‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 17 sur 93 · ACTE II , SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE II

Qui ne me plaisent point ; je vous le dis, ma mie.

DORINE

Parlons sans nous fâcher, monsieur, je vous supplie.

Vous moquez-vous des gens d'avoir fait ce complot?

Votre fille n'est point l'affaire d'un bigot :

Il a d'autres emplois auxquels il faut qu'il pense.

Et puis, que vous apporte une telle alliance?

A quel sujet aller, avec tout votre bien,

Choisir un gendre gueux,..?

ORGON

Taisez-vous. S'il n'a rieaiç

Sachez que c'est par là qu'il faut (ju'on le révère. Sa misère est sans doute une honnête misère; Au-dessus des grandeurs elle doit l'élever; Puisque enfin de son bien il s'est laissé priver Par son trop peu de soin des choses temporelles, Et sa puissante attache aux choses éternelles. Mais mon secours pourra lui donner les moyens De sortir d'embarras et rentrer dans ses biens : Ce sont fiefs qu'à bon titre au pays on renomme ; Et, tel que l'on le voit, il est bien gentilhomme.

DORINE

Oui, c'est lui qui le dit; et cette vanité.

Monsieur, ne sied pas bien avec la piété.

Qui d'une sainte vie embrasse l'innocence,

Ne doit point tant prôner son nom et sa naissance;

Et l'humble procédé de la dévotion

Souffre mal les éclats de cette ambition.

A qu(ù bon cet orgueil?... Mais ce discours vous bhssa

Parlons de sa personne, et laissons sa noblesse.

Ferez-Tous possesseur, sans quelque peu d'ennui,

D'une fille comme elle, un homme comme lui?

Et ne devez-vous pas songer aux bienséances,

Et de cette union prévoir les conséquences?

Songez que d'une fille on risque la vertu

Lorsque dans son hymen son goût est combattu;

Que le dessein d'y vivre ea honnête personne

Dépend des qualités du mari qu'on lui donne;

Et que ceux dont partout on montre au doigt le front

Font leurs femmes souvent ce qu'on voit qu'elles sœit.

Il est bien difficile enfin d'être fidèle

A de certains maris faits d'un certain modèle;

Et qui donne à sa fille un homme qu'elle hait

Est responsable au ciel des fautes qu'elle fait.

Songez à quels périls votre dessein vous livre.

ORGON

Je vous dis qu'il me faut apprendre d'elle à vivre I

DORINE

Vous n'en feriez que mieux de suivre mes leçons.

ORGON

Ne nous amusons point, ma fille, à ces chansons : Je sais ce qu'il vous faut, et je suis votre père. J'avais donné pour vous ma parole à Valère; Mais, outre qu'à jouer on dit qu'il est enclin, Je le soupçonne encor d'être un peu libertin. Je ne remarque point qu'il hante les églises.

DORINE

Voulez-vous qu'il y coure à vos heures précises, Comme ceux qui n'y vont que pour être aperçu»?

ORGON

Je ne demande point votre avis là -dessus.

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