CHAPITRE II
1 . Voici le cérémonial à observer pour la dernière série des 7 jours de jeûne : On porte l'arche sainte sur la voie publique, et l'on répand sur l'arche de la cendre de bois, ainsi que sur la tète du naci et du chef du tribunal; puis chacun en prend et s'en répand sur la tête. Le plus ancien d'entr'eux fera un exposé pathétique qui ramène les cœurs au bien. Ainsi il dira p. ex. : mes frères, au sujet des habitants de Ninive (désolés d'abord comme nous), il tfest pas dit que Dieu vit leurs sacs et leurs jeûnes (la manifestation de la pénitence), mais il est dit (Jonas, III, 10) : Dieu vit par leurs actes qu'ils étaient revenus du mauvais chemin. Il leur rappellera aussi des sentences prophétiques, savoir (Joël, II, 13) : déchirez vos cœurs, non vos vêtements, et retournez à r Éternel votre Dieu.
R. Hiya b. Aba dit : on portait l'arche sur la voie publique, afin d'exprimer pour ainsi dire la pensée que l'on semblait être exilé par Dieu. Selon R. Josué b. Levi, cela signifie qu'après avoir prié à l'écart sans être exaucés, ils sortent et énoncent leurs supplications en public. Selon R. Hiya b. Aba aussi, ce transport avait lieu pour que l'on semble dire : cet objet le plus précieux, enfermé avec grand soin, a dû être exposé au mépris par suite de nos fautes. R. Houna le grand, de Cippori, dit : nos pères ont couvert l'arche
1. Suit un passage que l'on retrouve ci-dessus, tr. Beça, "V. 2 p. 13G, et ci après, IV, 6; tr. Kelhoxhboth, 1,1, Après quoi, dans i'édit. de Venise et les suiv. commence le § 9. 2. Tossefta à ce tr., ch. 3.
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d'or, et nous la couvrons de cendres. On sonne du cor, dit R. Jacob, 'du midi, pour dire qu'il nous a semblé mugir devant toi comme des animaux (dont ce cor est issu). Enfin l'on se rend au cimetière, ajoute R. Levi, disant qu'il nous semble être morts pour toi. Dans ce dernier acte, dit R. Tanhouma, toutes les précédentes punitions paraissent résumées : si nous méritons la mort, nous voilà ici ; si c'est l'exil, nous sommes chassés au dehors, et quant à la famine, elle nous atteint déjà.
« On répand de la cendre sur l'arche », est-il dit. C'est conforme à ces mots (Ps. XCI,15) : Je suis avec lui dans la calamité i. R. Zoira dit : chaque fois que j'ai vu agir ainsi, mon corps était saisi de tremblement (affecté). Au temps deR. lia, il arriva (en un tel cas) de laisser l'arche sainte seule dans la rue, pendant que chacun rentrait chez soi. Ce n'est pas convenable, ditR. Zeira; or, il a été enseigné 2; on ne se relayait pas à cet effet toute la journée, mais une personne restait assise auprès de l'arche et la gardait (sans la laisser toute seule). R. Judan b. R. Manassé et R. Samuel b. R. Nahman expliquent diversement cette aspersion de cendre ^ : elle a pour but, dit Tun, de rappeler les mérites du patriarche Abraham ; l'autre dit qu'elle rappelle les mérites d'Isaac. Le 1" avis est fondé sur ce qu'Abraham a dit (Genèse, XVllI, 27) : je oie suis que poussière et cendre. Le 2° avis dit que celte cendre rappelle le sacrifice d'Isaac, dont le bûcher semble encore entassé sur l'autel. Lorsque R. Juda b. Pazi allait entreprendre un jeûne, il disait aux fidèles : mes frères, tout homme auprès de qui le servant ne passe pas pour mettre la cendre sur la tête, en prendra seul et s'en répandra. « On en répandait sur la tète du naci » ; c'est, dit R. Tahlifia de Césarée, pour faire ressortir d'autant plus cette marque de mépris sur un personnage, car ce n'est pas la même -chose de se mépriser soi-même que de l'être par autrui. Il est écrit (Joël, 11, 16) : que l'époux sorte de sa demeure, Vépouse de sa chambre; la 1" partie se rapporte au transport de l'arche sainte en un tel jour de jeûne, et la suite à la Loi; ou bien encore : les premiers mots s'appliquent au naci, et la fin au chef du tribunal (dont il est question dans la Mischnâ). R. Helbo dit en un tel jour, au naci R. Juda, de sortir avec les assistants, afin qu'en assistant au cérémonial, il fasse diversion à son chagrin. Cela prouve, dit R. Yossé, que les jeûnes observés par nous n'ont guère de valeur, parce que le naci n'est pas là (et que le cérémonial est incomplet)!
Il est écrit d'une part (Lévit. IV, 17) : le devant du voile (au sujet du taureau offert en expiation par la communauté), et d'autre part (ib. 6) : au devant du voile du sanctuaire (en cas de péché accompli parle prêtre). Cette distinction, dit R. Aha, est expliquée diversement par R. Abahou et les rabbins * : l'un dit que lorsque le chef (cohen) a péché, la grandeur qui représente la sainteté ne reste pas moins à sa place; mais lorsque la communauté a péché, la sainteté n'est plus à sa place (et le verset n'a pas lieu d'en parler).
