CHAPITRE zxin. as
laquelle il s'était ^dormi, qu'il se demanda s'fl n'était point sous rinfluence d'un rêve , ou si la scène n'avait pas été changée magi* quement. Aji lieu de Therbe humide, il était couché sur un lit qui offirait un luxe plus qu'oriental ; quelque main bimifusante l'avait dépouillé du justaucorps de chamois qu'il portait sous s<m armure, et y avait substitué un vêtement de nuit du {dus beau lin , et une ample robe de soie. Il s'était endormi abrité par les palmio^ du désert, et il se réveillait sous un riche dais de soie éclatant des plus brillantes couleurs de la Giine; sa couche était entourée d'un léger rideau de gaze destiné à protéger son repos contre les insectes dont O avait été constamment la proie passive depuis son arrivée dans ces climats. Il regarda autour de lui pour se convamcre qu'il était réellement éveillé , et tout ce qui vint frapper ses yeux était d'aceord avec la magnificence de son lit. Un bain était préparé dans une baignoire portative de bois de cèdre doublée en argent , et il exhalait les parfums dont on s'était servi pour le composer. Sur une petite table d'ébène , à côté de la[couche , était un vase d'ar-* gent contenant un sorbet aussi froid que la neige, et du goût le plus exquis ; la soif occasionée par l'usage du narcotique lui fit parai* tre cette boisson encore plus délicieuse. Pour achever de dissiper son engourdissement, le chevalier se décida à profiter du bain, et il se sentit agréablement raihitchi après l'avoir pris. Après s'être essuyé avec des serviettes de laine des Indes, il se préparait à reprendre ses vêtements militaires, afin d'aller voir si le monde était aussi changé au dehors qu'autour de lui. Mais il les chercha vainement; à leur place il trouva un habit sarrasin d'une riche étoffe, avec l'épée et le poignard , le tout convenable pour un émir de distinction. Il ne put s'expliquer autrement cette recherche de soms que par le soup<2on qu'on essayait d'ébranler sa foi religieuse ; car on savait que la haute estime du Soudan pour les connaissances et le savoir des Européens le portait à combler de dons ceux qui, après avoir été ses prisonniers , se laissaient persuader de prendre le turbah. Sir Kenneth, se signant donc dévotement, résolut de braver tous ces pièges; et, afin de pouvoir le Caire avec plus de fermeté , il se décida à ne faire que l'usage le plus modéré du luxe ex^aordinaire dont on l'avait entouré. Cependant il se sentit encore la tête pesante et engourdie ; sachant d'ailleurs que son déshabillé ne lui permettait pas de se montrer au dehors , il s'étendit sur sa couche , et s'endormit encore une fois.
Mais cette fois son repos fut interrompu ; il fkit éveillé par la voix
m ÏM TAUSMAN^
da BiddMip qui, à la porte de sa tente, sHaiormait de sa saBté, et lui demandait s'il avait assez donni.
f Pttis-je pénétrer dans votre tente? ajouta-t-0 ; car le rideau qui en ferme rentrée est terme.
T- Le maître, » répondit sir Kenneth résolu de montrer qu'on ne le surprenait pas dans l'oubli de ml nouvelle condition ; « le mattre n'a pas ))esoin d^ permission pour entrer dans la tente de son esclave.
7- Mais si je ne viens pas en maître, » répliqua El Hakim sans entrer.
« Le médecin, reprit sir Kenneth , a un libre aecès auprès du lit de son malade.
— Je ne vieni pas non plus en ce moment comme médecin ; c'est pourquoi j'ai besoin de permission avant de passer sous le couvert de ta tente.
— A quiconque vient en ami , et jusqu'à présent tu t'es montré tel à mon égard, l'habitation d'un ami est toujours ouverte.
-*- Mais supposons encore, ? reprit le sage oriental en employant les circonlocutiops familières à son pays; c supposons encore que je ne vienne pas en ami.
T* Viens comme il te plaira , i s'écria le chevalier écossais un peu impatienté de toutes ces périphrases ; c sois ce que tu voudras; tu sais bien que je n'ai ni le pouvoir ni la volonté de t'empècher d'entrer ici.
