INTRODUCTION
Les Iravaiix do copie et pliotograpliif» du lemplc d<' la XVIII' dviiastio à Amada onl duré (rois mois, de décembre 1909 à liu février 1910. I/in- ((''rieur élail déjà complètemeut déblayé lors([ue je suis arrivé, de sorle (pie la copie des scènes et des inscriptions })ut élre aussitôt commencée. Pour la ])hoto{jraphie je me heurtai à d'assez grandes dilHcultés, provenant surtout (le re\i<juïté des sallos <'t de l'impossibilité, faute du recul sullisant. de faire entrer dans le cliam[) de Tobjeclif non seulement des parois entières mais même des tableaux com])l('ts. Il a fallu couper en plusieurs parties les parois du sanctuaire et il a fallu renoncer à reproduire en photographie les parois de droite et de gauche des deux petites salles latérales et le registre supérieur des deux longues et étroites salles latérales précédant ces dernières à gauche et à droite du sanctuaire. Partout où les couleurs avaient déjà complètement disparu, j'ai pu prendre des estampages des parties impossibles à photographier, et photographier ensuite ces estampages; mais là où les couleurs avaient résisté aux tentatives antérieures d'estampages, je me suis soigneusement abstenu de mouiller les parois. L'illustration photographique est donc forcément incomplète, et, d'autre part, les conditions peu favorables d'éclairage de certaines parties des salles du fond n'ont pas permis que les cUchés fussent toujours aussi parfaitement réussis que je l'aurais désiré.
J'ai donné sur la planche A, qui précède les planches eu phototypie, un plan d'ensemble et une coupe longitudinale du temple à l'i'clielle de quatorze miUimètres par mètre.
Les planches en phototypie sont numérotées de I à XLll. De ces quarante-deux planches trente-six sont en noir et six en couleurs. Les planches en couleurs, qui portent les numéros XXIV à XXIX inclus, ont été exécutées d'après les aquarelles de M. Carlo Oropesa; elles sont consacrées uniquement à l'antichambre, qui est la mieux conservée de toutes les salles du temple.
l/onlro suivi dans la doscriplion des diverses parties du leinple est celui de la eoustruflion ni«!^ine : le sanctuaire (Taltord et les cin([ salles qui l'encadrent et le précèdriil. cl (jni sonl. avec lui. Iivuvre de Tlioulun'isis II! pour la construction cl de sou lils Ainenholep II pour la décoralion: puis le porti(pie protod<>ri(pie et la salle liypostyle, celte dernière ayant éUi ajoiiU'e par Tlioutmôsis i\ : enfin le portail d'entrée.
NoHDE.N passa à Vtnada (Aniaddli ) . remontant \ei's le sud, U' i " jauNier 1788. Il ne parait pas avoir trouvé le temple aussi isolé cpi'il l'est aujourd'hui, car il fait mention d'un village d'Amada, lequel n'existe plus et n't'xistait déjà ]>lus dès le milieu du xix*^ siècle. "J'y mis pied à terre, dit-il, pour alItM- voir un ancien temple é'fvptien. qui dans la suite passa entre les mains des chrétiens. Ces derniers en tirent une église. Les murailles eu fournissent une ])reuve bien sensible, puisqu'on y voit des peintures <pii rt'pn'sonlenl la Trinité, les ap»jlres et divers autres saints, et dans les fudroits où la chaux est tombée les hiéroglyphes qui sont dessous viennent à paraître. Ce temple est encore tout entier; mais le monastère qu'on avait bâti auprès est absolument ruiné. Je dessinai cet ancien édilice. Je le mesurai très exactement, et j'en donne le plan ainsi que la perspective ''^w. La planche CL\ II de l'ouvrage de Norden contient, en effet, ce plan et cette perspective. Les dimensions sont exprimées sur le plan en pieds danois, soit soixante-six pieds en longueur (le portail d'entrée non compris), et trente-trois en largeur. Sur la perspective on voit, à gauche, des restes de constructions (pii. aujourd'hui, n'existent plus et qui constituent probablement ce que Norden appelle k village^-K
Amada est, avec Dandour, le seul temple de Nubie que Norden ail
" FRéninic-Lons .\oBnES, Voyage d'Effyptc et (k Nubie (ouvrage enrichi de cartes el de lifjures dessinées par l'auteur"), nouvelle édition par L. Langlks, in-i" (Paris, 1798), I. lit. p. 69-60.
