CHAPITRE VJ. 3cS
Pour un mets de farine [jrillc'e on dit, selon Rab, la formule : rTout est dû à sa parole;?) selon Samuel : rrRdni soil le Créateur des espèces de nourriture. -w Et, ajoute l\. Hisda, ils ne diffèrent même pas d'avis; le second parle d'une pâte épaisse, et le premier d'une mince; or, (juand elle est épaisse, c'est une vérilable nourriture (et il faut réciter la formule en consé(juence); mais lorsqu'elle est mince, ce n'est qu'un médicament (et Ton dit alors : rr Tout est dû, etc. 75). Mais, objecta R. Josepb, il est dit^ que Rabbi et R. Yossé sont d'accord sur ce point qu'on peut battre le samedi celle pâte de farine grillée et l'on peut boire de la bière égyptienne; or, si l'on avait en vue par là^ de prendre de la médecine, en permettrait-on en ce jour? — ]\'es-tu pas de cet «ivis, répliqua Abayé, et n'a-t-on pas enseigné ^ que le samedi on peut prendre comme médicament toutes espèces de mets et toutes sortes de boissons ? On a voulu dire autre chose : l'on pense d'ordinaire dans l'un et l'autre cas à en faire un objet de nourriture; selon une aulre version, le but est de s'en nourrir, mais par le fait c'est de la médecine qui opère d'elle-même (c'est ce qui explique les deux termes manger et médicament). Du reste, cet avis de Rab et de Samuel est nécessaire (pour que l'on connaisse l'obligation de la bénédiction), car par cette citation (prise dans le traité Sabbath), on aurait cru que là il s'agit de l'intention de se nourrir, et que l'effet de la médecine est une conséquence spontanée (que pour cette raison il faut réciter une bénédiction); mais comme ici (en mangeant cette pâte très-mince) on a l'intention, dès le principe, d'en faire un médicament, on aurait pu croire qu'il ne faut aucune bénédiction; c'est pourquoi on nous apprend le contraire, et qu'il faut bénir ce dont on va tirer une jouissance.
crPour le pain, on dit : Béni soit le producteur, etc-n
Les rabbins ont enseigné quelle doit être la formule : tr Celui qui produit le pain de la terre. 77 Selon R. Néhémie on dit : r// produit le pain de la terre '\r Tous les deux sont d'accord, dit Raba, que l'expression ril produit)) signifie : qui a fait sortir (au passé), comme il est dit : Le Dieu qui les a fait sortir d'Egypte (Nombres, xxiii, 92); ils sont seulement en contestation sur le sens de l'expression ^ celui qui fait sortir.)) Selon les rabbins, elle a également ce sens (au passé) , comme il est dit : Celui qui vous afait sortir Veau du rocher de pierre
^ En traitant la question de savoir si ^ Ibid. fol. i69\ ettr. Yoma, fol. l\^\
le samedi on peut jeter de Venu sur du * Selon le premier, c'est N"'!i'iDn avec
son et le pétrir (tr. Schabbadi, fol. 1 56'). rnrlicle n, pris substantivement; d'après
^ C'est-à-dire, pour ces deux autorisa- 1 autre, c'est N"'!:iD, au présent, quil
lions, spéciales à la joui'née du samedi. ianl diro.
38/i TRAITE DES HEUAKHOTIl.
(Deuldronome, viii, if)); selon H. Ndhoinic, coU(; expression s'npplifjno nu |)resenl (el même au l'nlur) puisfpi'il est écrit : Qui vous fera sortir de l'oppression de lEgypie (Exode, vi, 7). Les ral)bins explifjuent ce dernier verset de cette façon : L'Eternel, en s'adressant aux Israélites, leur a dit : Lorsque je vous ferai sortir, j'accomplirai pour vous une œuvre (miraculeuse) afin que vous sachiez bien que c'est moi qui vous ai retirés de là, comme il 'est dit: Vous reconnaîtrez que c^est moi l'Eternel votre Dieu qui vous ai fait sortir (au passé, ibid.).
