‹ Le tambour de la 32e demi-brigadeChapitre 125 sur 220 · LA MALADE · texte numérisé non relu

LA MALADE

En écrivant le chapitre premier de cette quatrième partie, j'ai essayé de donner delà maison hahitée par madame Geoffnn un plan exact. En suivant re plan, on doit se rappeler que le premier étage était consacré aux deux appartements de madame et de mademoiselle Geoffriu, situés daus les ailes et séparés par le salon ; la salle à manger, derrière laquelle passait le couloir, formant vestibule à son centre. Ce couloir donnait de chaque côté dans un cabinet de toilette. La distance qui téparait la chambre de la mère de celle de la fille était donc encore grande pour que la voix à sou diapason ordinaire ne pût la franchir.

En quittant sa mère, après le départ de son frère, Amélie s'était retirée dans sa chambre. Longtemps la jeune fl le avait veillé, immobile et sileucieuse, la joie au front, l'espérance dans le regard. Elle peusait à sa mère, à son ftère, à celui qu'elle aimait et qui bientôt allait Olre Son mari.

La nuit passait rapidement. Quatre heures du matin sonnèreut. Amélie se décida à se mettre au lit, et eile procéda à sa toilettfl tout en continuant de faire dédier devant ses yeux l'attrayant panorama de l'avenir.

Amélie avait au fond de sa chambre, placée ente les deux fenêtres donnant sur le jardin, une grande psyché d'ancien modèle; les bougies garnissant les candélabres de la psyché étaient allumées. Tout en se décoiffant et en déroulant sous le peigne sa magnifique chevelure, la jeune fille se souriait à elle-même.

— Oh! disait-elle eu se faisant la révérence que lui renvoyait la glace, comme il faudra que Caroline et moi soyons jolies le jour de notre mariage, car nous nous marierons le même jour. Je couvieudiai de cela demain avec Ferdinand et AI. de Chamey. Et ma mère ! ah! je lui ierai mettre tous ses diamants ce jour-là' Je...

Amélie s'arrêta en écoulant, comme si elle eût cru entendre quelque bruit lointain, mais elle reconnut sans doute qu'elle s'était trompée, car elle reprit après quelques instant- :

— Je vais écrire dès demain à mademoiselle Clémence, qu'eUe m'apporte en fait de robes tous les meilleurs modèles qu'elle...

Amélie s'arrêta encore.

— Il me semblait entendre... murmura-t-elle en écoutant.

Un profond sileuce régnait dans la maison. Le vent même ne soufflait pas au dehors.

— Je me serai trompée, reprit Amélie en achevaut sa coilfure de nuit. C'est singulier comme je suis demeurée daus uu état de surexcitation nerveuse depuis cette affreuse nuit...

Elle Irissouua, et ses beaux sourcils se rapprochèrent avec une expression d'alarme.

— Oh ! reprit-elle, quand je serai mariée, j'oserai avouer à Auuibal que j'ai cru un moment reconnaître sa voix parmi celles des monstres... J'étais folle, bîeu sûr, ou je dormais et je rêvais, ainsi que me l'affirmait le docteur. Pauvre Anuiball ou! il faudra bien qu'il me pardonne, je lui dirai tant que je...

Une troisième fois la parole demeura suspendue sur les lèvres de la jeune tille.

— Je ne me trompe pas l dit-elle en devenant fort pâle, j'entends des cris plaintifs...

Amélie se dirigea rapidement vers son cabinet de

toilette. Là elle écouta encore avec une anxiété visible. De faibles sous, ressemblant en effet à des plaintes telles qu'en poussent ies malades, parvinrent jusqu'à elle.

— Mon Dieu! s'écria la pauvre enfant saisie par un effroi subit, il me semble que c'est ma mère qui appelle !

Prenant un flambeau, Amélie s'élança dans le couloir qu'elle parcourut rapidement. A mesure qu'elle approchait de la chambre de madame Geotf. in, les cris inarticulés devenaient effectivement plus distincts. Amélie atteignait le cabinet de toilette :

— Ma mère! QuV-tu, ma mère? s'écria-t-elle en ouvrant la porte de la chambre à coucher de madame Geo Afin.