1. Il semble, parcel acte, que Dieu prend parla notre misère. 2. Tossefta à ce tr.,§1. 3. Rabba à Genèse, ch. 49. A. B., tr. Zebahim, iVK
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En outre on dit : lorsque les élèves (les fldèles) et le maître (le cohcn) ont péché, ils devront offrir leurs sacrinces au dehors, comme pour avouer leur faute en public, ainsi qu'il est dit (ib. 12) : on portera le taureau hors du camp. Ceci peut faire allusion, dit Iliskia, à ce qu'en tout lieu où il y a un prêtre oint se trouve aussi l'arche, et lorsque celui-ci est absent (par suite d'une faute', il n'y a pas non plus d'arche à l'intérieur. C'est conforme à ce qu'a dit R. Samuel b. lanaï au nom de R. Aha : il manquait au 2® Temple 5 objets * qu'avait le 1^'', savoir : le feu, l'arche sainte, l'oracle des Ourim et Toumim, l'huile d'onction 2 et l'Esprit-Saint. Or, il est écrit (Aggée, 1,8) : J'en aurai de la joie et fcn serai glori/ié; l'omission de la lettre n (o) au dernier terme de ce verset est une allusion à la perte des 5 objets qui n'existaient plus au 2'' Temple. Un jour, R. Abab. Zabda, R. Tanhoumb, Haï et R. Yoscliia sortirent au jour de jeûne 3, et le l""" expliqua le verset (Lament. 111,41) ; Élevons nos cœurs aux mains ; or, il est impossible à l'homme de prendre matériellement le cœur et de le mettre en mains, mais l'on entend par là qu'il faut mettre le cœur au niveau des mains (en les purifiant), vers Dieu qui est au ciel (ib.). De même, si l'on se baigne ayant un ver en mains, fût-ce dans la source de Siloë, ou dans une eau limpide remontant à la création, on ne sera jamais pur qu'après avoir jeté ce ver impur. R. Tanhoum b. Ila'ï (le 2^) explique ce verset (11 Chron., XII, 6) : Les chefs d'Israël et le roi s'humilièrent et reconnurent la justice delà Divinité; lorsque Dieu vit qio'ils s'étaient /lumilics, la parole divine s'adressa à Saméas en ces termes, etc. ; or, il n'est pas dit qu'ils jeûnèrent, mais qu'ils s'humilièrent ; aussi (ib. 7), jc ?25 les détruirai pas. Enfin R. Yoschia (le 3") expliqua ces mots (Sophonic, II, 1) : Rentrez en vous, puis examinez (les autres), corrigeons-nous de nos défauts* d'abord, puis corrigeons ceux des autres, car il y y a ici des gens qui médisent de moi auprès de R. Yonanan (ils veulent faire des remontrances à autrui), tandis que chacun aura des comptes à rendre un jour. On raconte qu'à cette exégèse R. Hiya, R. Issi et R. Imi étaient présents, et que (se jugeant blessés) ils se levèrent et quittèrent la salle d'études. R. Éléazar dit : il y a 3 moyens de modifier les décrets que la Providence a rendus contre nous, savoir la prière dite avec ferveur, l'exercice de la charité, l'amendiiment de notre conduite*'. Tous trois sont indiqués dans un même verset (II Chron., II, li) : s'il s'humilie mon peuple par qui est invoqué iViOn nom, et prie, c'est la prière ; il clierche ma face, c'est la charité, puisqu'il est dit (Ps. CXVII, la) : par la charité je verrai ta face; enfin s'il se détow-ne de ses mauvaises roi'S, c'est la pénitence. Après avoir accompli ces divers actes, il est dit du peuple d'Israël (II Chron., ib.) : je les entendrai aïo ciel, je pardonnerai leur faute, et Je guérirai leur pays. R. Hagaï renouvelait l'exposé exégétique de R. Eliézer chaque année
1. J., tr. Maccôl/i, II, G; 15., tr. Yôma, 211). 2. Elle a disparu en même temps que l'arche sainte. 3. Midrash Eic/ia, ch. 3. 4. Littéral. : Parons-nous, etc. V, Schuhl, Sentences, p. 433. 5. Ibid., p. 91, avec les passages indiqués là.
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au jour du jeûne. R. Eléazar dit : la fin d'une année dépend de la conduite tenue au commencement de l'année. Ainsi, de la poussière amassée en été doit servir en hiver, quand souffle le vent violent du nord, à consolider les briques sur place. Toute année au commencement de laquelle on n'aurait pas sonné du cori finira certes de cette façon fune calamité suscitera le jeûne public) ; et celle qui n'a pas souci des produits de sa voisine verra à la fin ses propres fruits se perdre {i\ faut donc d'avance être dans la bonne voie). De même, dit R. Aha, c'est le plus souvent faute d'attention initiale que le vin devient aigre. Il y avait des vieillards à Cippori qui, à la suite de la l''» pluie, sentaient le sol et pouvaient dès lors déterminer si l'on aurait une année féconde. R. Eléazar interprète ce verset (Isaïe, LVllI, 5) : Est-ce là le jeûne auquel je prends plaisir ? mais un jour où r homme humilie sa personne n'est pas ce qui me plaît. Qu'est-ce donc que je désire ? Voici le jeûne auquel je prends plaisir, détache les chaînes de la méchanceté, dénoue les liens de la servitude etc. ; Partage ton pain avec celui qui a faim, et fais entrer dbns ta maison les malheureux sans asile (ib. 6-7); après quoi il est dit : alors tu appelleras, et l'Eternel répondra (ib. 9). R. Simon b. Lakisch interprète'2 ce verset (Genèse, II, 6) : une vapeur s'éleva de la terre et arrosa etc. ; c.-à-d. (prenant le 1" mot dans le sens de bris), dès qu'aura monté la rupture d'en bas (l'humiliation), la pluie descendra. R. Bérakhia explique le verset (Deutér. XXXII, 2) quo mes instructions se répandent comme la pluie, en ce sens : dès qu'ils auront courbé la nuque en signe de pénitence^, la pluie tombera. R. Bérakhia prit ainsi part à 13 jeûnes, sans qu'il tombât de pluie, et à la fin vinrent des sauterelles, détruisant les restes de la récolte. Il monta alors en chaire et dit : voyez, mes frères, si ce que nous faisons n'est pas conforme à ce que le prophète nous a reproché (iVIichée, VII, 3) : leu^rs mains sont habiles à faire le mal, lorsqu'ils se frappent réciproquement dans la main pour s'allier, ce n'est pas pour rechercher le bien ; le prince demande, il cherche où est l'argent corrupteur à prendre ; le juge réclame un salaire, olTz'ant contre payement de rendre justice; le grand manifeste son avidité, et ils font ainsi cause commune', ils joignent les péchés qu'ils tressent ensemble. Et qui déliera ce nœud? Le meilleur d'entre eux est comme une ronce (ib. 4), il est pointu comme une épine*; le plus droit est pire qu'un buisson d'épines, où tous les péchés s'enchevêtrent. Le jour annoncé par les prophètes, son châtiment approche, le jour où nous espérions le salut, les sauterelles sont venues; c'est alors qu'ils seront dans la confusion. A ces mots, les auditeurs se mirent à pleurer; mais dès lors la pluie commença à tomber. R. Simon b. Lakisch dit: c'est une pénitence trompeuse qu'ont faite les habitants de Ninive ; car, dit R. Houna au nom de R. Simon b. Halafta, ils plaçaient les veaux au rang intérieur
4. B., tr. Rosch ha-schana, f. IGb. 2. Rabba a Genèse, ch. 13. 3. Autre jeu de mots sur le sens de ^liy, signifiant : couler, distiller, se répandre, et aussi : nwjue. 4. Il présente la pointe aiguë du mal.