Les rabbins louaient devant R. Zeira le fils de R. Zebid, frère de R. Simon bar-R. Zebid, en disant que c'est un personnage important, bien expérimenté dans les formules de bénédictions à réciter. Lorsqu'il viendra chez vous, dit-il , amenez-le-moi. Le fils de R. Zebid se rendit une fois chez lui, et lorsqu'on eut apporté du pain, il récita ia bénédiction ; rr// produit, etc. 77 (sans l'addition de l'article). Quoi! s'écria R. Zeira, est-ce là ce grand homme qu'on dit si F. 38^ expérimenté dans la récitalion des bénédictions? S'il avait dit : r^ Celui qui produit,^ il se serait conformé au sens du verset précité et à la règle admise par les rabbins, qu'il eût ainsi approuvée par sa conduite; mais que nous apprend-il en disant la formule : rr// produit t?? Il a agi ainsi, fut-il répondu, pour ne pas se mêler à la discussion. Mais la règle est qu'on dit la formule : r Celui </!« produit le pain de la terre, -n conformément à l'avis des rabbins, qui entendent cette expression dans le sens de sorti (au passé).
ff Pour les légumes verts, on dit, etc. ti
Il en est des légumes verts comme du pain : de même que le pain, quoi(|ue transformé à la flamme du four, nécessite toujours la même formule de bénédiction, il en est de même de ces légumes, quoique modifiés parle feu (on dit toujours, lorsqu'on en mange : «Réni soit le Créateur des produits de la terres). Il y a lieu, dit Rabinaï au nom d'Abayé, d'en déduire l'opinion suivante, que pour les mets cuits (légumes verts) on récite la bénédiction : rr Créateur des produits de la terre , v puisqu'on apprend que l'on compare le pain aux légumes (et que dans ces deux cas il s'agit de cuisson). R. Hisda enseigna, au nom de notre maître, savoir Rab, la même opinion au sujet des mets cuits; tandis que nos maîtres arrivant de la Palestine, comme, par exemple, Oula, au nom de R. Yochannn, prescrivent au contraire pour cette même circonstance la formule: ffTout est dû à sa parole. w Mais j'en déduis la règle suivante : Si pour un produit à l'état normal on dit : rr Créateur des produits de la terre, 75 on récite, en le mangeant cuit, la formule : tf Tout est dû à sa parole, t) Mais si, en principe, on récite pour cet objet la dernière formule, on dit après l'avoir cuit : te Créateur des produits de la terre 15 (parce qu'alors il a aug-
CHAIMTIIK VI. 38:)
menle de valeur). On comproiid cclh^ deniièn» hypothèse, d'une bénédiclion supérieure pour les niels ruils, car cela s'applique, par exemple, au chou, à îa poirée el à la courge; mais dans (juel cas renconlre-t-on l'inverse ^? Cela se trouve, dit R. Nahman bar-Isaac, pour l'oin^non et l'ail ((|iii perdent leur valeur s'ils sont cuits).
De même R. Nahman exposa, au nom de notre maître, savoir Samuel, que pour les mets cuils on récite la formule : cr Créateur des produits de la terre; t? mais nos compagnons arrivant de la Terre-Sainte, tel que Oula, au nom de R. Yochanan, disent au contraire qu'en cette circonstance on récite la formule: ffTout est dû à sa parole. 7? Je prétends moi, ajoute-t-il, que c'est l'objet d'une discussion, car on a enseigné^ : On est dispensé du devoir de manger des azymes, si l'on consomme du pain sans levain trempé ou cuit, mais non s'il est écrasé^; tel est l'avis de R. Méir. Selon R. Yossé , on en est dispensé en mangeant du pain azyme trempé, mais non s'il est cuit, ne fût-il même pas écrasé (parce que, dès la cuisson, le j)ain change de nature). Mais, en réalité, cela n'est pas. D'après tout le monde on dit, pour les mets cuits, la formule : r Créateur des fruits de la terre, iî et si dans l'enseignement précité R. Yossé interdit l'usage du pain sans levain lorsqu'il est cuit, c'est qu'il s'agit d'une considération spéciale, le devoir de manger des azymes à Pâques; or ce goût est perdu par la cuisson, tandis qu'ici (au point de vue de la récitation d'une formule) R. Yossé admet le même avis.