Des plaintes répondirent seules. Amélie s'était précipitée. Madame Geolïrin, en costume de nuit , le corps à demi enveloppé dans une grande robe de chambre dont elle n'avait pas même passé les manche=, était étendue presque évanouie dans uu fauteuil. Elle paraissait être en proie à une violente souffrance.

Le lit à demi délait attestait que la veuve s'était levée, seulement depuis quelques instants, mais le désordre qui régnait dans la chambre prouvait cependant que riudisposition n'était pas absolument récente. Des flacons débouchés d'eau de fleur d'orauger et d'éther étaient sur la petite table voisine du lit et sur laquelle biùlait encore la veilleuse.

Sur une autre table, placée entre les fenêtres, une carafe, un verre à demi rempli, uu sucrier. Les meubles roulants étaient dérangés, placés au hasard comme les dérange et les place une. personne qui souffre et qui tente d'alléger ses souffrances à l'aide d'une promenade.

— Ma mère, qu'as-tu? s'écria Amélie en courant se jeter a genoux devant la malade qui ne paraissait pas avoir recouvré le sentiment.

Et comme madame Geolfriu continuait à se plaindre e 1 portant les deux mains sur sa poilnue, Amélie, prise de terreur, courut vers le lit et agita à la fois cmq ou six cordons de sonnette qui se trouvaient placés daus la ruelle.

Ces cordons communiquaient avec les différents étages de la maison, notamment avec la chambre de Ferdinand et d'Amélie, et avec celles des domestiques situées dans les combles.

Bien certaine que son frère, Joseph et Mariette avaient dû l'entendre, Amélie revint vers sa mère à laquelle elle se mit à prodiguer les soins les plus empressés. Madame Geoffrin paraissait violemmeut souffrir, et le s ège de ces souffrances aiguës était évidemment daus l'estomac et les iniestins; car elle portait à la lois ses deux maius sur ces organes avec des contractions nerveuses.

Elle était d'une pâleur effrayante : ses traits étaient décomposés, sa bouche crispée et ses yeux fixes et sans regards.

— Mou Dieu! mon Dieu! disait Amélie avec désespoir, que faire? Ma mère! ma bonue mère! répoudsmoi. Cest Amélie, la fille! Qu'as-lu?que t'est-il arrivé? où souffres-tu ?

— Madame est malade ? s'écria Mariette en entrant à demi endormie encore, daus la chambre.

— Mon Irèrel où est mon frère? dit Amélie.

— M. Ferdinand? 11 doit être dans sa chambre.

— Mais il n'a donc pasentendul appelez-le; qu'il vienne ! Il nous aidera à recoucher ma mère!

— Joseph! Joseph! cria Mariette, réveillez donc M. Ferdinand, madame est malade; qu'il descende vite!

— Mais, dit Joseph, monsieur n'est peut-être pas rentré.

— Mon frère est sorti la nuit? s'écria Amélie qui, tout en parlant, ne cessait d'entourer de soins sa mère, et de tout tenter pour la faire revenir à elle.

— Oui, mademoiselle. Au moment où il allait faire le verre de sirop de madame, vous savez, il lui eol arrivé une lettre et il m'a dit qu'il fallait qu'il sortit. Depuis il n'est pas rentré.

— Mais ma mère ne revient pas à elle 1 Mon Dieu l qu'a-t-elle donc? s'écria Amélie avec un violent désespoir.

— Madame a l'air de souffrir de l'estomac, fit observer Mariette.

— Joseph ! cria Amélie, allez chercher le docteur Corvisart. Réveillez-le; qu'il vienne sans perdre une minute! Dites-lui que ma mère est bien malade et que nous ne pouvons pas savoir ce qu'elle a.

Joseph s'élançait.

— Ah! fil Amélie en le rappelant, M. de Charney demeure à côté du docteur. Montez chez lui, Joseph, et voyez si mon frère n'y est pas ; allez vite I

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