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et les vaches mères à l'extérieur, ou les poulains à l'intérieur, et les juments à l'extérieur, de façon à faire gémir ces bêles de leur séparation, tant d'un côté que de l'autre, en disant qu'ils n'auront pas pitié do ces bêtes si la miséricorde céleste ne s'étend pas sur eux. C'est ainsi qu'il est dit (Joël, I, 18) : Comme les bêtes gémissent I les troupeaux de bœufs sont consternés. C'est en Arabie, dit R. Aha, que les gens agissent ainsi sans pitié, selon ces mots (Jonas, III, 8): Ils se couvrirent de sacs, hommes et animaux, et ils crièrent vers Dieu avec force. Par ce dernier terme, dit R. Simon b. Halafta, on entend l'effronterie ; car, si celle-ci l'emporte sur l'innocence timide ^ à plus forte raison elle prévaudra sur ce qu'il y a de meilleur au monde (la Providence). Chacun se détourna, est-il dit (ib.), de sa mauvaise voie et de V iniquité deses mains. Or, ditR. Yohanan, ils ont rendu ce qui était dans leurs mains, non ce qui était enfermé dans l'armoire, dans une boîte, ou une tour. Il est écrit aussi (Joël, II, 13) : Déchirez vos cœurs, non vos vêtements, et revenez à l'Eternel votre Dieu, car il est généreux et miséricordieux ; c.-à.-d., dit R. Josué b. Levi, si vous déchirez votre cœur par le repentir, vous n'aurez pas à déchirer vos vêtements pour vos fils et vos filles ; fiez-vous à Dieu, car il est généreux et miséricordieux. Il est longanime, plein de grâce et punit à regret (ib.). Dans l'expression longanime, dit R. Samuel b. Nahaman au nom de R. Jonathan 2, on remarque la terminaison du pluriel : c'est une allusion à ce que Dieu est longanime avec les justes et aussi bien avec les impies. Selon R. Aha ou R. Tanhoum b. R. Iliya au nom de R. Yohanan, le texte vise ainsi ces deux qualités : il est patient à réclamer la punition, et lorsqu'il commence à la réclamer, il le fait avec lenteur (peu à peu). Selon R. Ilanina^, celui qui dit de Dieu qu'il est indulgent pour nos péchés verra se délier ses intestins (en souffrira); la vérité est qu'il est longanime à réclamer successivement les pénalités dues. R. Levi dit : la longanimité consiste à éloigner la colère. Ainsi, un roi avait deux légions (legiones) cruelles ; si elles habitent avec moi cette ville, se dit le roi, dès qu'il m'arrivera d'être irrité par les habitants, les troupes tomberaient sur eux et les tueraient ; je vais donc les envoyer au loin, et lorsque les habitants de la ville exciteront ma colère, pendant le temps que je ferai marcher ces troupes, les habitants m'apporteront leurs excuses, que je m'empresserai d'agréer. De même, Dieu dit : la colère et l'irritation sont "2 anges de destruction ; je les relègue au loin, pour qu'au jour où Israël m'irrilcra et où je ferai chercher les éléments de destruclion, les Israélites auront eu le temps de manifester des regrets que j'accueillerai. Aussi est-il écrit (Isaïe, Xlll, 5) : Ils viennent d'un pays lointain, de Vextrémité des deux. De plus, dit R. Isaac, il ferma la porte derrière eux,
1. Au passage parallèle de la Pesigta, section Schoubd (161 a), on lit : « l'emporte sur le méchant» (si celui-là accorde la demande). 2. B., 'Eroubin, 22». 3. Cf. J., tr. Scheqalim, V, 2 (t. V, p. 204) ; ci-dessus, tr. Deçà, III, 8, p. 12G; B., Bacci gaina, 50^.
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selon ces mots (Jérémie, L, 23) : VÉter?iel à ouvert son arsenal, et il en a tiré les armes de sa colère, car pendant le temps passé à ouvrir, l'effet delà miséricorde peut se produire. On a enseigné cette exégèse au nom de R. Meir : le verset (Isaïe, XXVI, 'il) car voici, VÊternel sort de sa demeure, signifie que Dieu passe d'une mesure à l'autre, de celle de la justice sévère à celle de la pitié en faveur d'Israël. Le verset Dieu n'est pas un homme qui mente (Nombres, XXIII, 19) est diversement expliqué par R. Samuel b. Nahman et d'autres sages ^. Selon le premier, lorsque l'Éternel a promis, il ne ment pas, comme pourrait le faire un homme et qu'il donnera le mal en échange, car lui est-il jamais survenu de dire une chose qu'il n'a pas faite, ou de faire une promesse non accomplie? Selon les autres sages, ce n'est pas un homme, pour que l'on puisse dire de ses paroles qu'elles sont comme nulles; or il est dit (Exode, XXXII, W) : -pourquoi, Éternel, ta colère s' en jlamme-t-elle contre ton peuplel Puis (Nombres, \h'\à.): le fils de V homme se repent; nul autre que le fils d'Amram (Moïse) a représenté Dieu se repentant, puisqu'il est dit (Exode, ib. \ i) : Dieu eut regret du mal qu'il s'était proposé d'exercer sur son peuple. R. Abahou explique ainsi le verset (des Nombres) en question : si un homme te dit être Dieu, il ment; mais s'il se déclare fils de l'homme, il finira par s'égarer comme tel en montant au ciel (ce qui advint à Moïse), et de lui on peut dire que celte promesse aussi a été tenue. R. Aha dit au nom de Rab que, de nos jours, les jeûnes ne sont plus l'objet des prescriptions mischniques. Ceci prouve, dit R. Yossa, que nos jeûnes actuels ne sont pas tenus pour complets. En effet, dit Rab, à tout jeûne qui n'est pas accompli selon l'ordre prescrit, on peut appliquer ce verset (Jérémie, XII, 8) : il a poussé vers moi ses cris (irréguliers); c'est pourquoi je l'ai pris en haine.