R. Hiya bar-Aba dit, au nom de R. Yochanan, que pour les légumes verts cuits on dit la formule : rr Créateur des produits de la terre.-» Selon R. Renjamin ben-Japheth, au nom du même, on dit en ce cas : rrTout est dû à sa parole, t? C'est d'après ce dernier, dit R. Nahman bar-Isaac, qu'Oula a établi son erreur (de dire alors : rrTout est dû, etc. 17). R. Zeira s'en étonne, en disant : Quel rapport y a-t-il entre R. Renjamin bar-Japhet et R. Hiya bar-Aba (pour que l'avis de ce dernier puisse être contre-balancé)? Ce dernier faisait bien attention aux enseignements de son maître, et il les répétait avec exactitude, ce que ne faisait pas R. Renjamin bar-Japheth ; en outre, R. Hiya bar-Aba répétait tous les trente jours ce qu'il avait appris de son maître R. Yochanan, mais non R. Renjamin bar-Japhelh ^ ; de plus, en dehors de ces deux considérations, on peut citer ce fait, qu'on a cuit sept fois dans un pot des lupins, qu'on les a mangés comme dessert, et lorsqu'on vint demander à R. Yochanan quelle bénédiction il fallait
' C'est-à-dire, de réciter la formule fermement à l'avis de Samuel, que la
ff Créateur des produits de la terres pour cuisson ne modifie en rien la natui-e
le mets cru, et la formule rrToul est dû à même d'un produit, sa parole, n pour le fruit cuit. * Tr. Hullin, fol. 86""; tr. Kerllôth ,
Tr. Pesahim, fol. hi^. foL 27".
Cela prouve donc, dit Raschi. con-
:i«(; TM \ITK i)i:s iii:ir\Ki!()Ti[.
|)i-()n()ii('('i', il ir|K)ii(lii (|ii'()ii (III l:i foi'DiiiN» : f:(j-(;al(»iii" dos [jroduils d(! la lorrc. w Enfin W. Iliya har-Uaba raconh; (|u"il a vii coninu'nl Yoclianan, on manpcanl. des olives salées, disait des bc'iiédiclioiis avaiil el apiès; or, si Ton admet que les verdures cuites restent inal{Tré cela dans leur élat normal, on conçoit qu'il ait dit auparavant la Ibrnmle : crBéni soit le Créateur d(;s fruits de Tarbre,?) et ensuite le résumé de l'action de ffrâces; mais si l'on n'admet pas que ces mets restent intacts, on connaît encore la formule dite au préalable, savoir: rrTout est dû à sa parole. w Mais que disait-on à la fin? Peut-être la formule suivante: ffïl crée des âmes nombreuses et il fournit le nécessaire à toutes ses créatures.^ 1{. Isaac bar-Samuel objecta l'enseignement suivant^: Pour les verdures que l'on doit manoer à Pâques (à titre d'berbes amères, en souvenir de l'esclavage d'Egypte), il suffit, comme obligation à remplir, d'en manger, au lieu de manger seulement les tiges; mais non si elles sont confites, cuites ou bouillies; or, si on les considère comme inaltérables à la cuisson, pourquoi est-ce défendu en ce cas? Là, c'est différent; il faut pour l'accomplissement de ce devoir que l'herbe soit amère, et une fois cuite, ce goût est parti . Pi. Jérémiv? demanda à R. Zeira : Comment se fait-il que R. Yocbanan ait béni l'olive salée , puisque, en enlevant le noyau, elle n'a plus la grandeur voulue (légalement V :>c^\ pour la bénédiction)? Il ne faut pas croire, répondit-il, que la mesure soit celle d'une grande olive; il s'agit seulement d'une moyenne, ce qui a lieu dans le présent cas; car l'olive qu'on avait apportée à R. Yocbanan était grande, de sorte que, en enlevant le noyau, il restait la mesure nécessaire. On a, en effet, enseigné que l'olive prise comme mesure n'est ni petite, ni grande, mais moyenne, c'est-à-dire lorsqu'elle est bien juteuse (agouri). R. Abaliou dit: Tel ne doit pas être son nom, mais abroiiti, ou selon d'autres samroiissP; seulement on l'a appelée agouri , pour dire que l'huile y est contenue comme dans une outre [ngoîir).
