SCÈNE I
M«" DE SAINT- PHAR
Oh ! je veux cette fois écouter ma raison : D'ailleurs monsieur Yalmonl est bien , dit-on. ROSINE.
Sans doute ; M. lis ne trouvez-vous pas qu'il est long-temps en roule ? On le dit singulier, d'un esprit pointilleux, S'arrèlanl à des riens, toujours malencontreux ; Du moindre événement se faisant une affaire , Et maladroit , enfin , pour vouloir trop bien faire ; Mettant de la finesse en ses moindres projets; Partant toujours en hâte et n'arrivant jamais. Vous verrez qu'aujourd'hui, dans son humeur tardive, 11 nous faudra partir pour qu'enfin il arrive.
M™ DE SAINT-PHAR
Il est vrai que de lui Ton m'a souvent conté Des choses qui tenaient de la fatalité.
ROSINE
Cidalise, s'il faut croire ce qu'on répète, Fut le premier objet de sa flamme discrète. Tout était convenu , lorsque pour quelques jours Il part : un mois se passe et l'on attend toujours ; Enfin, à son départ , la noce était priée ; La belle , à son retour , se trouva mariée. Il a déjà manqué vingt testamens , dit-on. Dernièrement encore, un oncle moribond
Le demandait : il part, arrive pour apprendre
Que notre homme était mort , ne pouvant plusattendre.
H« DE SAINT-PHAR
Es- lu folle?
ROSINE
Un plaisant, à travers maint brocard, Disait qu'il virrtau monte un quart-d'heure trop tard, Et que depuis ce temps , dans tout ce qu'il veut faire , Il se trouve toujours d'un quart-d'heure en arrière ; Aussi notre railleur, par un tour expressif, L'avait-il surnommé le chevalier Tardif.
M™ DE SAINT -PHAR
Finissez.
ROSINE
De le voir je brûle au fond de Famé.
Je crois toujours... envient... si c'était lui , madame ! C'est votre oncle.