‹ Le Tartuffe. Le dépit amoureuxChapitre 7 sur 93 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

D est vrai qu'elle vit en austère personne ; Mais l'âge dans son âme a mis ce zèle ardent, El l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant. Tant qu'elle a pu des cœurs attirer les hommages, Elle a fort bien joui de tous ses avantages ; Mais voyant de ses yeux tous les brillants baisser, Au monde qui la quitte elle veut renoncer, Et du voile pompeux d'une haute sagesse De ses attraits usés déguiser la faiblesse. Ce sont là les retours des coquettes du temps : U leur est dur de voir déserter les galants. Dans un tel abandon, leur sombre inquiétude Ne voit d'autre recours que le métier de prude; Et la sévérité de ces femmes de bien Censure toute chose et ne pardonne à rien : Hautement d'un chacun elles blâment la vie, Non point par charité, mais par un trait é' envie. Qui ne saurait souffrir qu'un autre ait les plaisirs Dont le penchant de l'âge a sevré leurs désirs.

MADAME PERNELLE, à Elmire.

Voilà les contes bleus qu'il vous faut pour vous plaire Ma bru. On est chez vous contrainte de se taire ; Car madame à jaser tient le dé tout le jour. Mais enfin je prétends discourir à mon tour. Je vous dis que mon fils n'a rien fait de plus sage Qu'en recueillant chez soi ce dévot personnage; Que le ciel, au besoin, l'a céans envoyé Pour redresser à tous votre esprit fourvoyé ; Que pour votre salut vous le devez entendre ; Et qu'il ne reprend rien qui ne soit à reprendra. Ces visites, ces bals, ces conversations,

Sont du malin esprit toutes iaventions ; Là jamais on n'entend de pieuses paroles ; Ce sont propos oisifs, chansons et fariboles : Bien souvent le prochain en a sa bonne part, Et l'on y sait médire et du tiers et du quart. Enfin les gens sensés ont leurs têtes troublées De la confusion de telles assemblées :

Mille caquets divers s'y font en moins de rien ; Et comme, l'autre jour, un docteur dit fort bien, C'est véritablement la tour de Babylone, Car chacun y babille, et tout le long de l'aune : Et, pour conter l'histoire oh ce point l'engagea...

{Montrant Cléante.) Voilà-t-il pas monsieur qui ricane déjàl Aller chercher vos fous qui vous donnent à rire,

{A Elmire.) Et sans... Adieu, ma bru; je ne veux plus rien dir». Sachez que pour céans j'en rabats de moitié. Et qu'il fera beau temps quand j'y mettrai le pied.

{Donnant un soufflet à Flipote.) Allons, vous, vous rêvez, et bayez aux corneilles. Jour de Dieu ! je saurai vous frotter les oreilles. Marchons, gaupe, marchons.

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