•— £b bien donc , voyez en moi votre ancien ennemi , mais un ennemi loyal et généreux. •
U entra en pariant ainsi, et, lorsqu'il s*approcha du lit du proscrit, quoique la voix l^t tiftyours celle d'Adonebec, le médecin arabe , sa taille, son costume et ses traits étaient ceux d'ilderim du Kurdi4t^ , appelé Sheerkobf. Sir Kenneth le regarda comme s'il if'attendait à tout moment à le voir disparaître comme une vision eréée par son imagination.
ç Dois^-tu douQ t'étonner, reprit Ilderim, toi guerrier expéri^ mente , cle voir qu'un soldat entende quelque chose à l'art de gué^ rir?... Je te dis, nazaréen, qu'un cavalier accompli doit savoir penser son coursier, aussi bien que le monter; forger son épée non mpins que s'en servir dans les combats ; fourbir ses armes comme s'en revêtir, et surtout qu'il doit être aussi habile à guérir les blessures qu'à les foire. •
Pendant qu'il parlait, le chevalier chrétieB forma les yeux à plu-
CHAFIVIUB nui. Ml
rieon reprises; tant qu'ils étaient fermés, llmagt do BaUm, afM sa longue robe flottante, d'une eouleur sombre, son haut homiet tatare, et ses gestes pleins de gravité, venait se présenter à son imagination; mais aussitôt qu'il les ouvrait, le riche et gradeus turban éclatant de pierreries , le léger haubert démailles d'acier e| d'argent, qui lançait des reflets brillants en obâssantà chaque impulsion du corps, enfin des traits dépouillés de leur rigide fpri4 vite , un teint moins basané , une physionomie dégagée de cMp énorme barbe (réduite maintenant aux proportions ordinairea et arrangée avec beaucoup de soin), tout eniin lui rappelait le guer-i rier, et non le sage.
ff Ta surprise ne oommence-t-elle pas à s'aftiiblir? 4<unuida l^ir, et as-tu parcouru le monde avec un esprit assez peu obsers vateur pour t*étonner que les hommes ne soient pas toiyours ce ^*ils paraissent être... Es-tu toi-même Thomme pour lequel tu passes?
— Non , de par saint André , s'éeria le chevalier, car je passe dans tout le camp chrétien pour un traître, et j'ai la conscience d'être loyal, quoique j*aie fiiilli.
— C'est ainsi que je te jugeai , et comme nous avions mangé le sd ensemble , je me regardai comme obligé de t'arracber à la mor( et à la honte. Mais pourquoi restes-tu sur ta couche quand le soleil est déjà élevé sur l'horizon? Les vêtements dont mes cbapieaux étaient chargés sont-ils indignes que tu les portes ?
— Non pas indignes assurément , mais peu convenables à ma situation; donne-moi l'habit d'un esclave, noble Ilderim, et je te revêtirai avec plaisir; mais je ne puis supporter l'idée de porter le costume d'un guerrier libre de TOrieiit, et le turban du musulman.
— Nazaréen, reprit l'émir, ta nation se livre si facilement au soupçon, qu'elle peut facilement devenir suspecte. Ne t'aî-je pas dit que Saladin ne veut convertir que ceux que le ^aint prophète dispose à embrasser sa loi ? la violence et la sédufstiw ne lui servie* rent Jamais à propager sa foi. Écoule-moi, mon frère. Quand Paveugle fut miraculeusement rendu k la lumière, le voile tomba de ses yeux par la volonté divine... Crois-tu qu'aucun médecin ter^ restre aurait pu l'arracher ? Non... un médecin aurait pu tounpen^ ter le malade par ses mstruments , peutrétre }e soulager par des baumes et des cordiaux, mais l'aveugle serait r^té dans }ef ténèbres; il en est de même de l'aveuglement de l'esprit. S'il ei} es| parmi les Francs qui» pour l'amauridffs \iim ^9 e^ qonde,
SM LE TAUSMAN.
ont prô le turban du Prophète et suivent les lois d'Ismaël, que le blâme en retombe sur leur eonscienee. Ce sont eux qui ont cherehé TappAt, il ne leur a pas été offert par le soudan; et quand ils seront un jour condamnés comme hypocrites au gouffre le plus profond de Tenfer, au dessous des chrétiens et des jui& , des magiciens et des idol&tres , et qu'ils mangeront le fruit de l'arbre yacoum , qui est la tête des démons , c'est à eux et non au Soudan que leur crime et leur ch&timent seront imputés. Ainsi donc, porte sans aucun scrupule le vêtement qui t'est préparé ; car, si tu te rendais au camp de Saladin» ton costume ordinaire t'exposerait à une fâcheuse curiosité , et peut-être à l'insulte.
