SCÈNE IV
JULIE traversant le salon , VALSAIN.
TALS AlîSf , arrêtant Julie.
Belle Jnlie , arrêtez un moment.
Au nom de la vertu qui vous sert d'ornement, J'oserai dire , au nom d'un sentiment plus tendre , Aserai gnez m'écouter.
JULIE
Valsain , je viens d'entendre Ce que la calomnie a de plus odieux.
VALSAIN, l'interrompant vivement, d'an ton peiné.
Et l'immoralité de plus pernicieux.
Vous sortez , je le vois , de chez votre tutrice.
Faut-il , en l'avouant , hélas î que je rougîsse ! Elle est à sa toilette : un cercle fort bruyant L'environne.
VALSAIN.
D'abord , rien n'est plus indécent.
Hélas! elle a perdu, par son extravagance, La première vertu des femmes , la décence. Vous avez dû voir là ....
JULIE
Mélise, Arsinoé....
VALSAIN.
Célimène , sans doute , et la jeune Chloé.
JULIE
Justement.
VALSAIN.
Je connais leur sotte impertinence.
JULIE
Leurlangue, intarissable en traits de médisance. Se moque d'un époux de sa femme amoureux; De l'iiilidélité fait l'éloge pompeux; Et débite , en riant , cent sotti«es pareilles , Qu'on pouvait épargner du moins à mes oreilles.
VALSAIN.
D'un cœur chaste, grand Dieu! souiller la pureté.... C'est uu crime en morale , une inhumanité :
3o LE TARTUFFE DE MŒURS,
Par le vice infecter le printemps de votre âge , C'est faire à la vertu le plus sanglant outrage. Cependant on en rit dans la société.
( Avec intention et douceur. )
Heureux pour vous l'instant par moi tant souhaité, Où, serrant les liens d'un hymen convenable , Vous ferez le bonheur d'un mortel estimable, Dont les vertus, les mœurs, l'esprit liant et doux, S'imposeront la loi d'écarter loin de vous Ce qui pourrait troubler par un souffle coupable , L'innocence et la paix de votre âme adorable.
JULIE, à part.
Florville ! ah ! malheureux , que nepuis-je à ces traits....
(Haut.)
Dans le monde , Valsain, il est peu de portraits Ressemblans à celui que vous venez de peindre.
YALSAIN.
N'enfùl-il qu'un, Julie....
JULIE
Eh ! ne sait-on pas feindre?^
VALSAIN.
On peut feindre un moment , une heure , un jour entier; Mais je ne vois rien là qui vous puisse effrayer.
(Avec l'intention de désigner Florville. )
Qu'un jeune libertin, chargé d'énormes dettes,
3Ne pouvant les payer après les avoir faites ,
Pour un objet divin feigne beaucoup d'amour,
Et fasse à sa future assidûment la cour ,
On conçoit bien qu'il puisse un instant se contraindre ;
Mais le moment d'après il cesse d'être à craindre.
Il retombe bientôt par ses mauvais penchans.
Dans la carrière ouverte à ses déportemens;
Il i'uit , dans son humeur inquiète et légère , ^
La bonne compagnie à son goût étrangère :
D'autant plus malheureux , qu'après avoir connu
Le bonheur que l'on goûte au sein de la vertu ,
Il prouve c£u'à jamais....
JULIE
Vous êtes bien sévère.