On peut dire que la discussion précédente (au sujet des divergences de bénédiction pour la verdure cuite) est conforme à celle de ces tanaïm : lorsqu'il arriva à deux disciples qui se trouvaient en présence de Bar-Kappara d'avoir à manger des choux, certain légume vert (ou des prunes) et de jeunes perdrix, Bar-Kappara autorisa l'un d'eux à réciter la bénédiction. Il s'empressa de dire la bénédiction pour la dernière espèce de mets (la formule : «Tout est dû, etc. 77); son compagnon se moqua de lui, et Bar-Kappara fut irrité. Ce n'est pas tant contre celui qui vient de réciter cette bénédiction, dit-il, que je suis irrité, mais contre celui qui se moque de lui en ma présence! Si ton compagnon ressemble à quelqu'un qui n'a pas goûté de viande pendant sa vie
^ Tr. Pesnhim, fol. 3()\ — ' Malgré la divorgence des termes cbaldaïqucs, le sens reste le même.
cil \I>ITI{K M. :i^s7
(de; sorU» (ju'ii d'il la Jx'iU'didion j)oin' l.i pci'drix, lOhjiM le moins inij)()rlanl j. Il uos\ pas coiivc^nalilo quo lu le hkxjikîs do lui; en oiilic, ajoula-l-il (Hisuilo, je suis aussi fiiclié contre celui ([ui a prononcé la bénédiction: car si Ton n'a pas de respect ])our le savoii* (si Ton ne me consulle pas en cas d'ijjnorance), ne devrait-on pas au moins respecter ma vieillesse? On raconte que lou-; deux moururent avant la (in de l'année (maudits par lui). Or, n'y avait-il pas là le sujet d'une discussion? Celui qui a ])rononcé la bénédiction pensait ([ue pour le mets cuit et la perdrix on récite la formule : ffTout esl dû à sa parole; -^ alors il a donné la préférence à ce qu'il trouvait le meilleur; celui qui s'est moqué de lui était d'un aulro avis et pensait que, pour le premier mets, on devaitdire la formule : ^c Créaleur des produils de la terre, i^ tandis que poui les jeunes perdrix on dit : fcTout est dû à sa parole-^ (formule reconnue inférieure); donc, selon lui, il eût mieux valu dire l'autre bénédiction (est-ce cela)? Non, ils sont d'accord sui' ce point que, pour l'un et l'autre mets, on dit seulement la formule : rrTout est dû, etc. w Ils ne sont en contestation que sur ceci: selon Fun, on donne la préférence à ce qu'on aime; selon l'autre, au cbou qui nourrit.
R. Zeira raconte : Lorsque nous nous trouvions cliez H. liouna, il nous dit (jue pour des morceaux de raves coupées par jj^rands morceaux, on dit la formule : cr Créateur des produits de la terre; ^7 pour de petits morceaux, on dit les mots : rfTout est dû à sa parole. iî En arrivant cbez R. Juda,il nous ditque, dans les deux cas, on dit la formule : rr Créateur des produits de la terre ;?7 et si les morceaux sont plus petits, c'est pour qu on les goûte d'autant mieux. R. Asché dit : En nous trouvant cliez R. Cahana, il nous dit que, pour un mets de poirée où il n'y a pas beaucoup de farine, on dit la formule: fr Créateur des fruits de la terre ;ii pour des raves où il y a beaucoup de farine, on dit : ff Créateur des espèces de nourriture; 17 puis il se reprit et dit qu'en tous cas on récite la première formule, y eût-il beaucoup de farine, car c'est pour lui donner de la consistance.
R. Hisda dit : Un plat de poirée est bon pour le cœur et pour les yeux, et à plus forte raison pour les intestins^; à condition, ajoute Abayé, qu'en étant sur le feu, on l'ait entendu bouillir (et répandre le bon goût). Je m'explique bien, dit R. Papa, que l'eau où ce mets a bouilli lui ressemble par le goût, de même que l'eau ayant servi à cuire des raves ou toute autre verdure. Mais, demanda-t-il, comment considère-t-on Feau du bois d'anet? Est-ce pour donner un goût aux mets que l'on y place (et alors l'eau a de la valeur), ou est-ce seulement pour en enlever la graisse? On peut le conclure de renseignement suivant^ : Dès que l'anet a répandu son goût dans un pot (ce n'est plus qu'un
' Tr. Ermihin , fol. •:>()'. ■ — Tr. Nuida . fol. 5 1 '' ; MiscbiiA . !>" partie, (r. Onkfs'w , eh. ni ,
.?88 Tlî VITK DKS hKI{ A K IIOTII.