-' M. Maspero [Les Temples immergés de la Nubie, Rapports relatifs à la consolidation des temples. Le Caire, i<)i', pi. I) a publié une reproduction de la planche CLVII de Norden.
|ni visilci-: (•(! ([111 parail avoir siirtoiil atlir»:' son aUcntioii ici, c'est la Iraiistonnalioii du (omple en église clirétienne. Nous devons d'anlant plus déplorer la brièveté de sa description des peintures chrétiennes et. des ruines du monastère qu il ne reste absolument rien de tout cela aujour- (riiiii. Du moins le dessin de Norden nous a-t-il laissé un souvenir de la (•()ii])ole ({ni fut élcvc-e sur la terrasse du templf par les chrétiens et dont toute trace a depuis lon(>teinps disparu.
Enfin, le dessin de Norden montre très visiblement sur la droite, entre le temple et le fleuve, ce qui reste du petit kiosque élevé un pou plus d'un siècle après par le roi Séthôsis P'"*'l
La courte description du voyageur anglais Thomas Legii '"-' ne nous apprend rien de plus que ce que nous savons déjà par celle de Norden. C'est au retour de la seconde cataracte qu'il vit Amada, le 20 février 181 3. Frappé surtout par le bon état de conservation des figures et des textes, du au stuc dont les premiers chrétiens les ont recouverts, il se montre trop sévère pour le style de la construction, qu'il trouve rude et qu'il compare fort injustement à celui du grossier spéos de Derr. Il regrette, d'autre part, que le temple soit presque complètement enseveli dans le sable et défiguré par un grand nombre de constructions misérables en briques bâties au-dessus et autour de lui probablement à l'époque où il servit d'église chrétienne.
BuRCKHARDT vit Amada exactement un mois après Legli, le 2 5 mars 1 8 1 3 ; il désigne le village et les ruines du temple sous le nom de Hassaya
''" Voir, sur ce lilosque de la \\\' dynastie, Les Templm immergés de la Sithie, [{apports relatifs à la consolidation des temples, p. 128-1 3.3 et pi. CXXXVIt.
'-' Thomas Lecii , Narrative ofa Journeij in Egijpt and tlic Countnj bexjond llte Cataracts ( I^ondon . 1816), p. 81-80.
( AjUyjfc. ) . (jiii osL 011 n'.ililé, celui (riiii villaffo voisin'''. La (Ipscriplioii de r»''(lili(<' ("<[ lorl coiirle cl reiirernie plusieurs inexaeliUules, dues prohaMe- Mii-iil au lail (pie les saMes acciiniules à liuléi-icur eiupèclièi'fMil le' \nva.'|<'ur de péuéli'cr plus avaiil que le porlail. C'esl ainsi (pie les (|uatre colonnes du porti(pie proto(lori(pie au fond du pronaos soni d»M riles coinme rondes. alors (pù'lles sonl. eu n'alilé, poly}[()nales, à vin;;i-(pialrc pans coupés. D'aulre pari. Burckhaidl a cru (pie les salles lalérah^s au sancluaire (appeli' par lui ccllfi) ('laieiil aussi profondes cpie ce dernier el n'en dilTéraient que pal- jcui- plus faihie hauleur sous plafond, alor-s (pi'elles sont beaucoup moins profondes el laissent encore place dernière elles à une pelile salir l)resque carrée. CiCS deux erreurs sont r«>produiles sur !•■ |)elil plan scIk-n<ali(pie annexé à la description, ainsi (punie autre léjjx're iuexaclilude concernant les murs latéraux du pronaos : ces murs ne sont pas continus, comme les a li{»urés Tauteur, mais sont, au contraire, cou|)és chacun par une |»etite porte entre le portique protodorique el la première rangée de piliers carr<''s. et ces deux portes ont une importance considérable en ce (pii concerne Tliistoire de la construction du temple : elles montrent (pie Tljoutm(')sis IV n'a pas soudé la salle hypostyle à rensemlile primitif achevé par ses deux prédécesseurs, mais qu'il l'a seulement juxtaposée aux cons- Iructions anciennes. Enfin, la distinction étal)lie par Burckliardt entre la rrlla et \'(ifli/li(7n et son observation qu'il n'y a pas (Yadjjlum à Amada ne iiir paraissent jias lr<''S claires. La cella est le sanctuaire véritable du Iciiiple, et il n'y avait aucune raison d'adjoindre à cette salle une autre |)lus mystérieuse encore et plus intime.
