‹ Le Tartuffe; ou, L'imposteur, comédie en cinq actesChapitre 10 sur 64 · I . Picd-j'lat : lourdeau, grossier et pédant · texte numérisé non relu

I . Picd-j'lat : lourdeau, grossier et pédant

ACTK I, Pr.KNR I

Kn c[iioi blossc le ciol une visite honnôtc,

Pour cil faire un vacarme à nous ronipi-e la tôle?

Vciil-on que là-dessus je in'expli(iuc ciilre nous?

(Montrant Elmire.) Je crois que de madame il est, ma foi, jaloux.

MADAME PKRNELLE

Taiscz-vou?, et songez aux choses que vous dites. Ce n'est pas lui tout seul qui blâme ces visites : Tout ce tracas qui suit les gens que vous hantez, Ces carrosses sans cesse à la porte plantés, Et de tant de laquais le bru vint assemblage Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage. Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien. Mais enfin, on en parle; et cela n'est pas bien.

CLÉANTE

Eh! voulez-vous, madame, empêcher qu'on ne cause?

Ce serait dans la vie luic fâcheuse cliosc,

Si, pour les sots discours où l'on peut être mis,

Il fallait renoncer à ses meilleurs amis.

Et, quand même on pourrait se résoudre ;\ le faire,

Croiriez- vous obliger tout le monde à se taire?

Contre la médisance il n'est point de rempart.

A tous les sots caquets n'ayons donc nul égard;

En'or<;ons-nous de vivre avec toute innocence

Et laissons aux causeurs une pleine licence.

DOniNE

Daphné, notre voisine, et son petit époux,

Ke seraient-ils point ceux qui parlent mal de nous?

Ceux de qui la conduite olfre le plus à rire.

Sont toujours sur autrui les premiers à médire:

Ils ne manquent jamais de saisir promptement

L'apparente lueur du moindre attachement.

D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joie

Et d'y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croie :

Des actions d'autrui, teintes de leurs couleurs,

Ih pensent dans le monde autoriser les leurs,

LE TARILT!

Et, SOUS le faux espoir de quelque ressemblance, Aux intrigues qu'ils ont donné de l'innocence, Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés De ce blâme public dont ils sont trop chargés.

MADAME PEUNELLE

Tous ces raisonnements ne font rien à l'arTairc. On sait qu'Orante mène une vie exemplaire; Tous ses soins vont au ciel : et j'ai su par des gens Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.

L'exemple est admirable, et cette dame est bonne! Il est vrai qu'elle vit en austère personne; Mais l'âge dans son -âme a mis ce zèle ardent, Et l'on sait qu'elle est prude à son corps défendant Tant qu'elle a pu des cœurs attirer les hommages, Elle a fort bien joui de tous ses avantages: Mais, voyant de ses yeux tous les brillants baisser, Au monde, qui la quitte, elle veut renoncer. Et du voile pompeux d'une haute sagesse De ses attraits usés déguiser la faiblesse. Ce sont là les retours des coquettes du temps : Il leur est dur de voir déserter les galants. Dans un tel abandon, leur somljre inquiétude IS'e voit d'autres recours cjue le métier de prude; Et la sévérité de ces femmes de bien Censure toute chose, et ne pardonne à rien. Hautement d'un chacun elles blâment la vie. Non point par charité, mais par un trait d'envie Qui ne saurait soufTrir qu'une autre ait les plaisirs Dont le penchant de l'âge a sevré leurs désirs.

MADAME PERNELLE, à Eliiiire, en haussant les épaules.

Voilà les contes bleus qu'il vous faut pour vous lîlaire,

Ma bru. On est chez vous contrainte de se taire.

Car madame, à jaser, tient le dé tout le jour.

Mais enfin je prétends discourir à mon tour :

Je vous dis que mon fils n'a rien fait de plus sage

Qu'en rccuciiîar.t chez soi ce dévot personnage;

KCTT. I, r.cÈ":r. i "7

Quo lo ciel au besoin l'a céans envoyé

l'our redresser à tous voire esprit fourvoyé;

Que, pour voire sahil, vous le devez entendre,

El qu'il ne reprend rien qui ne soit à reprendre.

(îes visites, ces bals, ces conversations,

Sont du malin esprit toutes inventions.

Là, jamais on n'entend de pieuses paroles;

Ce sont propos oisifs, chansons et fariboles.

Rien souvent le procliain en a sa bonne pail,

I^t l'on y sait médire et du tiers et du quart.

Enfin les gens sensés ont leurs tètes troublées

De la confusion de telles assemblées:

?.Iilie caquets divers s'y font en moins de rien;

Et, comme l'autre jour un docteur dit fort bien-.

C'est vérilablcmcnt la tour de Babylone,

Car chacun y babille, et tout le long de l'aune:

Et, pour conter riiisloire où ce point l'engagea...

(Montrant CléaiUe.)

Voilà-t-il pas monsieur qui ricane déjcM

Allez chercher vos fous qui vous donnent à rire,

Et sans...

(A Elnùre )

Adieu, ma bru ; je ne veux plus rien dire. Sachez que pour céans' j'en rabats la moitié. Et qu'il fera beau temps c^uand j'y mettrai le pied.

(Donnant un soufflet à Flipole.)

Allons, vous, vous rêvez, et bayez aux corneilles. Jour de Dieu! je saurai vous frotter les oreilles. Marchons, gaupo, marchons.

(Elles sortent, Flipote chassée par Madame Pernelle, ainsi qui Mariane, Damis, Elmirs.)

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