , » continua-t-elle avec une véhémence croissante ; « il l'était en efiet! l'amant le plus loyal et le plus fidèle... Mais content de cette humble dévotion que les hommes vouent aux saints , jamais
il n'a eberpbé à fageer mti bôbttés grâces par une parole » pkr un regard..» Et c^est pour cela qu'il doit mourir ce brare » ee vailhiat , ce fidèle cheTalier !
— paix ! paix ! pbur Tamour de vous-même , « dit tout bas la reine , c vous ne feites que l'offenser dafantage.
— Il m'importe peu , dit Edith , là vierge sabs tache ne craint pas le lion rugissant. Qu'il accomplisse sa volonté sur ce digne cbevse lier... Cette Edith , pour laquelle il meurt , saura pleurer son trépas. Personne ne viendra plus me parler d'alliances politiques qui demandent la sanction de cette malheureuse main... Vivant, je n'aurais pu t je n'aurais pas voulu être son épouse , trop de distance notis séparait; mais la mort égalise tous les rangs... Je suis désormais la fiancée de la mort, t
Le roi allait répondre avec emportement, lorsqu'un moine carmélite entra dans son appartement , la tète et le corps enveloppés de la robe et du capuchon grossier qui distinguent son ordre $ il se précipita aux pieds du roi , et le conjura par tout ce qu'il y avait de saint et de sacré, d'arrêter l'exécution.
« Par mon sceptre et par mon épée , s'écria Richard , le monde entier s'est ligué pour me faire perdre la tète. Je me vois arrêté à chaque pas des fous, des femmes et des moines. Gomment se MUû qu'il vive encore ?
— Mon gracieux souverain , dit le moine , j'ai supplié le lord Gilsland de différer l'exécution jusqu'à ce que je me sois jeté à vos p'eds.
— Et il a été assez présomptueux pour t'accorder ta demande , reprit le roi ; mais je reconnais bien là son entêtement ordinaire. Et qu'as-tu à dire ? parle , au nom du démon t
•^ Sire, c'est un important secret, mais je l'aircQU sous le sceau de la confession , et je n'ose le révéler, ni même en ouvrir la bouche... Je te le jure cependant par mon saint ordre , par l'habit que je porte, et par le bienheureux Elie notre fondateur , qui ftit transféré au ciel sans subir les angoisses ordinaires de la mort, ee jeune homme m'a révélé un secret tel que , si j'avais la foculté de te le confier y il te ferait renoncer immédiatement à ton arrêt fetal.
— Bon père , dit Richard , les armes que je porte mainteuant disent assez si je respecte l'Eglise. Faites-moi connaître ce secret, et je verrai ce qu'il me convient de iaire dans tout ceci. Maisjenesuis pas aveugle comme le cheval Bayard pour céder à l'éperon d'un prêtre et prendre mon élan dans les ténèbres. »
l^e saint homme t[rejetant son eapudion en Arrière et Ouvrant sa
robe de ctrméKte, découvrit un vAtenent de peau de JMHiCi e% une figure si étrangement altérée par le climat » le jeûne et la pénitence, qu'elle ressemblait plutôt à un squelette animé qu'à un visage bur main; « Milord , dit-il , depuis vingt ans j'ai macéré ce misérable corps et continué ma pénitence dans la caverne d*£ngaddi. Croyezvous que moi , qui suis mort au monde ^ je voulusse inventer une feusseté pour mettre mon àme en danger? Ou bien, que celui qui s'esi engagé par les serments les plus sacrés, et qui n*a plus qu'un seul désir dans ce monde , c'est-à-dire la reconstruction du temple de Sion » voulût trahir les $ecrets du confessionnal? L'un et l'autre révoUeraient également mon àme.