~ Si je vais au camp de Saladin , r^ta sir Kenneth , hélas ! suis-je libre d'agir, et ne dois-je pas aller où il vous plaira de me conduire ?
— Ta propre volonté , dit l'émir, peut diriger tes mouvements aussi librement que le vent chasse la poussière du désert dans la direction qu'il lui plaît. Le noble ennemi qui m'a combattu, et qui feillit se rendre mattre de mon épée , ne peut devenir mon esclave comme celui. qui rampeà terre devant moi. Si la richesse et le pouvoir pouvaient te décider à te joindre à nous , je pourrais t'en assurer la possession ; mais l'homme qui a refusé les faveurs du soudan quand la hache était suspendue sur sa tète , ne les acceptera pas , je le crains, quand il a la liberté du choix.
— Mettez le comble à votre générosité , noble émir , répliqua sir Kenneth. Ne me parlez plus de reconnaître vos bienfaits par une action que désavouerait ma conscience. Laissez-moi plutôt vous exprimer > comme la courtoisie l'exige» la reconnaissance que m'inspire cette bonté chevaleresque , cette noblesse de procédés si peu méritée
— Ne dis pas si peu méritée, interrompit Uderim : n'est-ce pas d'après ta conversation et le récit que tu me fis des beautés qui ornent la cour de Melec-Ric, que je me hasardai à m'introduire déguisé dans son camp ? et n'est-ce donc pas toi qui m'as procuré le spectacle le plus doux dont j'eusse jamais joui, dont je jouirai jamais , jusqu'à ce que les gloires du paradis soient révélées à mes yeux?
— Je ne vous comprends pas, » dit Kenneth en rougissant et pâlissant tour à tour , en homme qui voit la conversation prendre une tournure embarrassante et délicate.
« Tu ne me comprends pas ! s'écria l'émir : si le spectacle qui
GHAPmiE XXm. 267
m'a frappé dans la tente du roi Richard a échappé à ton attention , je Testime aussi mal aiBlée que le sabre de bois d'un bouffiofi ! Il est Trai que tu étais sous sentence de mort dans ce momcait : mus , quand ma tète eût été séparée du tronc , le dernier regard de mes yeux mourants se serait tourné avec délices vers cette charmante vision y et ma tête aurait roulé d'elle-même aux pieds de ces houris incomparables , pour toucher de ses lèvres tremblantes le bord de leurs vêtements... Cette reine d'Angleterre qui , pour son adorable beauté , mérite d'être la souveraine de l'univers ! quelle tendresse dans son œil d'azur ! quel éclat que celui de ses tresses dorées ! Par la tombe du Prophète ! j'ai peine à concevoh* que la houri qui me présentera la coupe de diamant de l'immortalité puisse mériter d'aussi ardentes caresses !
— Sarrasin , » dit sévèrement sir Kenneth , « tu parles de l'é* pouse de Richard d'Angleterre : aucun homme ne doit s'occuper d'elle comme d'une femme qui puisse être enviée, mais comme d'une reine faite pour inspirer la vénération.
— Je vous demande merci » reprit le Sarrasin, j'avais oublié votre superstitieuse idolâtrie pour un sexe que vous considérez comme un objet d'admiration et d'adoration , et non d'amour et de jouissance. Et puisque tu exiges un si profiDud respect à l'égard de cet être charmant et fragile , dans lequel on reconnaît à chaque mouvement , à chaque pas , à chaque regard , une véritable femme selon toi , je le gage^, on ne peut donner moins qu'un culte absolu à la belle aux cheveux bruns , au regard expressif et imposant. J'avoue que son noble mamtien et son air majestueux indiquent à la fois le courage et la pureté Et cependant je t'assure que , vaincue par l'occasion , elle-même remercierait au fond du cœur Tamant entreprenant qui la traiterait en mortelle plutôt qu'en déesse:
— Respecte la parente de Cœur*de-Lion ! • dit Kenneth avec une colère qu'il ne cherchait pas à réprimer.
— La respecter! » reprit l'émir avec mépris. « Par la Caaba ! si je la respecte , ce sera plutôt comme épouse de Saladin.