siiii|)l(' niorrcaii dc hois), on nc lui aji|)li(|iic* plus ni la (h'-rciisc du j)r(;lèvpmonl sacci'dolal [irroumu). ni In loi sur rinipurolc' iclalivc aux mcls; il est done l)i(»n prouvo que co\ ohjol à j)Oui' l)ul dn donner du jroul (par rons<'cpifMil, il fan! diro la loruudo rrOeatoiir dos ])rodnits^).
H. Iliva har-AsrJK' dit : Pour un morceau do pain soo, doslino à olro tronirie dans la niarmile, on récite la formule : ff Celui qui produit, etc. 77 C'est contraire à l'opinion de R. Hiya, qui dit : On doit achever la récifation de la bénédiction au moment de la rupture du pain (et non, comme en ce cas, lorsqu'il est déjà rompu). Mais, demanda Raba, pourquoi pas pour le pain mis à tremper dans la marmite? Parce que l'on ne doit terminer la bénédiction qu'avec la rupture du pain. N'en est-il pas de même pour le pain, qu'on finit de bénir F 39''. lorsqu'on le brise (quel est alors l'avantage)? Aussi Raba dit-il : On le bénit d'abord, puis on le rompt. Neherdaï agissait comme R. Hiya, et les rabbins comme Raba. Rebina dit : Ma mère me racontait que mon père agissait selon R. Hiya, qui prescrit de terminer la bénédiction avec la rupture du pain; les rabbins agissaient comme Raba, dont l'avis sert de règle, lorsqu'il dit qu'on récite d'abord la bénédiction, puis on le rompt.
On rapporte ceci : Si l'on présente à table des morceaux de pain (aussi gros que l'entier) et des pains entiers, on bénit les morceaux, dit R. Houna, ce qui dispense de le faire à nouveau pour l'entier. Selon R. \ocbanan, il vaut mieux accomplir le précepte sur l'entier. Mais ils s'accordent à dire que, si l'on a devant soi un morceau de pain de froment et un autre composé d'orge, il faut dire la bénédiction pour le morceau de froment, et cela dispense pour le pain d'orge. C'est conforme, ditR. Jérémie bar-Aba, à la discussion suivante : 11 vaut mieux prélever pour le sacerdote un petit oignon entier que la moitié d'un prand; selon R. Juda, il n'en est pas ainsi, et il préfère la moitié d'un grande Or, n'est-ce pas là le fond de la discussion, savoir que, selon le dernier, la meilleure part est préférable, et, selon le premier, l'entier a la priorité? Non, car ils sont d'accord qu'en présence du sacerdote on lui laisse prélever la meilleure part (ne fût-ce pas un entier); ils ne diffèrent d'avis que lorsque le sacerdote n'est pas présent; car on a enseigné^ : Chaque fois qu'il est présent, il prélève le plus beau fruit; mais lorsqu'il n'y est pas, il faut prélever ce qui se conserve le mieux (l'entier); selon R. Juda, on ne prélève, même en ce cas, que ce qu'il y a de beau. Celui qui craint Dieu (qui observe strictement la loi), ditR. Nahman bar-lsaac, doit s'arranger de façon à satisfaire aux deux prescriptions^, c'est-à-dire comme faisait Mar, fils de Rebina, qui, en récitant la bénédiction, plaçait le morceau sous l'entier (qu'il
' Mischnû. i"' partie, tr. Tcroumoth , '^ Talmud, tr. ^] cmàoth, fo\. oS'.
ch. H. S T). ' Tr. Scliabbath, fol. 6i\
CIIAIMTKK VI,
réunissait (l.iiis sa pensée) el (jiTil rompait ensuite. Quel(|u\ni a enseijjiié cette même règle devant R. Nahman har-lsaac, (|ui lui demanda son noui. — Salman, répondit-il. — - Tu es parlait (sclialàm), ré()li(jua H. Nahman (()our le féliciter de ce moyen de conciliation), et ton enseignement est parfait, car tu as mis la paix [scholoni) en Ire les savanis. Tout le monde leconnait, dit R. Papa, qu'à la soirée de Pacjues on joint le morceau de Tazymc rompu (dont on réserve une part pour Vajikoman, dessert) à celui qui est entier, puis on le rompt, pour donner une image du pain de misère (ordinairement brisé).
