‹ Le Tardif, comédie en un acte et en versChapitre 4 sur 39 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ROSINE , FLORVELLE.

FLORVELLE , au fond du théâtre.

Rosine ?

ROSINE, à part.

{Voulant s'en aller.) Le voilà. Permettez-moi...

FLORVELLE, V arrêtant.

Friponne!... Prends cette bague , et puis causons.

ROSINE , prenant la bague.

Je suis trop bonne !

FLORVELLE, J'adore ta maîtresse.

ROSINE

Oh ! je savais cela.

FLORVELLE.

Loin d'elle, tu le sais , mon devoir m'exila.

Enfin , hier, après une absence cruelle, Je reviens à Paris et je vole chez elle .. Juge de ma douleur! j'apprends qu'elle est ceci , Chez monsieur de Melval; je pars, et me voici.

ROSINE

Vous venez à propos pour être de la noce.

FLORVLlLE.

Que dis-tu?

ROSINE

La nouvelle est encore précoce ; Cependant rendez grâce à votre heureux rival : S'il fût venu plus tôt, vous nous trouviez au bal.

FLORVELLE.

Tu croirais que Valmont ?...

ROSINE

On l'attend , et je gage Qu'en secret on complote un prochain mariage.

FLORVELLE.

Ainsi je la retrouve , et la perds pour jamais ! Non, Rosine, crois-en le serment que je fais. D'elle seule dépend le bonheur de ma vie : Je ne souffrirai point qu'elle me soit ravie ; Mon rival, quel qu'il soit , l'espérerait en vain. Je la disputerais les armes à la main.

ROSINE

Les armes à la main! mais voilà du tragique. Modérez, croyez-moi , cette ardeur héroïque : Vous n'êtes pas venu pour combattre en champ clos. Un peu d'adresse ici serait plus à propos.

FLORVELLE.

Mais , si tu me dis vrai , que veux-tu que j'espère?

ROSINE

Ecoutez ; ma maîtresse en vain cherche à se taire. Je l'ai bien observée, et j'entrevois déjà [nir là :

Qu'on vous aime, ou qu'au moins on craint d'en ve-

Mais les momens sont cliers : il faut , avec adresse , Achever de gagner le cœur de ma maîtresse.

FLORVELLE.

L'amour m'inspirera.

ROSINE

Vous n'avez plus qu'un jour :

Encore a-t-on juré, monsieur , de fuir l'amour. Mais qu'importe ï à vingt ans, projets d'indifférence Ne sont pas moins chanceux que sermens de constance. Son cœur paraît s'ouvrir au plus doux sentiment; Profitez, croyez-moi , de ce premier moment. Hâtez-vous; à ses pas attachez-vous sans cesse; Entourez-la d'égards , de soins et de tendresse ; Échauffez par degrés son cœur, et, s'il le faut, Disposez- vous , enfin , à l'emporter d'assaut.

FLORVELLE.

L'accent d'un amour vrai la touchera, j'espère; Mais comment lui parler? J'ai besoin de mystère, Et par des yeux jaloux je puis être observé.

ROSINE

On vient. Monsieur Valmont est sans doute arrivé. Je vous laisse , monsieur , et cours joindre madame.

FLORVELLE.

Je compte sur tes soins.

ROSINE

Oh! de toute mon ame.

FLORVELLE.

Nous nous verrons encor ?

ROSINE, C'est mon vœu le plus doux.

(Montrant la bague.) Je sais ce que l'on gagne à causer avec vous.

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