— L'infidèle Soudan est indigne de baiser la trace des pieds d'É** dith Plantagehet , » s'écria le chrétien en s'élan^ant de sa couche.
« Ah , ah ! qu'a dit le giaour ? > repartit l'émir en portant la main sur son poignard , tandis que son front devenait semblable au cuivre étincelant et que les contractions de sa bouche et de ses joues faisaient dresser chaque poil de sa barbe comme s'il eût frémi d'une rage instinctive.
ils LK TALISMAN.
Màti U ebétalter iScossais » «toi avait ioiite&u la coUa^e du lion Rtehard ^ lie se laissa pas effirayer par la fiilrfeUr de tigre du Sarrasin.
* Ce Ifne j'ai dit , • reprit-fl eh eroisant les bras d'un air intrépide , i je le soutiéndriiis envers et eontre tous, et Je ne regarderais ^as eomtne Faction la plus mémorable de ma vie de le prouver avec ma botine ëpée contre une trentaine de ces feucilles et de ces épingles ; » désignait le sabre et le poignard de rém||r.
Tandis que sir Kenneth prononçait ces paroles, le Sarrasin re^ prit assez de calme pour retirer la main qu'il avait portée à son arme , comme si le mouvement eût été fidt sans intention ( mais il était encore profondément irrité.
* Par l'épée du Prophète i ditrU , qui est à la fois la clef du ciel et de l'enfer , il feut bire peu de cas de la vie , frère » pour employer le ladgagè dont tu te sers ! Crois-moi , si tes mains étaient libres wmme tu le dis , un seul des vrais croyants leur donnerait tant tf occupation que tu souhaiterais bientôt qu'elles fussent de nouveau enchaînées par des menottes de fer.
~ J'aûnerais mieux que l'on m'arrachât les bras des épaules ! répmdit sir Kenneth.
— - Bien ! mais tu as les mains liées en ce moment ^ » dit le Sarrasin d'un ton plus amical , « liées par tes propres sentiments de délicatesse et de courtoisie ^ et je n'ai pas , quant à présent , le projet de les rendre libres. Nous avons éprouvé mutuellement notre force et notre courage avant aujourd'hui ; nous pouvons nous rencontrer eaeoTt sur le champ de bataille ^ et honte à celui qui s'éloignerait aloi*s le premier de son ennemi!... Mais en ce moment nous sommes amis^ et j'attends plutôt de toi des services que des paroles d'insulte et de défi.
— Nous sommes amis ! » répéta le chevalier , et il y eut une pause, pendant laquelle l'ardent Sarrasin parcourut la tente à grands pas , comme le lion qui , dit-on, après un accès violent de foreuf , emploie ce moyen pour calmer la chaleur de son sang avant de s'étendre dans son antre. L'Européen, plus froid, garda la itième attitude et le même visage qu'auparavant ; mais sans douté il cherchait aussi intérieurement à dompter l'irritation qui s'était éveillée si subitement.
« Raisonnons là-dessus avec calme , dit le Sarrasin ; tu sais que je suis médecin , et il est écrit que celui qui veut la guérison de ses blessures ne doit pas reculer quand le médecin veut les sonder... Je vais donc mettre le doigt sur la plaie. . . Tu aiiaes cette parente de
GHAPKTRK XXIH.
Melec-Rie... ISoulève le voile qai oouyre tes peiudes » oui if tu le préfères i ne le soulève pas i mais sache que mes yeux t'ont pénétra.
— Je Vax aimée , » répondit sir Kennetb après un moment de sî* lenoe « < mais comme un homme aime la grAce du ciel ; et-j'ai sollicité ses regards comme on sollicite le pardon du ciel.
— £t tu ne Taimes plus ?
— Hélas ! je ne suis plus digne de Taimer Changeons decm-
versation > je te prie } chacune de tes paroles est pour moi un coup de poignard.
— Permets encore une seule question ^ ccmtinua Ilderim : lorsque , soldat pauvre et obscur , tu fixas tes aflteclions d'une manière si présomptueuse et si élevée ^ avais-tu quelque espoir?
— L'amour n'existe pas sans espérance : mais mon amour ressemblait au désespoir ; c'était le sentiment qu'éprouve un matelot livré à la merci des ondes , et qui , nageant de vague en vague, aperçoit par intervalle la lueur d'un phare. Il attache opiniâtre j ment son regard sur cette étoile de salut, quoique l'épuisement de ses forces lui fosse sentir qu'il ne Fàlteindra jamais.