Les peintures chrétiennes tracc^es sur la couche de plaire (pii recouvrait les murs de la cella sont attribui-es aux Grecs, ainsi que la coupole ajoutée au-dessus du jironaos, par-dessus la terrasse bien dallée.
Liiliii. Munkliardl signale les fondations du petit édifice en pierre,
' JoHX I>E\\is liuBCKiunDT, TraviU in Nubia, •?."^ ed\i. (London, t8i>Q), p. 89. -I believe lliis, dil-il en tcrminnnt s;i description des ruines, lo he llie temple menlioned l)V Xorden. as situaled near Amada-.
(lislaiit (lu h'iiii)l(' (rcnvirori \iiigt i/ards (un [)cii plus de 18 nirlrcs )"' dans la direction du ileuvp. cl (|U(> nous avons vu déjà soinmaircineul rcprésonlé sur le dessin de Nordeu.
BelzoiM (août 1817) no nous a laissé du potil (emplo iWMiiwidn (sir) qu'une description insignifiante : " It is a sinall tomple, and lias sorvcd for a Greek cliapel. The hieroglyphics are pretly Avell linisliod, but nearly covered witli [)laster by the Greeks. There are ollier apartmenis oC uubiuMil bricks, whicli served as a nionastery to the \vorks'-^i.
Un peu antérieure probablement au passage de Belzoni, la visite de .1. J. RiFAUD au temple (^ Amada parait avoir été également très courte. rLes Grecs ou les Coptes, dit-il, lavaient converti en église, et Ton y voit encore les restes d'un clocher en briques crues. Pour trouver les sculptures antiques et les sujets hiéroglyphiques il faut faire tomber l'enduit en terre sur lequel les chrétiens avaient fait peindre des saints'^'".
Les voyageurs anglais Iriîy et Mangles visitèrent le temple iX Armada {sic) le 5 août 1 8 1 8 ; leur description est un peu plus exphcite que celle des deux auteurs précédents; ils font une distinction dans le hall ou salle hypostyle entre les douze pilastres et les quRire piliers (ce dernier mot désignant les colonnes protodoriques). La petite chambre transversale (cross chambei^) qui suit riiypostyle mesure neuf pas sur trois, et c'est dans cette salle que
'1' Cette dislance est, en réalité, l)eaucoup plus considérable et atteint au moins 5o mètres.
'-' G. Belzoni, Narrative of ihe opérations and récent discoveries ivithin the pijramids, temples, lombs and excavations in Ejrijpl and Nubia, etc. . . (London, 1890), p. aiG.