— Ainsi , dit le roi , tu es cet ermite dont on parle tant ? Tu ressembles assez, je le confesse, à ces apparitions qui errent, dit-on, dans les déserts ; mais Richard ne craint pas les esprits. C'est donc à toi , ce me semble , que les princes chrétiens envoyèrent ce même chevalier pour ouvrir des négociation^ avec le soudan, tandis que moi qui aurais dû être le premier consulté , j'étais retenu au lit par la maladie. Vous pouvez , si vous le voulez , vous arranger ensemble. Je ne mettrai pas mon cou dans le nœud coulant de la ceinture d'u^ carmélite ; et quant à votre envoyé, il n'en mourra que plus tôt et que plus sûrement, puisque tu intercèdes pour lui.
— Que Dieu te soit miséricordieux , prince ! » reprit Termite avec beaucoup d'émotion. « Tu vas commettre une action dont les conséquences seront telles, que tu souhaiteras un jour ne pas l'avoir faite , eût-il dû t'en coûter un membre. Homme téméraire et aveuglé , arrête , il en est temps encore !
— Hors d'ici ! » dit le roi en frappant du pied. » Eh l quoi ! le soleil s'est levé sur la bonté de l'Angleterre, et elle n'est pas encore vengée ! Mesdames , et vous , prêtre , retirez-vous , si vous ne voulez pas recevoir des ordres qui nous seraient désagréables, car, de par saint George ! je jure. . .
— Ne jure pas ! » dit la voix d'un nouveau personnage qui venait d'entrer dans le pavillon.
« Ah ! c'est mon savant Hakim, qui vient , je l'espère enfin, blâmer notre générosité.
— Je viens demander à vous parler sans délai et pour des aflbires de l'intérêt le plus grave.
— Regardez d'abord ma femme , Hakim , qu'elle voie en vous le sauveur de son époux.
— Il ne m'appartient pas, » dit le médecin , en croisant ses^bras
LE TiLUSMAN.
avec un air de modestie et de respect tout oriental ; « il ne m*api partient pas de regarder la beauté sans voile et année de tout soa éclat.
— Ketire-toi donc , Bérengère , dit le monarque ; et vous , Edith , retirez-vous aussi. Surtout ne renouvelez plus vos importunités ! J'accorde que Fexécution soit différée jusqu'à midi. Allez et tranquillisez-vous, chère Bérengère. Edith, » ajouta-t-il avec un regard qui frappa d*eifroi l'Ame de sa courageuse parente elle-même, « allez, si vous êtes prudente. »
Les femmes se retirèrent , ou plutôt sortirent avec précipitation de la tente, oubliant le rang et l'étiquette, et semblables à une troupe d'oiseaux sauvages qui se rassemble après que la poursuite du faucon a cessé. Elles rentrèrent dans le pavillon de la reine pour se livrer à des regrets et à des récriminations également inutiles. Edith était la seule qui dédaignât d'épancher sa douleur par ces moyens ordinaires. Sans pousser un soupir, sans proférer un mot de reproche, elle resta près de la reine, dont le chagrin et la faiblesse de caractère s'étaient manifestés par de violentes attaques de ner& , et la soigna non seulement avec assiduité mais même avec aflection .
« Il est impossible qu'elle ait pu aimer ce chevalier , » dit Florise à Caliste , qui était depuis plus long-temps qu'elle auprès de la reine. « Nous nous sommes trompées. Elle s'afflige seulement de son sert, mais comme de celui d'un étranger qui va mourir à cause d'elle.
— Chut, chut! » répondit sa compagne plus expérimentée et plus pénétrante , « elle est de cette orgueilleuse maison des Plantagenêt, qui n'avouent jamais leurs souffrances. On les a vus quelquefois pendant qu'ils saignaient eux-mêmes d'une blessure mortelle , bander les égratignures qu'avaient reçues leurs camarades moins courageux. Florise, nous avons fait une chose effroyable, et quant à moi , je donnerais tous les bijoux que je possède pour que cette fatale plaisanterie n'eût pas eu lieu. »
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