2. Pour réciter la prière publique, on choisissait, comme officiant, un vieillard, bien au courant de la liturgie-, ayant des fils et la maison vide, de façon à ce qu'il porte toute l'attention de son cœur à la prière. Il récitera devant les fidèles la série de 24 bénédictions, savoir les 18 quotidiennes et 0 supplémentaires (intercalées entre lesn°' 7 et 8). Elles comprennent^ des versets traitant du. souveiiir de Dieu et du schofar % puis ceux-ci : A V Éternel eu ma misère (Ps. CXX, \); f élève les yeux vers les montagnes (Ib. CXXI, 1); des jjrofondeurs je finvoquQ, Eternel (ib. CXXX, i); prière du pauvre qui est abattu (ib. Cil, 1).
On a enseigné que cet officiant devra être modeste, bienveillant pour la jeunesse 5, habitué à enseigner, initié aux légendes, ayant champ et maison. Comment cette dernière qualité est-elle conciliable avec la recommandation de la Mischnâ « que sa maison soit vide »? Il faut en effet rectifier la fin de cet enseignement, en ajoutant qu'il devra avoir des fils et des filles (desquelles
1. Rabba à Genèse, ch. 53; sur Nombres, ch. 23. 2. Voir de même Ir. BemkhoUi, V, 5. 3. Dans les édit. de la Mischnâ, c'est ici le § 3. 4. Cf. tr. llosch ha-schana, IV, 8. 5. Abôlh, III, IG (12).
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la Misclaiâ ne parle pas). A défaut d'une personne qui réunisse toutes ces qualités, ou choisira celui que Ton veut (qui en a le plus). — *.
2. Selon R. Juda, il n'est pas nécessaire de réciter les versets traitant du souvenir de Dieu ou du schofar; mais en leur lieu et place, on dira (I Rois, VIII, 37) : Lorsqu'il y aura de la famine au pays, ou de la morlalilé etc., exauce-les; puis (Jérémie, XIV, 1) : La parole de l'Eternel qui fut adressée à Jérémie au sujet de la sécheresse, et l'on terminera par la formule de clôture usuelle — ~.
4. Dans la première des bénédictions prolongées de Vamida (la 7^), on ajoutera ces mots : « Celui qui a exaucé notre patriarche Abraham au mont Moria vous exaucera aussi et écoutera la voix de votre appel en ce jour; sois loué, Eternel, libérateur d'Israël. »
Mais n'est-ce pas Isaac qui a été sauvé du sacrifice ? (Pourquoi donc dire « libérateur d'Israël »?) C'est que le salut d'Isaac équivaut à celui d'Israël. Rab. b. R. Aba dit au nom de R. Yo'aanan 3 : le patriarche Abraham a proclamé devant l'Éternel ces mots : maître de l'univers, il est clair et manifeste devant toi qu'au moment de me donner ton ordre de sacrifier mon fils Isaac, j'aurais pu faire des objections, et t'opposer ta promesse faite la veille (Genèse, XXI, 12), deconstltuer ma postérité par Isaac ; puis, modifiant l'avis, tu m'ordonnes (ib. XXII, 2) de le sacrifier en holocauste. Mais je me suis bien gardé d'agir ainsi, et dominant mes affections, je me suis rendu à ton désir. Qu'il le plaise donc, Éternel mon Dieu, au moment où les enfants demon fils Isaac seront dans l'adversité et n'auront personne pour prendre leur défense (cuv/)Ywp(a) , de l'assumer toi-même en leur faveur. Dieu apparut, tu te souviendras que leur patriarche Isaac était déjà lié sur le bûcher, et tu auras pitié d'eux. Aussi il est dit après (ib. 13) : Abraham leva les yeux, regarda, et il y avait un autre^ bélier. Par le mot autre, dit R. Juda b. R. Simon, le texte veut dire que dans les autres générations tes enfants seront retenus par leurs péchés, ils seront accrochés par leurs peines, et ils finiront par être délivrés, grâce aux cornes du bélier, comme il est dit (Zakharie, IX, 14) : VEterncl Dieu sonnera du cor et marchera avec les tourbillons du midi. R. Houna dit au nom de R. Hinena b. Isaac : toute la journée Abraham avait vu ce bélier attaché à un arbre, puis en être délié et le quitter, ou être attaché dans la forêt, puis en être délié et la quitter, ou être attaché à un buisson, puis le quitter. De même, dit l'Eternel à Abraham, tes enfants à l'avenir seront aussi enchaînés par leurs fautes, et emmenés captifs par les despotes de Babylone en Médic, de là en Grèce, et de ce pays à Rome. Maître de l'uni-
1. Suit un long passage, traduit au tr. Bcrahkôth, IV, 3 (t. I, pp. 82-86). 2. La Cuemara de ce § est traduite, ibid., I, 8, fin (t. I, p. 22). 3. Cf. Rabba à Lévit., ch. 29. 4. Mot que l'on traduit d'ordinaire par « derrière lui », et que l'exégète détourne ici de son sens, en vue de sa thèse. V. Rabba à Genèse, ch. 5G, et à Lévit., cb. 9.
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vers, supplia le palriarche, en sera-t-il toujours ainsi? Non, dit l'Éternel, la délivrance finale aura lieu, par les cornes du bélier, selon le verset précité (de Zakharie).
