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DES BEAUX-ARTS

Monsieur le Ministre,

La création, la vie et la résurrection, c’est-à-dire les plus graves problèmes, s’exprimaient jadis par une fleur; édifice vivant, miracle perpétuel, effloresce^ice magique de

Les signes divins de cette langue créèrent l’Art, pure et magnifique religion.

Le Temple, « joie grave et sainte », édifié en d’immortels monuments, est aujourd’hui lettre morte, pierre inerte, corps sans âme. Nous en admirons les proportions, la forme et le décor, saiis en comprendre les caractères et la pensée. Nous méconnaissons ainsi le plus noble des arts dont nous ne soupçonnons ni la grandeur, ni la philosophie.

Décrire le voyage de l’âme dans l’autre monde par

XII La Langue Sacrée

l'architecture, l’œuvre lourde de l’homme, jDeut sembler paradoxal.

Il n’en est rien.

Le sanctuaire antique révèle le miracle qui atteint ce but suprême. Il est lui-même la Voie Sacrée que prend l’âme transformée, en extase, pour arriver au ciel.

Cette étude est divisée en deux parties: le Temple et la Fleur.

Le Temple établit l’origine technique des constructions religieuses. C’est le piédestal matériel, solide, sur lequel nous dresserons la statue.

La Fleur traduit les Signes Sacrés, dont la superposition transforme l’édifice technique et vulgaire en une figuration poétique, divine, magique, vivante. La Fleur Cosmique, sa synthèse, fleurira en dernier lieu, au sommet du temple piédestal, comme l’image de la résurrection.

A la conclusion. Temple et Fleur disparaîtront au ciel, dans une irradiation suprême.

La première partie commence au sol et termine a la toiture l’étude de la construction.

La seconde descend du ciel, sommet du sanctuaire, avec le dieu qui le crée et anime toute la nature. Nous assisterons a son œuvre : l’architecture atomique du monde, motif de V architecture religieuse antique. Au lieu d’une géométrie inerte, on se trouvera — pour la seconde fois — devant une écriture artistique et scientifique, véritable idéographie

Rapport au Ministre

cosmique. On verrn la mécanique céleste reposer sur Vunité de force, le soleil, dont le mouvement giratoire se communique aux atomes, les combinaisons des atomes constituer les formes diverses de la matière, tandis que leiirs désagrégations amènent le renouvellement des combinaisons.

Le Temple est donc l’image de la divinité et de son action. Il explique les sources de la vie et les phases principales de l’évolution : la création et la résurrection. Édificatio7i en pierre du poème par excellence, exaltant la nature, sa puissance, sa grandeur; tableau parfait de l’Univers ; expression d.e la sagesse antique; véritable « drame cosmopoétique » comprenant le ciel et la terre, la lutte du jour et de la nuit; il montre le triomphe de la lumière d’où provient l’être vivant, où retourne l’âme surgissante.

Peut-on choisir un plus beau sujet d’art ?

L’école archéologique actuelle, étroitement confinée dans les études techniques et victime d’une méfiance incompréhensible contre le symbolisme, se refuse a connaître un esprit dans Vœuvre de l’antiquité qu’elle dessèche a plaisir. Aussi l’antic[uité, — principalement son architecture, — l’âme même de ses conceptions," la pensée, la raison et la beauté de ses édifces, ignorées ou faussées, sont toujours méconnues.

Certes, les voijageurs cjui montent à l’Acropole, admirent a juste titre l’imposante simplicité et la belle ordonnance du temple d’Athéné, mais ils passent sur les étrangetés accumulées: frontons, mutules, trigly plies, métopes, gouttes, devenus inintelligibles.

Ces étrangetés mêmes donneront la clef du programme écrasant imposé aux Ictinus et leur mérite, car l’architecte

La Langue Sacrée

grec sut éviter la lourdeur égyptienne, l’accumulation fatigante de l’Inde, tout en exprimant la même pensée cosmique. Par là surtout le Parthénon est admirable. Ainsi compris, il est parfait. Soleil de l’âme antique, flamme divine de l’hellénisme mourant, il empourpre l’horizon, il éblouit notre triste époque, il illumine encore le monde !

En reconstruisant le Temple d’après l’Univers son modèle, nous assisterons aux phénomènes qu’il comporte, a ses évolutions, à son but : la formation du monde, l’ascension magique de l’âme et son voyage circulaire dans le ciel. Cette circumnavigation céleste, nous la compléterons dans le volume sur la céramique, nous la retrouverons avec les cérémonies du culte, dans les mystères et les péripéties du Drame Sacré, enfin dans l’évolution de la musique et de la danse « reproduisant les révolutions apparentes du soleil et de ses satellites autour de la terre qu’il féconde et les phénomènes généraux des puissances génératrices ».

Et, si nous prouvons que V origine de nos arts, de nos écritures, de nos religions, vient de ces conceptions philosophiques, il faudra bien avouer que la première société civilisée fut admirablement dirigée par l’étude de la nature. Son harmonieuse beauté, fut la puissante inspiratrice de la sagesse antique, et du haut de l’Acropole, le Parthénon, son sanctuaire immortel résume sa philosophie.

Ainsi reconstruit, couronné par les rayons du soleil qui illuminent sa corniche, pendant que les éclairs sillon-

Rapport au Ministre

nent sa ceinture, versant la pluie féconde, faisa7it surgir de terre, — végétation miraculeuse — les colonnes c[ui Ve7itoureiit, a7i7ionçant des miracles nouveaux, ouvra^it la route céleste k la prière et à l’âme, exhalaiit des chants, mâles coynme des guerriers, légers comme la jeunesse, ce temple graiidit, vibre, s’impose! Dans la plaine ou sur la inontagne, le Temple, image de la création, réalise la synthèse panthéiste, son enseignement, sa gloire. Les siècles l'enveloppent de mystère; ses prophéties justifient son prestige. Il est l’âme de toutes les âmes, la pensée vivante et joyeuse, l’amour de la nature, la puissance de l'extase, la certitude scientifique de la vie éternelle. Le but k atteindre par l’humanité unie dans une seule pensée après la honte du derîiier massacre, il le 7nontre, ce temple divùi, qui dompte l’orage, s’illumine d'éclairs, et qui po7de comme diadème l’orbe solaire éclatante. Verbe de la Vérité!

Tel est, Mo7isieiir le Mûiistre, le sujet des Sig7ies Sacrés étudiés dans ce volume et le résultat de la preinière i7iterprétatio7i que j’ai Vhon7ieur de vous soumettre.

Daignez agréer, Moiisieur le Ministre, l’hommage de mo7i profond respect.

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