'-'' J. J. RiFAUD, Tableau de l'Egypte, de la Nubie, et des lieux circonvoisins (l^iris, i83o). p. 368 (la visite d'Amada eut lieu probablement en 1816).
s'ouvre !<■ sjiiulii.iirc mosiir.iiil Imil pas sur liois. I,"iiilt''i'iciiidii saiicliiairo est recouvert d'un eiidiiil de [dàliT |tar-(lessii-; l((|iii| on a Iracé des pei lit lires jrrcct/iii's iiindcriics ilrs (hiiiic niuUvvs, siiiiils, rie. (Ici ciiduil élaiil lonilx' itai' endroits laisse voir loulelois les aiiciemirs lijjiires et les liiéro<>i\ plies énvitlieiis, et les visiteiu's sont IVajipés du si vie livs supérieur dans le(piel ces lias-reliefs ont ('lé exécutés et de la richesse de jeni' coloris, l'jilin, disent les auteurs, il y a de cliaipie coti' du sanctuaii'e une petite salle; mais nous avons déjà vu ipie c'était là une erreur due à TtHat (rensahlemenl du temple, et (pi'il \ a\ail. en n''alit('.(le cliaipie colf- du sanctuaire dcii.r sdlli-ft, de prol'oiidein' très imM^ale et communicpiant jadis entre elles par une [»orle qui lut percée postérieurement à la consirucliou du temple. lrU\ et Manjjles sont excnsaldes d"a\oii' cru (|ue le lem|)le était consacré à Osiris'"', alors (ju'il est en i-t'-alité dédié' à Amon-llà et à llarmakliis, car à la date où ils ont publié" leur livre les diverses divinités du panthéon égyptien étaient encore loin dèti'e exactement connues et identilié'es.
l/arclùtecte français F.-(>. Gau est le premier (pii ail vonlu donner luie ilesciii)lion complète, nou seulement du temple uièuie, mais aussi des constructions postérieures en briques crues qui Tentouraient et le surmontaient en 1819. C'est à lui aussi que nous devons le premier plan exact de l'édilice, avec indication des quatre salles latérales encadrant le sancluaiie. Il n'admet pas les appellations données par Norden (Amada) et par Burckhardt [llassaija), et déclare que les Arabes des environs nomment le temple Ammlone (ou Amadou) '•'K
(iau a écrit, en réalité, deux descriptions du temple, la première aux pag-es 7 et 8 (hi texte, la seconde dans les deux pages servant d'explication
'" Irby a>u M\n<;les. Travrh in l^!>iJl>i and ,\i(lii(i, rir., diiiiiiir ihc iicars iSij and 181S ( London, i8a3), p. (j'y.
'■■^' F.-C. Gau, Antiquités de la Niibif, un monnmniils inédits des bords du Nil, etc. (Slultgarll'aris, iSq-j"). p. 7-8 cl pi. 'iS-'if).
!tii\ [tlaiiclu'S 'i<S cl 'i<). (les doux doscriplioiis se rcssoinl^loiil, du rosle. heaucoin); mais la seconde t'sl [dus délaillée. ('e (jiii le (Va[)[»e loiil d'abord, c'est le caractère aride et solitaire du site dt'solé dans lequel s'élève le temple, f Quant au monument lui-même, dit-il ensuite, il me ])arnt mériter une alliMilion iiarllcidièrc; je lus lra|)|K' de la simplicih' de ses formes, de la justesse de ses proporlions, el surfout du caractère mixie dont il me présentait re\em[)le siupulier. Hn elVel, taudis que sa distribution en pronaos et en cella rappelait sii destination païenne, la petite coupole qui le surmontait me prouva que, plus récemment, il avait été consacré au christianisme. " La fiiçade est décrite ensuite rapidement, avec les restes de la porte centrale et les rc arrachements" des nnu's (\n pylône à tourelles. Il est intéressant de noter (jn'au début du siècle dernier il restait encore des traces de ce pvlône, alors qu'elles sont aujourd'luii totalement invisibles.
Arrivant aux quatre colonnes formant le fond du pronaos, (jau remarque fort justement que ces colonnes r tiennent de l'ordre dorique- et qu'elles sont à vingt-quatre pans. Mais il émet à leur sujet une opinion qui est en désaccord avec ce que nous connaissons de l'histoire de la construction du temple; il pense qu'elles ont été édifiées après coup et sur remplacement de quatre pihers carrés identiques aux douze piUers qui soutiennent la salle hypostyle. Nous savons, au contraire, par le peu de décoration que portent ces colonnes, qu'elles appartenaient au temple primitif de Thoutmôsis III et d'Amenhotep II, tandis que les piliers carrés de la salle hypostyle n'ont été construits qu'un peu plus tard, sous Thoutmôsis IV.