5. Dans la 2® de ces bénédictions, on ajoutera : « Celui qui a exaucé nos ancêtres sur la mer rouge vous exaucera aussi et entendra la voix de votre appel en ce jour ; sois loué, Eternel, qui te souviens de ce qui semble oublié. »
G. Dans la 3°, on ajoutera : « Celui qui a exauce Josuéà Giiilgal (IV, 19) vous exaucera aussi et entendra la voix de votre appel en ce jour ; sois loué. Eternel, qui entends le son de la trompette. »
Aux bords de la mer rouge, Israël se divisa en 4 catégories ^ ; l'une dit : jetons-nous à la mer (sans crainte) ; la 2" dit de retourner en Egypte ; la 3® proposa le combat ; la 4*= se contenta de vouloir invoquer le secours divin. A la l'^e, Moïse dit (Exode, XIV, 13) : Tenez-vous et voyez le salut de V Éternel , etc.; à la 2", Moïse dit (ib.): car vous avez vu les Égyptiens aujourd'hui et ne les reverrez plus jamais ; à la 3^ il dit (ib. \i) : Dieu combattra pour vous ; enfin à la i" il dit : Quant à vous, soyez silencieux.
R. Simon b. Lakisch dit au nom de R. Yanaï : le Saint (béni soit-il) fit entrer son nom divin dans la composition du nom d'Israël. Ceci ressemble à un roi, qui , ayant la clef d'une petite cassette d'objets précieux, se dit : si je la laisse telle qu'elle est, elle se perdra ; il faut donc y adapter une chaînette, qui par le prolongement la garantira de la perte. De même, dit Dieu, si je laisse Israël comme il est (abandonné à son sort), il ne manquera pas d'être englouti parmi les païens ; en lui adjoignant mon nom divin, il vivra, selon ces mots (Josué, VII, 9) : Les Cananéens et tous les habitants de la contrée V entendirent '.fils nous ont entourés, routons exterminer notre nom de la terre. Or, que feras-tu en faveur de ton grand nom associé au nôtre? Aussitôt après (ib. 10), il est dit : L'Éternel dit à Josué de se lever et d'avancer; c'est-à-dire il s'est levé pour toi celui que tu as invoqué. R. Yanaï Zeira dit au nom de son père : celui qui ne se sent pas aussi pur que Josué et n'a pas la certitude, s'il se jetait la face à terre pour supplier Dieu, d'être exaucé aussi bien que Josué et de s'entendre dire par ordre divin de se lever, fera mieux de ne pas tomber à terre ; toutefois, cette recommandation est faite à un particulier priant pour le public (non s'il prie seulement pour lui).
7. Dans la ¥ bénédiction on ajoute : « Celui qui a exaucé Samuel à Miçpa vous exaucera aussi et entendra la voix de votre appel en ce jour ; sois loué, Eternel, qui écoutes l'invocation. »
8. Dans la 5" on dit : « Celui qui a exaucé Elie au mont Carmel vous exaucera aussi et entendra la voix de votre appel en ce jour; sois loué, qui écoutes la prière. »
1, V. Mekhilta, section Beschalak, ch. 2.
9. Dans la G" on dit : « Celui qui a exaucé Jonas au sein de la baleine vous exaucera aussi et entendra la voix de votre appel ; sois loué, Eternel, qui nous réponds à l'heure de l'oppression.» Dans la 7' on dit :« Celui qui a exaucé David et Salomon son fils à Jérusalem vous exaucera aussi et entendra la voix de votre appel; sois loué, Eternel, qui as pitié de la Terre-Sainte.»
II est écrit (I Sam., VU, 7) : Ils se réunirent à Miçpa, puisèrent de l'eau et en versèrent devant l'Éternel. Ce n'est pas de l'eau qu'ils versèrent, mais ils répandirent leur cœur comme si c'était de l'eau*. Puis (ib.), Samuel dit : nous avons péché devant V Éternel ; c'est que, dit R. Samuel b. R. Isaac, Samuel a pour ainsi dire revêtu les habits de tout Israël (a assumé leurs fautes), en disant: Maître de l'univers, tu ne juges pas l'homme sur ce qu'il nierait avoir péché ; or (selon Jérémie, II, 'i^), voici, je vais plaider contre toi, parce que tu as dit n'avoir pas péché, tandis que ces fils avouent leurs fautes (tu seras donc indulgent pour eux).
Il est écrit (I Rois, XI, 36) : Il arriva que vers le soir Élie le prophète s'avança et dit : Éternel, Dieu d'Abraham, Isaac et Israël, aujourd'hui il sera manifeste, etc. Comment se fait-il^ que lors de l'existence du Temple et de l'interdit d'offrir des sacrifices sur d'autres autels qu'à Jérusalem, Élie (§ 8) en offrit ailleurs? C'était par ordre divin, observa R. Samlaï; aussi estil dit(ib.) : J'ai agi selon ta parole, c'est-à-dire selon ton ordre. Exauce-moi, Éternel, exauce-moi, d'abord en ma^ faveur, puis en faveur du mérite de mon disciple (Elisée).
De Jonas (§ 9), il est écrit (II, 3) : Il dit: j'ai crié à l'Éternel à cause de ma détresse, et il m'a exaucé. II est vrai que les prières additionnelles devraient rappeler David et Salomon (selon l'ordre des temps) avant Elie et Jonas ; mais l'on mentionne ces rois en dernier lieu, afin de pouvoir terminer par la formule de clôture « qui as pitié de la Terre-Sainte « (pour laquelle ces rois ont prié). — Quant à la 7°, on a dit au nom de Somkos^ de la terminer par la formule : « béni soit celui qui abaisse les orgueilleux ». Dans cette même 1° prière, il est exact de rappeler que Salomon a vu ses prières exaucées au Temple, selon ces mots (I Rois, VIII, 13) : je t'ai édifié une maison de demeure', mais pourquoi rappeler David ? C'est pour avoir voulu maintenir le nombre d'Israël (le sauver), qu'il a acquis le terrain où Salomon a édifié. R. Abahou explique ce verset (Ps. IV, 2) : Si je t'invoque, exauce-moi, Dieu de ma justice; lorsque j'étais oppressé tu m'as mis au large; c'est que David, placé devant Dieu, dit : maître de l'univers, chaque fois que j'étais à l'étroit, pénétrant dans la misère, tu m'as payé largement; quum inivi^ Bath-Sheba, j'ai eu pour fils Salomon, et quand j'ai pris part aux peines d'Israël, tu m'as donné le Temple.
