‹ Le Tartuffe; ou, L'imposteur, comédie en cinq actesChapitre 6 sur 64 · I.E nOLE DE TAIITUFIE · texte numérisé non relu

I.E nOLE DE TAIITUFIE

h celtf exécution, se prend à témoigner de son chagrin aussitôt qu'il voit Orgon revenir vers lui :

Si vous pouviez savoir avec quel déplaisir...

La tradition était que ces vers fussent dits d'un ton pénétré, mais sans aucun éclat de douleur. Silvain sanglote dans son mouchoir avec un pathétique si plaisant que toute la salle est partie d'un fou rire.

Francisque SARCEY.

(Feuilleton du Temps.)

A propos de ma récente critique sur son interprétation de Tarlulfe, M. Silvain m'écrit une leUre toute personnelle, mais dont un passage me semble intéressant à mettre sous vos yeux.

J'y trouve, en effet, une de ces remarques d'acteur auxquelles l'elfort pour incarner un rôle et le rendre vivant donne une justesse et une clarté qui complètent souvent d'heureuse manière la critique littéraire :

«Tartuffe, » dil-il, «est uu personnage qui parle beaucoup moins qu'on ne parle de lui. Par la brièveté de ses apparitions, il olfre de sérieuses difficultés à l'interprète pour préciser le type imaginé par le poète. Les complexités et même les contradictions que l'on y relève, les deux scènes d'amour qui forment presque tout le rôle, le nombre de vers relativement restreint qui le composent, tout cela rend le travail de l'acteur singulièrement malaisé. Comment, avec si peu de matière, réaliser les divers aspects de cette multiple et ondoyante figure?

"Molière, à dessein sans doute, a laissé flotter le personnage dans une pénombre redoutable.' Tartuffe, à tout prendre, n'est qu'une énorme silhouette, dont l'apparition rapide et calculée produit une impression d'autant plus terriiiantcjqu'elle reste enveloppée do mystère. »

Je répèle que Silvain me semble donner à Tartuffe tout le relief et toute la clarté possibles, mais il y a beaucoup de

hE \\f;LP, 1)F, TAUTUFFE

vrai dans sa remarque. Si chaque vers du rôle est plein de sens et nous dévoile un peu plus le mystérieux liypotrite, si, en fin de compte, Je personnage se trouve bien vivant et bien complet, il est certain que Molière a produit le maximum d'elict avec le minimum de matière. Sur cinq actes de la pièce, il y en a deux où Tartuflc ne paraît pas et un où il ne fait qu'apparaître. Dans chacun des deux autres il n'a, somme toute, que trois scènes bien à lui, les deux scènes avec Elniirc el la scène avec Orgon. Je ne vois pas, dans tout le répertoire, de protagoniste plus sobrement traité.

Il se peut donc, selon la supposition de Silvain, que Molière ait voulu, par là, rendre l'impression encore plus vive. Il se peut aussi qu'il soit allé jusqu'à l'extrême limite de la liberté que son temps lui permettait dans un pareil sujet. Pins d'insislance dans la peinture du faux dévot lui eût sans doute fait refuser une autorisation qu'il eut tant (ie peine à obtenir. Je rappelle, à ce sujet, qu'il dut remanier plusieurs fois sa pièce et, très probablement, en diminuer la primitive hardiesse. De là, quelque défaut d'unité et de fondu dans le personnage principal. Mais, tel quel, y a-t-il rien au-dessus de TartulTe?

G. L.VRROUMET.

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