De la partie que Gau appelle le péristyle, c'est-à-dire du portique protodorique, on arrive dans le vestibule : ce vestibule est la salle transversale (pie j'ai appelée antichandire dans ma description et sur laquelle s'ouvrent le sanctuaire et les deux salles latérales allongées encadrant ce dernier. Trompé par l'amoncellement du sable et par l'obscurité de ce vestibule, qui ne |)rend jour (pie par la porte venant de la salle hypostyle, Gau n'a pas ajx'rcu la décoration de celle salle et a déclai'é (pi'elle était dépourvue de sculptures et de toul auln-ornemenl. Or, toul au contraire, les scènes
Le Temple ,rAmada. "
t't li'S iiisoriiilioiis des i|iialiv p.ii'ois de ranticliiiiiilirf coiiiiilrnl pai'ini les plus liin'inoiil travaillées cl les plus [•ichcmnil (■(•lorif-cs df huil le lriii|i|c.
IS'ayaiil ricii soiiproiiiK' d»' Cflli' dt'coratiun si di'licalr cl d'un sl\lc si |>iir. Gaii esl, naltirolleinoul, 1res iiijuslc [xmr cr (|iril ap|)fll<' les sijmhuirs idohitrlquL's on les si'irncs de l'idolnlnc, f'csi-à-dirc |mhii' loiitrs les scr-ncs païciiiH'S (In l<'ni|)l<'. ri d n'adiiiirc ([iic los pcmliii'cs cliri'licniK's (|ni l'ccdiivraitMil alors les ancifimcs s(id|iliin's, ])i'in(i|)al(Miieiil dans riiilérieiir du saucluaire. "On reniarqiu'. dans la clianiNrc du milion, un mc'lan.'^o dVniblèmt'S |tro[>ros au paganisme d de liijures consacrées |)ar la leli.rrion chrélienne. Les premiers ont été recouveris d'un endnil en (erro, sur leipiel on a peint <;rossièrement l'image des aj)(\tres. d ces sinncs de l'iddlàlrie ne rej)araissent (pi"an\ endroits dOn Pendnit s'est dé'taclK'. On m'a dit (pie des voyageurs, (jui m'ont suc('(klé dans celte partie de la Nuhie, firent diUruire ces restes vénérables de la primitive ('glise pour • 'xannncr les s(ulj)lnr<'s <'M|y[tliennes (pi ils cacliaienl, et (pii crpcndani ne représentaient cpie des sujets reproduits partout, tels cpie des oH'randes, des adorations, etc. . . 11. Et ailleurs il s'exprime encore ainsi sur le m('me sujet : -(Mioi(|ne les peintures superposées présentent peu (rintér(H sous le rapport de fart, je respectai ces monuments de la primitive église, et le désir d'examiner les sculptures (égyptiennes qu'ils ca(^.haient ne me lit point abattre ces vénérables restes; dailleurs les bas-reliefs du dessous semblent ne représenter que des sujets souvent reproduits, tels que des offrandes à diverses divinités '\
Ce jugement porté sur les sculptures égyptiennes d'Amada est très injuste, et Ton n'Iiésila pas après Gau à détruire tout ce que les cbrétiens avaient peint par-dessus l'ancienne d('îcoration pour faire reparaître cette dernière. Gau aurait jiu, tout au moins, chercher à nous faire partager son admiration pour les ligures (rap(>tres, (|u'il déclare, du reste, mal peintes, en reproduisant en détail quelques-unes de ces ligures; mais il n'a donné de ces ligures, sur la coupe longitudinale de sa planche A 9, ([u'une silhouette assf/. vague. ]>en faite pour nous faire regretter leur disparition.
l'jilin, (laii dit iiii iik»! dos coiislriiclioiis en l>ri(|ii<'s crues élevéos coiilre le pouitoiir du Irmplc (>l sur son toil, ol dout les matériaux uoirs lonl coulrasto avec la teiido jaunâtre du grès (jui a servi à bâtir le temple même. Il iTa pas eu le temps de faire dcl)la\er le temple, faute d'ouvriers, qu'il
aurail l';illn aller clificlicr trop loin.