1. Jalqout à Josué, 11° 103. 2. J., tr. Meghilla, l, H, fin; Rabba à Lévit., ch. 22. 3. Tossefta à ce tr., eh. 1. 4. Jeu de mots sur ms, 'signifiant : 1° angoisse, 2° matrice.
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10 (5). II est arrivé au temps de R. Ilalafta et de R. Ilanania b. Tradion que quelqu'un alla occuper l'estrade pour officier. Lorsqu'il eut achevé le récit des bénédictions, les fidèles ne répondirent pas amen (selon l'usage des synagogues, mais ils dirent la formule usitée au Temple), puis les cohanim sonnèrent du cor, un coup bref, et l'on dit les mots : « Celui qui a exaucé Abraham au mont Moria vous exaucera aussi et écoutera la voix de votre appel en ce jour. » Puis on sonnait du cor, un coup prolongé (rond), suivi des mots : « Celui qui a exaucé vos ancêtres aux bords de la mer rouge vous exaucera et écoutera votre appel en ce jour. » Lorsque les autres sages en eurent connaissance, ils dirent : on agit seulement ainsi à la porte orientale (où il est d'usage de prononcer le tétragramme sacré, pour lequeFil ne suffit pas de répondre amen).
11 (6). Aux 3 premiers jours de jeûne, la section hebdomadaire de service au Temple jeûnait une demi-journée, et ceux qui officiaient le jour même ne jeûnaient pas du tout. A la 2" série (plus grande), la Isection hebdomadaire jeûnait cntièieraent, et les gens de service du jour jeûnaient à moitié. Enfin aux 7 derniers jours déjeune (les plus sévères), tous jeûnaient toute la journée. Tel est l'avis de R. Josué. Selon les autres sages, aux 3 premiers jeûnes, personne de ces catégories ne jeûnait; à la 2* série, la section hebdomadaire jeûnait une demi-journée, mais ceux qui étaient de service du jour ne jeûnaient pas du tout ; enfin, pour les 7 derniers, la section hebdomadaire jeûnait toute la journée, et les gens de service du jour jeûnaient la moitié.
12 (7). Les membres de la section hebdomadaire peuvent boire du vin la nuit, non le jour, et les gens de service immédiat, ni le jour ni la nuit. 11 est défendu aux membres de la section et aux auxiliaires simples Israélites, de se raser pendant la semaine de service, ou de blanchir du linge, sauf le jeudi ponr se préparer à honorer le sabbat.
On a enseigné! : au Temple, on ne se coaLeiitaiL pas de répondre amen à l'officiant, mais Ton disait la formule : « béni soit le nom glorieux de son règne à tout jamais. » Cet usage était fondé sur ce qu'il est écrit (Néhémie, IX, 5) : Levez-vous, bénissez rÉlernel, votre Dieu, d'un monde à Vautre. Ladite formule était répétée après chaque bénédiction, selon ces mots (ibid.) : il est élevé au-dessus de toute bénédiction et louange (chacune distincte).
Pourquoi aux simples Israélites de service (§ 11) est-il permis de boire la nuit, non le jour ? C'est que si le service du culte est trop pénible pour la section hebdomadaire des officiants (prêtres), ces auxiliaires les aideront. Les fonctionnaires de service en ce jour ne devront boire ni pendant la journée,
1 Cf. J., tr. Berakhôth, IX, 9 (t. I, p. 174).
ni le soir, parce qu'ils ont toujours à faire pour le culte. Il est dcfcndu aux uns et aux autres, est-il dit, de se raser, ou de se blanchir, sauf le jeudi pour se préparer à honorer le sabbat. A tous les autres jours de la semaine, c'est défendu, dit R. Yossa ou R. Abahou au nom de R. Yohanan ou R. Aboun et R. Yassa au nom de Hiskia, pour que cet interdit les incite à ne pas entrer en fonctions à l'état malpropre (pour les engager à se raser et à se blanchir peu auparavant). On a enseigné ailleurs * : les personnes auxquelles il est permis de se faire raser auxjours de demi-fête sont celles qui viennent d'un pays d'outremer, ou de la captivité, ou d'une prison, ou qui cessent d'être en anathème par décision libératrice des docteurs. Donc, c'est défendu à toute autre personne ; car, dit R. Simon, par cet interdit on a voulu inciter toutes les autres personnes à ne pas entrer en fête à l'état malpropre. On a enseigné: A tout individu qui sait distinguer de quelle section hebdomadaire il fait partie et quel sera son jour de service, étant d'une série d'officiants déterminés, il sera seulement défendu de boire au jour fixé pour son service ; celui qui reconnaît sa section hebdomadaire, sans savoir le jour précis de la semaine, étant d'une série d'officiants déterminés, ne devra pas boire de vin toute la semaine; enfin, celui qui ne peut pas reconnaître sa section, ni son jour de service, tout en faisant partie d'une série de gens au service fixé, devra s'abstenir de vin tout le mois. A ce compte, dit Rabbi, il faudrait lui interdire le vin toujours (vu l'incertitude de l'époque du service) ; en ce cas, le mal lui-même (la non-existence du Temple) servira de remède à ce cas douteux et autorisera de boire. De même, on dira qu'il est permis à un tel individu de prononcer une oraison funèbre, sans se dire qu'en ce jour un tel acte serait interdit si le Temple était reconstruit (on ne se préoccupe pas de l'avenir) ; car si l'on ne raisonnait pas ainsi et que l'on interdise l'oraison, malgré l'état de ruine du Temple, il devrait aussi être défendu de vaquer aux travaux : or, ils sont permis, sans souci de l'avenir.
