POIDS DES TAPISSERIES — MARGUERITE COSMIQUE — FLEUR
SY^NTHÉTIQUE.
E soleil a créé les nuées roses, l’écliarpe poétique dont il entoure le ciel, nuées sur lesquelles il vogue, écharpe dont il se pare. Cette harmonie va cesser entre le créateur et la créature. Le ciel s’assombrit. La foudre
La Langue Sacrée
gronde, éclate. Un effrayant combat se livre dans les cieux. La terre en ressent les effets. Le vent descend du champ de bataille, rase le sol, renverse et déracine. L’eau fouettée et furieuse tombe et inonde. Le feu céleste lance ses flèches jusque dans l’intérieur de la terre où elles disparaissent !
Ces phases du drame divin, l’ornementation antique les reproduit en vue du résultat qui doit provenir des phénomènes imités : Le feu n’est-il pas le grand vivificateur? L’eau ne désaltère-t-elle pas les vivants et les morts? Et les deux éléments réunis, principes masculins et féminins, n’accélèrent-ils pas la végétation? Ne sont-ils pas le germe de toute chose?
Sous la corniche des temples se trouve un élément architectural étrange. C’est une suite régulière de pierres carrées — les mutules — présentant plusieures lignes de petits dés cubiques — les gouttes — à leur base (fig. 107).
Avec ces éléments toujours discutés, l’architecture la plus inattendue se réalise, la partie la plus dramatique des manifestations divines commence. Nous assistons à l’évocation de l’orage et de ses phases : la nuée opaque, la nuit, l’éclair, la foudre, la pluie, et nous les constaterons sur la façade du temple.
Signe 92.
Les mutules constituent la première de ces réalisations. Ils figurent, en retrait, sous la corniche, la couche profonde des nuées : « les nimbus », qui contiennent l’eau de l’orage, les cataractes bienfaisantes futures.
Sur les vases, les nimbus s’expriment par des ovales
Les Nuées Orageuses — Signe 92
(lig. 94, 1 et 2), souvent composés de sept lignes. Ces ovales sont complets ou sectionnés « au rond » (üg. 95, 1 et 2) ou « au carré ».
Fig. 94. — 1 et 2. Égypte. Vases rouges. — De Morgan. Rech. sur les orig. de l'Egypte, pl. VI.
3. Grèce. Fragment inférieure de la peinture d’un vase peint. — Louvre.
L’ornementation d’une urne funéraire crétoise montre le principe de ces variétés. L’intention d’y représenter des flots
Fig. 95. — 1. Rome. Partie supérieure d'une urne funéraire montrant la superposition rationnelle des rayons solaires, le fronton; la mer céleste, la corniche; et les nimbus sectionnés « au rond ». — Montfaucon, t. V. XLVII.
2. Peinture chrétienne montrant la main divine nimbée sortant d’un nimbus sectionné, miniature du ix<= siècle. — Didron. An. arch. V. I, p. 16.
3. Grèce. Tête d’Athénée. V. la note, p. 142. — Duruy. Hist. gr., v. I.
est certifiée par des poissons (fig. 96). Mais ce n’est pas « le monde marin » comme on l’appelle ; mais le monde céleste, dans l’espace céleste, a sa place au sommet de Fume. Les poissons
La Langue Sacrée
sont des divinités égyptiennes, signes de résurrection, celles que le mort, dans son voyage nocturne, « contemple avec joie ».
Examinons la peinture d’un vase grec du Louvre (fig. 94, 3) ; Au centre. Hélios guide les chevaux de son char, se dressant sur des nimbus placés au-dessus de deux lignes spiralées « au rond » et « au carré ». Une coquille et un poisson apparaissent
Fig'. 96. Crète. Urne funéraire. — Joubies. Ballet, de Vint. Ilell., 1892.
sur le champ étoilé et prouvent encore que le monde où règne le soleil est celui des ondes célestes.
Signe 93.
Sur les vases antiques (fig. 97); de même sur les fusaïoles troyennes (fig. 98), les nuages sont souvent exprimés par des sections de cercles superposées. Quelques sections — généralement celles près du soleil — sont garnies de points étincelles {signe 37), indiquant qu’elles reçoivent la lumière solaire. Ce sont des nuages compacts, participant du feu, frangés de rouge et d’or. Les points peuvent être placés dans l’intérieur des cercles et leur donner ainsi l’éclat interne (fig. 97).
Ces nuages, dans la reproduction en plan d’une fusaïole, semblent placés à la hauteur du disque créateur (fig. 98, i). Cette
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fusaïole est renversée dans l’ouvrage de Schliemann. Rétablie dans son vrai sens, le cercle solaire s’inscrit à la surface la
Fig. 97. 1. Grèce. Vase mycénien. —
Fürthwaengler.
2 et 3. Troie. Fusaïole n“ 1893. —
Schliem. Ilios.
plus élevée, et les nuages irradiés forment une ceinture inférieure en rapport avec leur place dans la nature. Nous avons ainsi, par ce monument, une première elïlorescence du signe.
Fig. 98. — 1, 2, 3. Troie. La fusaïole n° 1902. — Schliem. Ilios.