ACTE II, SCÈNE IV
DORINE , quittant Valère , et courant après Mariane.
A l'autre! Où courez- vous?
MARIANE
Laisse.
DORINE
Il faut revenir.
MARIANE
Non, non, Dorine; en vain tu me veux retenir.
VALÈRE , à part
Je vois bien que ma vue est pour elle un supplice; Et, sans doute, il vaut mieux que je l'en affranchisse.
DORINE , quittant Mariane , et courant après Valère.
Encor ! Diantre soit fait de vous ! Si je le veux. '
I. Si je le 'veux. Nous ne saurions mieux faire, pour expliquer ces mots, que de rapporter la note que M. Walckenaër, dans son Commentaire sur La Fon- , taine, a faite au sujet de ce vers de la troisième élégie :
Si faut-il une fois brûler d'un feu durable.
« Si faut-il, c*est-à-dire,/7oarfa/z^/ai<f-i/. Cette tournure se trouve fréquemment dans La Fontaine. Si, dans ces sortes de phrases , n*est pas une conjonction dubitative, mais le mot si, de notse ancien langage , qui, au contraire, s'emploie dans les phrases où il faut affirmer , et qui remplace par cette raison au besoin les mots il, 'vous, oui, aussi, pourtant. « La particule si y dit très- « bien Nicot ( Thrésor de la langue fran^ojse , Paris , 1606 , in-folio , page 564), « a, en maints lieux, énergie renforçant le verbe qui le suit, comme : Si 'veux-je " pas que tu mentes. Si l' abandonnerez-^ous , auquel endroit, si, est de me- «< nace , commandement et force. Cette particule a autre énergie quand on dit: « // était savant, et si était vaillant aux armes. Quand elle précède le mol « faut, elle a énergie de nécessité , comme : Si faut-il que 'vous me fâchiez, »> On trouve aussi des exemples de cette sorte de locution dans Molière, et je m'étonne qu'aucun de ses commentateurs on éditeurs n'ait pu comprendre ni ponctuer les deux vers de la scène 4 du second acte du Tartuffe , que prononce la suivante Dorine, impatientée de la bouderie de Valère et de Mariane ,
Cessez ce badinage ; et venez çà tous deux.
(EUe prend Yalère et Mariane par la main, et les ramène.) VALÈRE , à Dorine.
Mais quel est ton dessein?
MARIANE, à Donne.
Qu'est-ce que tu veux faire?
DORINE
Vous bien remettre ensemble, et vous tirer d'affaire.
(A Valère.)
Etes-vous fou d'avoir un pareil démêlé ?
VALÈRE
N'as-tu pas entendu comme elle m'a parlé ?
DORINE , à Mariane.
Êtes-vous folle , vous , de vous être emportée ?
MARIANE
N'as-tu pas vu la chose, et comme il m'a traitée?
DORINE
( A Valère. )
Sottise des deux parts. Elle n'a d'autre soin Que de se conserver à vous ; j'en suis témoin.
(A Mariane.) Il n'aime que yous seule, et n'a point d'autre envie Que d'être votre époux ; j'en réponds sur ma vie.
qu'il lui importe de faire cesser à Tinstant même , afin de leur communiquer les projets qu'elle a conçus pour le succès de leurs amours;
Encor ! Diantre soit fait de vous! Si je le veux. Cessez ce badinage ; et venez çà tous deux.
Dans ce vers , si je le "veux , signifie oui , Je le veux , vous dis-je. Le mot si est placé devant le verbe pour lui donner plus de force, et le rendre non pa» feulement l'expression de la volonté de celui qui parle , mais aussi celle de Tautorité et du commandement. »