(8). Pour toute journée dont il est dit au Rouleau des jeûnes ^ de ne pas s'y livrer au deuil, l'interdit s'étendra à la veille, non au lendemain ; R. Yossé interdit la veille et le lendemain. Pour toute journée dans laquelle il est défendu seulement de jeûner, c'est permis la veille et le lendemain ; R. Yossé étend la défense à la veille, non au lendemain.
Le premier interlocuteur de la Mischnâ doit être R. Meir, lequel dit 3 : Si une date (de la Meghillath Taanith) se termine par les mois « le deuil est interdit», il est défendu à plus forte raison de jeûner; mais s'il est dit que « le jeûne est interdit », le deuil est permis ; enfin si la date finit seulement par « il ne faut pas », sans aucune addition, il est entendu que le jeûne (seul) est défendu. R. Yôna dit que le titre de cette lisle est ainsi formulé : « Voici les jours, pour une partie desquels le deuil même est interdit, et pour une
1. J., tr. Moëd qaton, ÎII, 1 (f. 81=). 2. Liste des journées commémoratives de faits heureux pour Israël, à célébrer par l'abstention du deuil. 3. Cf. ci-après, tr, Meghilla, I, 4 (f. 70<=) j et Rouleau des jeûnes, § 1 et suiv.
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autre partie le jcùnc seul est interdit. » Selon R. Simon b. Gamaliel, l'expression « en lesquels » qui se trouve deux fois dans ce titre a pour but de nous apprendre que parfois c'est permis la nuit, et défendu le jour. Ainsi il a été enseigné (dans ce même document, ou Rouleau) : si un homme a assumé sur lui de jeûner plusieurs jours, il se retirera à l'ombre de ces solennités (devra s'abstenir du jeune s'il coïncide avec les journées commémoratives). C'est que, ajoute R. Yossé b. R. Aboun, un tel jeûne devra avoir été assumé dès la veille au soir (dans la prière). Ceci est conforme à l'avis de R. Zeira au nom de R. Hounai, disant d'en mentionner l'objet, de la même façon qu'à la nuit précédant le sabbat on signale la solennité (dans la 4' section de Vamida).
Lorsque la Mischna'dit qu'il est permis de faire lalecture d'Esther dèsle H Adar (ce qui entraîne le jeûne), c'est selon R. Yossé de notre mischnâ qui l'interdit à la veille de tels jours (car, le 13 étant aussi célébré, ce serait impossible le 12) ; ou il s'agira de la date du 12, selon R. Méir, qui permet le jeûne à la veille de ces journées commémoratives. Mais comment expliquer cette hypothèse de R. Méir, de pouvoir jeûner le 12 Adar, puisqu'il a été dit ^ que c'est le jour commémoratif de la mort de Trajan? Cela ne fait rien, répond R. Jacob b. Aha, puisque cette journée a été abolie le jour où Julien et Pappus furent tués'^. Le 13 Adar est le jour commémoratif (de la défaite) de Nicanor. En voici l'origine : un gouverneur représentant du pouvoir grec (des Séleucides), sur le point de se rendre à Alexandrie, passa par Jérusalem, blasphéma, insulta et injuria le Temple, en disant : « Lors de mon retour en paix, je renverserai cette tour. » Il fut combattu par un membre de la famille des Macchabées, qui, après avoir dispersé l'armée étrangère, arriva au char de Nicanor, lui coupa la tête et les mains, les cloua sur un poteau et écrivit au-dessous : « La bouche qui a parlé de Dieu avec insolence et la main qui qui s'est étendue avec orgueil contre Jérusalem sont ici suspendues sur cette perche (contus). » Selon l'avis de R. Méir, il est juste d'interdire la veille d'Esther, ou le 13, en disant que c'est le jour de Nicanor (puisqu'il autorise d'ordinaire les veilles des ieles) ; mais d'après R. Yossé qui interdit les vedles de fête, à quoi bon parler de l'interdit en raison du jour de Nicanor? Cela ne va-t-il pas sans dire à titre de veille de la fête du 14 ? C'est que ce docteur vient enseigner l'interdit de se livrer même au deuil (sans parler de jeûne). Il n'y a pas non plus à objecter contre R. Méir que dès le 12 le jeûne doit être interdit, en raison du jour commémoratif de la mort de Trajan, puisque R. Jacob b. Aha a déjà dit que cette journée a été abolie le jour où Julieo et Pappus furent tués.
Le 14 et le 15 Adar, c'est la fêle de Pourim (d'Esther), pendant lesquels on ne doit pas se livrer au deuil, ni le 16 de ce mois, où l'on commença à édifier
1. V. J., tr. Bcrakhôth, IV, 3 (t. I, p. 84). 2. Tr. Mecjhilla, 1, 1. 3. McghU lath taanith, à cette date. A partir de ce §, cette chronique est souvent citée. Cf. casuistique, dite Gib'ath Saill, no 29. 4. Grœtz, IV (2e éd.), 44G ; Derenbourg, fi$s((i,e\c., p. 422.