Le samedi, dit R. Aba, on doit rompre deux pains*, parce qu'il est écrit (au sujet de la manne): Le pain double (Exode, xvi, 22). J'ai vu, dit R. Asché, que R. Cahana en prenait deux et en brisait un. R. Zeira en rompait un morceau pour tout le repas. Mais, dit Rebina à R. Asché, n'est-ce pas une apparence de gourmandise^? Non, répondit-il, puisqu'il n'agit pas ainsi tous les jours, et seulement en cette solennité. Lorsqu'à R. Amé et R. Assé on présenlait le pain du mélange des distances^, ils récitaient la formule de bénédiclion : ff Celui qui produit le pain de la terre; 75 puisque, disaient-ils, il a déjà servi à l'accomplissement du précepte de VEroiih, nous allons accomplir pour lui un autre précepte (celui de la bénédiction).
Rab dit: Si quelqu'un vous engage à prendre quelque chose à manger, en V. ko' vous disant que c'est dt^jà béni, l'on n'a pas besoin de dire la bénédiction, mais il faut la dire si l'on demande du sel ou quelque autre mets qui se mange avec le pain/^; selon R. Yochanan, ce n'est même pas nécessaire en ce dernier ' cas (car ce n'est qu'accessoire et pour donner du goût au mets). Mais si dans l'intervalle on a donné Tordre de préparer le mélange du fourrage pour les bestiaux, il faut redire la bénédiction (à cause de l'interruption). Selon R. Schescheth, on n'a même pas besoin, en ce cas, de la répéter, car R. Juda dit à Rab^ : 11 est défendu à l'homme de se mettre à table avant d'avoir servi le fourrage aux animaux, comme il est dit (Deutéronome, xi, i5) : Je mettrai de riurbe dans ton champ pour ton bétail, puis seulement : Tu mangeras et tu te rassasieras (cet ordre n'est donc pas une interruption et il fait partie intégrante du repas).
' Tr. Schahbathj, ïiA. 117'',
^ Tr. Ketoahoth, fol. 96''.
^ Pour rapprocher symboliquement les grandes dislances qu'il est interdit de parcourir le samedi, on place au milieu (ki chemin quelques mets, quon appelle eroub (uiéiaiige). Cela s'applique aussi à la reimiou fictive de plusieurs cours ou
maisons, aliii de pouvoir, les jours de sabbat et de fêtes, transporter tout, sans restriction légale, ni violation sabbatique.
'* Le terme araméen ]riïh^ qui signifier littéralement compagnon du pain, a un bon équivalent eu italien, le mot companatico.
' Tr. (juitlin, fol. (j-i\
:i'.)0 TKAITK DKS liKU A K IIOTII.
\\i\\)i\ har-Snniiiol dil, an iioin dr li. Iliya : II n'est pas |)<jinii,s à nilu'i (jiii coupe Ic pain de le rompre av.ml (\u\)\\ ail i(Miii.s à cliaeiin du sel, ou le !(*- {fUMje (avec lequel on le manjje). Comme Uaba bar-Samuel se IrouvaiL chez le cliefdc la caplivilé, il lompil le pain [)our lui seul dès quori le lui apj)orta. Maître , lui (lemanda-t-on,as-lu r(Mioncé à ion cnseiifnemcnt? Avec un tel pain, répondit-il (connue il a si bon |[OÛt), il n'est pas nécessaire d'attendre le sel.
Il dit aussi : L'on lait bien de n'uriner que si l'on est assis (car en étant debout, on se retient un peu de crainte de se mouiller). R. Cabana ajoute : Cela a même lieu en étant debout, si l'on se trouve devant de la terre molle (qui imbibe l'eau); et &i l'on n'a pas de terre molle, on se mettra sur une hauteur pour uriner de là sur un endroit plus bas. Uaba bar-Samuel donnait encore le conseil d'hyjjiène, au nom de R. Hiya, de manrjer du sel après chaque repas et de boire de Teau après toute boisson pour éviter tout danger de maladie; c'est ce qu'on a aussi appris ailleurs. On enseigne même que, si l'on ne prend pas ces mesures, il y a à craindre, le jour, qu'on ne sente mauvais et que, la nuit, on ne soulFre d'une angine.