Les deux [tlauclies ^iS et 'kj nous doniieiil les éléments suivants :
i" Planvlœ //8 ; Etat actuel du monument et de ses annexes, pris du coté nord-ouest. Cette vue a été reproduite par M. Maspero sur la planche II du volume Les Temples immerges de la Nubie, Uapporis relatifs <i la consolidalioii (les temples.
y" Planche //(S ; plan \ du temple, dont les dimensions sont 9. 3 m. 6 2 cent, en longueur et 9 m. 08 cent, en largeur.
3" Planche ^iS : [)lanZ, indicpiant la disposition des chambres voûtées en briques dont le temple était alors entouré et dont il ne reste plus trace. La terrasse indiquée en h sur ce plan Z est une restitution de Gau: il n'en reste actuellement aucune trace visible, le sable étant très haut; mais il n'est pas impossible que des fouilles entre le Nil et la façade du temple en fassent découvrir un jour les vestiges. Nous aurions là dans ce cas, descendant jusqu'au lleuve, soit une chaussée assez fortement inclinée, soit plutôt une série de chaussées s'élevant progressivement à l'aide d'escaliers, comme au temple de Onadi es-Sebouà.
k" Planche jg : deux coupes, l'une longitudinale suivant Taxe médian du temple, l'autre transversale, pratiquée en avant du porlicpie protodorique; la première montre l'emplacement exact de la coupole chrétienne au-dessus de la salle iiypostyle et en son milieu.
Le 18 juin iH-2'i, Friîdkuic Cailliaud, revenant de Méroé, passa une demi-journée dans le temple {ÏAmàda. Sa description, fort courte, ne nous apprend rien (pie nous ne sachions déjà par les voyageurs pré'cédenls.
il i-onsidère la (*nniM)It' m bri(|iK'S rnios qui sminoiile la sallo IinjxisInIc ooinnii' - imc osprcc de cloclior- cl conslalo sm- los parois iiitériçuros de r<''(lilicc - |;i liiziiiTt' ri'iiiiiitii (rapùlcc^ de ri-\;iii<rilr avec des diviiiih'S du .•ait." idolàln' ' ".
Lo comte Anton PitoKi:s(.ii. Hillor von Osfeii. a consacré loul le clia[)i(n' \i\ i\o son livre sur IKo-ypte el la \ubio au temple iVIfamada, cpiil visita ni 1807'-'.
Go (pii le frappe avant tout, c'est rexcellent «.^tat de conservation de Tédilice et son isolement absolu de toute espèce (Thabitation, en plein désert. I. "orientation exacte est parfaitement indiquée comme é'tant ouest-siid-ouest: mais l'auteur se tromi)e sur le nombre des piliers de la salle byposlyle (Vorsddl), qu'il lixe à ////// an lieu de douze. Le temple est si ensablé ([u'on accède avec la plus {fraude commodité' au toit. Les liiéroglyplies sont bien Unis et les couleurs sont encore très fraîches. Les quatre colonnes sont cannelées, et les murs latéraux de l'hyposlyle sont tombés, de sorte que leur trace seule subsiste, recouverte d'ailleurs par le sable.
Ment ensuite une description complète, chambre par chambre, des six salles constituant le temple proprement dit; les dimensions de ces chambres sont évaluées en minutes, secondes et tierces. Dans la première salle (Tantichambre) Prokescli interprète le gracieux petit tableau où la déesse Isis accueille le roi et l'embrasse comme une reprcsenlation de l'amour ou de la conf-ancc. (> (jni suit est, du reste, inexact : le temple n'est pas consacré à Isis, comme le ci'oit Tautenr, el, d'antre part, ce n'est pas Isis, mais bien llarmakhis. (pii est repiv-senté avec la tète (répervicr coilTée du dis(jue et du serpent.