TRAITÉ TAANITlf 16à
les murs de Jérusalem. Selon R. Meir, on comprend qu'il faille interdire la journée du 16 ; mais selon R. Yossé, qui interdit la veille et le lendemain, à quoi bon en parler ? N'est-elle pas déjà interdite à titre de lendemain du 15 ? On nous fait savoir qu'il est même interdit de s'y livrer au deuil (outre la défense de jeûner prescrite par R. Yossé seul). Le 17 du même mois*, les païens s'étaient levés contre les restes des Soferim (scribes, savants) dans le pays de Chalcis et des Zabédéens, et Israël fut délivré. Cette journée doit être indiquée comme interdite d'après R. Meir (qui, sans cela, autoriserait le jeûne) ; mais à quoi bon en parler selon R. Yossé, qui défend toujours les lendemains de fête ? En effet, dit R. Yossa, l'énumération de la liste en question ne vient ni confirmer, ni infirmer, soit l'avis de R. Meir, soit celui de R. Yossé, mais seulement établir en quels jours Israël a été favorisé de miracles. Ce qui prouve qu'il en est ainsi, c'est que cette liste commence ainsi : « Depuis le 1" Nissan, on obtint que le sacrifice quotidien fût payé par le trésor du temple, le deuil fut interdit. Or, est-ce que le deuil ou le jeûne n'est pas interdit à toute néoménie? C'est donc dit en vue seule de l'énumération. Comment se fait-il qu'à la veille et au lendemain des sabbats, ou autres jours de fête, il soit permis de jeûner? D'où vient cet allégement pour ces derniers jours, et plus de sévérité pour les journées commémoratives? C'est que ceux-là, institués par ordre biblique, n'ont pas besoin d'être renforcés ; tandis que lesdites journées instituées par les rabbins ont besoin de ces précautions 2. Celles-ci, toutefois, ont subsisté aussi longtemps que l'on a observé les fêles visées dans ladite chronique ; mais depuis leur abolition, on ne tient pas non plus compte de la veille ni du lendemain. R. Hanina et R. Yonathan disent tous deux qu'elle est abolie 3, et c'est aussi l'avis de R. Aba et de R. Simon, ainsi que de R. Josué b. Levi. R. Yohanan dit : hier encore, j'enseignais le fait qu'à Lod il était arrivé un jour de prescrire un jeûne pendant le temps correspondant à la fête des Machabées (preuve d'abolition de cette liste de journées) ; l'on dit aussi que R. Éliézer se Hvra au deuil en l'un de ces jours, et que R. Josué alla se baigner. Allez faire pénitence, leur cria R. Josué, d'avoir jeûné en de tels jours : comment donc est-il admissible que cette liste soit abolie ? On peut répondre, dit R. Aba, qu'elle est abolie en général, sauf pour les journées des Macchabées et d'Esther * qui ont persisté (et pendant lesquelles on avait eu tort de jeûner). Les paroles suivantes des rabbins prouvent bien l'abolition de ces journées commémoratives : R. Yonathan jeûnait à chaque veille de nouvel-an ; R. Aboun jeûnait tous les vendredis ; R. Zeira jeûnait jusqu'à 300 jours par an, et selon d'autres, il alla jusqu'au total de 900, sans avoir égard aux solennités indiquées par cette chronique. Aussi R. Jacob b. Aha recommanda aux professeurs, si les femmes venaient les consulter pour savoir en quels jours le jeûne est permis, de ré-
1. Derenbourg, ibid., p. 99 et n. 2. J., tr. ^ebamôth, IX, 5 (f. 10b); tr. KeUioubôLh, XI, 7 (f. 34<=). 3. Cf. J., tr. Neclarim^ VIII, 1 (f. 42J), 4. Cf. B., fiosch ha'Sc/iana, 19.
164 TRAITÉ TAANITII
pondre que c'est permis tous les jours en dehors des sabbats, des fêtes et des néoménies, des demi-fètes (à Pâques et Souccoth), ainsi que les journées des Macchabées (Hanouca) et d'Esthcr (Pourira).
13 (9). En principe, on n'imposera pas déjeune public un jeudi, afin de ne pas nuire à l'appoil des denrées sur le marché (qui a lieu ce jour) ; mais la série des 3 premiers jeûnessera disposée par: lundi, jeudi, lundi, et la 2° série de même. Selon R. Yossé, comme on ne doit pas commencer un jeudi, on ne consacrera pas ce jour ni au deuxième jeûne, ni au dernier.
14 (10). On ne doit pas fixer déjeune public aux jours de néoménie, ou de la fête des Macchabées, ou d"Esther; si cependant l'on a commencé une série déjeunes dont l'un coïncide avec une de ces solennités, on ne l'interrompra pas, selon R. Gamaliel. R. Meir dit : bien que R. Gamaliel soit d'avis de ne pas interrompre une telle série de jeûnes, il reconnaît que l'on ne devra pas jeûner ces jours en entier, pas plus qu'au 9 Ab s'il est un vendredi.
Simon b. Aba raconte ^ que lorsqu'on présenta à R. Yohanan (pour avoir son avis) un fait en litige entre R. Yossé et son interlocuteur, il se prononça d'après le premier rabbin. R. Eleazar s'en affligea, trouvant fâcheux de délaisser un avis anonyme pour celui d'un homme seul (R, Yossé) ; mais lorsqu'il entendit professer l'avis du préopinant par R. Hiya au nom de R. Méir, il s'écria : ce vénérable vieillard (R. Yohanan) a bien fait de professer un tel avis, car il connaît le sujet à fond (sachant que l'avis opposé est aussi isolé). Mais, demanda R. Mena, en présence de R. Judan : R. Hiskia ou Abahou n'at-il pas dit au nom de R. Eliézer que partout où Rabbi a d'abord enseigné une règle en discussion, puis il a émis un avis anonyme, ce dernier prédomine? (Pourquoi donc a-t-on dit d'adopter l'avis opposé de R. Yossé?) Il se peut, fut-il répondu, que ce ne soit pas Rabbi qui ait enseigné le désaccord d'avis ; peut-être était-ce un autre. Mais alors, fut -il objecté, il devrait à plus forte raison en être de même ? Car, lorsqu'on sait que Rabbi a enseigné d'abord une règle en discussion, puis a émis un avis anonyme, ce dernier prédomine ; à plus forte raison doit-il en être de même lorsqu'on ignore qui a professé le premier avis, et que Rabbi a émis l'avis anonyme? De même R. Hiskia, R. Jacob b. Aha, ou R. Simon b. Aba au nom de R. Éliézer dit que même au cas où d'autres ont professé l'avis en discussion et Rabbi a émis l'avis anonyme, ce dernier l'emporte? Pourquoi donc Pi. Yohanan enseigne-t-il d'admettre -l'avis d'un homme seul (de R. Yossé)? 11 est vrai, répond R. Samuel b. Yanaï au nom de R. Aha, que l'avis anonyme l'emporte, lorsqu'il n'est pas question en même temps d'une discussion sur les avis ; mais lorsque cette dernière a été exprimée après l'avis ano-