Les rabbins ont enseigné : Si l'on trempi; bien son manger en buvant, on n'est pas exposé aux maux d'intestins (la digestion est facile). (Juelle est la mesure de ce qu'il faut boire? Un pot à l'eau par pain. R. Mare dit, au nom de R. Yochanan : 11 est bien sain de s'habituer à manger des lentilles une fois par mois, mais non chaque jour, parce que c'est mauvais pour l'odeur de la bouche. 11 dit aussi qu'il est bon de manger de la moutarde une fois par mois : cela sulïît pour éloigner les maladies de la maison; mais non tous les jours, parce que c'est pernicieux pour les maux de cœur. R. Hiya bar-R. Asché dit : Si l'on a l'habitude de manger de petits poissons, on ne s'expose pas aux maux d'intestins; de plus, ils portent à la fécondité et rafraîchissent tout le corps de l'homme. R. Hama bar-Hauina dit: Si l'on a l'habitude de prendre de la nielle, ou ne soulïVe pas de maux de cœur. Mais, fut-il objecté, selon R. Simon ben- Gamaliel, ce fruit n'est-il pas l'un des soixante poisons mortels? et c'est un danger de dormir à côté du magasin où il est réservé (à cause de son odeur dangereuse. Comment expliquer ce désaccord?). l\ n'y a pas de contradiction : l'odeur est mauvaise (et on la déclare dangereuse); mais le goût est utile et bienfaisant. La mère de R. Jérémie, en cuisant du pain, y avait répandu de ce produit; mais ensuite (une fois que le goût avait pénétré) elle le grattait (à cause de sa mauvaise odeur).
cr Selon R. Juda. on dit la formiih' : ce Créateur des espèces de verdure. 1^
H. Zeira ou R. Ilinena bar-Papa disent cpie cel a\is ne serl pas de règle, et
CIIArMTHK VI. 391
ils dc'ciarent quel csl Ic iiiolir de R. Jiida' : c'est, (jii'il est dil dans iiii versel (Psaume Lxviii, 20) : Dieu soil loué jour par jour; or, cela ne v(îut pas dire qu'on le bénit seulement le jour, non la niiil; mais chaque jour les bénédiclions doivent êlre bien choisies en s'adaplant aux espèces de consommation, et il en est de même ici.
R. Zeira ou W. Hincna bar-Papa disent encore : On voit que Dieu n'a|,nt pas comme les hommes: ceux-ci soutiennent le vase vide (ri<>norant), mais non celui qui est plein (de savoir) : Dieu, au contraire, soutient seulement ce dernier, commeil estécrit (Exode, xv, 26) : Ildit si Inécoules, etc. Si tu lui obéis, il t'exauce, mais non au cas contraire; ou bien, selon une autre explication, si lu écoules l'ancien (si tu répètes ce qui est appris de lonjjue date), lu comprendras mieux le nouveau; mais si tu en détournes la pensée, lu n'entendras plus rien.
2. Si, pour les fruits de Tarbre, on a dit: rr Créateur des fruits de ]a terre, Il cela suffit; mais non si, en mangeant des fruits de la terre, on dit : (^ Créateur des fruits de Farbre. r, Pour toutes les sortes on peut dire : ce Tout a été créé pai' sa parole, t)
Quel est celui qui ensei{]ne que le principe de l'arbre est la terre? C'est, dit R. Nabman bar-Isaac, l'avis de R. Juda, comme on a enseig^né^: Si la source devant arroser le chanq> s'est desséchée, ou si l'on cueille des fruits d'un arbre coupé, on en apporte au temple les prémices, mais on ne lit pas les versets relatifs à la cérémonie de leur consécration (Deutéronome. xxvi, 10); mais, selon R. Juda, on lit cette section en taisant l'offrande.
