‹ Le télégramme; comédie en un acteChapitre 11 sur 15 · SCENE SIXIEME · texte numérisé non relu

SCENE SIXIEME

PIERRE. Monsieurl Oh! c'est vrail j'oublie toujours notre rivalité l Tu m'en veux donc encore à cause de mon mariage?

COUTURIER. Ton mariage! Ion mariagel II n'est pas encore lail, ton mariage!

PIERRE. C'est justement ce que j'étais en train de me dire, parrain.

COUTURIER. Comment cela?

piERRii. Ma loi, parrain, je viens d'assister à une scène qui n'esl pas iaile pour me faire hùler la cérémonie.

COUTURIER. Quoi douc ?

PIERRE. Je ne sais ce qu'avait madame de Villiers aiijouro'hui; mais elle vient de se montrer à moi sous un jour... je ne l'avais jamais vue comme celai

COUTURIER. Ah ! ah !

PIERRE. Est-ce que tu ne t'es jamais aperçu que madame de Villiers eût un mauvais caractère?

COUTURIER. Ma foi, non! (a part.) Au fait, pourquoi ne proHlerais-je pas? (Haut.) Cependant, j'ai reçu quelques confidences de mon pauvre ami de Villiers, la douceur même, celui-là... et je t'avoue...

PIERRE. Quoi donc?

COUTURIER. Que je ne serais pas éloigne de croire...

PIERRE. Quoi donc?

COUTURIER. Qu'elle ne l'a pas rendu très-heureux. Je sais bien que Villiers était fort âgé... d'une santé délicate... ainsi donc, je ne vais pas jusqu'à dire...

PIERRE. Que sa mort ?

COUTURIER. Certainement non... la pauvre femme le faisait sans intention; mais, tu lésais... des contrariétés réitérées... un homme âgé... nerveux... maladif... on a vu des gens jeunes et bien portants qui n'y résistent pas... et ma foi, si j'étais à la place...

PIERRE, à part. Oh! je te vois venir! (Haut.) Comment, parrain, tu penses que la mort de Villiers...

COUTURIER. Je ne dis pas cela... mais à ta place... (Affectueusemeai.) Va-t'en, Pierre, va-t'en... je t'aime... mon eiilànt, et plutôt que de le voir exposé aux accès de cette femme, j'aimerais mieux... ^

PIERRE, riant. L'épOUSCr I...

COUTURIER. Tu ris ?

PIERRE, Oui, je ris... parce que, la! vraiment, tu n'as pas de bonheur... le ciel m'est témoin que tout à l'heure j'étais en colère contre Lucienne... et très-disposé à' m'en aller. Tu profiles de ça pour arriver, loi... (En riant.) Et pour me faire entendre... et alors...

COUTURIER. Tu restes?...

PIERRE. Non, je m'en vais... fumer un cigare... je revien-

drai dans dix minutes... d'ici là tu auras eu le temps de me rendre un service...

COUTURIER. Un service à toi... moi?

piKRRE. Oui; il y a au Cond de ce qui vient de se passer quelque chose que je ne comprends pas... tu es fin, toi... lu n'as pas de bonheur, mais lu es fin... il faut te servir de celle linesse po ir arriver adroilemeni à avoir l'explication... Quand lu la sauras... tu me la diras ..

COUTURIER. Mais tu oublies donc que je suis...

PIERRE. Mon rival... je ne l'oublie pas... Tu feras tout ce que tu pourras pour me nuire... mais, comme tu n'as pas de bonheur... tout ce que tu feras tournera contre toi..

COUTURIER. Par exemple!...

PIERRE. Dans dix minutes, je reviendrai.

COUTURIER. Si tu crois que je vais...

PIERRE. Dans dix minutes, mon cher parrain!... (il son.)

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