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Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes en les divertissant , j'ai cru que , dans Pemploi où je me trouve ', je n'avois rien de mieux à £dre que d'attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle ; et , comme l'hypocrisie sans doute en est un des plus en usage, des plus incommodes et des plus dangereux , j'avois eu, SiRE , la pensée que je ne rendroîs pas un petit service à tous les honnêtes gens de votre royaume , si je &isois une comédie qui décriât les hypocrites, et mît en vue comme il faut toutes les grimaces étudiées de ces gens de bien à outrance , toutes les friponneries couvertes de ces £aux monnoyeurs en dévotion , qui veulent atlraper les hommes avec un zèle contrefait et une charité sophistique.
Je l'ai faite , Sire , cette comédie , avec tout le soin , comme je crois , et toutes les circonspections que pouvoit demander la
I. On ne connaît pas d'une manière précise la date de ce placet; voir cependant la Notice, ( J. Taschereàu.)
Q. L'emploi où je me trouve. Tue roi se plaisait tellement aux divertissemens fréquens que la troupe de Molière lui donnait, qu'au mois d'août 1 66 5, Sa Majesté jugea à propos de la fixer tout-à-fait à son service, en lui donnant une pension de sept mille livres. Elle prit alors le titre de la troupe du Roi, qu'elle a toujours conservé depuis, et elle était de toutes les fêtes qui se faisaient partout où était Sa Majesté. ( Grimarest. )
PLACETS AU ROI
délicatesse de la matière ; et, pour mieux conserver Testîme et le respect qu^on doit aux vrais dévots, j'en ai distingué le plus que j'ai pu le caractère que j'avois à toucher. Je n'ai point laissé d'équivoque , j'ai ôté ce qui pouvoît confondre le bien avec le mal , et ne me suis servi dans cette peinture que des couleurs expresses et des traits essentiels qui font reconnoitre d'abord un véritable et franc hypocrite.
Cependant toutes mes précautions ont été inutUes. Qn a profité, Sire, de la délicatesse de votre âme sur les matières de religion , et l'on a su vous prendre par l'endroit seul que vous êtes prenable , je veux dire par le respect des choses saintes. Les tartuffes^ sous main, ont eu l'adresse de trouver grâce auprès de Votre Majesté; et les originaux enfin ont fut supprimer la copie , quelque innocente qu'elle fût , et quelque ressemblante qu'on la trouvât.
Bien que ce m'ait été un coup sensible que la suppression de cet ouvrage , mon malheur pourtant étoit adouci par la manière dont Votre Majesté s'étoit expliquée sur ce sujet ; et j'ai cru , Sire , qu'elle m'ôtoit tout lieu de me plaindre , ayant eu la bonté de déclarer qu'elle ne trouvoit rien à dire dans cette comédie qu'elle me défendoit de produire en public.
Mais malgré cette glorieuse déclaration du plus grand Roi du monde et du plus éclairé, malgré l'approbation encore de M. le légat et de la plus grande partie de nos prélats , qui tous , dans les lectures particulières que je leur ai fûtes de mon ouvrage , se sont trouvés d'accord avec les sentimens de Votre Majesté ; malgré tout cela , dis-je , on voit un livre composé par le curé de. . . , qui donne hautement un démenti à tous ces augustes témoignages *. Votre Majesté a beau dire, et M. le légat et MM. les prélats ont beau donner leur jugement, ma comédie , sans l'avoir vue , est diabolique , et diabolique mon cerveau ; je suis un démon \ètu de chair et habillé en homme, un libertin , un impie digne d'un supplice exemplaire. Ce n'est pas assez que le feu expie en public mon offense, j'en serois quitte à trop bon marché : le zèle charitable de ce galant homme de bien n'a garde de demeurer là ;