ffPour les fruits de la terre, etc. ii
Cela ne va-t-il pas sans dire? 11 a fallu seulement le dire, selon R. INaliman ben-Isaac, pour R. Juda qui déclare que le froment est une espèce d'arbre; on a, en effet, enseigné que l'arbre dont a mangé Adam^ était, selon R. Meir, la vigne; car nul objet n'entraîne plus l'homme que le vin, dont il est dil (Genèse, ix, ai) : // hul du vin et s'enivra; selon R. Néhémie, c'était un(? figue, car l'objet même qui a causé leur faute a servi en parlie à la réparation, comme il est dit : Ils se tressèrent des feuilles de /l pilier [ibid, vi , y); selon R. Juda, c'était le froment, car l'enfant ne sait pas dire papa ou maman avant d'avoir goûté le froment (c'était donc l'arbre de science). Or, connue R. Juda donne au i'roment la qualité d'arbre, on aurait pu croire qu'il faille le bénir
' Tr. SoHCca . fol. MW — '' Ti-. Biccnvrim , cl), i . M). — ' T\\ Si/nhcdriii .{'ol. 70'.
:V)2 THAITE DKS liKHAKIIOTII.
pai- la lorimile : rrKciii soil le Créateur des IVuils de rarbre;75 on nous apprend F.ho\ (lone qu'on ne récite celle l'ormule (jue lorsque, en enlevant le fruit, la souche reste et produira de nouveau l'année suivante; mais, au cas contraire, on dit, au lieu de cette formule, celle-ci : rr Créateur des produits de l'arbre, w
ffPoiir lotis les pioduils, on peut dire : rr Tout est du, etc. -n
On rapporte que R. Houna exclut de cette règle le pain et le vin; mais R. Yochanan les y comprend également. Cette divergence paraît conforme à la discussion suivante : Selon R. Meir, si à la vue d'une miche de pain on s'écrie : ffQue ce pain est beau, béni soit Dieu qui l'a créé!?? cela suffit comme prescription légale, de même que si l'on s'exprime ainsi au sujet d'une belle figue; selon R. Yossé, il n'est pas permis, sous peine de non-accomplissement du devoir, de modifier la formule de récitation des bénédictions. Ne semble-t-il pas que R. Houna exprime l'avis de R. Yossé, et R. Yochanan celui de R. Meir? Ce que je dis, répliqua R. Houna, peut même être conforme à R. Meir, car s'il permet ailleurs de dire une autre formule que celle qui est consacrée, c'est qu'au moins on y mentionne le moi pain; mais si ce terme ne s'y trouvait pas mentionné, R. Meir aussi reconnaîtrait que la formule est sans valeur. De son côté, R. Yochanan dit que son opinion peut même se conformer à celle de R. Yossé, car il ne défend d'ailleurs la récitation d'une formule divergente que parce qu'on parle du cas d'une formule de bénédiction qui n'a jamais été établie par les rabbins; mais il reconnaîtrait qu'au besoin on peut se contenter de la formule : rcTout est dû à sa parole, w qui du moins a été fixée par les rabbins.
Le berger Renjamin, en rompant son pain, disait en chaldéen : rr Soit béni le maître de ce pain,w et selon Raba, le devoir était ainsi accompli. Mais Rab ne dit-ii pas que dans toute bénédiction il faut prononcer le nom divin , sous peine de nullité? On peut supposer qu'il a dit : Réni soit Dieu, le mailre de ce pain. Mais ne faut-il pas dire les trois sections de l'action de grâces? En effet Rab, en disant que le devoir est accompli, parle de la courte bénédiction dite auparavant. Mais alors, que nous fait-on entendre par là? Est-ce pour dire qu'on peut le réciter en langue profane? Ne le sait-on pas par cet enseignement^ : On peut dire en une langue quelconque les sections de la femme soupçonnée d'adultère (Nombres, v, 21), de la confession des dîmes (dite lors de l'offrande de la troisième dîme, Dcutéronome, xxvi, i3), de la lecture du schema , de la prière Çaniida) et de l'action de grâces? (rép.) Il a fallu pourtant le redire, parce (pi'on aurait pu croire qu'il est permis seulement de faire cette récitation (en
' Ti*. Sota, fol. S-j"; Ir. Schcbouoth, fol. 09'.