A<3TB V, SCÈNE VII
CLÉANTE
Voilà ses droits armés ; et c'est par où le traître, De vos biens qu'il prétend cherche à se rendre maître.
ORGON
L*homme est, je tous l'avoue, un méchant animal I
VALÈRE
Le moindre amusement vous peut être fatal. J'ai pour vous emmener mon carrosse à la porte. Avec mille louis qu'ici je vous apporte. Ne perdons point de temps : le trait est foudroyant ; Et ce sont de ces coups que l'on pare en fuyant. A vous mettre en lieu sûr je m'offre pour conduite, Et veux accompagner jusqu'au bout votre fuite.
Las l que ne dois-je point à vos soins obligeants 1 Pour vous en rendre grâce il faut un autre temps ; Et je demande au Ciel de m'être assez propice Pour reconnaître un jour ce généreux service. Adieu; prenez le soin, vous autres...
CLÉANTE
Allez tôt; Nous songerons, mon frère, à faire ce qu'il faut.
SCilE ¥11
TARTUFE, UN EXEMPT, MADAME PERNELLE, ORGON, ELMIRE, CLÉANTE, MARIANE, VA- LÈRE, DAMIS, DORINE.
TARTUFE, arrêtant Orgon, Tout beau, monsieur, tout beau, ne courez point si yite :
Vous n'irez pas fort loin pour trouver votre gîte; Et de la part du prince on vous fait prisonnier.
ORGON
Traître, tu me gardais C3 trait pour le dernier : C'est le coup, scélérat, par oii tu m'expédies; Et voilà couronner toutes tes perfidies !
Vos injures n'ont rien à me pouvoir aigrir, El je suis, pour le Ciel, appris à tout souffrir.
CLÉANTE
La modération est grande, je l'avoue.
DAMIS
Comme du Ciel l'infâme impudemment se joue î
Tous vos emportements ne sauraient m'émouvoir; Et je ne songe à rien qu'à faire mon devoir.
MARIANE
Vous avez de ceci grande gloire à prétendre ;
Et cet emploi, pour vous, est fort honnête à prendre.
Un emploi ne saurait être que glorieux
Quand il part du pouvoir qui m'envoie en ces lieui»
ORGON
Mais t'es-tu souvenu que ma main charitable, Ingrat, t'a retiré d'un état misérable?
Oui, je sai5 quel secours j'en ai pu recevoir; Mais l'intérêt du prince est mon premier devoir. De ce devoir sacré la juste violence Étouffe dans mon cœur toute reconnaissance i