Prokescli a bien vu. comme (iau, qu'il y avait deux salles latérales de cliaipu* coté du sanctuaire, soit «piaire en tout, et il a observé très justement
' l'n. Cvii.i.mo. Voyafri- à Méroi , au fleuve Blanc, etc. (^l'aris, iSaC)- 1 837"), t. lit, p. 2G5. "" Dan Land ztriurlmi den kalarakten des Ml (Wicn , 1 83 1 I, p. 1 3 2- 1 35.
([lie loiitos cos sallos C()inimmi(|ii;ru'iil outre olli^s. La diMoralioii do cos salles et celle (lu saiicliiaire sont, dil-il, un modèle de coiisei^vation cl d'e.recutioii. Il remarque aussi les ii{|urcs de saints peintes par-dessus renduil de plâtre recouvrant les parois du sanctuaire, puis la coupole (jlevck par les Coptes sur le [oit, enlin les coMsIrnctions en hriques crues (|ui llanqiienl à l'extérieur les parois lal('rales i\u tein[)le, mais qui sont en ruines pour la majeure partie.
La lin du ciiapili-e contienl iiii certain nondji-e d'inlerprétalions erronées et d'inexactitudes historiques, "lue scène dans la derni(m' cliaml)re, dit Prokesch, me frap|)e par la signification que je lui attribue : un homme rouge-brun et nn auti'e noir l'ont oiVrande en commun sur un autel. Cela ne fait-il pas allusion à une communauté amicale entre l'Egypte et lEthiopie? " Il n'y a, évidemment, rien à retenir de cette tentative d'exphcation (1*11110 scène tout à fait banale où la couleur n'a pas l'importance que Prokesch voudrait lui reconnaître. Enlin il n'est jias plus exact d'attribuer la décoration du temple aux cinq rois suivants : Thoutmôsis P'", Thoutmosis II. Thoutmcjsis III, Amenhotep II et Thoutmôsis IV, car en réalité les deux premiers Thoutm(jsis ne sont nulle part nommés à Amada.
Prokesch enfin, en terminant, remarque la petite hutte de l'orme carrée qui s'élève entre le Nil et le temple, dans la direction du cours du fleuve, et dont nous savons maintenant que c'était un petit kiosque élevé par le roi Séth(5sis I'''.
GiiAMPOLLioN passa une première fois à Amada le 2.3 décembre 1828, lorsqu'il remontait vers la deuxième cataracte; mais il ne s'y arrêta qu'au retour, le 1 8 janviei- i82(j, pour y séjourner jusqu'au 20 après midi''^ Il mit à profit cet anvt assez long- pour étudier consciencieusement le temple. La description (pi'il nous en a laissée dans ses Lellres d'abord, dans
'" Lettres érrili's d'Efn/iilc et de \nliie, nouv. édil. (^I^iris, iSOS), p. f)G et i iS-iao.
SCS .V(>//<r.s' di'scn'iilives oiisuilo'", osl 1res (•om|)lèlo, ol six plaiiclics do ses Moniimenls sont (•oiisacn'ps à Amada'-'.
