‹ Le TartuffeChapitre 103 sur 106 · ACTE V, SCÈNE VIL TARTUFFE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VIL TARTUFFE

Un emploi ne sauroit être que glorieux,

Quand il part du pouvoir qui m'envoie en ces lieux.

ORGOir.

Mais t'es-tu souvenu que ma main charitable, Ingrat, t'a retiré d'un état misérable?

Oui, je sais quel secours j'en ai pu recevoir; Mais l'intérêt du prince est mon premier devoir. De ce devoir sacré la juste violence Etouffe dans mon cœur toute reconnoissance; Et je sacrifierois à de si puissans nœuds Ami, femme, parens, et moi-même avec eux.

ELMIRE

L'imposteur !

DORINE

Comme il sait, de traîtresse manière.

Se faire un beau manteau de tout ce qu'on révère !

CLÉANTE

Mais, s'il est si parfait que vous le déclarez,

-Ce zèle qui vous pousse, et dont vous vous parez.

D'où vient que, pour paroître, il s'avise d'attendre

Qu'à poursuivre sa femme il ait su vous surprendre,

Et que vous ne songez à l'aller dénoncer

Que lorsque son honneur l'oblige à vous chasser?

Je ne vous parle point, pour devoir en distraire, "

I. Pour devoir en distraire, est iin hémistiche fort peu intelligible; nous croyons quHl signifie , Comme d'une chose qui aurait dû 'vous détourner de votre projet de dénonciation.

Du don de tout son bien qu'il venoit de vous faire; Mais, le voulant traiter en coupable aujourd'hui, Pourquoi consentiez- vous à rien prendre de lui? *

TARTUFFE , à l'Exempt

Délivrez-moi, monsieur, de la criaillerie;

Et daignez accomplir votre ordre, je vous prie. ^

l'exempt.

Oui, c'est trop demeurer, sans doute, à l'accomplir :

Votre bouche à propos m'invite à le remplir ;

Et, pour l'exécuter, suivez-moi tout à l'heure

Dans la prison qu'on doit vous donner pour demeure. ^

I. C'est un spectacle bien touchant que toute cette £EuniIle désolée autour d'un honnête homme prêt à être si cruellement puni de son excessive bonté par un scélérat qui le trompait ; et cet intérêt n'est ni romanesquement échafaudé , ni porté au-delà des bornes raisonnables de la bonne comédie.

Nous nous sommes long-temps persuadé que la comédie ne devait que faire rire ; et c'est avec ces préjugés étroits que l'on circonscrit l'étendue des arts et le vol du génie. Certainement le Misanthrope et le Tartuffe, deux chefsd'œuvre de l'esprit humain , ne sont pas toujours plaisans, quoiqu'ils le soient souvent et beaucoup. Quand le vertueux Alceste se désole et se désespère de l'infidélité d'une coquette; quand Orgon, au milieu de sa famille épouvantée, est prêt à se voir la victime d'un scélérat, et que , sur le point d'être traîné en prison, il fait ses adieux à sa femme et à ses enfans, personne n'a envie de rire. Il est donc faux que le rire soit le ressort unique et essentiel de la CQmécUe ; elle doit nous montrer à nous-mêmes sous tous les aspects. Il y en a de plus heureux les uns que les autres : aussi l'art qui nous offre à la fois une morale profonde, des caractères vrais et un ridicule frappant, est sans doute au premier degré; c'est l'art de Molière dans ses bonnes comédies. ( Laharpe. )

a. Tartuffe sait admirablement répondre aux argumens serrés et forts de Cléante. Il n'y a qu'un moment c'était en regardant à sa montre , maintenant c'est en ordonnant de conduire Orgon en prison.

3. Cette réaction vive et inattendue desserre le cœur du spectateur, que la position de la malheureuse famille d'Orgon avait pénétré du plus profond ^^tendrissement,

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