‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 25 sur 93 · ACTE II, SCÈNE lY · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE lY

VALÈRE

ui, oui, permis à moi ; mais mon âme offensée Vous préviendra peut-être en un pareil dessein ; Et je sais oh porter et mes vœux et ma main.

M ARIANE

Ah ! je n'en doute point ; et les ardeurs qu'excite Le mérite...

VALÈRE

Mon Dieu, laissons là le mérite :

J'en ai fort peu, sans doute, et vous en faites foi. Mais j'espère aux bontés qu'une autre aura pour moi; Et j'en sais de qui l'âme, à ma retraite ouverte, Consentira, sans honte, à réparer ma perte.

M ARIANE

La perte n'est pas grande ; et de ce changement Vous vous consolerez assez facilement.

VALÈRE

J'y ferai mon possible; et vous le pouvez croire.

Un cœur qui nous oublie engage notre gloire;

Il faut à l'oublier mettre aussi tous nos soins :

Si l'on n'en vient à bout, on le doit feindre au moins;

Et cette lâcheté jamais ne se pardonne,

De montrer de l'amour pour qui nous abandonne.

M ARIANE

Ce sentiment, sans doute, est noble et relevé.

VALÈRE

Fort bien ; et d'un chacun il doit être approuvé. Eh quoi! vous voudriez qu'à jamais dans mon âm« Je gardasse pour vous les ardeurs de ma flamme, Et vous visse, à mes yeux, passer en d'autres bras,

Sans mettre ailleurs un cœur dont vous ne voulez pas ? J

MARTANE.

Au contraire : pour moi, c'est ce que je souhaite; J

Et je voudrais déjà que la chose fût faite.

VALÈRE. 1

Vous le voudriez?

MARI ANE

Oui. :

VALÈRK. -

C'est assez m'insulter, ■

Madame, et de ce pas je vais vous contenter. ;;

(// fait un pas pour s'en aller,) i

MARIANE

Fort bien.

VALÈRE, revenant.

Souvenez-vous au moins que c'est vous-même ; Qui contraignez mon cœur à cet effort extrême. ^

MARIANE

Oui. \

VALÈRE, revenant encore. ]

Et que le dessein que mon âme conçoit ;

N'est rien qu'à votre exemple. ^

MARIANE

A mon exemple, soit. ■; VALÈRE, en sortant. i

SufQt : vous allez être à point nommé servie.

MARIANE

Tant mieux. <

VALÈRE, revenant encore.

Vous me voyez, c'est pour toute !a vie.

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