— Et maintenant cette étoile de salut s'est voilée peur jamais ?
— Pour jamais ! • répéta sir Kenneth comme l'écho qui sortirait dû fond d'un sépulcre ruiné.
« Il me semble , reprit encore le Sarrasin, que si tu n'as besoin pour être heureux que des faibles lueurs d'un phare éloigné , le phare peut reparaître , ton espoir se retnettre à flot ; et à cette heure , bon chevalier , rien ne doit t'empècher de reprendre l'occupation agréable d'alimenter ta passion idéale avee la substance idéale d'un clair de lune : car si demain tu étais aussi pur de réputation que tu le fus jamais , celle que tu aimes n'en serait pas moins la fille des princes et la fiancée de Saladin.
— Je voudrais qu'il en tdt ainsi, dit l'Écossais , et je... >
II s^arrèta comme un homme qui craint de se vanter dans des circonstances qui ne permettent pas qu'il soit tnis à l'épreuve. Le Sarrasin sourit en achevant la phrase : « Tu défierais le soudan au combat singulier.
— Et quand cela serait, • reprit sir Kenneth avec fierté, « ce n'est ni le premier , ni le plus brave musulman contre lequel j'aurais mis ma lance en arrêt.
— Cela se peut, mais il me semble qu'il pourrait regarder là chance comme trop inégale pour risquer ainsi l'espoir d'une fiancée
royale, et peut-être Tissue d'une grande guerre.
MO USTAUSMÂN.
— On peut le rencontrer un jour de bataflle » à la tète de ses troupes y « dit le chevalier dont les yeux brillaient d*espoir à cette pensée.
« On est toujours sûr de le rencontrer là, et il n'est pas habitué à détourner la tété de son cheval quand un brave ennemi lui offk*e le combat... Mais ce n*est pas du soudan que je voulais te parler. En un mot, si ce peut être une satisfaction pour toi que de faire connaître à Richard le brigand qui vola la bannière d'Angleterre» je puis te donner les moyens d*accompUr cette œuvre; c'est-à-dire si tu veux te laisser guider , car Lockman a dit : « Si Fenfant veut marcher, il fout que la nourrice le conduise, et si Tignorant veut comprendre, il lisiut qu'il écoute les instructions du sage. »
— Et tu es un sage, Ilderim, quoique Sarrasin, et généreux quoique infidèle; j'ai des preuves de l'un et de l'autre. Dirige-moi donc dans cette affaire , et pourvu que tu ne me demandes rien qui soit contraire à ma loyauté et à ma foi de chrétien , je t'obéirai ponctuellement. Enseigne ce que tu me promets , et prends ma vie quand l'œuvre sera accomplie.
— Ecoute-moi donc , dit le Sarrasin , ton noble chien est maintenant guéri par l'effet bienfaisant de cette médecine divine qui guérit les hommes et les animaux , et sa sagacité te fera découvrir ceux qui l'ont assailli.
— Ah ! il me semble que je te comprends ; je ne sais comment je ne pensais point à cela.
—Mais, dis-moi, n'as-tu dans le camp aucun serviteur ou écuyer duquel cet animal puisse être reconnu ?
— Au moment où je m'attendais à recevoir la mort , j'ai envoyé en Ecosse , avec des lettres pour mes amis, mon vieil écuyer (ton malade), et le variet qui me servait... Il n'y a aucune autre personne qui connaisse le chien... Mais ma personne est bien connue... Ma voix seule suffirait pour me trahir dans un camp où je n'ai pas joué le dernier rôle pendant plusieurs mois.
— Tu seras déguisé , ainsi que lui , de manière à échapper au plus rigoureux examen... Je te le répète , ton frère d'armes même , ton propre frère, ne te reconnaîtrait pas si tu te laisses guider par mes conseils. Tu m'as vu faire des choses plus difficiles. Celui qui peut rappeler les mourants des ombres de la mort , peut aisément couvrir d'un nuage les yeux des vivants. Mais écoute: il y a une condition attachée à ce service , c'est que tu remettras une lettre de Saladin à la nièce de Melec-Bic, dont le nom est aussi difficile à