I.a |i(<lilf (|i'S( riplinii t|iriiii |»rul lirr dans les Lcllrcs (•oiiiiiirncc par hproiKtus, où pour la prcniiùre l'ois les quatre colonnes du l'ond sont (jualilitvs du nom de prolo-dnntjiics {m\ doriques protoUipes) qui lenr restera dans la suitiv ('<'s coloiuies. ajoute (ilianipollicui . - sont <''\ idrmincul Ii'I\|m' dr la colonne dori(|ue <;Tt'((iue; et par une sinj{-ularitt' di^juc de renianpif. je ne les trouve employées t|ue dans les monuments é{ryptiens les plus anli(|ues, c'est-à-dire dans les hypo<;ées de Beni-llassan , à Amada. a Kaiiiak et à Bet-()ualli ". Mais il y a là confusion entre des époques très dill'c 'rentes, les liy|)0{;ées de Reni-llassan é'tani de la XIl' dynastie et le spéos de Heit-el- Onalli datant de la \1\' , l'I Tobsei^vation de Cliamjtollion relalivemeid à Tantiquité de la colonne protodoriipie pei-d. dn tail de celle confusion. une grande partie de sa valeur.
En revanche, ce qu'il dit de Fliistoire de la (onstruction du temple est parfaitement e.xact : c'est ])ien Thoulmosis ill (qu'il identifie avec le Mœris des Grecs) (pii foi>da ce petit temple, qui décora la plus grande partie du sanctuaire et (jui consacra pour la première fois l'édifice aux dieux Amon et r»i'--llarinakliis. Puis son fils et successeur Amenholep II décora les (jualre salles latérales au sanctuaire et une partie de la salle transversale qui les précède. Thoulmosis IV termina enfin le temple en y ajoutant le pronaos et les piliers, dont toutes les architraves sont couvertes d'inscriptions laudatives et de dc'dicaces à son nom.
Cdiampollion termine sa description en conslalani (pie le style de la scidj)lure il Ainada est de beaucoup supérieur à celui de Derr et même à celui (ripsand)Oid, (jui, en elïel. datent déjà du commencement de la déc;idence de l'art égyptien.
!)aus ses Xolicrs descriptives (Ihannxdlion ap|)elle le lenqde d'.Vmada
'" Tome I. p. <)(')- 107.
'*' Ce sont tes planclics .\t>IV ;i .\Lt.\ (dans li- loine I"). Voir aussi pi. tJ.\. n"' -i cl '^ . pour deux des six arcliilraves de la salit- livpostvlc.
temple de Pliré, cl le (Ik'ii ;m(|iii'l il doiiiir !•■ nom d" IMiré osl colui quo los l^jjvpliciis (|(''si<|iiai<'iil |);ir l<' nom de \^iSi. ol (|m' nons ;i|»|)('lons anjour- (riiui, a[)rès les (Irccs, llurnialihis.
Le })laii (|n'il donne au commencenieiil de sa dcst riplion esl assez incxacl on coMinaraison de ccliii de Gau. Les arrasenienls des murs de chMnrc do la salle liypostyle sur la façade entre les piliers a et g, d'une pari, ci les piliers d et /', d'autre part, ne sont pas indiqués. Les petits murs roliant les coloimes ])r()todoriques au umv de ioud du ])orti(|U(; oui •■t»' nt''.<|lif[és é{>alomenl; par contre, un mur plein a clé dessiné entre la colonne ji et le pilier b. tandis (pie ce nuir est, en réalité, percé d'une poi'le symétrique de celle du côté opposé, percée entre la colonne m et le pilier /. Eidiii. une erreur plus grave est celle qui a fait indicpier pai' (iliampollion deux ])orles sur les longs côtés du sanctuaire (salle ]> de son plan); le sanctuaire communi(piait avec les deux petites salles latérales du tond, mais il était sans aucune relation avec les deux premières salles latérales ohlongues (d et D de GliampoUion).
La description suit minutieusement les diverses parties de Fédilicc, en commençant par la porte de la façade et en finissant par le sanctuaire, où la stèle d'Amenhotep II sur la paroi du fond a été intégralement copiée et transcrite. La plus grande partie des textes et légendes hiéroglyphiques a été aussi copiée et publiée, principalement dans les petites salles du fond et sur les architraves de Thoutmôsis IV.
Voici, pour en finir avec Champolliou, la liste; des scèïies reproduites sur les planches des Monuments de l'Egypte et de la Nubie (voir aussi Ye.vplication des planches au dél)ul du tome I") :