‹ Le Tartuffe; ou, L'imposteur, comédie en cinq actesChapitre 32 sur 64 · ACTE II, SC.KNE IV 3p · texte numérisé non relu

ACTE II, SC.KNE IV 3p

DORINE

Venez ici.

VALfenE, résistant encore.

>'o:i, non; le dépit nie domine.

Ne me détourne point de ce qu'elle a voulu.

DORINE

Arrêtez.

VALLHF

Non; vois-tu, c'est un point résolu.

DORHCE, impatiente, frappant du pied.

Ah!

MARIANE, à part.

Il souffre à nie voir, ma présence le chasse. Et je ferais bien mieux de lui quitter la place.

DORIM:, quittant Valcre et courant après Marianc. V l'autre! Où courez-vous?

MARIANE

Laisse.

DORINE

Il faut revenir.

MARIANE

Non, non. Dorine; en vain tu me veux retenir. VALÈRE, à part.

Je vois bien que ma vue est pour elle un supplice; Et sans doute il vaut mieux que je l'en affranchisse.

DORIXE, quittant Mariane et courant après Valèra,

Encorl Diantre soit fait de vous! Si... Je le veux. Cessez ce badinage; et venez çà tous deux.

(Elle prend \'alère et Mariane par li main et les ramène.)

VALÈRE, à Dorine.

Mais quel est ton dessein?

MARIANE, à Dorine.

Qu'csl-cc que lu veux faire!

DORINE

Vous bien rcmetlre ensemble, et vous tirer d'aiïuire.

(A Valère.) Êles-vous fou d'uvoir un pareil démêlé?

VALÈRE

N'as- tu pas entendu comme elle m'a parlé?

DOttlNE, () Mariane.

Êtes-vous folle, vous, de vous être emportée?

MARIANE

N'as-tu pas vu la cliose, et comme il m'a traitée?

DORINE

(A Valère.) Sottise des doux parts. Elle n"a d'autre soin Que de se conserver à vous; j'en suis témoin.

(A Mariane.) Il n'aime que vous seule, et n'a point d'autre envie Que d'être votre époux; j'en réponds sur ma vie.

MAULANE, à Valère.

Pourquoi donc me donner un semblalilc conseil?

VALÈRE, à Mariane.

Pourquoi m'en demander sur un sujet pareil?

DORINE

Vous êtes fous tous deux. Çà, la main l'un et l'autre.

(A Val'cre.) Allons, vcu?.

VALÈRE, en donnant sa main A Dorine, A quoi bon ma main?

DORIKE, à Marian\

Ail çàl la vôtre.

ACTC II. Sr.KNF. IV ^I

UARIAME, en donnant aussi sa main.

De quoi sert tout cela?

DOniNC

Mon Dipu! vile, avancez.

Vous vous ainirz fous deux plus que vous ne pensez.

(\'atbre et Mariane se tiennent quelque temps parla main sans se regarder.)

VM.KRK, se tournant vers Mariant.

Mais ne faites donc point les choses avec peine; Et regardez un peu les gens sans nulle haine.

(Mariane se tourne du côté de Valère et fait un petit sourire.)

DOniNE

A vous dire le vrai, les amants sont bien foust

VAi.ftnE, (( Mariane.

Oh çà ! n'aije pas lieu de me plaindre de vous i>

Et, pour n'en point mentir, n'ôtcs-vous pas méchante

De vous plaire à me dire une chose allligeantc?

MAHIANE

Mais vous, n'ôtcs-vous pas l'homme le plus ingrat î*...

DOniNE

Pour une autre saison laissons tout ce débat, Et songeons à parer ce fâcheux mariage.

MARIA^E

Dis-iio'is donc quels ressorts il faut mettre en usage.

nORINE

Nous en ferons agir de toutes les façons :

(À Mariane.) (A ]'alère.)

Votre père se moque; et ce sont des chansons.

CA Mariane.) Mais, pour vous, il vaut mieux qu'à son extravagance D'un doux consentement vous prêtiez l'apparence, \(in qu'en cas d'alarme il vous soit plus aisé De tirer en longueur cet hymen proposé. Eu attrapant du temps, à tout on remédie, ïaiitôl vous payerez de quelque maladie,

!Â2 I.E TAIITUFFE

Qui viendra tout à coup, et voudra des délais; Tantôt vous payerez de présages mauvais : Vous aurez fait d'un mort la rencontre f;\chcuse, Cassé quelque miroir, ou songe d'eau bourbc>ise; Enfin, le bon de tout, c'est qu'à d'au Ires qu'à lui On no peut vous lier, que vous ne diriez : «Oui.» Mais, pour mieux réussir, il est bon, ce me semble, Qu'on ne vous trouve point tous deux parlant ensemble.

(A Valère.) Sortez; et, sans tarder, employez vos amis Pour vous faire tenir ce qu'on vous a promis.

(A Mariane.) Nous, allons réveiller les efforts de son frère. Et dans notre ^larti jeter la belle-mère. Adieu.

VALÈRE, à Mariane.

Quelques efforts que nous préparions tous, Ma plus grande espérance, à vrai dire, est en vous.

MAKI ANE, à Valère.

Je ne vous réponds pas des volontés d'un père; Mais je ne serai point à d'autre qu'à Valère.

VALÈRE

Que vous me comblez d'aise 1 Et quoi que puisse oser...

DORINE

Ah 1 jamais les amants ne sont las de jaser. Sortez, vous dis-je.

VALÈRE qai sortait, revenant sur ses pas.

Enfin...

DORINE

Quel caquet est le vôtre 1 Tirez de cette part; et vous, tirez de l'autre.

(Dorine les pousse chacun par Vépaule et les oblige de se retirer par des portes di£erentes.)

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