VALMONT, MELVAL
MELVAL, arrivant d'un ai; mystérieux.
Eh bien , quelle nouvelle ?
Comment a-t-on reçu la déclaration?
Trèi-bien. Oh ! je le vois à votre émotion.
VALMONT, avec humeur.
Elle est malade.
O ciel!
VALMONT
Oui.
MELVAL
Je ne puis comprendre...
VALMONT
Dans son appartement elle vient de se rendre. Une vapeur...
MELVAL
Je vois : vous aurez affecté Un peu trop vivement sa sensibilité.
Séducteur.
VALMONT
Moi! Je n'ai rien dit.
MELVAL
Eh quoi !
VALMONT
Près d'elle, Lorsque je suis entré , j'ai rencontré Florvelle.
MELVAL
Lui?.. Mais pendant ce temps , que faisiez-vous? VALMONT.
J'étais Dans la bibliothèque.
MELVAL
A quoi bon ?
VALMONT
J'attendais; Là , parmi cent auteurs , tous dignes de remarque, Mes yeux ont par hasard rencontré ce Plutarque , Et sans trop y songer..,
Je vous fais compliment !
Vous commentez du grec, et là» tranquillement Votre rival pour vous... courage ! oh f rien ne presse! Lisez Plutarque ; un autre épousera ma nièce. Vous le mériteriez; mais mon faible pour vous
Triomphe, malgré moi , de mon juste courroux. 3e ne puis voir aussi sans un dépit extrême. Echouer des projeis que j'ai conçus moi -mêm . Je dis plus , puisqu'il faut vous en faire l'aveu , Tout ce qui s'est passé me pique encor au jeu; Je veux , et jusqu'au bout j'eu aurai le mérite, Faire mentir, enfin, votre étoile maudite. Vous serez mon neveu , malgré le sort jaloux, Malgré votre rival , moi-même , et malgré vous.
VALMONT
Conservez , j'y consens , cette aimable colère, Et faites au plus tôt mon bonheur.
MELVAL
Je l'espère.
Je puis tout sur ma nièce; on vous épousera , J'en reponds ,et Florvelle aujourd'hui partira.
VALMONT
Aujourd'hui ?
MELVAL
Je m'en charge. Il adore ma nièce, Et sans trop m'alarmer , je crois que le temps presse; Il est beau cavalier! cité par sa valeur, Et déjà colonel, il peut avec son cœur , Offrir à la beauté pour qui l'amour l'enflamme, Un nom et des lauriers ; cela flatte une femme. Malgré votre mérite il vous manque cela. Il sera général à lage où vous voilà.
J'ai mes titres aussi.
MELVAL
Soit.
VALMONT
J'ai servi , je pense , [ce, Long-temps avec honneur. Vingt combats, manaissan-
M'ont permis de prétendre au rang où je le vois. J'étais près d'y monter avec de justes droits , Lorsqu'on jour , brusquement , je quittai le service. Mais je vous vois dé à m'accuser de caprice; Vous allez me juger. Avec mes grenadiers, Je f'is pour un assaut désigné des premiers. Je touchais au moment d'illustrer mon courage; Mais calme, en attendant le signal du carnage , Lorsque déjà tonnait le bronze des combats , En cercle , autour de moi , j'assemble mes soldats. Là, pour mieux enflammer leur belliqueuse audace, Je parle à chacun d'eux ; et ma voix leur retrace De leurs exploits passés l'immortel souvenir: L'éclat de leurs lauriers qu'un seul jour peut ternir. Je fais parler l'honneur, la patrie et la gloire . Lorsque derrière moi j'entends crier : victoire!, On montait à l'assaut... Bientôt sur le rempart "Vont flotter nos drapeaux :j'accours ..Il est trop tard ; J'arrive le dernier ! Furieux , je m'élance ; Mais le sort jusqu'au bout trahit mon espérance : L'ennemi fuit, mon bras ne peut se signaler; A peine un coup de feu vient il me consoler ! Confus de cette affront à ma valeur trompée, Sur la brèche à l'instant je brise mon épée, Et je pars.
MELVAL
C'est fort bien. J'en aurais fait autant, Et ce dépit me plaît
Je n'ai pas cependant Abandonné l'espoir de servir ma patrie; Je dis plus , le ministre (à vous je le confie), Le mois dernier encor m'offrit un régiment. J'ai 3a lettre sur moi. La voici justement.
MELVAL , parcourant la lettre.
Fort bien.
VALMONT
J'ai cent rivaux d'après ce qu'il m'annonce. MELVAL.
Et qu'a fait le ministre?